‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 13 sur 84 · Chauny, département de l'Aisne · texte numérisé non relu

Chauny, département de l'Aisne

2. La négociation de la cour pour faire sortir Condé de La Fère dura plusieurs mois. Une lettre qu'il écrivit à la duchesse d'Uzès, le 14 février 1580, de La Fère, donne d'assez importants détails sur ces pourparlers et sur ses propres intentions (F. fr., vol. 3387, f. 15).

Je traitté de Cambray et places voisines, pour demeurer lad. ville et souveraineté de Cambray et Cambrésis comme neutre et d'Empire, en ses mains, et les relever et tenir nuemenl dud. Empire, qu'à tel/ effectz les forces feussent levées soubz son aucloritt' pour servir de ce costé-là au but où il tendoit en Flandres, et que moyennant cela il tiendroit la main que ceux de son party entrassent en telles résolution et confédération pour le bien, honneur, repos et soulagement de Testât et couronne de France; mays il me défendit de rien descouvrir de sa volonté qu'après avoir esté présent au traicté dud. s"" duc Casimir avec le comte de Vignory et veu leurs résolutions, et, à mesure que je verrois les choses aprocher à telle conclusion, que hardiment j'y portasse son nom, le résignant entre les mains dud . s' duc Casimir pour vivre et mourir avec luy, comme ilz avoient promds et juré l'ung à l'aultre ; et surtout que je pressasse led. s" duc Casimir de haster une bonne levée, soit sur ce subject-là ou sur ung aultre ; et qu'il sentoit bien qu'on le vouloit desloger de La Fère par la force et le renvoyer à S' Jehan, pour l'esloigner de telles négotiations, dont le roy et la royne se doubtoient fort, depuis la surprise de La Fère et traicté de Cambray, joinct l'entreprise faicte peu auparavant sur la ville de Strasbourg S dont je n'estendray poinct le discours, ])Our ce qu'elle n'est passée par mes mains, mays seulement ung commendement que j'eu dud. s' prince

1. Le seigneur de Maleroy, à la persuasion du comte de Vignori et du duc de Guise, avait combiné un coup de main sur Strasbourg que le roi de France fit échouer. De Thou raconte avec détails cette alîaire (liv. 74, 1740, t. VI, p. l'iO).

d'en advertir le ma<;istrat de lad. ville, comme je tei, se sentant leur obligé pour le bon traictement ([u'il y avoil receu en sa retraicte.

Or l'affaire dud. s"^ duc Casimir avec le comte de Vignory commença à estre esventée par ceux de Sedan etGenetve, ausquclz Beutterich en avoit communiqué, de la part de son maistre, qui l'en degoustèrent ; non touteffois qu'on sceustque led. s"" prince, mon maistre, feust de ceste partye; car cela seul je sçavois, et n'y avoit personne qui en eust congnoissance avec moy que led. s' duc Casimir et Beutterich, encores n'estoitce que soubz condition de la conclusion dont ilz m'avoient asseuré. Ces bruitz-là, avec la résolution prise auparavant de retirer les villes de la conférence de Nérac, et l'envie qu'on avoit de renvoyer led. s' prince à S' Jehan d'Angely feirent résouldre par commung advis du roy et dud. s' roy de Navarre la prise des armes faict en l'année 1580^

Et de faict tost après arriva à La Fère le s^ de Guitry ^ de la part dud. s*^ roy de Navarre, chargé, ce disoit-il, de raisons très prégnantes, qui le contraignoient à prendre les armes, priant led. s' prince de s'y résouldre, ayant commission avec son advis de passer en Alemaigne, pour y solliciter du secours de bonne heure. C'estoit en peu de paroles toute la

1. Guerre civile, dite Guerre des Amoureux, commencée le 15 avril 1580, terminée le 26 novembre par le traité de Fleix.

2. Jean de Chaumont, seigneur de Guitry ou Quitry, conseiller et chambellan du duc d'Alençon, passa, après la mort de ce prince, au service du roi de Navarre dont il devint un des négociateurs favoris, surtout auprès des princes allemands. Nous retrouverons souvent Guitry dans la suite de ces Mémoires. Il mourut en 1592.

substance de ce qu'il feist entendre de la part dud. s"^ roy, son maistre, aud, s"" prince, lequel me le communiqua, me disant qu'il voyoit à présent la vérité de mes remonstrances trop évidente; que c'estoit une guerre artificieusement esmeuë par intelligence entre les deux rois pour les causes que je luy avois dict et que, tant s'en fault que ceste guerre feust utile ou nécessaire au party dud. s' roy de Navarre, que ceux des provinces les plus fortes et qui tenoient les places n'y vouloient entendre, comme il avoit senty des propos dud. s"" de Guitry, recongnoissans bien que ceste guerre ne tendoit qu'à les ruiner.

L'arrivée dud. s' de Guitry tut cause que led. s'^ prince, avant que se résouldre et laisser aller led. s"" de Guitry plus oultre, m'envoya en diligence en Alemaigne, et, pour éviter le danger des chemins qui estoient desjà guettez, me donna ung cheval avec lequel je fei la nuict le voyage jusques à Sedan, d'une traitte, pour voir ce qui se résouldroit par la communication dud. s'^ duc Casimir avec le comte de Yignory; affin que, si l'affaire réussissoit et que je visse la conclusion prise et les armes se lever, j'entrasse de sa part en ceste négotiation, par le moyem dud. s"" duc Casimir, auquel je portois parole dud. s' prince de faire avec luy tout ce qu'il verroit estre pour le mieux; me commendant led. s^^ prince de ne me descouvrir ny communiquer aud. s' comte de Vignory, ains de laisser tout faire aud. s"" duc et tascher seulement d'estre en lieu où, pour asseurance de toutes choses, je peusse voyr leurs discours et délibérations sans estre veu dud. comte de Vignory. Et feist néantmoings led. s' prince entendre aud. s*^ de Guitry qu'il m'envoyoit jjour

communiquer avec led. s' duc sur les causes de sa venue et tascher à le disposer à l'intention dud. s' roy do Navarre; et que, suivant ce que je rapporterois, on adviseroit s'il seroit expédient de prendre les armes ou non; car led. s'^ prince avoit aussy bien descouvert aux propos de Guitry qu'il n'alloit pas en Alemaigne pour solliciter du secours, mays, soubz ceste couleur, pour l'empescher artificieuscment, comme avoit faict led. s' de La Personne, et advertir led. s"^ roy de Navarre, à cet effect, quand il seroit temps de conclurre la paix, qui seroit aussy tost commencée à traicter que les armes prises.

Guitry feist mine de n'estre content de tant attendre, asseurant tellement la guerre qu'il ne falloit plus dilayer, disoit-il; et touteffois, ne pouvant aller en Alemaigne, sans risque, que par nostre moyem, ny estre receu dud. s' duc Casimir qu'avec l'entremise dud. s"^ prince, il fut contrainct de patienter; qui fut la cause qu'il me fut commendé de faire une telle traicte, craignant que led. Guitry donnast advis de mon partement pour me faire surprendre, doubtant que je feusse chargé d'affaires de conséquence à luy cachées ; ce que je fei et passay oultre en telle dihgence que j'arrivay à S' Nabor' presque aussy tost que led. s''de Malroy, que je rencontray, après disner, dans les boys au devant de Ilonbourg, qui ne sçavoit rien de moy ; et je sçavois qu'il alloit pour la conférence avec led. comte de Vignory. Nous allasmes de compaignye; et, en discourant ensemble par les chemins, je senty qu'il portoit asseurance de la venue dud. comte, lequel le suivoit.

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