‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 71 sur 79 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

4. On a tt'ouvé jusqu'à présent, en Australie, 407 espèces diff&rentéè de reptiles et d'amphibies, lesquels, divisés en nombreuses familleô, appartiennent aux divers ordres sauriens [6i espèces), opHibtÊNS (20), GHÉLONiENS (7), ÉMTDO-sAUBiBNS et genres amphibies (48).

2. Le plus grand lézard que j'ai vu dans les bois dépassait en lo&|;iieùr quatre pieds anglais. 11 était dans le voisinage d'une grande mare formée d'eau de pluie. Les sauvages lui écrasèrent la tête, et encore à moitié y\t le firent rôtir ; sa chair fut d'un excellent goût. J'en trouvai beaucoup d'autres dans des sites pierreux le long de l'eau ; et, quoiqu'ils fussent de moindre dimension, ils ne le cédaient pas au premier pour ce qui est de la délicatesse de la chair.

ta) Nous avons traduit par traquet, l'italien sait' in palo, un peu au hasard, labilç^ ornithologistes nous ont dit que ce pourrait être Vorigma rubricata^, \e rock-warbler de Goutd, petit oiseau qu'il place dans la famille des sylvîadœt dan^ la sous-famiile ^essaxicolœy genre origma. Il est peu d'oiseaux, en effet, qui aient plus fixé rallention des ornithologistes que Vortgma rubrlcata^ dont les mœiiraet la nidification sont assez singulières; seulement, le reflet de son plumage où domine un fond de rouge brunâtre ne nous semble pas répondre à répit|iè(e fplendidif, (i^),Ce titre donné aux oiseaux d'Australie est-il épigrammatique ? Au dire de certains voyageur^, ,lç cliant des tribus aériennes est en général dans l'Australie peu flatteur pour l'oreille.

3. Les colons appellent guana un lézard de la famille des Scincidœ (scincoïdiens), lequel, autant que je puis m*y connaître, n*a rien de comman avec Ft^uane américaine (a). Son corps, y compris la tête et la queue, n'atteint pas la longueur d'un pied et demi. H a la tête presque triangulaire et la langue assez cbamue ; la queue n'a que trois pouces ; elle est plate et ovale à l'extrémité, où elle s'élargit d'environ deux pouces. Il ne foit pas à l'approche de l'homme, mais il ouvre seulement sa grande bouche, se soulevant un peu sur les jambes de devant comme pour se mettre en défense. Parmi le grand nombre que j'en trouvai, quelques-uns portaient dans le ventre deux et même trois petits. La chair en est blanche et fibreuse comme celle du poulet, et à cette qualité elle réunit le goût d'un excellent poisson.

4. Le lézard épineux, appelé par les naturalistes moloch horridus, et qui est classé dans la famille des agames, appartient à une de ces espèces qui n'ont pas de prototype dans le vieux monde. Son apparence extérieure est vraiment féroce et formidable. Mais, encore qu'on le maltraite, il est incapable de faire de mal même à celui qui le tient entre les mains. Il a le corps parsemé de piqaants semblables à ceux des ronces; il en a deux un peu plus longs qui se dressent sur la tête et ressemblent à deux cornes. Son c^orps est bigarré de couleurs variées et symétriques, lesquelles sont assez vives tant que l'animal jouit de toute sa force vitale ; mais elles pâlissent quand l'animal est longtemps privé de sa liberté, et elles s'effacent com-. plétement dès qu'il est mort. Ses yeux sont petits et d'une rare beauté. Il pond de douze à quatorze œufs de la grosseur de ceux du passereau. Sa longueur, y compris la tête et la queue, ne dépasse pas un pied et demi. Il m'est arrivé de renfermer par mégarde un de ces petits animaux dans une caisse où il demeura bien trois mois ; néanmoins, je le retrouvai encore en vie, mais avec des couleurs très-pâlissautes ; pendant tout ce temps il ne put se nourrir que de terre. Les indigènes l'appellent mincin, les colons diable des bois.

5. Entre les individus de la famille des viperidœ (6) se trouvent le boa palpebrosa, la vipère acanthophis, et la vipère sourde {deaf adder), ainsi appelée par les colons anglais. Celle-ci, à raison de l'exiguïté de son corps aussi bien que de sa surdité même, ne fuit pas à l'approche de

(a) La distinction à faire entre ces guanas et l'iguane américaine est de toute évidence, puisque F iguane n'offre point les traits caractéristiques des sciucoïdiens, surtout la disposition des plaques cépbaliques de ceux-ci et les plaques imbriquées qui recouvrent le reste du corps.

(Jb) D'après Schiégel, il y a identité eutre la vipère acanthophis et le serpent appelé par Shaw, boa palpehrosa. Celle dernière dénomination, quant au mot hoa, paraît avoir été déterminée , ainsi que pour la vipère echis , par la conformation de la queue. Aujourd'hui qu'on sépare soigneusement les serpents veniineux de ceux qui n« le sont pas, cette dénomination serait surannée. Quant à l'épithète palpehrosa elle indique la disposition de certaines plaques superciliaires.

l'homme, ce qui fail qu'il est très-difficile de Tévitet dans les bois. Elle n*a que quelques pouces de longueur ; elle est un peu plus grosse vers le milieu du corps et a la tête plate. Elle a le dos tacheté de plaques rouges et blanches ; sa queue, qui est bifurquée, lui sert à saisir avec ténacité les objets, et est armée, au rapport des naturalistes, d'un aiguillon très-aigu, dont les piqûres, assure-t-on, deviennent mortelles.

6. Les serpents comptent de nombreuses espèces en Australie, et à l'exception de celui qui est connu des colons sous le nom de diamond' snake, tous les autres sont plus ou moins venimeux. Ce serpent diamant surpasse tous les autres en longueur ; il atteint jusqu*à la longueur de quinze pieds, mais les individus de cette espèce sont rares. Entre les serpents dont la morsure est mortelle , nous remarquerons principalement le noir et le brun, qui, d'après quelques observateurs, seraient le mâle et la femelle. Ils fuient à l'approche de Thomme, et s'ils se voient poursuivis, ils se précipitent dans Teau et s'y tiennent cachés jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que le danger est passé. Ils mordent pourtant, s'il arrive que par mégarde on leur marche dessus. Un chien mourut au bout de quelques minutes pour avoir été mordu par un de ces serpents dont la tète était néanmoins depuis assez longtemps séparée du tronc» Il y avait à Sydney un homme qui vivait dans la plus grande familiarité avec toute sorte de reptiles; il les portait dans son sein ; il dormait avec eux dans son lit ; il les retirait avec la main nue d'un sac où il les tenait renfermés par centaines; et jamais il n'a élé mordu.

On rencontre en Australie un petit serpent, sur le dos duquel s'élèvent deux petites ailes, ou nageoires semblables à celles des poissons ; elles lui servent à s'élancer et à se soutenir assez longtemps en Pair ; les colons lui ont donné pour cela le nom de serpent ailé. Un autre, appelé par les naturalistes ronia catenulata (a) , présente pour singularité deux petites pattes à l'endroit où la queue fait sa jonction avec le corps.

Au milieu d'un bois je trouvai un serpent long de sept pieds, ayant quatre pouces de grosseur, qui avait avalé un kanguroo-rat du poids au moins de huit livres. Les indigènes m'apprirent que ce serpent commence par lécher assez longtemps sa proie, et que séparant ensuite ses mandibules par une ouverture démesurée, il l'avale petit à petit, en commençant par la tête.

7. Tous les reptiles de l'Australie engraissent pendant les mois de juin et de juillet, c'est-à-dire dans la saison d'hiver; comme aussi leur venin est plus subtil et plus puissant , dans les mois de décembre et de janvier, c'est-à-dire dans la saison d'été.

(à) Serait-ce peut-être l' hysieropus novœ UoUandiœ de MM. Ûuméril et Bi* bron ? Celui-ci est un petit aDimal qui a reçu bien des noms ; c^est le bipes de Cuvier et de Lacépède ; le pygopus lepidopusy de certains autres naturalistes; ronia cate^ nulata pourrait bien être un de ces noms. Il y a aussi en Australie uu autre saurien bipède appartenant à la famille des scincoïdiens et appelé lialis.

asî APPENDICE.

Les serpents venimeux ont aux deux côtés delà tête une glande spéciale, dans laquelle se conserve le venin, et qui communique par un petit canal avec certaines dents de la mandibule supérieure, qui sont percées au centre et sont plus grandes que les autres dents. Il est à remarquer que si ces dents viennent à se briser, elles sont remplacées par d'autres. Le fluide délétère produit, après l'injection, des effets plus ou moins funestes, selon Tespèce de l'animal, le climat plus ou moins cbaud, la saison, la grandeur relative des individus, et enfin le degré d'irritation où se trouve le serpent. Le venin ne manifeste sa puissance qu'après avoir été absorbé et porté par la circulation dans la masse du sang ; mais l'effet est si prompt qu'on a vu des chiens mourir quinze secondes après la morsure. Si l'animal venimeux se mord lui-même, il meurt aussi promptement que ses victimes ; mais si on lui verse dans la bouche le fluide mortifère, quoiqu'il passe dans les voies digestives, il ne lui f^it aucun mal.

8. On trouve en Australie beaucoup d'espèces de tortues. Lqs petites, appelées hydraspis ausiralis et chelonia ohlonga , pèsent trois à quatre livres, et elles ont cinq ou six pouces de long, sur trois ou quatre de largeur (a). Elles se trouvent dans les étangs d'eau douce et aus$i d'eau saléç; elles fournissent aux indigène^ un aliment de prédilection. Il parait au'ea hiver elles se cachent dans la vase ; car en pratiquant des trous dans le voisinage des eaux, on y a trouvé des tortues à l'état de léthargie. Elles ont la vitalité tellement persistante, que bien des fois, après même qu'on leur avait coupé la tête , elles continuaient encore de marcher longtemps. La chelonia longicollis a sept pouces de long , sur six de large : une tQrtue de cette espèce avait onze pouces de long et son cou à peu près autant. Les tortues vertes doivent pour leur prodigieuse grandeur figurer à l'autre point extrême de la classification : elles ont sept pieds de longueur, et trois ou quatre de largeur ; elles pèsent cinq à six cents livres et quelquefois huit cents. De leur chair on extrait une huile bonne à brûler et on peut même s'en servir pour assaisonnement quand elle est encore fraîche. Elles n'ont pas de dents; elles déposent leurs œufs trois fois l'année dans le sable , souvent au nombre d'une centaine , ou même plus. Les œufs §ont ronds, de deux ou trois pouces de diamètre ; et ils peuvent éclore après avoir été un mois exposés aux rayons du soleil.

9. De l'ordre emydo sauriens, et de la famille crocodilœ , on trouve le crocodile vulgaire. Un individu de cette espèce fut rencontré par le capitaine Cook à l'embouchure du fleuve Endeavour, et plusieurs autres depuis

(a) La première de ces deux espèces est probablement Vkydraspis macquaria ou emys macquaria de MM. Duméril et BibroD (genre platémyde). La deuxième doit être la chelodina longicollis ou emys longicollis des méme^ auteurs (genre platéiQyde). Toutes les deux appartiennent à la famille des tortues paludines ou elodites (tortues de marais). La tortue verte, dont parle ensuite l'auteur, appartient à la famille des tortues thalassites ou tortues de mer.

par d'autresnavigateurs, sur divers points de l'Australie. Cet animal, que les Anglais appellent crocodile et alligator, ne pouvant pas prendre sa nourriture dans l'eau, traîne sa proie sur la rive ; et avant de la manger il Ty laisse plusieurs jours, jusqu'à ce qu'elle commence à se corrompre. Il nage avec une grande rapidité, et il n'est pas moins agile à marcher sur terre; il attaque avec audace l'homme lui-même , qui ne peut se sauver qu'en faisant avec prestesse des tours et détours, parce que le crocodile ne peut que difficilement se plier sur lui-même. Avant de déposer ses œufs , qui peuvent être une vingtaine par chaque couvée, il creuse son nid en terre; la femelle le garde, et nourrit les petits pendant quelques mois.

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