‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 40 sur 84 · Habitude, santé, constitution · texte numérisé non relu

Habitude, santé, constitution

2. Guillaume de Clèves eut deux fils et cinq filles. Ses deux fils, Charles Frédéric, mort le 9 février 1575, Jean Guillaume, mort le 25 mars 1609, ne laissèrent pas d'enfants. Ses cinq fiUos épousèrent le duc de Prusse, le duc de Neubourg, le duc de Doux- Ponts, le marquis de Bade et le marquis de Burgaw; l'une d'elles mourut sans alliance. La duchesse de Prusse laissa elle-même quatre filles. Les nombreux gendres et petits-gendres du duc Guillaume se disputèrent sa succession les armes à la main. Le traité des Pyrénées (7 nov. 1659) régla le partage.

moings suspect, et, en tout cas, qu'il avoit sa fille (ju'il luy donneroit avec les conditions et âdvantages susd., le remectant à son choix ; qu'estant en armes en France, en bonne compaignye, il redresseroit sa confidence avec les provinces de Languedoc, Dauphiné et Provence, aux mesmes conditions de sa résidence qui luy avoient esté naguères offertes; que cela faict il n'auroit doresnavant plus de peine pour négotier ses levées, lesd. colonelz s'estans obligez par escript et serment qu'en descendant de cheval, la première fois, avec les asseurances de leurs payemens, ilz laisseroient èz mains dud. s"" duc une somme contente, capable de faire leur levée nouvelle ; et continueroient ainsy à toutes occasions, et s'obligeroient avec led. s"" duc de ne descendre de cheval que led. s"^ prince ne feust en effect restably en son gouvernement de Picardye et y eust en Champaigne de bonnes retraictes, proches de Sedan, pour y estre quelques fois, quand il verroit le temps le requérir, sans que led. s"" roy de Navarre y peust donner aulcun empeschement, pour se servir de telz âdvantages selon que les affaires luy conseilleroient. Et affin que led. s' prince congneust mieux la nécessité et utilité de telles ouvertures secrètes entr'eux deux, led. s' duc le vouloit bien advertir de ce que le s"^ Junius luy avoit escript de Flandres, en chiffre, que le roy d'Hespaigne dressoit une grande entreprise sur l'Angleterre, que le duc de Parme faisoit ses préparatifz pour s'y employer, et que, pour ce faire sans empeschement, qu'il ne craignoit que de France, il estoit asseuré d'occuper tellement le roy en son royaume, par le moyem de mess'^* de Guyse, qu'il ne s'y pourroit opposer, et que sans doubte lesd. s"^^ de Guyse se vou-

loient servir de ceste occasion pour l'efFect de leurs anciennes prétensions au préjudice de la maison dud. s*" prince', et que pour empescher qu'ilz ne tirent monsieur de Lorraine à ce dessein, led. s"^ duc m'avoit faict passer à Nancy vers mons' le comte de Salm pour y pourvoir par son authorité aux affaires dud. s' duc; et qu'estans à cheval ensemble ilz se prépareroient à leur rongner les ailes et les bien empescher de voler si hault; et, finalement, que ce seroit aud. s' prince une honorable commodité de s'esloigner de la personne et authorité dud. s' roy de Navarre et d'éviter le péril de la vie auquel il est, comme led. Beutterich l'avoit bien asseuré aud. s"" duc (et de ma part je l'avois aussy tousjours préveu en suite des choses passées et craint extrêmement) ; et, qu'au reste estans ensemble, en armée, le temps leur apprendroit tous les jours dadvaiitage ce qui seroit besoing de faire pour la conservation de son reng, à quoy led. s' duc m'avoit chargé d'offrir aud. s"^ prince tous ses moyems et sa vie, ne voyant rien plus à regret que sa personne en péril par sa trop grande bonté et facilité.

Pendant lequel discours, qu'il me donna loisir de luy faire sans aulcun soupçon ny empeschement, led. s"" prince, esmeu en son bon naturel de voir ung prince alemand, si mal satisfaict et sans aulcune obligation, luy continuer une si parfaicte amitié, ne se peult tenir de laisser couler quelques larmes de joye. Et, en jectant ung fort grand souzpir, me deist qu'il se sentoit très obligé aud. s*" duc du soing qu'il avoil de son

1. Allusion aux prétentions île la maison de Guise au trône de France et à l'élimination des Bourbons.

honneur et conservation ; que je ne luy avois poinct représenté tant de ses mescontenlemens et dangers qu'il en recepvoit et sentoit tous les jours telz qu'il ne les pouvoit plus supporter, qu'il s'estoit resouvenu souvent de ce que je luy en avois dict, à son parlement de Mompellier, et avoit en cela recongneu combien j'estois affectionné à son service, saichant bien que Je mescontentement qu'a led. s' roy de Navarre de moy ne provient que du fidèle service qu'il avoit receu de moy ; que sur tout il désiroit sortir de telles incommoditez, et pour ce penseroit à tout ce que je luy avois proposé à cet efFect; estant tard et le meilleur, pour éviter le soupçon de ses gentilzhommes, que La Motte l'advertit estre tous de retour en sa chambre, de remectre le reste à une aultre commodité qu'il choisiroit, me commendant de ne sortir de sa garderobe, jusques à ce qu'il feust en sa chambre, environné de ses gentilzhommes, qui me seroit ung moyem d'en sortir après, à la desrobée, pour me retrouver à l'ordinaire à son coucher. Je le suppliay de gaigner le temps et considérer qu'il y avoit plus d'ung moys que j'estois près de luy, que la S' Jehan estoit passée, terme de mon retour.

Ainsy se passèrent deux ou trois jours que je le laissé penser à cet afTaire, faisant mon service et ne l'abandonnant poinct partout où il alloit, afifin qu'il me veist tousjours et me trouvast tout prest, quand il auroit une aultre commodité de parler à moy, comme il feist le im® juillet qu'il me commenda de ne bouger de sa chambre, qu'il dresseroit une partye à la paulmc entre ses gentilzhommes, d'où il se desroberoit comme pour aller à sa garderobe, où il me parleroit sans aul-

cun empeschement, tant il avoit de peine à se garder des espions dud. s"" roy de Navarre, ainsy qu'il feist très bien, n'amenant avec luy qu'ung page et led. La Motte. Je le suivy en sa garderobe, et, comme l'autre fois, il s'approcha de la fenestre et moy près de luy, où il commença à me dire qu'il avoit tousjours depuis pensé à ce que je luy avois dict, qu'il jugeoit ces moyems-là fort propres à le délivTer des difficultez où il se trouvoit et le remectre au train où il estoit l'an passé ; que le mariage de la damoiselle de Bouillon luy sembloit plus commode, pour les affaires et raisons que je luy avois discouru, et pour lever toute jalouzie de party hors le royaume ; et qu'à la vérité cela seroit plus honorablement traicté par led. s*" duc Casimir, tuteur de lad. damoiselle de Bouillon, que par aultre quelconque; et qu'en tout cas il se sentoit obligé à luy extrêmement de l'offre qu'il luy faisoit de la damoiselle de Bavières, sa fille et héritière unique, et luy laissoit le choix des deux; qu'il sentoit bien qu'on desseignoit' de le lier ailleurs, mays qu'il doubtoit fort que ce feust pour le tromper.

Je ne le laissay passer oultre, le suppliant me taire cet honneur de me dire librement que c'est, affin de luy en dire ce que j'en pourrois sçavoir. Il me deist généralement que c'estoit en la maison de Mommorency; et, le pressant de me le dire particulièrement, il me déclara que c'estoit en la maison de La Trimouille% en laquelle on luy remonstroit qu'il n'y avoit

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