CHAPITRE V
4 . Les entomologistes ont découvert beaucoup d'espèces d'insectes sur les différents points du continent australien , en outre des i 82 espèces qui vivent dans la seule partie occidentale, sur lesquelles 80 et plus étaient nouvelles pour la science. Je parlerai seulement de quelques-unes de ces espèces d'une manière très-succincte.
2. Parmi les espèces très-diverses de papillons , qui se reproduisent avec autant de fécondité que dans le vieux monde , plusieurs sont d'une rare beauté. Vhécatésia thyridion, Vhesperia, Yagagles amicus, et autres espèces tout à fait nouvelles, appartiennent à la partie occidentale, où Ton observe également une espèce semblable en grandeur et en beauté à la violette des Français.
3. L'abeille australienne est semblable à la nôtre : elle est armée d'un aiguillon (a) et dépose dans le creux des arbres son miel , dont les indigènes sont avides, quoiqu'il soit plutôt acidulé que doux. On ne les trouve que dans la partie orientale et la partie septentrionale, aussi bien que les calabroni solitarii ( frelons solitaires ).
4. Les sauterelles {cavallette) sont un véritable fléau, là surtout où la culture des céréales prospère le mieux. Un autre fléau des champs, ce sont les chenilles : elles apparaissent à l'improviste et en nombre quelquefois inimaginable, surtout dans la partie orientale, où elles détruisent la végétation dans de longues étendues de terres.
5. Les cigales sont à peu près de la dimension des abeilles. Elles se po-
(a) L'auteur est ici en désaccord avec ceux qui, voulant multiplier les contrastes eotre l'Australie et les autres contrées, ont prétendu que les abeilles n'y ont pas d'aiguillon.
3ê« APPENDICE.
charge de les dépecer el de les introduire dans Tintérieur. La circonférence extérieare d'une fourmilière dépasse souvent trente pieds anglais.
i 4 . Autant est chétive Tapparence de l'insecte connu des Anglais sous le nom de fourmi blanche (a) , autant ses opérations et les effets de sa voracité frappent d'étonnement quiconque les observe de près. Elle est longue d'un tiers de pouce, et de couleur blanchâtre ; dans sa forme elle a plus de ressemblance avec le pou, qu'avec la fourmi dont elle a pris le nom. Ces insectes forment comme des châteaux de quatre à cinq pieds de hauteur, et de huit ou dix de circuit. Ils y habitent en grand nombre , et y déposent leurs œufs. L'économie et la construction de ces châteaux est vraiment admirable; il s'y trouve des cellules de différentes dimensions, des dépôts, des passages, et une seule porte très-petite en forme l'entrée. Us sont cimentés avec une telle solidité, quoique les divisions et sous-divisions et la voûte même n'aient pas une épaisseur plus grande que celle d'un colonato (6), qu'ils peuvent résister même au poids d'un chariot, si chargé qu'il soit. L'ensemble de cette sorte d'ouvrage décèle l'instinct prodigieux de ces petites bêtes. On trouve beaucoup de ces châteaux le long des bois; et j'en comptai un jour, dans l'espace de moins d'un mille carré , plus de quatre-vingts.
L'alimentation de cet insecte semble être exclusivement végétale, et il n'y a sorte de plante qui résiste à sa voracité. Le bois qui, pour sa dureté, est appelé bois de fer, est lui-même rongé à la longue par cet insecte ; de sorte que si l'on plante un pieu fait de ce bois, au bout de quelque temps il tombe, parce que les fourmis blanches en ont détruit toute la partie qui était en terre. Quelquefois on voit tomber par terre des arbres gigantesques encore beaux à voir avec tout leur feuillage ; ils ont été intérieurement minés et corrodés par ces insectes. Il est difficile de trouver des arbres que la fourmi blanche ait respectés, et dont on puisse faire usage pour la construction. Lorsque ces insectes veulent passer d'un arbre détruit par eux à un autre, ils fabriquent pour leur passage une voûte très-bien cimentée, comme pour se défendre ainsi du vent, de la pluie, et principalement de la lumière, dont ils semblent ennemis. Notre mission eut à soufirir la perte de plusieurs ouvrages classiques imprimés, qui devinrent la proie de ces animaux voraces ; nous avions des caisses pleines de livres desquels il ne resta autre chose que la reliure et les marges.
42. Un matin, ayant quitté le lit que je m'étais fait sous un arbre avec quelque peu d'herbes sèches, je sentis un prurit extraordinaire au bras
(a) Et des naturalistes sous le nom de termites. On peut dire que c'est un genre voisin àes pso<f lies ou poux de ùoisy malgré la petitesse de ces derniers.
(h) Le colonato est le nom d'une monnaie espagnole appelée diiro ou peso diiro et connine en Italie sous le nom de colonato, parce qu'elle porte l'effigie des colonnes d'Hercule.
par d'autres navigateurs, sur divers points deF Australie. Cet animal, que les Anglais appellent crocodile et alligator j ne pouvant pas prendre sa nourriture dans l'eau, traîne sa proie sur la rive ; et avant de la manger il Ty laisse plusieurs jours, jusqu'à ce qu'elle commence à se corrompre. Il nage avec une grande rapidité, et il n'est pas moins agile à marcher sur terre; il attaque avec audace l'homme lui-même , qui ne peut se sauver qu'en faisant avec prestesse des tours et détours, parce que le crocodile ne peut que difScilement se plier sur lui-même. Avant de déposer ses œufs , qui peuvent être une vingtaine par chaque couvée, il creuse son nid en terre; la femelle le garde, et nourrit les petits pendant quelques mois.