‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 16 sur 84 · Il s'agit de la négociation de Vignori avec Casimir · texte numérisé non relu

Il s'agit de la négociation de Vignori avec Casimir

vieilles et nouvelles soldes qu'aud. s' prince et à son party; lequel poinct arresta tout, disant led. comte de Vignory qu'il n'avoit charge de nommer les [)laces, mays que, s'il plaisoit aud. s' duc les nommer, il retourneroit en poste vers led. s*" duc de Guyse, son maistre, et rapporteroit en diligence tout contentement. Led. vS"^ duc répliqua que led. s"^ duc de Guyse congnoissoit mieux les places, que luy et mons'" le duc de Meyne, son frère, avoient en leur puissance, que nul aultre; qu'il leur en pourroit demander qui ne seroient pas à leur dévotion. Led. comte pressa led. s^'duc de les nommer affin d'éviter longueur et voyages qui ne faisoient qu'esventer l'affaire. Led. s' duc deist: « Au nom de Dieu qu'il ne tienne pas à cela que tout n'aille bien! Je me doubte bien pour Metz qu'il y auroit lr<)|) de difficulté, à cause de la citadelle, » mays que Thoul et Verdun estoient plus aisez pour le gouvernement de Metz; pour la Bourgongne, Chalons et Langres; et pour la Champagne, Ghalons, S"" Menehould et Rocqueroy; que, par le moyem de telles asseurances qui seroient mises ez mains de personnes agréables, led. s' prince de Condé porteroit son party à ceste négotiation et luy la faveur d'Alemaigne, et que, pour comljle de sa confidence, il espéroit avoir tant de crédit vers led. s"" prince que de luy faire espouser la fille dud. s' duc de Guyse; et, quant à luy, qu'il avoit une fille unique desjà grande et estoit par ce moyem disposé de la donner au tîlz '

{. Charles de Lorraine, quatrième duc de Guise, fils de Henri (le Lorraine ei de Catherine de Clèves, ne le "20 aoùl 1571, mort en 1040 en exil eu Italie.

dud. s"^ duc de Guyse, avec ung beau mariage et espérance de tous ses meubles et acquetz, qui valoient ung milion d'or, sans toucher au Palatinat ; et qu'il avoit telle auctorité sur le duc de Bouillon qu'il luy feroit prendre encores une aultre princesse de la maison dud. s' duc de Guyse, telle qu'il seroit advisé; et que par ce moyem lesd. s" prince, duc de Guyse et luy seroient troys testes en ung cliapperon et feroient bien les affaires publiques et les leurs particulières.

Led. s"" comte de Vignory confessa que ces allianceslà rendroient l'association indissoluble et en feist grand cas, s'asseurant que son maistre en seroit très joyeux, mays qu'il demandoit beaucoup de places et de conséquence ; que touteffois il est oit bien asseuré que son maistre faisoit tant d'estat de la parole et alliance dud. s"" prince et de luy qu'il n'y auroit rien qu'il ne feist pour parvenir à leur amitié et sauver par leur bonne intelligence les deux partiz de la ruine projectée par les deux roys; qu'il feroit toute diligence et en rapporteroit résolution au plus tost qu'il pourroit aprocher son maistre, en lieu non suspect. Qui fut en substance la conclusion de ceste conférence, sur laquelle led. s"" comte de Vignory partit, la deuxiesme nuict après son arrivée et avec luy led. s' de Malroy.

Et lorsqu'ilz feurent partiz, led. s"^ duc entra en discours avec moy, me demandant ce qu'il me sembloit de sa négotiation, que je ne peu que louer grandement, pour l'ordre qu'il y avoit gardé, et qu'à la vérité le nœud de l'aflhire consistoit aux asseurances et la fermeté aux alliances, sans quoy on ne se pouvoit pas bien résouldre et fier à des princes qui avoient tousjours fàict paroistre leur mauvaise volonté envers

le party et maison dud s' prince ; que je le remerciois très humblement de la peine qu'il avoit pris de parler pour mon maistre et se faire fort de luy, qui ne le desdiroit jamais. Sur quoy j'estois en volonté de retourner promptcment vers mon maistre; mays led. s" duc voulut que j'attendisse près de luy le retour dud. comte de Vignory ou qu'il eust de ses nouvelles pour le moings, pour porter une résolution asseurée à mon maistre d'ouy ou de non ; et que cependant en ma présence il leroit une bonne dépesche à tous ses colonelz, pour prendre asseurance de leurs reittersmaistres de ne s'obliger à aultre quelconfjue , et feroit de mesmes par le colonel Maridesloo envers les aultres colonelz du roy, ses compaignons, et que cependant discourrions et esbaucherions les affaires; à quoy je n'osay contredire , le suppliant de me permectre donc d'envoyer vers mon maistre, affin qu'il ne feust en peine de mon service, ce qu'il trouva bon. Et escripvit comme moy, m'ayant prié de dresser les lectres de telle substance que mon maistre les peust monstrer aud. s"" de Guitry pour le contenter, ce que je fei sur la dépesche faicte ausd. colonelz, comme attendant leur response; et, par une aultre lectre que mon homme donna à part à mon maistre, je luy touchay briefvement par nng jargon, d'entre liiy et moy tout le sommaire de la conférence, sans nommer personne, avec ung ad vis du commendement que je receu dud. s"" duc Casimir de le solliciter de ne se laisser poinct enfermer; et que, s'il estoit pressé, il se retirasl ù Cambray ou à Sedan , sinon qu'il vint en Alemaigne, où il seroit le bien venu; et led. s' duc me feist encores adjouster (|nr led. s' prince ne traictast poinct avec

led. s' duc de Bouillon pour se retirer chez luy, mays qu'il vint à Sedan et y demeurast, espérant faire que ce jeune prince-là feust aussy de la partye traictée en la conférence, et qu'il en désiroit faire une bonne alliance, atFin de s'ayder de ses places, selon l'espérance qu'il en avoit donné aud. s*^ comte de Vignory. Mon homme arriva à La Fère les festes de PasquesS où il donna toutes mes Icctres aud. s' prince (qu'on avoit prins pour l'en mectre dehors par beaucoup de sortes de négotiations : une de la royne mesme, dont ay parlé cy-dessus, et une aultre des s"^' de La Marsilière, conseiller au grand conseil, choisy par le roy, de l'advis du s*" de Vileroy, comme personnage foi't advisé, modéré et sage, encores qu'il feust de la Religion, et Beauvoir La Nocle, qui portoit le secret, duquel on ne s'estoit descouvert aud. s' de La Marsilière, homme de bien, et qui, n'ayant usé en ceste négotiation que de la voye ordinaire, tomba en soupçon dud. Beauvoir d'avoir adverty led. s"^ prince du secret de sa charge; et en fut empoisonné par led. La Nocle à Paris, de crainte (ju'il en parlast dadvantage, dont il mourust tost après, estant de retour en son chasteau de Moulins); lequel, se voyant menacé d'ung siège, pour estre les armes prises par le roy de Navarre à cet effect et ne se pouvant bien asseurer dans Gambray, à cause des pratiques dud. s'" duc d'Alençon, se résolut quelque temps après de sortir de La Fère , y ayant laissé une forte garnison et le s' de Mouy pour gouverneur^. Et, tirant à Sedan, prié de n'y entrer,

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