‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 49 sur 84 · Pierre Loiseleur, s. de Viliers (t. I, p. 299, note · texte numérisé non relu

Pierre Loiseleur, s. de Viliers (t. I, p. 299, note

fuir et rojecter injurieusement ses amis pour appeller Icd. s'^ duc d'Alençou, ducjuel il ne se pourroit asseurer, et que je tenois pour certain qu'il ne passeroit pas long temps qu'il ne recherchast luy-mesmes ou feust cause par aultruy de la mort dud. s"" prince d'Orenge et de la ruine propre de luy-mesmes et de tous ses affaires, et que l'opinion qu'avoit led. s"" prince d'Oret)ge d'asseurer ses affaires, du costé de la court de France, luy cousteroit bien cher ; mays ilz y estoient tous deux respectivement si fort attachez qu'il estoit impossible de les en destourner. Sur lesquelz deux advis je respondy aud. s" duc de Bouillon que c'estoient les deux mesmes advis qu'avoit led. s"" duc Casimir, le premier par les entrepreneurs mesmes, et l'aultre par ung serviteur qu'il a à ses gages en Flandres, qui sçait et voit tout et en faict pareil jugement.

Environ Noël je receu lectres dud. s' duc Casimir, m'asseurant qu'il avoit advis de celuy qu'il avoit dépesché pour l'affaire dont j'avois dressé l'instruction, que tout s'y portoit bien et qu'il espéroit rapporter une résolution conforme à son désir, pourquoy il me prioit de ne m'csloigner ; que celuy qui estoit allé quérir le confident n'estoit encores de retour, s'excusant par lectres sur la difficulté qu'il avoit eu de trouver son maistre et le peu de loisir et de moyem qu'il avoit lors pour faire eslection du confident désiré et de celuy (\iù debvoit traicter de sa part en Guyenne avec mon maistre, mays (ju'il pi'cssoit et advanceroit tant qu'il luy seroit possible, le priant de ne rien innover cependant sur la dernière résolution de laquelle il espéroit bonne issue.

Peu de temps après et environ la lin de janvier, en

l'année 1 583, arriva à Sedan le s' de Russy La Placée venant de Languedoc, où il avoit laissé'nostre maistre ', qu'il m'asscura avoir receu le pacquet de madamoiselle de Bourbon et tout ce qui estoit dedans. Et m'apporta lectres dud. s'^Sarrazin, qui mefeirent congnoistre que led. s"" duc Casimir avoit comme moy juste occasion de doubter tousjours de la fermeté dud. s"" prince, car il m'asseuroit qu'il avoit faict tout debvoir de tenir la main à ce que luy. avions escript de Lautern, mays qu'il en désespéroit du tout ; et tant s'en fault que led. s"^ prince feist ce qu'il m'avoit promis qu'il establissoit tellement le duc de Mommorency (qui luy donnoit espérance d'espouser sa niepce de La Trimoille) dedans les villes, que luy-mesmesrecongnoissoitbien tost après n'y avoir plus d'authorité. Et, bien qu'il l'asseurast tousjours de faire ce qu'il m'avoit commendé de dire de sa part, si n'y avoit-il aucune espérance, à son advis, et ne s'y falloit-il pas attendre, jugeant nécessaire que led. s"^ duc Casimir en feust adverty, affin de faire seul ses affaires, sans plus deppendre d'aultruy; que led. s' prince se laissant ainsy aller à tous ventz d'espérance se perdroit en fin, comme il avoit prins la hardiesse de luy dire à Nismes, où il s'estoit trouvé en telle

1. On trouve un s. de Russy au service de Henri IV en 1607, chargé de missions en Hollande, conseiller et maître d'hôtel du roi [Lettres de Henri /F, t. VII, p. 216 et suiv.).

2. Gondé, toujours jaloux du roi de Navarre et cherchant à lui échapper (duc d'Aumale, Hist. des Condé, t. II, p. 135), était venu à la fin de 1582 à Montpellier, ovi il fut rejoint par Montmorency (Hist. de Languedoc, t. V, p. 391). Il était à Nîmes le 25 janvier 1583 (Lettre de Condé à Nevers, f. fr., vol. 3350, f° 42), et était rentré à Saint-Jean-d'Angély le 26 mars (Lettre de Condé à Nevers, ibid. f" 66).

nécessité qu'il avoit faict ce tort à luy et à moy de contraindre lerecepveur Berthelemy à luy délivrer une partye qu'il ne debvoit pas encores et qui estoit nostre, par sa propre volonté, dès lors qu'il partit de Mompellier; qu'il en avoit tellement serré les promesses qu'on ne les avoit peu trouver dedans mon coffre, et me les envoyroit pour adviser aux moyems de la faire restablir, me priant au reste avoir soing de luy en tout ce qui se passeroit près la personne dud. s"" duc Casimir, auquel il estoit très humble serviteur.

Geste lectre fut cause que je prins peine de sçavoir à diverses fois dud. s' de Russy plus particulièrement toutes choses. Et, comme il estoit de bon esprit, aymant la grandeur de son maistre, il ne me dissimula pas que, voyant ce qui se passoit au Languedoc et la honte qu'on faisoit aud. s"" prince en le rendant instrument de la ruine des affaires qu'il avoit eu tant de peine d'establir l'année précédente, il avoit trouvé moyem de se retirer pour ne voir Testât misérable de ce pauvre prince, qui est encores tant plus malheureux qu'il ne recongnoist pas son malheur; et, quand il est en beau chemyn de bien faire ses affaires le moindre masque de contentement luy faict perdre. Et s'adressant plus particulièrement à moy : « Je sçay bien, deist-il, que vous avez faict vostre debvoir, au contraire ; » me demandant s'il y avoit pas de mes lectres dans le pacquet de Madamoiselle : « Il me semble, deisl-il, que c'estoit vostre main, mays si tost que mons"" le prince l'eut leu, il la mist en ses chausses et personne ne l'a peu voir, ny Du Four mesmcs qui en a esté bien marry; mays quelque chose qu'il y ait, je n'en veux rien sçavoir. Si vous puis-je asseurer (jue ce

MÉMOIRES DE LA HUGUERYE. 2i11

que je vous ay dict est vray et que jamais vous ne tirerez de ce prince parole sur laquelle vous puissiez faire fondement, dont je suis extrêmement marry. Quant à la somme qu'il a prins, que vous dictes estre vostre, je vous asseure (|ue sans cela je ne sçay qu'il eust faict, et ce a esté Du Four qui luy a faict faire, mays je croy que vous en serez remboursé d'ailleurs; et je ne vous sçaurois dire sur cela aultre chose sinon que nécessité n'a poinct de loy. » Et encores que je veisse les propos dud. s' de Russy conformes aux lectres dud. s"^ Sarrazin, si ne voulus-je pas me descouvrir à luy quand il me deist qu'il ne vouloit pas retourner, et ne luy diz qu'ung mot : que, si nostre maistre se vouloit perdre, je ne l'en pouvois pas empescher, et qu'y ayant faict mondebvoir je regarderois à ne me pas perdre avec luy ; pour quoy l'an passé je n'avois pas voulu aller avec luy à Montauban.

Sur cet advis-là je me résolu de surceoir encores et actendre jusques à la foire de Francford, en mars; et voyant lors que led. s"" prince ne m'escripvoit poinct, j'adverty mons'" et madame de Bouillon de mon partement, lesquelz escripvirent par moy aud. s' duc Casimir, l'asseurans de suivre son conseil et le remercians de tant de bons offices ; et, quant à la recommendation qu'il leur avoit faicte de moy, qu'ilz me feroient tout plaisir, et, en sa faveur et recongnoissance de ma bonne affection, me gratifîeroient de tout ce que je pourrois désirer d'eux.

Je party au commencement de mars, portay avec moy la minute de ce que j'avois escript aud. s"" prince et les lectres dud. s"^ Sarrazin, pour faire congnoistre aud. s»' duc Testât de ce pauvre prince, affin que luy-

mesmes jugeast ce qu'il en pouvoit espérer et quelle reigle sur ung tel advis il debvroit doresnavaiit tenir en ses affaires. Et arrivay à Lautern le 6™® dud. moys de mars 1583, où je trouvay led. s"" duc et Beutterich avec luy, ausquelz je fei voir mad. minute et les lectres dud. s' Sarrazin, et fei entendre ce que j'avois de plus apprins de la bouche dud. s*^ de Russy, ayant remis à les en advertir jusques à ce temps-là, en espérance que led. s"" prince m'escriproit ou feroit sçavoir quelque chose ; et, n'en ayant aulcunes nouvelles, j'avois jugé n'estre raisonnable de les laisser plus longtemps en incertitude de ce costé-là, lorsque led. s"" duc avoit à se résouldre sur les affaires d'importance qu'il avoit en main et dont il estoit recherché.

Je présentay aussy aud. s"" duc les leclres desd. s"^^ duc et dame de Bouillon, avec une minute de ce que je leur avois dict de sa part, que led, s"" duc approuva; et en désira avoir aultant de ma main, qu'il leist attacher aux lectres desd. s"^ duc et dame de Bouillon; et, quant au faict dud. s*^ j)rince, ilz prindrent coppie des lectres de Sarrazin. Et me deist led. s"" duc Casimir qu'aussy bien n'avoit-il poinct encores veu le confident avec Malroy ny congneu qu'on eust faict vers led. s"" prmce en Guyenne ce qui avoit esté résolu, qu'il en demeureroit sur ces deux poiuctz-la, pour ne rompre rien de sa part en cet affaire-là ; et s'ilz satisfaisoient au confident, il remectroit à entendre la response qu'auroit faict led, s' j)rince au gentilhomme de Guyenne, et, selon cela, se gouverneroit ou seul ou avec led. s"" prince; que ce qu'il en laisoit procédoit de l'amitié qu'il luy a jurée, niays (ju'il estoit délendu de luire plaisir à ung homme malgiv lu\ ;

que le poinct dud. s"" prince estant vuidé il regarderoit à se résouldre de ce que seul il auroit à faire pour la dépesche de Malroy, dont il seroit tousjours plus recherché, et seroit toujours bien aise d'en avoir mon ad vis.

Quant à l'affaire de Colongne, lequel n'estoit fondé là-dessus, il estoit tout résolu de ce qu'il en debvoit exécuter, désirant que je demeurasse quelque temps près de luy, pour ce qu'il en attendoit des nouvelles par le baron de Dhona qu'il y avoit envoyé de rechef; sur quoy il se résouldroit du temps auquel il luy commanderoit faire venir ses colonelz, et, s'il estoit proche, me retiendroit, sinon me diroit, le jour que je retournerois de Sedan, où cependant je pourrois apprendre quelque chose dud. s' prince. Je luy dis que je désirois aller à Francford et qu'à mon retour je recepvrois ses commendemens, et que peult-estre led. s"" baron retourneroit pendant la foire et Malroy aussy avec le confident, ce qu'il trouva bon. Et escripvit à ma requeste au magistrat de Francford pour les bagues dud. s' prince, affin de ne luy faire ce tort qu'elles feussent vendues ny mises hors de leurs mains; qu'il n'y avoit que six moys que led. s' prince avoit failly à payer ; qu'il avoit de grandz affaires et dignes de tout support, et qu'il se présenteroit quelque occasion où peult-estre se trouverroit moyem de payer et les retirer; lesquelles lectres il me délivra avec adresse au docteur Ghanbourg, son conseiller, pour me servir au besoing en la conduite de cet affaire. Et de faict led. s"" duc disoit vray, car, si led. s' prince eust esté bien résolu sur ce qu'il m'avoit commendé, on eust traicté quelque chose plus qu'il ne falloit à retirer ses bagues

et les luy rendre ; mays il faloit passer oultre premièrement au faict de Malroy et du confident. Ainsy j'allay à Francford où j'empesclié la vente desd. bagues et y trouvay beaucoup de mauvais advis des affaires du duc d'Alençon et du prince d'Orenge.

Nous supprimons ici un assez long passage qui ne contient qu'une nouvelle tiémonstralion de la nécessité, pour le parti huguenot, de soutenir Tarchevéque de Cologne. Après avoir raconté son retour de Francfort à Lautern, auprès du duc Casimir de Bavière, La Huguerye nons apprend que, aussitôt après son arrivée, ce prince lui donna une mission auprès du duc de Bouillon, afin de le décider à prendre part à la guerre doctorale ^ Le passage supprimé commence dans le manuscrit au f° -194 et finit au verso du f' ^95.

Et incontinent après je montay à cheval et arrivay à Sedan le xxii apvril aud. an 1 583, où j'allay le lendemain trouver led. s' duc de Bouillon, pour ce que je désirois le faire escripre à mon maistre, pour luy donner subject de se bien asseurer de ce que je luy en avois dict. Et luy présentay les lectres dud. s"" duc, lesquelles ayant leu et veu qu'il y en avoit pour sa mère, estant adverty que sa table estoit couverte, il me mena soupper avec luy, remectant après soupper à entendre ma créance, pour de là me mener à sa mère; ce qui fut faict le soir mesmes ; les advertissant que je dépeschois mon homme vers mon maistre, [que]

1. L'expéditiDn de Casimir de Bavière en faveur de Gebhard Trucksess, olectcur de Golo,i,'ne, fut appelée la (]ucrrc doctorale, parce que Beutterich, qui la conduisait réellemeut, était un homme de robe et non pas un capitaine. Voyez plus loin, p. "iCA.

s'il leur plaisoit luy escripre, je luy ferois seurement tenir leurs lectres.

A ma créance, telle que dessuz, ilzmcfeirent response qu'ilz ne sçavoient par quelz moyems recongnoistre Tobligation qu'ilz avoient aud. s"" duc, qui se souvenoit d'eux et de leurs affaires à toutes occasions; qu'ilz regarderoicnt soigneusement à ce qu'ilz pourroient avoir à demander' avec le duc de Glèves, sans descouvrir l'occasion, et en feroient dresser des articles, qu'ilz me donneroient pour faire tenir aud. s"^ duc. Je leur diz que j'en serois le porteur, et, s'il leur plaisoit s'en reposer sur mon affection à leur service, estant en ce voyage-là près dud. s' duc, comme il m'en a prié et requis mon maistre de m'en donner licence, j'y ferois mon debvoir. Et quant aux lectres de mon maistre, je désiray qu'elles feussent seulement plaines d'amitié, se remectant sur moy des nouvelles de ces cartiers, affin que, si elles se perdoient, cela ne leur peust nuyre ; ce qu'ilz trouvèrent bon et les déclarèrent telles. J'adverty aussy madamoiselle d'Osquerke% affin d'escripre pour les affaires de la maison de madamoiselle de Bourbon.

Et ayant toutes ces lectres je dressay les miennes doubles, l'une pour le faict des bagues, qui estoient la couverture du voyage de mon homme pour le dire ainsy à tout le monde et faire tomber ces lectres-là es mains du secrétaire pour le croire ainsy et y faire

Page 1