‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 67 sur 84 · Busqiier, chercher, de l'italien buscare · texte numérisé non relu

Busqiier, chercher, de l'italien buscare

à doubler fort de ses promesses, puisque l'instrument en estoit si doubteux. Et sur ce que je le vei arresté à se servir de Gouvrelles, qui pourroit, disoit-il luymesmes, avec son ayde dresser quelques compaignyes, je luy diz résoluement qu'il feist donc cela avec luy sans moy, et que je ne me voulois poinct tromper moy-mesmes; s'il en arrivoit mal, il s'en prendroit à luy-mesmes.

Gomme led. s*" prince veit que j'accommodois ma négotiation à son intention et soulagement, tant pour tirer des deniers du roy de Navarre et luy cacher la force que pour les vaisseaux et avitaillement, il ne sceut quelle chère me faire. « May s, me deist-il, le roy de Navarre n'a pas ung escu ; où en trouverra-il? » — « Je luy feray party, dis-je, de la somme qu'il m'accordera sur telle de ses terres de Flandres' qu'il vouidra, et en traicteray avec luy par engagement, ne désirant sur ce que sa procuration , et nous trouverrons l'argent. » « Voilà ung aultre beaumoyem, deistil, pour le sonder jusques au cueur. » — « J'en scay encores d'aultres, di-je, et ne m'en retourneray d'auprès de luy que bien informé de son intérieur; c'est le principal poinct de ma charge. » — « Si Clermont eust sceu cela, me deist-il, sans double il f'eust retourné

1. Le roi de Navarre lonail de son père, Antoine de Bourbon, des terres en Flandre : le duclié d'Enghien, entre Mens et Bruxelles, qui ne fut vendu au prince d'Aremberg que sous le règne do Henri IV; les terres d'Oisy, de Rbodos; les terres souveraines de Flandrin et de Haml>ordin; la chàtellenie de Lille; les seigneuries de Dunkerquo, de Gravelines, de Bourbourg et autres. Nous prenons cette liste dans une lettre de Ségur, de mai 1587, envoyée en Flandre pour mettre ces biens en gage (Vc de Colbert, vol. 402, f. 86).

à Nérac. » — « Et je sçavois bien, dis-je, que j'avois affaire pour retourner à Nérac, asseuré de sorte (ju'il ne feust plus besoing d'y envoyer. » Dont il demeura content.

Et pour le faict de la dame de La Trémouille, sa voisine, me donna la main et me feist serment qu'il n'y en avoit rien de faict et qu'il ne luy seroit jamais allié; que ce n'estoient que nèfles, au prix de l'affaire de Bouillon. « Mays bien pis, luy dis-je, ce sont icy les affaires de vostre grandeur et seureté ; et la négotiation de La Trémouille ne tend qu'à vostre ruine, par l'entremise dud. vicomte de Tureyne, de quelque mouvement supérieur et comme instrument de vostre perte, vous haïssant à poison et ayant tout crédit avec sa tante et sa cousine pour leur faire exécuter ce qu'il vouldra. » A quoy nous en demeurasmes.

Et pour mes affaires particuliers, il me deist qu'il en avoit résolu, selon mon mémoyre, qu'il m'en f croit délivrer l'expédition avec mandement au s"" Desmaretz d'en passer le contraict à Paris, où il estoit, à mon retour, et que, sortant de sa garde-robbe, je l'en pressasse, comme je fei. Et il demanda à Bruneau^ l'ung de ses secrétaires, qui estoit en sa chambre, si ma dépesche estoit preste ; lequel deist qu'ouy et me la délivra preste à signer, pour la voir ; et aussy tost led. s"" prince la signa, me disant que, si je n'estois bien asseuré en ceste sorte-là, que, luy remonstrant,

1. Bruneau, .secrétaire du prince de Condé et l'un de ses messagers ordinaires. On trouve dans le fonds français (vol. 3350, f. 157 et 166) deux lettres de créance autographes de Condé à Nevers en faveur de Bruneau, l'une du 20 juin, l'autre du M décembre 1584, toutes deux datées de Saint-Jean-d'Angély.

il me donneroit aultre asseurance, à mon contentement, et qu'il escripvoit aud. Desmaretz de passer le contraict, selon sa volonté, apostilée à chacun article de mon mémoire et signé de luy.

Et, quand led. Bruneau m'eut délivré ceste dépesche, je prins congé dud. s'^ prince, comme m'en retournant à Paris pour passer led. contraict, de sorte que chacun le croioit, faisant led. s"" prince contenance d'estre fort marry de ce que je ne voulois aller à Nérac ; que Clervant en seroit reprins, mays que je sçavois ce qui m'estoit ordonné, au préjudice de quoy il ne me vouldroit presser d'avantage. Et luy baisant les mains, il me deist en l'oreille : « Allez une grande lieue le chemyn de Paris et puis rebroussez le chemyn de Nérac. » Et, voulant sortir par la porte de ce chemynlà, je fuz tout esbahy que led. Cou^Telles se présenta devant moy, qui me déclara avoir charge dud. s"^ prince de me mener coucher en la maison dud. s' de Fois^, son beau-père. Et touteffois il n'apprinst jamais rien de moy.

Et, le lendemain, ayant disné encores avec led. s"" de Fois, led. s"" de Cou\Telles me mena deux grandes lieues. Et m'en allay coucher à Barbézieux, de là à Monguyon et à Caslillon , sans me faire congnoistre, ayant dict à mes deux serviteurs ce qu'ilz avoient à faire là-dessus, que j'estois ung gentilhomme Beausseron, appelle Du Buisson, allant trouver le roy de Navarre pour quelques affaires de sa terre de Champ-

I Probablement Georges de Foix , fils d'Antoine de Poix et de Madoloino de Rochechouart , qui représenta en 1595 la Saintonge à rassemblée de Saumur et en 1597 à celle de Chàtellerault. Il épousa Jeanne de Durfort (La France protestante, v. Foix).

rond'. Et touteftbis jefuztoiit esbahy, comme j'estois à la table, aud. Gastillon , que je vey arriver le gouverneur, venant exprès de sa maison, distant d'une lieue et demye dud. lieu, lequel me saluant se feist apporter à disner à la mesme table ; et, entrant en propos, me feist congnoistre qu'il estoit venu pour conduire ung gentilhomme allant trouver le roy de Navarre de la part du duc Casimir, lequel il ne congnoissoit pas; si c'estoit moy, il ofïroit me conduire jusques à Nérac, si je voulois. Je me resouvins de Clervant et luy diz que ce n'estoit pas moy, que j'estois de Beaulse, près Chartres, qui avois des affaires à Nérac pour la terre de Champrond , qui me menoient vers le roy de Navarre. Il s'offrit de rechef fort à moy, et je me tins de tant plus sur mes gardes. Après disner, il print congé de moy et s'en retourna. Et je sceu de l'hoste que, si tost que j'estois arrivé, il l'en avoit adverty, en ayant exprès commendement de luy, ce qui m'augmenta le soupçon et me feist doubter de mon passage de la rivière, devant Gastillon, qu'il l'eust espié, et que, congnoissant le pais, il eust prins le devant par aultre passage pour me rencontrer. Pourquoy, si tost que j'en passé l'eaue, je prins le chemyn de Bourdeaux; et le lendemain reprins mon chemyn droict à Nérac, où j'arrivay le xv® de may 1584.

Et m'estant logé en une hostelerie proche du logis du secrétaire Du Pin, je l'envoyay saluer et advertir de mon arrivée, de la part dud. s"" duc, tuteur et administrateur de l'Electorat et Palatinat, le priant de le faire entendre au roy, son maistre, affin qu'il luy

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