‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 57 sur 84 · Ordinaire, réglée, payée régulièrement · texte numérisé non relu

Ordinaire, réglée, payée régulièrement

en une guerre dont l'issue mauvaise feust toute évidente et asseurée; que pour son contentement il sembloit suffire qu'il eust une promesse secrète escripte et signée de la main dud. s"^ Electeur et cachettée de ses armes ; que tost après son establissement il feroit une déclaration de pareille confession qu'il désiroit, comme plusieurs auUres ont faict et font tous les jours; ce qui ne le contenta pas, disant que, quand led. s"" Electeur n'auroit plus affaire de luy, il ne s'en soucieroit plus.

Je répliquay qu'aussy bien ne le pouvoit-il lier en matière de religion; que le changement tel qu'il vouldroit faire luy demeureroit tousjours libre, et qu'il suffisoit qu'il eust bonne congnoissance de son cueur par tous ceux qui ont conféré avec luy, et qu'il le congnoistroit luy-mesmes en conversant ensemble pendant la guerre. Et voyant que led. s' Beutterich, n'osant contredire à son maistre, me laissoit ceste contestation sur les bras, je diz davantage ([ue, sans ceste déclaration ouverte de la confession d'Augsbourg, je n'estois pas d'advis qu'il entreprist ceste guerre. Et, estant enfin vaincu de la raison, il relascha de sa résolution et deist qu'on regardast donc à la palier en sorte qu'en sul)stance elle feust semblable à sa confession et en paroles et apparence à celle des proteslans ; ce que je luy diz estre très malaisé, notamment au poinct principal, auquel ilz estoient du tout contraires.

Il l'emporta toutelfois d'autliorité contre noz raisons qui ne proulïltèrent de rien, sinon (jue, pour ii'riter d'advantage lesd. s""* princes protestans, il trouva bon d'y adjousler en faict d'estat ce que je luy discouru des menées (jue led. s"" Electeur avoit congneu durant

sa confidence des Espaignolz, parmy ceux de sa robe et qualité, combien souvent il avoit esté sollicité par les Espaignolz, soubz couleur de protection, au préjudice de l'Empire et contre lesd. s'^ princes protestans; qu'il avoit recongneu en tous les affaires des princes ecclésiastiques plus d'ambition que de religion, se resouvenant bien de ce que le feu s*" cardinal d'Augsbourg', son oncle, luy en avoit dict souvent, que cela seroit cause de leur ruine, et que, s'il se feust laissé aller aux offres qui luy avoient esté faictes, sans doubte l'Espaignol eust advancé ses bornes jusques au Meyn, pour faire peu à peu une conjonction des Pais-Bas avec la Bourgongne et les aultres estatz de la maison d'Austriche, au grand préjudice de beaucoup de princes et seigneurs, notamment des palatins qui estoient les premiers à la batterie; que sa seule résistence, estant assiz à la porte et entrée de ce dessein de sorte que sans luy ilz ne pouvoient rien faire, avoit esté cause de leur faire prendre les armes contre luy pour s'en venger et faire avec la force, en ceste occasion, ce qu'ilz n'ont peu obtenir de son consentement, et la seule raison aussy qui luy faisoit prendre party avec lesd. s""* princes protestans, vrays protecteurs de la grandeur et majesté de l'Empire et sans lesquelz il feust desjà, il y a longtemps, èz mains de l'Espaignol, qui en usurpe et détient de bonnes pièces par semblables pratiques; et pourtant que luy, comme vray

1. Otto Truchsess von Waldburg, évèque et cardinal d'Augsbourg, prit une part importante aux luttes du parti catholique allemand contre les réformés pendant la seconde moitié du règne de Charles-Quint. De Thou le nomme souvent dans le récit des troubles d'Allemagne (liv. 2 et 4, 1740, t. I, p. 159, 378, etc.)-

Alemand et amateur de la liberté de sa patrie, désiroit se joindre en ceste cause ausd. s""' princes protestans et tous ses estatz ; qu'il avoit veu de telles connivences en la plus part de ceux qui se debvroient opposer à telz desseings, à l'exemple desd. s" princes protestans, lesquelz s'ilz n'y pourvoient, il en arrivera ung grand inconvénient, et que l'intention des Espaignolz estoit de taire mectrc en sa place ung de la maison de Bavière, leur confident, aflfin de parvenir à leur but par son moyem.

Lequel discours led. s"" duc approuva grandement, recongnoissant que cet artifice estoit propre non seulement à irriter encores d'advantage lesd. princes protestans, mays aussy seroit cause qu'ilz ne regarderoient pas de si près au faict de la confession. Sur quoy je contestay encores et diz librement que je croiois fermement que, quelque saulx qu'il feist à ce poinct-là, si la confession n'estoit conforme à celle d'Augsbourg, sans doubte elle gasteroit tout. Et toutcffois il demeura résolu à la colorer et palier, comme dict est. Et, l'ayant faict ainsy réformer par ses théologiens, il la renvoya aud. s"" Électeur pour la publier.

Au temps de la prise des armes et environ la fin de juillet, led. s"^ Electeur pressa fort le partement du régiment dud s*" Beutterich, pour ce qu'il se voyoit pressé des Espaignolz et des forces du chappistre de Colongne, lesquelz s'accroissoient de jour en jour. Et s'estoient saisiz d'Andernacht ^ et Lentz-, devant lesquelles villes il convenoit aud. régiment, avalant^ le

1. Andcrnach, ville de l'archevêché de Cologne, sur le Rhin, à trois lieues de C-oblcntz.

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