‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 63 sur 79 · FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES

vida que le défunt ait offensé, alors ils prennent et jettent en l'air une poignée de poussière, ou ils observent la direction delà fumée; et selon le côté où le vent pousse Tune ou l'autre, ils courent venger la mort de leur parent ou ami, souvent sur le premier homme qui se présente devant eux. Egalement, si en creusant la sépulture, un peu de terre vient à tomber de l'un des côtés, c'est de ce côté qu'est venue la boglia. Les conséquences d'une pareille croyance sont faciles à comprendre. La vie d'un sauvage est toujours précaire et incertaine, et il est forcé de se défier de tous. En outre le père, le fils, ou le frère, pour montrer la douleur qu'il éprouve de la perte d'un de ses proches, croit de son devoir de la venger par la mort d'un autre sauvage, petit ou grand, n'importe ; et la douleur se mesure au nombre des victimes. Aussi les sauvages guéris par nous, ne sachant d'autre moyen de reconnaître nos services, nous disaient que si nous venions à mourir, ils tueraient non pas un seul, mais six sauvages, pour faire connaître l'amour qu'ils nous portaient, et la douleur qu'ils ressentiraient de nous avoir perdus. Souvent un Australien venge la mort de l'un de ses proches pendant trois années consécutives, sacrifiant chaque année une nouvelle victime.

4. A peine un Australien a-t-il rendu son âme à son Créateur, que des lamentations générales se font entendre de toute part. Les femmes, le visage peint avec une terre blanche qu'elles appellent tarar^ chantent d'un ton plaintif: « Pourquoi avoir ôté à cet homme ce qu'il avait de plus cher, la vie? Quel crime avait-il commis pour le punir si sévèrement ? Quel est donc celui qui lui a causé un si grand dommage?... »

Puis vient ime série de vilains propos, que je ne reproduis pas par respect pour l'honnéleté.

En même temps , assises par terre , elles se tiennent embrassées, Vune reposant sa tête sur l'épaule gauche de Tautre, etsi elles sont en nombre impair elles alternent Tembrassement, afin que chacune y participe. Pendant tout le temps coulent sur leurs joues des torrents de larmes, non pas feintes, mais réelles, lesquelles unies à leurs mélancoliques figures émeuvent profondément. Les hommes, et plus particulièrement les parents du défunt, deviennent furieux de manière à faire peur au plus vaillant et courageux Européen. Ils contournent leurs yeux vers le ciel, ils grincent les dents, ils font mille contorsions et mille bonds en tout sens, hurlant continuellement et disant : Càîa^ càia ; n-a^na ièi ubio chicipo y chîcipo bal chet chet n-agna pamanorono ; càia càia, ièi ièi n-agna uoto; c'est-à-dire : « Oui, oui, moi tout à l'heure je vais, doucement, doucement, inaperçu, je le tuerai; oui, oui, tout à l'heure j'y vais. » En même temps ils font mine de lancer d'une main tremblante leur ghici coptre quelque objet, piétinant la terre. Au milieu de ces transports, s'ils n'étaient retenus par leurs amis, qui les prennent par les épaules et les tiennent ainsi embrassés quelque peu de temps, ils courraient à l'instant môme là où ils supposent que se trouve l'auteur de la mort. Quand ils se sont tant soit peu apaisés et se sont laissé persuader de donner la sépulture au défunt , ils so prêtent eux-mêmes à ce travail et à cette cérémonie. Parents et amis, hommes et femmes, petits et grands, tous mettent la main comme à l'envi pour creuser la sépulture : on la creuse du levant au couchant, profonde d'environ cinq pieds anglais, et avec une circonférence ovale d'environ douze à quatorze pieds. Les instruments qu'ils emploient pour fouir la terre sont la uàna et autres bâtons ; pour la retirer dehors , ils emploient un morceau de bois concave, qui leur sert aussi à boire, et

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