‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 66 sur 84 · C'est-à-dire dans l'intérêt de lestât · texte numérisé non relu

C'est-à-dire dans l'intérêt de lestât

de vertu et de bonté qu'il avoit congneu en sa personne, et que, pour chose du monde,' il ne vouldroit traicter à son préjudice, n'ayant telle disposition au reste de sa maison.

« Et voyez, dis-je, si j'avois eu lors subject pour vostre service de faire changer de main ceste négotiation? » — « Ouy vrayement, deist-il, vous avez bien faict, et j'ay une très grande obligation à mons"" le duc. » Et, passant oultre, je luy diz que Malroy n'en avoit rien sccu et qu'on avoit seulement faict mine de désirer ung confident dud. duc de Guy se; que cependant j'estois à Neydenfeldz, où on ne me voyoit poinct et où on me communiquoit tout. Ce confident venu, et ayant prins serment de n'estre congneu, on avoit trouvé moyem de renvoyer Malroy, lequel retournant le trouva party; que S. A. traictoit avec ce confident du faict dud. s"^ prince, remonstrant que c'estoit le vray moyem d'éviter ung trouble d'événement incertain et d'asseurer les affaires de tous; et que led. s"" duc de Guyse avoit une fille; que led. s"" prince estoit à marier, que c'estoit ung bel expédient d'accommoder toutes choses. Sur quoy led. confident n'avoit trouvé que redire, confessant que son maistre tenoit led. s'' prince pour ung grand homme de bien et se fieroit en luy plus qu'en aultre ; mays que, led. s"^ prince demeurant en ceste profession, son maistre perdroit en ung coup tous ses affaires qui sont bastiz sur fondement contraire; et qu'il sçavoit bien aussy que ce n' estoit poinct tant religion que Testât qui le menoit ; et que, s'il plaisoit à Son Altesse s'entremettre là-dessus, il y en auroit espérance, et que, ce poinct-là vuidé, tout l'affaire

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seroithorsde difficulté ; que S.A. s'en excusast et moy aussy. Et avois trouvé cet expédient de quelque gentilhomme de ces cartiers de Guyenne, serviteur dud. s"" duc de Guyse. « G'estoit ung gentil moyem, deist led. s*" prince, et suis bien aise d'entendre la forme de ceste négotiation. » — « Et puisqu'il n'est venu personne, dis-je, je recongnoy que j'ay bien jugé que cela n'auroit pieu au duc de Parme, et que, voyant S. A. embarqué en ceste guerre de Colongne, contraire à leurs affaires, led. s"" duc de Parme auroit faict rompre ceste négotiation. »

Quant au faict de l'alliance de Bouillon, que S. A. en faisoit estât et, congnoissant l'fiabitude des frères, s'asseuroit de voir toute ceste maison es mains dud. s"" prince, qui, par ce moyem, seroit aussy allié de celle de IMommorency, sans courir le risque des menées du vicomte de Thureyne avec sa cousine , du mouvement de qui que ce soit; et qu'en ceste espérance-là S. A. avoit désiré servir à l'advancement de lad. maison de Bouillon, en ceste guerre de Colongne, et que, si le duc de Glèves feust entré en plus grande indisposition, son dessein estoit, ayant ses forces delà le Rhin, de s'asseurer du duché de Bergucs et du comté de La Mark, qui sont fiefz masculins d'Empire, lesquelz doibvent retourner aux masles de ceste maison, et, avec ces deux estatz-là contentant les maris des filles, entrer dedans les deux aultres, comme je fei voir aud. s*^ prince en ma charte du cours du Rhin ; et que c'est une des occasions secrètes de mon voyage pour la continuation de ceste guerre, et, par le moyem d'icelle exécuter ce dessein-là par diverses vcycs. Pour laquelle continuation de guerre

j'estois chargé de traicter avec le roy de Navarre et luy sur ung aultre poinct, concernant le préparatif d'une bonne force pour leur secours promis et asseuré contre les desseings des Espaignolz et de ceux de la maison de Guyse; et, à cet effect de faire passer à petites trouppes ung bon nombre de cavalerye et infanterie françoyse, à leur dévotion, jusques en Holande et comme pour le secours de ce païs-là, et puis monter led. Rhin par eaue ou par terre, comme il seroit plus seur, pour joindre les forces que S.A. veult redresser; mays que je n'avois à dire aud. s"" roy de Navarrcque ce poinct-là de l'artifice dont on usera pour faire tomber les forces d'Alemaigne sur les bras de l'Espaignol, et, avec telles forces, l'empescher tant en ses Pais-Bas qu'il n'ait moyem d'entreprendre en France, soubz l'asseurance de ceux de Guyse , qui demeureront par ce moyem seulz et despourveuz de ce secourslà, comme, à la vérité, c'en estoit le vi^ay moyem. Et, affin que ces forces là feussent à la dévotion dud. s'" prince, que S. A. estoit d'advis qu'il les feist lever par le s*^ de Glermont d'Amboise et aultres de ses amys, en sorte que led. s"" roy n'en sceut rien sinon que ce feust pour aller en Hollande; et, qu'estant joinctzaux forces de sad. Altesse, il traineroit la guerre en l'Électorat de Colongne jusques à voir le progrès et ouverture des armes de ceux de Guyse, contre lesquelz ces armes-là seroient prestes pour marcher à leur secours, au besoing.

Led. s^ prince recongneut que c'estoit le vray chemin et pour sa grandeur particulière et pour éviter au trouble de France, qui estoit proche, et que j'eusse

f'aict grand tort à leurs affaires de m'en retourner sans faire ma charge.

Je descouvry davantage aud. s' prince ce que j'avois apprins de la mort prochaine du duc d'Alençon, qui avoit faict surceoir à ceux de Guyse la prise des armes, pour en voir l'événement et la conséquence de ceste mort; et que, lesd. s""^ de Guyse ayans prins les armes, led. s'" prince n'auroit aultre chose à faire que partir secrètement, et, à la desrobée, s'embarquer avec une petite compaignye en ung bon vaisseau de guerre et tirer droit en Holande, et de là s'acheminer en l'armée qui iroit au devant de luy pour le recepvoir et puis, y estant le chef, en disposer à son plaisir, exécuter le mariage de Bouillon en tout ce qui appartenoit à son advancement et grandeur, se n'avoit plus agréable celuy de la fille de Son Altesse, son héritière unique, comme je luy avois cy-devant faict entendre; que S. A., sur mes remonstrances des intelligences dud. s"" roy de Navarre en court, pour lesquelles va Glervant, qui est devenu royal, avoit bien jugé que led. s'' roy de Navarre en vouldroit communiquer au roy de France, qui ne l'auroil jamais agréable, quelque couleur qu'on luy donnast du service de la couronne et de l'empeschement des Espaignolz, pour la crainte qui est ])lus forte en luy de voir le roy de Navarre aussi au dehors du royaume; et (jue pour eeste cause il estoit d'advis et m'avoit chargé de luy dire que, si le roy de Navarre n'en vouloit rien faire, comme il n'en avoit pas grande espérance, que led. s' prince, sans faire semblant de s'en mesler, feist laire cela par led. s' de Clervanl et aultres gentilzhonmies, ses amys,

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sans parler d'aultre chose que d'aller au secours de la Rolande ; que Son Altesse féroit de sa part redresser son régiment françoys de 2000 hommes et en feroit faire ung semblable au jeune comte de La Mark , son pupille, faisant conscience d'employer l'aisné, son frère, pour ne préjudicier à la conservation de son petit estât selon le conseil qu'il luy a donné par moymesmes; que d'advantage ceste trouppe-là par mer feroit des effects qui soulageroient la despence du voyage de laquelle, au pis aller, il donneroit asseurance aud. s"^ de Clermont de le descharger.

Toute laquelle procédure led. s'" prince approuva merveilleusement et désira y penser. Et, comme il estoit en peyne de ce que je dirois que j'eusse affaire à luy pour couverture de noz discours, je luy diz que mes affaires particuliers en estoient ung beau moyem, qu'aussy bien estois-je venu en intention d'y donner ordre pour le desgagement de ses bagues, ce qu'il trouva bon ; et me deist, en sortant de sa garderobe, que je luy en présentasse ung placet avec ample mémoyre et pièces vériiîcatifves et qu'il en résouldroit en son conseil, comme il feist assez bien, si le s"^ Desmaretz, meschant homme, pour ce qu'il ne gaignoit rien en mon affaire, n'eust retranché le résultat dud. conseil et la volonté dud. s"" prince, par le contraict, lequel enfin par le mauvais mensonge dud. Desmaretz et son avarice coustera bien cher aux héritiers de mon maistre.

Après que led. s'" prince eut pensé tout le jour à mon discours, il me deist, au soir, que le lendemain matin, à la mesme heure, en sa garderobe, il s'en vouloit résouldre et que je me trouvasse près de luy.

à son lever; ce que je fei. Où il me déclara que plus il pensoit à l'alliance de Bouillon, plus il la trouvoit propre à ses affaires, et pour l'espérance, quant aux biens, plus grande, y ayant desjà ung petit estât souverain sur la frontière de France, avec quelque espérance d'ung aultre en Alemaigne, à ce que je luy avois dict, tous deux propres à son intention, et ne laisseroit pas d'estre allié du duc de Mommorency, qui en a espousé la tante et en a des en fans mariez.

Surquoy je répliquay qu'il luy convenoit donc rompre du tout avec sa voisine*, qu'aultrement son Altesse ne se pourroit asseurer de sa résolution, congnoissant, à parler franchement, sa facilité ; le suppliant de m'excuser de ceste hardiesse, ayant charge de luy dire, et que par ce moyem il s'estoit laissé aller aux volontez de ceux qui ne l'ayment pas, en son dernier voyage de Languedoc, sans rien faire de tout ce que par moy il avoit asseuré à S. A., lequel par ses confidens, sans nommer personne, avoit eu si bons advis contraires. Dont Icd. s"^ prince s'excusa, disant n'y avoir pas mal acheminé ses affaires et que led. s"" duc de Mommorency n'y estoit guères mieux qu'auparavant, mays qu'il n'avoit pas trouvé les affaires disposées à ce qu'il avoit résolu avec moy, pourquoy il luy avoit convenu caler voile, et que c'estoit icy le coup; que, quand il seroit hors de Guyenne et du commendement dud. s'' roy de Navarre, il n'auroit ])lus rien à ci'aindre; que le mariage de Bouillon et la

i. Cliarlotle de laTremuillo habitait le château do Taillebourg, et Gondé la ville de Saiut-Jean-d'Angély (Duc d'Auuiale, Uisl. iks Condc. t. Il, p. 154).

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guerre de Coulongne estoient les fondemens de sa prospérité, et, qu'estaiis en armes, la négotiation de ceux de Guyse ne fauldroit à renaistre en leur nécessité', leur manquant les armes des Pais-Bas, qu'estans lors led. s"" duc et luy ensemble ilz feroient leurs affaires en toute liberté, sans respecter personne; ce qui luy faisoit juger que la continuation de lad. guerre de Colongne leur estoit nécessaire; mays qu'il doubtoit que le roy de Navarre, pour tout gaster, n'asseurast de tout faire, pour ne rien faire et luy oster l'occasion de le faire. Et quand, le roy de Navarre ne le faisant, il le feroit, si ne voyoit-il pas que cela se peust faire si secrètement qu'il appartient pour n'avoir les vaisseaux ny les avitaillemens nécessaires, qui seroient d'ailleurs de telle despense que Clermont et ses amys n'y pourroient satisfaire. Lequel doubte je luy louay, disant qu'il estoit en moy de parler au roy de Navarre, de telle sorte que je vouldrois et que me contentant de luy représenter le préjudice de la France aux entreprises de l'Espaignol sur la frontière d'Alemaigne et que, pour y remédier et apporter quelque chose de sa part au lieu de forces, je luy demanderois une somme d'argent, dont après led. s' prince se serviroit pour la levée desd. forces, et ferois par ce moyem servir le roy de Navarre, à son intention, au lieu de la trancher; que j'estois libre en mes instructions de faire ce que je verrois estre plus seur et plus à propos pour la continuation de ceste guerre de Colongne.

'I. C'est-à-dire que les avances des Guise se renouvelleraient, qu'ils

seraient obligés de les renouveler allusion à la négociation

de Malroy précédemment racontée. Aucun autre historien du temps ne donne autant de détails sur les pourparlers de Guise avec les princes allemands à cette époque.

« Ouy, deist led. s"^ prince; » et me touchant : « Tu as, deist-il, des inventions merveilleuses à cet effect, c'est le vray poinct; parle d'argent, mays asseure-le bien, et nous nous en servirons soubz le nom de l'Electeur de Coulongne. »

Je luy répliquay qu'il n'y auroit faulte de ma charge, mais qu'au nom de Dieu il n'y eust plus de faulte de son costé, et que s'il demeuroit sans serviteur duquel il s'en peust fier en mon absence, plustost, pendant mon voyage de Nérac, que je ferois lentement à cet effect, il mandast Sarrazin, en toute diligence, avec lequel, à mon retour, je communiquerois j)our l'instruire et demeurer près de luy et tenir la main à tout. Il le trouva bon, mays il doubta que le voyage feust long, Sarrazin estant pesant et malaisé à tirer de sa maison, mays qu'il avoit Couvrelles*. Je luy diz librement que Gouvrelles estoit une girouette et qu'au premier vent il tourneroit et dégousteroit plustost led. s*" prince que de tenir la main roide à l'affaire, quand ce ne seroit que pour son intérest particulier, s'estant marié en la maison de Fois ', proche de S' Jehan, affîn d'estre tousjours près de luy, et que je n'avois jamais congneu en Gouvrelles ny constance ny suffisance, pour ung grand affaire comme cestuy-cy. Il persista néantnioings et me deist que, quand il luy comnienderoit bien expressément, il le feroit. Je répliquay que Sarrazin feroit tout et dépescheroit, que ce n'estoit pas le gibier de Gouvrelles. « J'escripray moy-mesmes, » me deist led. s"" prince.

Et, quant à la difficulté qu'il m'avoit taicle des

1. Sur Gouvrelles, voyez le tome I, p. 325 et note. i. Voyez plus loiu p. 29'i, note.

vaisseaux et avitaillement d'iceux, je luy.diz que je me faisois fort de l'en soulager et de faire, à mon retour, que led. s"" Electeur de Colongne descendroit plustost en personne en Ilolande, pour en traicter avec les Estatz dud. pais, ausquelz il en donneroit asseurance sur les duchez de Westphale et d'Emgern, qui sont à leur porte, à leur contentement; qu'il ne falloit que soixante vaisseaux et des vivres pour ung moys au plus; qu'il ne restoit que choisir, avec led. s"" de Glermont, troys aultres gentilzhommes de qualité requise, chacun desquelz feist ung régiment et troys cens chevaux légers , et chacun desquelz feist aussy eslection de cappitaines et membres confîdens qui feissent les compaignyes secrètement; aulcunes, comme pour aller en mer busquer^ fortune, les aultres pour aller en Rolande; et, quand ilz seroient asseurez de leurs forces, regarder lieu propre près de La Rochelle pour leur embarquement, affin d'y faire trouver les vaisseaux ; que e'estoient des affaires qui requéroient ung habile homme pour le soulager ; que j'avois façonné Sarrazin à telz affaires, en Flandres, et qu'il le feroit fort bien et sagement; et qu'au contraire je doubtois fort que Couvrelles gasteroit tout, estant ung homme corrompu, qui ne faict pas profession de vertu, et aisé à gaigner; et que de Sarrazin je le pouvois asseurer comme de moy-mesmes, et que Son Altesse en seroit aussy fort contente. Touteffois je ne luy peu faire changer ceste résolution de Couvrelles, je ne sçay pourquoy, et ne sçay aussy qui le mouvoit à faire difficulté de Sarrazin ; mays cela me feist commencer

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