ORNITHOLOGIE
souvent ils se trouvent seuls. Le long du dos, ils ont une couche de graisse de la dimension de quatre à cinq pouces, de laquelle on extrait une huile excellente soit comme assaisonnement, soit comme remède. La chair a la consistance de la viande de bœuf. Le cri que font entendre les petits, quand ils courent vers leur mère, est semblable au sifflement de l'homme ; et la mère, au lieu de gloussement, fait entendre comme les coups redoublés d*un tambour.
L*émou est susceptible de s'apprivoiser, au point de tenir compagnie partout à son maître, et j'en ai vu moi-même quelques-uns qui étaient familiers au delà de toute idée. Dans les mois d'été, c'est-à-dire en décembre et en janvier, ils se trouvent en grand nombre dans le voisinage de la Nouvelle-Nursie, et ils y demeurent tant qu'une herbe, appelée par les indigènes pataca, leur fournit dans sa graine un des aliments qu'ils affectionnent le plus. On les y trouve encore assez souvent dans les autres saisons.
8. Parmi la grande famille des volatiles australiens, le rang extrême et opposé à celui de l'émou doit être assigné à un petit oiseau dont le corps, y compris la tète, ne dépasse pas trois pouces de long. La couleur de son plumage est brun obscur, son vol est court et difficile, à raison de quatre plumes caudales fort remarquables, qui ont à peu près deux fois la longueur de tout le corps, et ressemblent assez à celles de l'oiseau appelé par les Français la veuve dominicaine. C'est précisément à raison de cette analogie, qu'ignorant son nom scientifique, je lui ai donné le nom de veuve (a). La première fois que je vis un de ces oiseaux, je crus pouvoir le prendre à la course; mais il se mit à filer, quoique d'un vol assez pénible, d'un arbuste à l'autre, et déçut ainsi mes espérances. Un Australien, sans aucun doute, aurait réussi à l'atteindre et à le prendre.
9. La singularité qui caractérise le n-gou, est la manière dont il dépose ses œufs. Il construit, au dire des indigènes, une pyramide de terre ou de sable de sept pieds de diamètre et de trois de hauteur. Au sommet de la pyramide, il ouvre une cavité d'un pied, où il dépose ses œufs et laisse à la chaleur du soleil le soin de les couver ; mais, lorsque les petits sont sur le point d'éclore, la mère vient les découvrir (6).
40. Bien des fois, en traversant seul les forêts, je fus induit en erreur
(a) Les ornithologistes assurent qu'il ne se trouve en Australie aucun oiseau du genre veuves. Le seul auquel pourrait convenir une partie de ce qu'affirme notre auteur, serait le spir'UuruS'malachurus, so/t-tailed warbler des colons, la queue^ gazée des ornithologistes français. Il est encore appelé par les Anglais the emu' whrea^ comme qui dirait Témou des roitelets. Ces diverses appellations sont dues à la structure particulière des plumes de sa queue, dont les barbules sont molles, décomposées et non adhérentes les unes aux autres. Sa queue a six plumes, qui, chez le mâle, présentent de plus grandes dimensions.
(h) L'oiseau décrit ici est le leipoa classé par Gould dans l'ordre des rasores
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par un sifflement qni ressemblait à celui d'un homme. Ce sifflement répété, comme on fait quand on donne un signal ou un avis, semblait m'indiquer là présence de quelque sauvage ; mais ensuite, connaissant par expérience que les sauvages n'ont pas coulume de siffler, je m'aperçus que c'était le sifflement d'un oiseau.
11. Ad priritemjsk, c'est-à-dire en juin et en juillet, je trouvai souvent des oiseaux, de la grosseur d'une grive, tombés à terre transis de froid j>ar suite de la fraîcheur de la nuit. Je les prenais dans mes mains, et ils ne s'envolaient qii*a()rès avoir recouvré leur chaleur naturelle.
12. Entré les nombreuses espèces d'oiseaux qui appartiennent à l'oirdre dès nageurs (a), il faut remarquer lé cygne. Cet oiseau aquatique, appelé par les Anglais black swan, et |}ar les naturalistes cygnus atratus, forme, par sa couleur noire, une des raretés de T Australie. Il a dans la partie inférieure du bec quelques glandules de couleur rouge écarlate. Il surpasse en grandeur Toie, et son port est très-majestueux. Il s'apprivoise facileihént. Comme il est par instinct solitaire, il abandonne les bords des rivières où il fait sa demeure, dès qu'ils viétihènt à être fréquentés piair les Européens. Le (irinctpâl fleuve qui a son embouchure sur la côte occidentale ipt\i de cet oiseau le nom de Swan-Rwer ou fleuve du Cygne, parce qufe c'est là qu'on le trouva pour la première fois ; et l'établissement ({u^on a fondé sur ces plages a piris, lui aussi, le nom de colonie de Swan- Âïver,
13. t)ans les fleuves et sur les lacs on trouve souvent le pélican {pelecanus spectabilis), et il n'est pas rare qu'il se montre en troupes nombreuses. Il à plus de trois pieds de haut, avec un bec long de deux pieds ; il a les plumes blanches, à l'exception des ailes et du dos qui tournent au brun. Dans la bourse qui lui pend sous la mandibule inférieure, il porte quelquefois sept ou huit livres de poisson pour nourrir ses petits.
14. Le canard, appelé par les indigènes n-unan, et parles naturalistes anas Novœ Hollandiœ, vit de préférence sur les montagnes, et franchit rapidement les plus grandes distances pour trouver de l'eau. Il se pose indifféremment tant sur les arbres qu'à terre ; le plus souvent il prend ses ébats dans l'eau. Il a le plumage gris, et les extrémités des ailes blanches.
et dans une famille à laquelle il donne le nom de megapodïdœ. Il compte trois genres ou groupes de ces oiseaux constructeurs de monticules : le tallégalla, le teipoa et le mégapodius. Ils mêlent à la terre et au sable des débris de végétaux dont la putréfaction donne une assez forte chaleur. lia dernière des trois espèces, qui fréquente les côtes du nord, construirait, au dii*e de certains voyageurs, des nids d'une énorme dimension formés de terre et de débris de corail, de menues branches, etc. : on en aurait mesuré qui présenteraient justprà 150 pieds de circoufcrence, sur 24 de hauteur. On j)résume cpi'ils ont été ainsi agrandis d^année en année.
(a) Palmipèdes.
Il pond ses œufs près des mares d*eau, et les couve Tespaoe de vingt et un jours. ^
i5. Enfin, outre les 183 espèces d'oiseaux propres à'Ja partie occidentale» il en existe encore beaucoup d'autres qui vivent çà et là dans toute l'Australie. De ce nombre sont le charmant bec-rouge ; le canard musqué, qui, répand une forte odeur de musc ; la ménure superbe, qui a là queue pn. forme de lyre, diaprée des plus belles couleurs d'orange et d'argent; le beau pigeon huppé ; l'admirable oriolus, appelé par les Français Loriotprince-régent; la perdrix, la tourterelle, la bécasse ,^ l'hirondelle, qui s'y trouve en toute saison ; la chouette , les hibous, dont quelques-uns ne sont pas plus gros qu'une grive ; le traquet (a), appelé par les Anglais the stonechat warbler, dont les plumes de diverses couleurs produisent un éclatant reflet ; et enfin un innombrable essaim de musiciens des bois (b) , dont quelques-uns chantent au coucher du soleil, d'autres pendant la nuit, et un très-grand nombre au lever du soleil.