‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 75 sur 79 · Un des plus majestueux végétaux de l'Australie est le mo · texte numérisé non relu

Un des plus majestueux végétaux de l'Australie est le mo

gano (a) ou eucalyptus robusta, qui vit dans les terrains sablonneux. Le tronc de cet arbre, depuis la superficie de la terre jusqu'à la première branche, dépasse quelquefois cent quarante pieds de hauteur ; il en a trente de circonférence. Souvent j'ai dormi, étendu tout à mon aise, dans le creux de quelques-uns de ces arbres en plein état de végétation. Il produit un fruit semblable, pour la forme, à une pipe à fumer, dont se nourrissent les kanguroos et autres mammifères marsupiaux. Son bois est celui qui attire le moins la dent dévastatrice de la fourmi blanche. Il est de couleur rouge- obscur; on peut remployer à toute sorte d'usage ; il se fend avec facilité, et est très-pesant.

4. On remarquera un arbre qui , par sa forme extérieure, ressemble beaucoup à certaines espèces de pins, c'est celui que les naturalistes appellent callitris pyramidalis. Son bois est de couleur jaune-vif; il est trèscompacte ; il répand une odeur suave; les feuilles ont une teinte vert-obscur.

5. Le s AND AL (sandalum latifolium) est, sans aucun doute, un des végétaux les plus précieux de ce continent. Le bois du tronc est de couleur jaunâtre, facile à débiter, et répand une odeur très-suave. Il n'atteint presque jamais la hauteur de douze pieds ; il se trouve dans la partie occidentale.

Les Indiens et les Chinois, avec lesquels les colons de Swan-River font un grand commerce de bois de Sandal, l'emploient pour leurs plus délicats ouvrages de marqueterie, et brûlent en guise d'encens les résidus de la sciure. Mainte et mainte fois, au milieu des forêts, je brûlai à plaisir des souches de ce bois précieux, qui prospère dans tout terrain fertile.

6. Un arbre qui a beaucoup de rapports de ressemblance avec le mogano, est Yeucalyptus resinifera ou red-gum-tree des colons. Cet arbre est, de tous ceux de l'Australie, le plus utile et le plus avantageux à l'homme, non pour ses fruits, qui sont semblables à ceux du mogano, mais bien pour la gomme qu'il distille et qui est de couleur rouge. Je l'administrai bien souvent le matin, dissoute dans une infusion de thé, ou même avant de prendre cette infusion, dans deux pilules de la grosseur d'une aveline, et le soir les personnes malades étaient délivrées de leur mal. Il faut pourtant faire attention que Yabus de cette gomme pourrait produire la paralysie.

7. Les indigènes appellent duotta une espèce é^eucalyptus, dont le bois de couleur blanche, quoique ayant la dureté du fer, est pourtant rongé par la fourmi blanche de préférence à tout autre, comme nous avons dit plus haut. Les cavités de certains de ces arbres conservent souvent de l'eau de pluie de la saison du printemps à celle de l'été. Les indigènes la font

(a) Nous pensons que ce doit être une corruption du mot anglais wolinrrnt,r^ qui signifie acajou. On a effectivement donné à cette espèce le nom d'acajou d'Australie ; au reste, le nom eucalyptus^ qui signifie en grec bien coiffe, est donné à res arbres à cause d'une espèce de coiffe qui recouvre la fleur avant son épanouissement, et tombe ensuite lorsque les étamines la poussent en se développaut.

sourdre au dehors en pratiquant un trou dans les nœuds du tronc; et ils s'y désaltèrent comme à une source limpide ; ensuite ils bouchent l'ouverture pour se servir en une autre occasion de l'eau qui est restée. J'en ai bu plusieurs fois ; je l'ai trouvée salubre , mais non agréable au goût. L'écorce des racines de cet arbre est un des aliments dont se nourrissant les indigènes : ils la font griller, la pétrissent, et après l'avoir mâchée, la rejettent de la bouche. Ils tirent aussi de ces mômes racines des vers de couleur jaune , de la longueur de l'index de la main d'un homme, et s'ep nourrissent de la manière indiquée ci-dessus.

8. L*arbre nuvtsia-florida, appelé par les colons cabbage-tree, pf'odqit des fleurs très-belles, de couleur orange, lesquelles, quand elles sont dans leur entier développement , revêtent Tarbre de touffes de fleuri si épaisses , que l'on dirait un immense bouquet : ce qui est danp les \>çi\» d^un effet aussi beau qu'inattendu. Le tronc de cet arbre distille CQjqf^me des larmes* d'une gomme visqueuse et sucrée, dont les indigènes sont avides. UsTappelent ognon, nom que par analogie ils ont donné à notre sucre.

9. Les fleurs de l'arbre banksia-nivifolia, appelé par les Anglais honeysuckle, ont six pouces de long, et autant de circont'érence.EHes produisent une liqueur semblable pour le goût au miel , et quelquefois on l'obtient en telle quantité, qu'une seule fleur remplit une cuiller de table. Les indigènes les sucent, ou les mettent infuser dans l'eau pour obtenir une boisson assez douce.

10. Le ZAMiA (encephalartos spiralis) est une des espèces de palmier, dont le fruit, gros comme une châtaigne^ est un poison mortel, à moins qu'il ne soit apprêté par les sauvages. J'en ai mangé plusieurs fois et l'ai trouvé d'un goût exquis. Plusieurs Européens qui osèrent en manger sans la préparation que lui donnent les sauvages, furent victimes de leur témérité. Il a été parlé, page 313, de la méthode employée par les sauvages pour neutraliser le poison. La pelure du fruit, qui est très-mince, est de couleur rouge écarlate; il n'a de pulpe que lorsqu'il est préparé d'après le procédé qui le rend salubre; et le noyau, contenant une semence qui ne se mange pas, forme la grosseur de tout le fruit! Le zamia ne s'élève pas au-dessus de quatre ou cinq pieds ; et il en a cinq ou six de circonférence. Sa fleur produit beaucoup de fruits , ou plutôt de ces semences dont nous venons de parler; il croit dans les terrains sablonneux.

\\. Les colons appellent tea-tree, arbre à thé, un arbre de la fami|le des mélaleuques; ils l'appellent dius&i paper-bark-tree (arbre à l'écorce de papier), à raison de son écorce excessivement mince. De la feuille de ce végétal on obtient une infusion qui a quelque rapport avec celle qu'on tire du thé. En mangeant du pain que j'avais préparé de mes propres mains au milieu des bois, je m'aperçus qu'il avait une saveur assez agréable au goût , parce qu'il s'y était mêlé par hasard quelques-unes de ces feuilles.

42. Le XANTHORAHÉAy que les colons appellent black-boy, eigras-tr^e, est entre tous les arbres le plus utile aux indigènes ; puisque quand il est ^n état de putréfaction, ils en obtiennent des larves ou vers dont ils se nourrissent. C'est pour cela qu'ils déracinent et mettent en pièces tous ceux de ces arbres qui ne résistent pas à deux ou trois coups de pied. Ils se servent des feuilles de xanthorrhéa pour brûler en guiaé de torches ; pour couvrir leurs cabanes en temps de pluie; et un Us^ ces mêmes feuilles forme leur couche. La gomme résineuse qui jdt^le du tronc de cet arbre, leur sert à fabriquer et perfectionner leurs marteaux, leurs autres ustensiles, et même leurs armes. La ténacité de cette gomme, quand elle est préparée par les sauvages , surpasse celle de tout autre mastic connu en Europe. En6n ils se servent exclusivement de la tige de la fleur de cet arbre pour faire du feu. Le xanthorrhéa s'élève quelquefois jusqu'à quatorze pieds. Le tronc de Tarbre n'est autre chose qu'une agglomération des feuilles fragiles (a(, qui ont une forme triangulaire, et qui sont de la grosseur d'un demi-pouce, sur trois ou quatre pieds de long, avec une pointe aiguë à l'extrémité. La plupart des habitations des colons sont recouvertes de ces feuilles, en guise de tuiles. Le tronc étant très-résineux, brûle facilement, et entretient le feu très-longtemps : il produit une flamme si vive, que souvent j'ai lu mon bréviaire à sa clarté, comme j'aurais pu faire à la lumière d'une bougie. La hampe de la fleur atteint souvent la longueur de quatre pieds et plus, y compris la fleur dont tous les animaux, et en particulier ceux de l'espèce bovine, sont très-avides. Dans certaines localités delà partie occidentale les xanthorrhéas sont multipliés au point de rendre le passage difficile même à l'homme. Cet arbre se trouve dans toute espèce de terrain. Les indigènes le nomment balga.

43. Le KiNGiA diffère de l'espèce précédente par certaines longues et belles fleurs, qui en couronnent l'extrémité supérieure , comme aussi il en diffère par sa hauteur plus grande et sa circonférence moindre. Je n'ai vu cet arbre que dans le voisinage de Perth.

44. Entre autres arbres inconnus il s'y en trouve une espèce qui produit un fruit à grappes, semblable au fruit de l'azerolier, et d'environ un pouce de diamètre. La pelure est rugueuse, la pulpe de couleur cramoisiardent, pas très-différente de celle des groseilles, et elle a une saveur acidulée très-agréable. Cette pulpe enveloppe un noyau assez gros, rugueux, contenant plusieurs semences. Les indigènes en mangent. On n'a trouvé qu'un petit nombre de ces arbres dans la partie orientale.

15. Dans la partie occidentale se trouve un arbre dont j'ignore aussi le

(a) Il serait peut-être plus exact de dire que le tronc se formedes pédoncules de ces feuilles successivement caduques et qu'il est couronné d*une touffe de feuilles lancéolées, ou lanières, qui donnent à la tète de Farbre Tapparence d'une énorme touffe de graminées.

nom , lequel élant complétemeut privé de feuilles , est revélu en place d'épines nombreuses et cylindriques longues de deux pouces et demi , de grosseur uniforme jusques à l'extrémité d'où naît une pointe en guise d'aiguillon. Cette plante prospère généralement dans les terrains froids.

46. Les espèces d'acacias sont très-nombreuses; dans la seule partie occidentale, on n'en a pas compté moins de 430. Celle qui est appelée par les naturalistes acacia leiophila produit en abondance une gomme couleur d'ambre , qui n'est en rien inférieure à la gomme arabique. Les indigènes s'en nourrissent, et les colons de Swan-River en font commerce avec l'Angleterre. L'acacia accominata, appelée par les colons raspberry jam, distille aussi une gomme (que je trouvai d'un goût agréable, qualité que n'a pas celle du leiophila). Elle est de couleur rougeâtre et très- rare. Le bois de cet arbre est rouge foncé ; il possède une odeur agréable et une dureté égale à celle du fer.

47. On trouve aussi dans l'Australie les tristanies, et les mélia azé^ darac, dont les colons se servent pour la construction de leurs petites barques. Les thichilies, qui ont une odeur de rose ; une espèce d'ERY- TRiNA, ou arbre de corail, remarquable entre les plus brillants spécimens de la Flore des contrées tropicales par ses fleurs rouge-écarlate ; de nombreuses familles de prolacées, de myrtacées, de légumineuses , de diosmées , le tilleul , l'acacia longifolia , le xilomène , dont le bois est dur et très-beau , et beaucoup d'autres espèces de végétaux, dont quelques botanistes prétendent que le nombre monte à 4000. Dans la seule partie occidentale, on a trouvé en quelques années 4 803 plantes exotiques, 440 indigènes, et cinquante variétés d'herbes, entre autres le panicum loevinode, et I'antistherium austral, ou herbe du kanguroo, comme l'appellent les colons. C'est une chose digne de remarque que tous les arbres de l'Australie, quoiqu'ils conservent toute l'année leurs feuilles, ne se revêtent jamais d'un feuillage aussi épais que les arbres d'Europe, et la couleur verte de leurs feuilles n'est jamais aussi vive ni aussi belle que celle des nôtres (a).

48. La nature d'ailleurs dans ces parages s'est montrée par trop avare de ses dons envers l'homme, puisque, à l'exception de quelques semences ou gommes, à peine trouve-t-on dans un si vaste continent une plante alimentaire. Le règne végétal n'y offre rien qui puisse être comparé à ce que l'on voit dans les lies de l'archipel Indien, ou dans les autres lies de

(a) Ou remarquera que les feuilles en général ue s'étendent pas horizontalement, ni ne se relèvent en haut, m^U affectent une position verticale, la pointe pendante vers le sol, ce qui donne aux bouquets d'arbre et à l'orée de^ bois une apparence frangée toute particulière. Joignez à cela d'interminables festons de plantes grimpantes et parasites, qui, s'enchevêtrant de mille manières avec les broussailles {umier ^'ood)y formant, dans certains territoires, comme des murs impénétrables.

FOcéanie : au lieu de ces admirables végétaux si riches de verdure, si majestueux, chargés de produits si utiles à l'homme, TAustralie ne présente souvent que des arbustes dénués de tout fruit bon à manger. Malgré la proximité des lies Moluques et la similitude des climats , non-seulement les arbres qui produisent les épices n'ont pas traversé la mer, et ne se sont pas reproduits dans l'Australie ; mais on n'y voit même aucun des végétaux précieux dont abondent les lies voisines. L'arbre à pain (artocarpe) qui pendant huit mois de l'année donne des fruits, dont trois suffisent à un homme pour sa journée ; le bananier, si utile et si commun ; le cocotier même, cet arbre nourrissier et cosmopolite, qui croit dans toutes leslles*sauvages, tous ces arbres manquent jusque dans les parties les plus chaudes de l'Australie. Voilà pourquoi ces malheureux sauvages se voient dans la dure nécessité de se nourrir de reptiles, d'insectes nauséabondes, et parfois même de chair humaine Est-il rien qui puisse faire

naître un plus profond sentiment de commisération , dans un cœur où se conserve la vraie philanthropie , celle qui procède de la charité?

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