‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 25 sur 84 · Le comtat Venaissin · texte numérisé non relu

Le comtat Venaissin

MÉMOIRES DE LA HUGUERl-E. 75

aussy tost que led. s"" prince seroit hors de la province. Et, bien que peult estre led. s"^ de Lesdiguières n'en feust pas content en son ame, voyant ung tel supérieur, et qu'il eustprèsde luy des gens qui luiferoient trouver cela très mauvais, pour ce que par ce moyem le prouffit leur eschapperoit de la main, entre aultres le conseiller Galignon *, qu'ilz tenoient avoir une secrète intelligence avec led. s'^ roy de Navarre et trahir lad. province, pour ruiner toute leur défense et les faire passer par sa volonté, si est-cequ'ilzn'oseroient jamais y contredire. Quoy considérant, et que cet affaire avoit ung bon fondement en lad. province, je leur promis d'y tenir la main, les exhortant de tenir cela secret, procurer et advancer sourdement cet affaire entr'eux et en faire venir le goust aux provinces voisines, par le moyem de leurs confidens, et que, lorsque led. s*" prince seroit en Languedoc, je mesnageroie le semblable aux occasions, avec les gens de bien, et y disposerois l'esprit dud. s' prince sur Testât de vSes affaires et le juste mescontentement qu'il avoit de se voir mesprisé par led. s' roy de Navarre ; et, lorsque l'affaire seroit hors de contradiction, les trois provinces en requerroient led. s'^ prince et l'obtiendroient aiséement de luy, notamment s'ilz faisoient diligence de mectre ensemble les deniers de lad. levée, qui estoit le vray moyem d'y parvenir ; qu'ilz avoient raison de dire que c'estoit le vray expédient pour guérir leur division, mays que je passois plus oultre,

1. Geoffroy Soffrey de Calignon, né à Saint-Jean, enDauphiné, d'abord secrétaire et confident de Lesdiguières, puis secrétaire et enfin chancelier du roi de Navarre. Sur sa mission auprès de ce prince, voyez d'Aubi,i,né, 1626, col. 1075.

les asscurant que c'estoit le seul moyem de conserver le party et led. s' prince tout ensemble, ayant lesd. troys provinces la commodité de faire les fondz pour la levée d'Alemaigne et Suisse, et, leurs garnisons fournies, de mectre ensemble en campaigne dix mille hommes de pied et deux mille bons chevaux pour y joindre. A quoy nous demeurasmes résoluz à nostre parlement de Dye, d'où nous feusmes conduitz par quatre cens gentilzhommes dud. pais de Dauphiné, les mieux montez et armez du monde, jusques à Li\Ton, où led. s' de Blacons, gouverneur, et plusieurs aultres gentilzhommes traittèrent led. s' prince en passant pais.

Et ayans passé le Rhosne au Ponsin * , au dessoubz dud. Livron, vinsmes au giste en la ville de Privaz, en Viverais, où nous commençasmes aussy à voir de grandz désordres en l'administration des affaires. Et remectant led. s' prince à y remédier en une assemblée de toute la province de Languedoc, par l'advis du s"^ de Vacherolles ^, gouverneur de Viverais, jecta les fondemens de lad. levée de deniers et moy de lad. négotiation pour la demeure dud. s"^ prince à Aurenge,

1. Le Pouzin, village situé au confluent de TOuvèze et du Rhône, presque en face de l'embouchure de la Drôme. sur laquelle est Livron. La petite ville de Livron est célèbre au xvi" siècle par le siège heureux qu'elle soutint contre Henri III en 1575 et 1576.

2. La Huguerye désigne probablement le capitaine Vacheresse, qui était, non pas gouverneur du Vivarais, mais le plus important capitaine de partisans du pays. Voyez deThou, liv. 55, 1740, t. IV, p. 750. Le gouverneur du Vivarais, en 1580. était le s. deTournon. capitaine Je cinquante hommes d'armes (Hist. du Lani/uedoc, t. V, p. 383).

qui fut trouvée fort bonne, s'y affectionnans les plus authorisez aud. pais de Viverais pour la faire découler en tout le reste du pais par leurs confidens. Et ayant passé la rivière à La Gorce\ avec l'escorte de l'infanterie dud. pais, nous arrivasmes à Uzès et à Nismes, au commencement de novembre aud. an % où mons" de Gliastillon, filz digne de son père-, gouverneur du bas pais de Languedoc, receut led. s'^ prince fort honorablement et led. s' Beutterich, envoyé de la part de son maistre pour faciliter les affaires en ce qui deppendoit de son authorité, pendant qu'il faisoit la levée.

Nous avions eu affaire en Dauphiné à ung bon nombre de brave et honorable noblesse, capable de raison et remonstrances, mays nous feusmes de bonne heure advertiz que nous trouverions en Languedoc des cervelles estranges et des humeurs fort difficiles à manier, peu ou poinct de noblesse, les affaires entre les mains d'ung peuple bizarre, dissimulé et avaritieux ; pourquoy je remonstray aud. s"^ prince qu'avant que descouvrir l'occasion de son voyage il estoit expédient qu'il employast quelques jours à recongnoistre ce peuple-là et ceux qui avoient plus d'authorité aux affaires et luy pouvoient plus servir, pratiquer leur bonne volonté et dévotion à son service

1. La Gorce, près de la rivière de l'Ardèche (département de l'Ardèche) .

2. D'après le marquis d'Aubais, Condé arriva à Nîmes le 14 novembre 1580 {Pièces fugit. pour servir à l'Hist. de France, in-4", t. II. Mémoires de Merle, p. 18).

3. Ghâtillon (t. I, p. 291, note), ûls de l'amiral Goligny, commandait le parti buguenot dans le Haut-Languedoc. Voyez les Pièces fugitives du marquis d'Aubais, t. II, Mémoires de Merle.

par sa communication douce et familiaire, telle (jnil est requis d'ohserver en l'estat de leurs affaires plus populaires qu'aultrement, comme le natun'l dud. s' |)rince doux et hening y estoit l'oit propre. Et delaict, en peu de jours, pratiquant ceste voye, il y acquist une grande bienveillance, jusques à admirer ce bon prince et dire publi{|uement qu'il estoit ung tel prince qu'il leur convenoit pour estre deschargez des harpies et sangsues qui leur succoient toute leur substance, soubz l'authorité dud. s"^ roy de Navarre, lequel consommoit en dons et bienfaictz ce qui estoit destiné aux affaires publiques, en gratifiant la dame de Théligny ' et plusieurs aultres, desquelz il se servoit pour mainctenir son authorité en lad. province; et puis dire qu'ayant led. s' prince esté visité de tous les ordres de lad. ville, celuy que nous redoubtions le plus, composé des plus advisez, qui estoient ceux de la chambre mi-partye et du sage présidial de Nismes ^ faisant porter la parole par le président de Clausonne^ avec apparat, ilz se trouvèrent si

1. n y a deux dames de Téligny célèbres au xyi" siècle. La première, tille de Coligny (t. I, p. 31, note 1), alors réfugiée en Suisse, épousa plus tard Guillaume le Taciturne. Aubery du Maurier a écrit sa vie (Mhnoires sur l'hisl. des Prov. unies, 1754, t. I, p. 278). La seconde était Marie de Launay, épouse de Odet de La Noue, seigneur de Téligny, fils du célèbre La Noue. L'indication de La Iluguerye et l'insinuation qui l'accompagne nous paraissent absolument invraisemblables pour ces deux dames.

2. La chambre mi-partie du Languedoc, c'est-à-dire composée par moitié de conseillers huguenots et catholiques, avait été établie par le traité de Monsieur, non pas à Nimes, mais à Montpellier [Hist. du Languedoc, t. V, p. 348).

3. (luillaume Roques, seigneur de Clausoune, président au parlement de Toulouse, magistrat protestaul, cité par de Thou pour son courage (liv. 30, 17'iO, t. III, p. 5071, tenait un rôle important

estonnez de la rcsponse (|ue led. s"^ prince leur feist sur le champ, à l'issue de son disner, sur tous les poinctz de leur discours et renionstrance, plaine de douceur et humanité et entrelassée d'une telle gravité de propos qu'en eurent opinion qu'il avoit esté adverty de leur résolution et s'cstoit préparé à leur faire telle response. Me prenant à part led. s"" président et me priant luy faire ce plaisir de luy donner une coppie de ceste si sage et gratieuse response qui les obligeoit tous à estimer et honorer ce prince plus que telz qui avoient consommé toute leur aage aux estudes, je luy diz en me soubzriant que cela n'estoit en ma puissance, que c'estoit chose non préméditée et à laquelle led. s"^ prince n'avoit pensé qu'après l'avoir ouy ; dont il entra en une grande admiration, et s'adonna et toute sa compaignye à aymer et honorer ce prince et à faciliter de leur authorité toutes ses intentions, recepvant aussy led. s*" de Clausonne en son particulier tout ce qu'il pouvoit désirer dud. s"" prince, pour le secours de sa famille qui n'estoit pas si bien pourveue que ses vertuz et qualité le méritoient.

Ayant led. s"" prince si heureusement jecté ung si bon fondement de ses desseings, résolut, en son conseil, de faire ouverture de l'occasion de son voyage, ce qu'il désira estre faict seulement à personnes de confidence, choisies de tous les ordres, et que nous avions desjà pratiqué et rendu capables de toutes bonnes choses, pour en faire rapport soit en assemblée générale, s'il

dans le parti huguenot du Haut-Languedoc {Hist. du Languedoc, t. V, p. 330 et suiv.). On le retrouve en 1583 à Montauban, à la tète du môme parti [Lettres de Henri IV, t. I, p. 508).

estoit besoing de la communiquer à cet effect, soit en particulier à tous ceux (ju'il apartiendroit. Et leur ayant, avec son éloquence naturelle, sommairement discouru tous ses travaux et dangers tous frais, le soutènement du siège de La Fère, la prise d'icelle, ses voyages en Alemaigne et Angleterre et la dernière résolution de ce périlleux voyage, qu'il avoit prise avec led. s' duc Casimir, dont led. s"" Beutterich présent estoit fidèle tesmoing pour les en asseurer de la bouche de son maistre , et au contraire de cela toutes les pratiques qu'il avoit descouvert pour empescher leur secours et surtout par une conclusion de paix apostée à cet effect sans eux et luy, dont il avoit eu desjà quelque advertissement, à la ruine totale du party ; il les exhorta et pria d'apporter avec luy tout ce qui estoit en leur puissance pour effectuer ce qu'il avoit promis, traicté, juré et capitulé avec led, s"" duc Casimir, et vaincre en cela, si faire se pouvoit, la bonne volonté de ceux de Dauphiné, cjui s'y estoient promptement et volontairement résoluz et cottizez et s'y em[)loyoient à bon escient, affîn de satisfaire aux frais de la levée que led. s' duc faisoit pendant son voyage, laissant à leur bonne discrétion d'adviser par quelz moyems ils y pourroient plustost et mieux satisfaire, soit du fondz public ou de leurs facultez particulières, afïîn qu'il s'en retournast en diligence pour la conduite dud. secours et empescher leur ruine qu'il sçavoit estre projectée parla conclusion d'une paix faicte avant la guerre.

Leur response donna grand contentement aud. s"" prince, et leur conseil fut de ne remectre pas ceste délibération-là à une assemblée générale trop longue

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et plaine de grandes difficultez, mais de choisir personnes de qualité et confidence requises pour envoyer sur les lieux et traicter secrètement cet alTaire-là, duquel par ceste voye ilz espéroient meilleure et plus prompte issue ; qui fut cause qu'il dépescha en tous les cartiers de lad. province personnes confidentes et des pais mesmes avec ceux qui estoient venuz congratuler sa venue, tant en Gévauldam, Viverais que partout ailleurs, l'asseurant les depputez desd. lieux de trouver chascun en leur cartier telle disposition à l'effect de sa volonté qu'il pourroit désirer, le suppliant cependant de faire voir au fondz du général ce qui y peult estre de prest et content, et, à cet effect, de faire rendre bon compte au s"^ Barthélémy S recepveur général du bas pais de Languedoc, qu'ilz disoient s'estre enrichy en peu d'heure des finances publiques. Ce qui fut résolu et exécuté par commission dud. s"" prince pendant lesd. voyages; et fuz, entre aultres, commis à l'audition du compte dud. recepveur, lequel, adverty de tenir son compte prest, se pourveut si bien de rolles et quitances de toutes partz qu'au lieu d'estre redebvable il se trouva luy estre deub une bonne somme de deniers.

Led. s"" prince avoit, dès son partement d'Alemaigne, adverty led. s"" roy de Navarre de la capitulation et levée qui se faisoit par led. s"" duc Casimir, affin de se gouverner selon cela, et du voyage qu'il faisoit èsd. provinces, affin de pourvoir à ce qui estoit nécessaire

1. Barthélémy, qualifié de président à la chambre des comptes, passa au parti cathoUque et accepta en 1583 une commission du roi {Hist. du Languedoc, t. V, p. 394).

pour le premier mois; et luy avoit faict une aultre dépesche exprès, à son arrivée en Dauphiné, de ce qu'il y avoit bien acheminé à cet effect, avec espérance qu'il avoit de faire de mesme, au Languedoc, où il alloit; lesquelles dépesches avoient mis led. s"^ roy de Navarre et led. s'duc d'Alençon, qui estoità CoutrasS en une extrême peine, craignans que la présence dud. s"" prince en ces provinces-là ne rendist tout leur traicté de paix infructueux. Qui fut cause que, pour plus grande authorité, ilz advisèrent que led. s' duc d'Alençon dépescheroit vers led. s^ prince ; et fut pour ce voyage clioisy le s' de La Vergne, cappitaine de ses gardes, ayant bonne part aux bonnes grâces dud. s^ prince, pour avoir esté avec luy en Alemaigne, en son voyage de l'an 1575, où il s'estoit sauvé, lorsque son maistre fut arresté. Et arriva près dud. s'" prince à Nismes, environ la S' Martin, chargé de belles propositions concernans l'honneur et augmentation de la couronne de France par ses entreprises de Cambray et des Pais-Bas, l'intérest que led. if prince y avoit, pour estre du sang de France, et l'obligation qu'il avoit de servir à la manutention de lad. ville de Gambray, pour en avoir disposé la conservation pendant (ju'il estoit à La Fère, que l'occasion pressoit et les 1ers en estoient si avant au feu qu'il ne pouvoit plus reculer, ce qu'il ne pouvoit faire sans avoir préalablement mis le royaume en repos, conmic il espéroit avoir faict avec le roy de Navarre en toute diligence et sans

1. A la suite du traité do Fleix, le duc d'Anjou, le roi de Navarre et Rellièvre, les trois négociateurs du traité, se transportèrent à (loutras. Us y étaient le 8 décembre (F. fr.. vol. 3330, t". G5); ils s'y trouvaient encore le 28 du même mois (ibid., vol. S'i-'iT, f. 69).

attendre les depputez, pour éviter la longueur, ny de ses nouvelles, taisant cet estât de luy qu'il s'y recommanderoit, en asseurance de pourvoir à son particulier à leur entreveue, à son contentement; pounjuoy il le prioit de venir bientost, ayant besoing de sa personne pour estre son lieutenant général en ceste belle entreprise, luy en gardant l'authorité et la place et n'ayant encores rien voulu ordonner sans luy*.

Le roy de Navarre de son costé y envoya coup sur coup Beauchamp ^ et Constans% les deux plus signalez macquereaux de sa court, non tant pour traicter avec led. s' prince, son cousin, que pour lui coupper l'herbe soubz le pied et rompre tous ses desseins, par le moyem de ses créatures et confidens et par les pratiques d'amour. Et, pour ce que led. sM^oy de Navarre se doubtoit qu'on se serviroit grandement du sel de Pecquaix pour faire le fondz de lad. levée, il y depesclia ung borgne, son tailleur et valet de chambre, nommé Beausemblant \ avec mandement et assignations sur led. sel pour l'acquit des partyes et fournitures de son mestier ; en feist d'advantage des dons à

1. Le duc d'Anjou venait de signer au Plessis-lès-Tours, le 19 septembre 1580, un pacte présenté parles États-Généraux dont la couronne de Flandre devait être le prix. Ce traité est imprimé dans le Corps diplomatique de Dumont, t. V, p. 380.

2. Beauchamp, gentilhomme souvent envoyé en mission par le roi de Navarre {Lettres de Henri IV, I, 334, II, 405).

3. Le s. de Gonstans, gentilhomme du roi de Navarre, capitaine et négociateur souvent envoyé en mission. Voyez d'Aubigné, ann. 1577 et suiv. Cf. la note de la page 18.

4. Beausemblant était en effet tailleur et valet de chambre du roi de Navarre, qui parle deux fois de lui dans ses lettres comme d'un de ses serviteurs favoris {Lettres de Henri IV, t. I, p. 455, 630).

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ses secrétaires La Marsilière et Du Jay ' et à aultres, exprès pour consommer ces finances-là, affin que led. s*" prince ne s'en peust servir, demandant au surplus six mois de son estât de mil escuz par mois aud. bas pais; et d'avantage dépescha derechef led. s"" de Locques en Dauphiné pour rompre tout ce que led. s' prince y avoit faict résouldre, et disposer tout le monde à recepvoir sa paix.

Ausquelles choses led. s' prince bien adverty pourveut sagement, remerciant led. s' duc d'Alençon de sa bonne volonté par led. s' de Clervant qu'il y envoya, m'estant excusé de ce voyage pour ce qu'il convenoit ou que je me laissasse corrompre, comme feistled. s"^ de Clervant, ou que je me préparasse à soustenir de grandes difficultez; l'asseurant qu'il ne céderoit jamais à personne au désir de l'advancement de ceste couronne, mays que sa poursuite et naturelle obligation estoit de bien pourvoir à la conservation d'icelle, auquel effect il sçavoit des choses nécessaires et avoit fraischement refusé de beaux et grand/ partiz ; et qu'il estoit malaisé de parvenir à la conservation de cest estât, sinon en traictant les subjeclz également pour leur oster toute occasion de mescontentement et révolte ; qu'il voyoit où en estoit le roy d'Espaigne en ses Pais-Bas, qu'il convenoit bien pourvoir à ce que tel inconvénient n'arrive en ce royaume ; que véritablement la paix en estoit le seul moyem, mais non pas une paix faicte inégalement à l'advancement des ungs

1. Dujay, secrétaire du roi de Navarre, employé par lui dans l'administration de ses ])iens personnels. Voyez une lettre du 10 juin 1577 dans les Lettres de Henri IV. t. Vlll, \\. 1 \1.

et ruine des aultres, que ce n'estoit pas oster le mal mays le croistre ; que le roy pou voit de son costé en disposer comme il luy plaisoit, mays que le roy de Navarre et luy n'avoient aultre authorité en ce party que celle qu'ilz en avoient receu par les articles de leur ellection, qui ne leur attribue pas une puissance monarchique, estant ce party composé de grand nombre de la noblesse et du tiers Estât, qui leur ont donné puissance sur eux non pour disposer de leur vie, honneur, biens et seureté sans eux et leur consentement*; que, quant à luy, il n'avoit encores oublié le serment qu'il leur avoitfaict en recepvant leurs lectres d'eslection, qu'il estoit résolu de leur garder sa promesse inviolablement ; qu'à l'instance du roy de Navarre et pour tout le party il s'estoit acheminé en Alemaigne, y avoit traicté, capitulé et juré au nom de tous, et s'y estoit sy avant obligé qu'il ne pouvoit faire aultrement sans violer sa foy et sentir sur luy la pesanteur du bras de Dieu vengeur de l'infidélité; qu'au mespris de tout cela il voyoit que, pendant qu'il travailloit et mectoit sa vie en mille hazards, sans luy et sans tout le party on tailloit et rongnoit d'eux tous trop librement, en leur absence; que, quand on l'appelleroit et tous ceux du party avec toute liberté de dire leur advis de leur vie, honneur, biens et seureté, lors l'affaire d'une paix, estant bien et meurement délibéré, se pourroit conclurre et exécuter avec asseurance et sans aulcune difficulté, qu'à cela il serviroit

1. Ce passage reproduit quelques-unes des idées soutenues dans la République de Bodin et dans la Franco -Gallia de François Hotman.

tousjours de très bon cueur. Ce fut la dépesche de La Vergne ; et, quant à Constans et Beauchamp, il' leur demanda s'ilz n'avoient aultre chose à faire en ceste province qu'à luy; et, sans faire semblant de congnoistre leurs menées, les dcpescha incontinent de pareille substance, ne leur donnant loisir de parachever leurs pratiques et amourettes, et rabilla en peu d'heures tout ce qu'ilz pouvoient avoir gasté en lad. province. Et lëist une bonne dépesche en Daulphiné, pour confirmer tout le monde en la résolution, qui y avoit esté prise en sa présence, leur envoyant les responses qu'il avoit faict tant aud. s"^ duc d'Alençon qu'aud. s"^ roy de Navarre, qu\ furent si agréables à ces trois provinces que l'intention et dessein dud. s' prince y furent encores plus favorisées, en aymèrent d'avantage led. s"" prince et feirent dès lors plus ouvertement estai de le retenir au milieu d'eux, à quelque prix que ce feust, pour se conserver soubz son authorité contre les intelligences dud. s"^ roy de Navarre avec le roy à leur ruine. Et fut alors plus vulgaire le bruit qui commençoit à courir de la demeure dud. s"^ prince- èsd. provinces, chose qui tourmentoit l'esprit du roy, dud. s' duc d'Alençon, dud. s' roy de Navarre et plus encores dud. s' duc de Mommorency % lors gouverneur

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