Scheîm, fripon
nouvelles pour leurs payemens, je leur en avois tousjours donné aullant d'espérance que je pouvois, jusques à les asseurer que led. Clervant faisoit tout ce qu'il pouvoit pour faire valoir ses assignations, se donnant exprès au service de tous ceux qui pouvoient, ce luy sembloit, le plus advancer ses affaires et qu'eux m'avoient rcspondu : « Vous excusez ung Suisse; depuis qu'il est devenu baron de Couppet, il est devenu Suisse : il est à qui plus luy donne et mange toutes noz soldes » ; que c'estoit là tout ce que j'en avois ouy dire, estant pour le service de mon maistre en Alemaigne; qu'il sçavoit qu'il ne falloit rien promettre aux Alemandz qui ne leur vouloit tenir, ou ce mot de Schelm leur sortoit bientost de la bouche.
Ma responce l'irrita dadvantage, à cause de la bonne compaignye qui s'en print à rire avec mon maistre ; et luy en fut extrêmement marry, me demandant à qui je l'avois ouy dire. Je respondiz qu'il m'avoit contrainct à luy déclarer cela pour ma descharge, mays que je ne voulois pas faire des querelles; qu'à mon retour en Alemaigne je parlerois à ceux qui me l'ont dict; et, s'ilz ont agréable que je les nomme, je le feroy, comme je croiois bien qu'ilz ne le trouverroient pas mauvais, s'ilz l'ont déclaré par affiches, qui estoit bien pis. Sur quoy mon maistre print de rechef la parole d'authorité et luy deist : « La Huguerye s'est despouillé d'une qualité en laquelle il est icy, importante au service du roy de Navarre et de moy, poiu' vous respondre, et je voy bien (jue vous avez maigre subject de vous plaindre de luy, si vous ne dictes aultre chose, et que, plus vous luy en direz, plus il vous descouvrira de choses qui ne vous plairont pas.
Il va trouver le roy de Navarre de la part de mons' le duc Casimir, à présent tuteur et administrateur de l'Electorat et Palatinat, qui le pou voit descharger de vous respondre et le remectre à une aultre fois ; mays il a voulu vous respondre. » Et je dis lors que je voyois bien n'avoir que faire de passer oultre, puiscjue, avec les choses passées au service dud. s' prince, je voyois bien que led. s"" de Clervant avoit encores plus aigry les affaires que devant. « Je m'en retourneray d'icy droict d'où je viens et rendray compte de la cause de mon retour à Son Altesse, qui m'a donné tant de liberté en ce voyage que je puis faire ce que bon me semble. »
Lors toute la noblesse avec mon maistre, se tournant vers led. s"" de Clervant, luy remonstrèrent le grand tort qu'il faisoit tant au service du roy de Navarre, son maistre, que dud. s'' prince, de reculer, pour son intérest particulier, ung grand affaire, en ce temps auquel on avoit plus de besoing d'amys et notamment dud. s' duc, duquel l'authorité à présent si grande en l'Empire peult beaucoup advancer les affaires. Et led. s"^ prince prenant la parole deist aud. s"^ de Clervant : « La Huguerye, sur le premier poinct de vostre plainte, n'a faict que son debvoir, et je l'en descharge ; et au second poinct, il a faict plus que son debvoir, car, ne vous estant de rien obligé, il vous a voulu excuser courtoisement envers les reistres, qui luy ont demandé de voz nouvelles, et vous le prenez à contre -poil; et pour vostre respect le roy de Navarre ne laissera pas de luy faire bonne chère; et luy bailleray plustost toutes mes gardes pour le conduire jusques à Nérac. »
Comme led. s' de Clervant veit tout aller contre son espérance, pensant l'emporter d'authorité, il fléchit et deist qu'il en vouloit escripre aud. s''roy, son maistre, afïin de me recepvoir honestement. Je diz que je n'avoys que faire de ses lectres et que si, sans ses lectres, je croyois que son maistre ne deust porter ce respect à Son Altesse (car led. s"" duc commença lors à porter ce tiltre), je n'irois pas; que je voyois bien à son propos qu'il m'avoit preste des charitez envers led. s"" roy ; que j'ay parlé auUref'ois avec luy comme à ung serviteur aultant que domestique de sad. Altesse et depuis comme à ung gentilhomme que je pensois estre serviteur de mon maistre; qu'il s'est donné depuis au service du duc d'Alençon et dud. s"" roy de Navarre; et de moy je n'ay poinct changé; et si, en changeant si souvent de maistre, il avoit voulu faire mal son prouffit de ce que nous avions aultrefois discouru ensemble, il n'auroit pas faict en gentilhomme d'honneur ny en fidèle serviteur ; et que, quand ou led. s"" roy ou aultre m'en parlera, j'ay de la raison en bouche pour respondre ; et que touteffois je ne voulois en ma personne faire recepvoir ung affront à S. Altesse ; que je ne passerois pas plus oulti^e.
Et craignant que mal ne luy advint de mon rebroussement, il escripvit aud. s'" roy de Xavarre et au secrétaire Du Pin, son confident, en poste, afïin de dépescher aussy en poste vers moy pour me faire aller en asseurancc. Je luy diz encores une fois que je ne voulois poinct de ses asseurances; que je marchois soubz l'asseurance d'ung plus grand que luy, qui m'envoyoit et sçauroit bien en temps et lieu avoir sa raison du tort qu'il luy faisoit en ma personne, m'asseurant bien
que le rov, son maistre, ne le vouldroit pas mcscontenter à présent nioiiigs que Jamais ; que je me douhtois bien qu'il me dresseroit des partyes par ses intelligences en court, où il alloit; qu'il feist du pis qu'il pourroit ; que Dieu m'avoit garny de plus grandz que luy ; bref, que je ne passerois oultre.
Mon maistre insistoit au contraire et receut pendant ces contestations ung pacquet dud. s"" roy exprès pour me faire passer oultre et m'asseurer que, de sa part, je n'avois aulcun subject d'en faire difficulté; que je luy ferois grand tort, sans raison, de rebrousser. Et, me voyant tant pressé de mon maistre, j'accorday de luy obéir et faire ma charge et d'aller seul avec mes deux serviteurs sans aulcune compaignye, pour mieux recongnoistre toutes choses, à ma fantaisie, saichant, il y a longtemps, que c'est d'aller par pais, mays qu'à mon retour je ferois rapport à son Altesse de telles procédures en son endroict, pour en faire en ce qui le touche, à son plaisir.
Mon maistre feist contenance d'estre fort offensé des façons de faire dud. s'" de Clervant, le laissa aller son chemyn en court, par la poste, et me retint quelques jours près de luy pour luy discourir toutes choses, me disant et toute la compaignye que j'avois bien rendu le change aud. s"" de Clervant, auquel, pour son bien ni honneur, il vaudroit mieux ne m'avoir poinct veu. Je suppliay mon maistre de me laisser ung peu penser à ce que j'avois à luy dire, pour ce que led. s'' de Clervant m'avoit brouillé l'esprit avec ses plaintes et empesché à luy respondre, ce qu'il eut agréable, remectant la partye au lendemain, qui fut en sa garderobe, n'y ayant aultre que La Motte, son premier valet
de chambre, où par son commendement je le suivy. Et, s'aprochant de la fenestre commençay par la présentation des lettres de Son Altesse, plaines de son affection fraternelle envers luy et de créance sur moy, pour de laquelle me descharger je répétay les derniers advis que je luy avois donné par mon homme du gentilhomme, amy du s'"de Monguyon, qui luy debvoit parler du faict de la religion. Et luy comptay toute la négotiation et comme ny son Altesse ny moy ne nous estions voulu charger de porter ceste parole-là.
Il me respondit qu'il avoit bien senty par mes lectres que c'estoit ce poinct-là dont il estoit question, mays qu'il ne s'estoit présenté personne de ceste marque-là près de luy et ne luy avoit-on ouvert aulcun propos de cela ny de la négotiation dont ce poinct estoit le principal. Je luy adjoustay (ju'ayant trouvé ceste négotiation ouverte, à mon arrivée près de Sad. Altesse, il y a près de deux ans, j'estois d'aultant advancé au commendement qu'il m' avoit donné de faire renouer par Beutterich quelque chose avec le duc de Guyse, pour apprendre de ses nouvelles ; qu'en se jouant on vient quelquesfois au bon escient, car, comme par Malroy il taschoit d'estraindre quelque chose de grand avec son Altesse, il deist qu'il n'estoit obligé à personne au faict d'estat', s'asseurant tousjours des promesses dud. duc de Guyse pour le faict de la religion, (|u'il n'y vouloit poinct toucher ny dedans ny dehors le royaume, et qu'il luy en donncroit telz et si bons gages qu'il en seroit content, mays qu'il aymoit particuhèrement led. s*^ prince, comme son frère, pour beaucoup