‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 65 sur 79 · DEUIL · texte numérisé non relu

DEUIL

ses parents se disposent à le venger. Chacun d'eux, armé de cinq ou six ghicis, d'un ou deux cales et d'autant de dauacsy se dirige, conjointement avec les autres, vers le point où il pense que se trouve l'assassin ; mais si avant d'y arriver ils rencontrent quelque famille amie, ils s'arrêtent à une petite distance d'elle, et s'asseyent par terre en y déposant leurs armes. Lorsqu'ils sont demeurés quelques minutes dans cette attitude, l'ancien de la troupe s'avance pour embrasser le plus âgé de ses amis, dans la position même où il le trouve pour le moment, soit debout, soit assis, et il prolonge cette accolade l'espace au moins de huit minutes ; il en fait autant à tous les autres par rang d'ancienneté, et chacun successivement répète la même cérémonie. Pendant tout ce temps règne le plus morne silence, et on ne sait point encore quel est le sauvage dont cette triste accolade vient annoncer la mort. Les femmes âgées sont quelquefois embrassées par les seuls vieillards. Ces démonstrations impliquent d'ailleurs une sorte de pacte fraternel de ne pas se battre à l'occasion du malheur qu'on déplore. La nouvelle une fois communiquée, et la paix pour ainsi dire conclue, on rompt le silence. Assis tous en cercle, le plus éloquent commence à chanter le récit de l'événement avec une mimique si extraordinaire et si niaturelle , que toutes les affections dont il est ému sont fidèlement traduites ; en sorte que les assistants demeurent là tout ébahis, comme enchaînés par sa parole, conformant à chaque circonstance du récit tous les gestes de leur corps et tous les traits de leur visage. D'une voix tantôt forte et mâle, tantôt plaintive et affectueuse, qui redevient vibrante et ferme, et à laquelle ne manquent ni une flexibilité naturelle, ni des modulations variées, il retrace les diverses périodes de la vie de son héros. Le regarda le geste, tout son maintien annoncent que le narrateur éprouve pleinement en cet instant la réa-

lité des diverses passicms qui sont le ih^ne de wa récit. La modulation de ce chant , ou plutôt rédtatif , est la chute d^une octave , procédant par demi-tons , rapide dans les notes hautes, un peu plus l^ite dans les notes moyennes, et prolongée dans les basses tout le temps convenable pour terminer la période. Quelque chose qu'il arrive dans ce moment solennel , rien ne saurait distraire l'attention du déclamateur ou de Tauditoire. Les chants et les jdeurs terminés, on ccmmuence le repas ; diacun mange ce qu'il a apporté avec soi, et on se fait réciproquement des cadeaux . Ensuite ils reprennent leur voyage, jusqu^à ce que le prétendu auteur de la mort du défunt, ou du moins l'un de ses proches, ait payé de son sang cette perte douloureuse.

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