Champrond-en-Gàtine (Eurp-et-Loir
pleust m'assigner heure d'audience, sans luy parler nv du logis ny d'aultre chose quelconque, pour recongnoistre l'honneur qu'ilz feroient aud. s"" duc en ma personne, comme il honoroit tous ceux que led. s' roy envoyoit vers luy, de logis, de la table et de leur defrey ; prenant bien garde à tout cela, pour en faire rapport, comme j'en estois chargé, et à ma seureté, affin de faire heureusement ce voyage, que j'avois entreprins à son envy, pour obéyr aud. s"" duc, congnoissant assez l'humeur dud. s*" roy et tout ce que led. s"" duc en debvoit espérer, comme je luy avois remonstré; aussy faisoit led. s"" duc surtout estât de mon maistre, à cause duquel il sçavoit que led. s^ roy ne me vouloit guères de bien, et duquel aussy il vouloit sonder la volonté, en ceste occasion , sur les promesses que Beutterich luy en avoit rapporté.
Soubdain que led. s" roy fut adverty, il envoya le s"" de Spanheim^ gentilhomme alemand de sa maison, pour me venir veoir et sentir le fondz de mon intention. Mays led. s"" de Spanheim, qui n'estoit nourry de telles dissimulations et qui d'advantage estoit serviteur et vassal dud. s*" duc, me le déclara franchement et que je ne trouverrois rien en ce prince ({ui tendis! à avmer et honorer led. s"^ duc; que, toutes les fois qu'on en parloit, c'estoit en risée et mocquerie et que je n'aurois de luy que des paroles sans aulcun eftect; qu'il s'estoit arresté près de luy pour y apprendre la langue et la court, mays qu'il n'y demeureroit j)lus guères; cjue
1. On trouve à la fin du xvi" siècle un Wigeld de Spanheim, conseiller ecclésiastique de l'électeur palatin, qui mourut en 1620. Le gentilhomme allemand du roi de Navarre appartenait sans doute à la niême famille.
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c'estoit ung prince nécessiteux, qui se plaisoit à mocquer et tromper tout le monde et n'aymoit personne; qui ne disoit jamais ce qu'il vouloit faire et ne faisoit jamais ce qu'il disoit; que, pour le respect dud. s"" duc, il me feroit bon visage, mays que je ne m'y fie pas, et qu'il hait mons"" le prince et entre tous ses serviteurs spécialement moy; et qu'encores qu'il sceust que je feusse allié du secrétaire La Marsilière et du s"" de Tliauvenay', gentilhomme de sa chambre, que je ne m'y fie pas et ne leur communique rien que je ne vueille que le roy saichc. Je le remerciay fort de ce bon office et l'asseuray d'en faire rapport aud. s"" duc, encores que du naturel du roy, son maistre, et de son inclination vers led. s"" duc j'en sçavois plus que luy, et que le roy ny personne ne sçauroit la fin de mon voyage, jusques à ce qu'ung jour il le sentira bien, s'il ne faict son debvoir sur ma charge, ce que je ne craignois de luy dire, pour ce que je serois bien homme pour le dire au roy mesmes, pour son service.
Et, comme nous devisions ensemble, arriva led. s"^ Du Pin, qui me feist bonne chère et me deist de la part du roy, son maistre, que j'estois le bienvenu et qu'il se coucheroit de bonne heure exprès pour chasser tout le monde de sa chambre, affin de me donner audience au lict, tout le soir qu'il vouloit employer à parler à moy seul à seul, auquel effect il avoit charge de me venir prendre pour me mener, après soupper, au cabinet du roy attendre ceste heure-là, affin que je me tinsse prest. Et l'ayant remercié, je priay led. s"^ de Spanheim de me donner loisir de penser ung peu, devant soupper, à mon affaire ; et il s'en alla au soup-
l. Thauvenay, seigneurie du Berry.
per du roy, me disant qu'il estoit bien aise de me voir là , pour la longue congnoissance qu'il avoit de moy, et qu'il seroit homme pour prendre son congé et s'en retourner avec moy. Je luy diz qu'il ne feroit pas mal, qu'aussy bien ne pouvoit-il pas beaucoup espérer où il estoit, et qu'il ne falloit qu'une querelle de quelque rodomont de Gascongne pour luy donner beaucoup de peine; que s'il n'avoit argent je luy offrois de faire ses despens jusques près de la personne dud. s"" duc, dont il me remercia fort, acceptant mon offre, s'il pouvoit obtenir congé.
Sur cela je me mis à méditer les poinctz de ma charge, que je divisay en quatre : le premier, des complimentz, amitié et offres ; le second, du discours entier de la guerre de Colongne ' , pourquoy elle avoit esté entreprise, la cause de la retraicte; le troysiesme, des préjudices que la France reçoit des entreprises des Espaignolz, soubz le prétexte de ceste guerre, aussy grandz et plus par la congnoissance de la charte que j'avois de Testât palatin ; et le quatriesme, de la nécessité de continuer ceste guerre pour conserver l'Electeur de Colongne, priver la maison d'Austriche de sa voix, rabaisser l'orgueil d'Espaigne et, l'entretenant en ceste entreprise, luy oster le loisir et moyem de se joindre aux armes de ceux de Guyse, comme les Espaignolz en font estât, pour ruiner la France et led. s"" roy de Navarre, et, avec la continuation de lad. guerre, diminuer la réputation de leurs forces et entreprises, asseurant les affaires et secours dud. s"^ roy, et
1. On trouvo dans les Annales de Nassau de M. Groen van Prinsterer (t. VIIT, p. 3Î3 et suiv.) une lettre du roi de Navarre sur la guerre doctoi'ale (\u\ niani|ue au n>cueil de M. Heriier de Xivrey et aux suppléments.
faisant aussy chose qui apportast du soulagement aux affaires de la royne d'Angleterre, qui est, à ceste occasion, sollicitée par Son Altesse de pourvoir à son assistence en ceste guerre ; comme j'estois aussy chargé de prier led. s"" roy de contribuer promptement, le plus qu'il luy sera possible, aux frais de lad. guerre, et, en ce faisant, donner subject aux princes alemandz de le secourir plus alaigrement en son besoing, sans parler de forces, selon que j'avois résolu avec mon maistre.
Si tost que j'eu souppé, led. s' Du Pin me vint retrouver et conduire au chasteau, me faisant monter au cabinet du roy par des chemins où je ne fuz veu de personne. Et demeurant là, led. s"" roy devisa quelque temps avec ses gentil/hommes; et, se faisant mectre au lict, leur donna congé. Et, lorsqu'il se veit seul, led. Du Pin me mena à luy jusques près de son lict ; et me receut fort humainement, me disant qu'il estoit très aise de me voir; et feist signe aud. s"^ Du Pin de se retirer.
Et, estans seulz, il me feist seoir et n'attendist pas que je luy parlasse le premier , me demandant comment se portoit mons"" le duc. Je l'asseuray de l'avoir laissé en fort bonne santé, déplaisant touteffois de la mort de feu mons"" l'Electeur, son frère; qui l'avoit contrainct de laisser pour quelque temps les affaires de Goulongne pour retourner à Heydelberg prendre la tutèle de mons"" son nepveu et l'administration de l'Electorat et Estât Palatin, qui luy appartenoit; et qu'ayant donné ordre à son establissement et retenu à cet effect son régiment françoys, la première chose qu'il a faict a esté de désirer de moy, qui avois esté
présent à toutes choses, que je feisse ce voyage vers Sa Majesté, pour plusieurs grandes considérations; dont j'avois prins peine de m'excuser pour ce que j'estois sur le poinct de prendre party de mariage. Sur quoy S. M., m' interrompant le propos, me deist qu'il le sçavoit bien et que j'avois espousé la niepce de son secrétaire La Marsilière, dont il avoit esté bien aise. Et je diz que S. M. en avoit quelque raison, et qu'avec l'honneur du père de ma femme et de toute sa maison ma principale considération avoit tendu à nouer, par le moyem de mon alliance, quelque estroicte confidence avec led. s'' de La Marsilière, pour l'exprès service de S. M. et urgentes occasions qui se présentent par la mort du duc d'AIençon; mays que led. La Marsilière s'estoit rendu si altier et haultain qu'en me mesprisant il avoit faict ung grand tort au service de S. M., qui m'en sceut bon gré et m'advoua le naturel de son secrétaire estre tel, mays qu'il y avoit intérest et y vouloit donner ordre. Je diz à S. M. que j'avois faict mon dcbvoir de le rechercher, et que n'en ayant faict compte, j'avois le cueur aussy bien assiz que luy, mieux nourry et aux lectres et en la congnoissance des affaires tant dedans que dehors le royaume ; et l'avois laissé et laisserois là.
Et revenant à mon propos, j'adjoustay l'aultre raison de mon excuse sur l'advis que j'avois de plusieurs, et spécialement du s*" Beutterich, que S. M. avoit conceu quelque mauvaise opinion do moy par quelques faulx rapportz, qui me faisoit juger (|ue je n'estois pas propre à ceste charge, si je n'estois agréable à S. M., nonobstant lesquelles excuses led. s"" duc auroit usé de la puissance qu'il a sur moy, voulant tjue je ieisso
ce voyage. Sur quoy S. M. me deist que mons"" le duc avoit bien faict; que c'estoit le monde, mays qu'il avoit deux oreilles pour ouyr les ungs et les aultres. Je continuay que j'eusse aiséement passé par dessus mon particulier touchant l'affaire de mon mariage, pour le respect du service que je doibz à S. M. en affaire de telle importance; que touteffois S. A., comme prince bening , n'avoit voulu que je mesprisasse ceste bonne occasion, m'ayant donné congé d'y vacquer tout le reste de l'hyver. Mays, quant à l'aultre poinct de mon excuse, que j'avois tousjours faict difficulté d'accepter ce voyage, craignant de n'estre propre à en tirer le fruict, pour la raison que dessus, non que je ne sceusse bien qu'à tort on m' avoit mis en ses mauvaises grâces et que je n'eusse. Dieu mercy, assez de quoy respondre aux calomnies par ung seul mot de mon obligation au service de mon maistre, (jui m'excuse de toutes choses; que néantmoings S. A. avoit passé par dessus ceste excuse, y opposant que par aultre il ne le pouvoit si bien faire, pour ce que j'avois esté présent à toutes choses et avoys si bonne congnoissance des affaires de France et Alemaigne, Flandres et Angleterre, et de leur connexité et deppendance, qu' aultre n'en pouvoit rendre si bon compte que moy à S. M. ; laquelle instance m' avoit faict fléchir à la volonté de S. A. et subir le hazard de ce voyage, en intention d'entrer en discours de ceste façon avec S. M., pour la supplier très humblement, comme je fei, de me vouloir, avant toutes choses, déclarer sur quel subject on luy peult avoir imprimé ceste mauvaise opinion de moy, et me faire cet honneur de m'ouyr en ma justification.
Sur quoy, S. M. print la parole, me déclarant qu'il avoit très agréable la façon dont j'entrois en traicté avec luy; qu'à la vérité il s'estoit passé quelques choses qu'on m'avoit voulu imputer; mays qu'ayant ouy parler monsMe Prince, son cousin, à Montauban, et saichant d'aultre part le zèle que j'avois au bien du party il avoit tousjours creu de moy deux choses : que je n'avois rien faict que par le commendement et pour le service de mon maistre, et que j'avois eu tousjours pour but l'advancement du party; et que partant il ne pouvoit estre que très content de moy, n'estant prince qui voulust légèrement mal penser de moy ny d'aultre quelconque, et que de la bouche d'aultre que de moy il ne recepvroit plus volontiers ce qui m'avoit esté commis; qu'il y a longtemps qu'il me désiroit voir, et que je luy disse librement tout ce que j'avois à luy déclarer.
Lors je baisay les lectres de créance de S. A. et les luy donnay, en luy baisant les mains de sa part et luy déclarant que, si jamais il avoit fiaict service à Dieu et aux affaires de la maison royale de S. M., Dieu aussy luy avoit à présent augmenté l'authorité et moyems de faire encores mieux, depuis qu'il luy a pieu l'appellcr à la tutèlc de mons*" son nepveu et à l'administration de l'Electoral et estât palatin; ausquelz termes je m'estois résolu de n'entrer ciu"au préalable je n'eusse pourveu au faict de ma justification, au contentement de S. M., qui print les lectres, les baisa, ouvrit et leut entièrement. Et les trouvant plaines d'honneur, respect et amitié envers luy et d'une grande confidence sur moy, S. M. me déclara qu'il se condoloit avec S. A. de la mort dud. feu
s"" Electeur, son frère, et jugeoit touteffois que Dieu en avoit ainsy disposé pour le bien de son service et pour sa propre conservation ; qu'il désiroit estraindre une amitié inviolable avec S. A. et se servir de moy à cet effect, qui en sçavois les moyems mieux que nul aultre.
Je répliquay que S. M. en avoit très grande occasion en Testât auquel j'avois laissé led. s"^ duc d'Alençon, de la briefve mort duquel • j'avois esté asseuré par Le Febvre et Paumier , médecins de la royne mère , aux premières chaleurs; que cet accident le rendoit successeur présomptif et immédiat de ceste couronne, le roy n'ayant poinct d'enfans^, et partant obligé à rechercher de bonne heure les moyems de résister à ceux qui se préparoient pour le priver de ceste belle espérance; que je pouvois asseurer S. M., pour le dehors du royaume, qu'il n'y avoit prince qui eust tant de partyes requises pour son service, la volonté, conformité de religion, les moyems, l'authorité, le crédit et créance parmy les gens de guerre; que la
1. Le duc d'Anjou mourut à Château-Thierry, le 10 juin 1584, laissant au roi la ville de Gamhrai, le dernier reste de ses conquêtes. Son testament est imprimé dans le Cabinet Idstorique, 1866, p. 137. La reine voulut qu'on fit l'autopsie de son corps (procès-verbal de cet acte; f. fr., vol. 3902, f. 283). Biron fut chargé de présider à ses funérailles et en rendit compte au roi dans une lettre du 30 juin 1584 (f. fr., vol. 20647, f. 117).
2. Déjà, en 1584, il était universellement admis que le roi et la reine ne pourraient pas avoir d'enfants, au moins par les moyens naturels. Aussi le prince et même ses conseillers recevaient-ils des recettes et des propositions étranges de la part des empiriques du temps. Voyez une curieuse lettre de l'ambassadeur Guillaume Ancel au secrétaire d'État Brùlart, en date du 16 octobre 1584 (V<= de Golbert, vol. 398, f. 649).
304 MÉMOIRES DK LA HUGUER\T.
royne d'Angleterre estoit une grande princesse, mays que je sçavois par expérience qu'elle pouvoit peu sans led. s"^ duc, qui faisoit valoir les moyems de ceste princesse; ce que disois à S. M. de mon creu et sans charge, mays pour la vérité, affin de faire voir à S. M. le danger auquel le précipitoient ceux qui taschoient à la nourrir en ung mespris de S. A. ; lequel avoit esté recherché et estoit encorcs sur le poinct de l'estre plus fort que devant de ses ennemys, avec offres et advantages plus grandz qu'il ne pourroit désirer, et par ung instrument, son parent et voisin, auquel il a beaucoup d'obligation; mays que S. A. est ung prince qui a esgard à toutes choses en leur ordre et n'a rien qui précède sa conscience et la conservation de ceste couronne, lesquelz deux poinctz se retrouvans uniz en la personne de S. M., il se pouvoit et debvoit du tout asseurer de S. A. et ne craindre aulcune pratique de ses ennemys envers luy ; et dès à présent peult et doibt regarder aux moyems qui y appartiennent, les procurer et advancer, pour en tirer l'utilité requise à la conservation de ses droictz en ce royaume, comme en l'occasion de la présente guerre de Colongne, laquelle S. A. avoit entreprins pour plusieurs fins : en premier lieu , pour advancer sa religion en Alemaigne, et, par l'exemple de l'archevesque Electeur de Golongne, inviter les aultres de sa qualité à semblable réformation, priver de sa voix la maison d'Austriche et la joindre aux trois voix des Electeurs séculiers, pour faire ung empereur digne de tel grade, comme S. .M. avoit subject d'en bien espérer ung jour par ce moyem; et, sur les recherches de ses ennemys, ayant apprins leurs desseings et conjonction avec les
Espaigiiolz, pour la ruine de S. M., .nourrir aud. Electoral de Colongne ceste guerre avec de gagliardes forces, appuyées du voisinage de Holande, pour empescher tellement les forces d'Espaigne en ce cartierlà qu'ils n'ayent moyem ny loisir de s'employer en France et joindre à ceux de Guyse, et en tout cas, pour avoir là une armée toute preste au secours de S. M., au bcsoing, et gaigner le temps des levées et recherches de deniers pour les faire, qui est long et cher; et, pour le particulier de S. A., voyant l'indisposition dud. s"" Electeur, son frère, bien adverty qu'il estoit qu'il avoit disposé par testament, à son préjudice, de la tutèle de son iilz et administration de l'Electorat et estât Palatin , en faveur des landgraves Ludovic, duc de Wirtemberg, et marquis d'Anchbach', princes de grand crédit et moyems, il auroit désiré armer en ceste occasion, afin que, la mort eschéant cependant, comme il est advenu, il eust de quoy s'establir et conserver au reng qui luy appartient, comme Dieu luy en a faict la grâce de l'exécuter heureusement et sans aulcune contradiction, pour servir de son authorité et moyems à S. M. et à ses aultres amys ; lequel événement avoit esté cause de sa retraicte à Heydelberg, en intention touteffois de fortifier de nouveau led. s"" Electeur de Colongne, pour les raisons cy-dessus; et, y ayant S. M. ung si grand et notable intérest, le supplier humblement d'y vouloir apporter de ses moyens et authorité, pour en recueillir les fruitz susd. en temps et lieu, spécialement l'empesche-
1. Les marquis d'Anspach formaient une branche de la maison de Brandebourg.
ment des Espaignolz, que S. A. espéroit rendre artificieusement plus grand, en cédant doucement à leurs forces et les laissant advancer et monter le Rhin en ceste frontière, et par une fainte rctraicte les laisser ap rocher de Francford, affîn de mectre tous les princes en alarme et leur faire effectuer leurs promesses envers led. s*" Electeur de Colongne, en leur descouvrant manifestement la connivence de l'Empereur et les intelligences des deux aultres Electeurs ecclésiastiques avec l'Espaignol, pour y remédier.
Auquel discours S. M., prenant grand goust et plaisir, je luy fei ouverture de la charte que j'avois dressée, durant ceste guerre-là, et luy fei voir à l'œil tout ce que je luy avois dict , qu'il recongneut véritable, désirant que je luy laissasse lad. charte, comme je fei, luy descouvrant davantage le but des Espaignolz fort préjudiciable à la couronne de France, par lesd. connivences et intelligences, pour joindre par le derrière de la Lorraine les Païs-Bas à l'Elsatz*, Ferrette^ et Bourgongne, au grand dommage du duc de Lorraine et ruine des Palatins, fermant ainsy aux Fraiiçoys le passage en Alemaigne, comme S. M. le congneut évidemment en lad. charte, n'y ayant entre deux que lesd. Ecclésiastiques, qui estoient d'accord avec l'Espaignol , et la maison palatine , jusques près de Hagueneau, qui seule ne le pourroit empescher, son Altesse s'estonnant bien fort que mons"" de Lorraine, qu'il en a tant faict advertir par le s' comte de Salm
\. L'Elsatz, l'Alsace.
2. Le comté de Ferrette comprenait les bailliages d'Allkircli. de Thann, de Belfort, de Délie et de Rougemont.
et par moy-mesmes, à diverses fois,^ au lieu d'y prendre garde, se laisse aller aux poursuites desd. Espaignolz, par le moyem de ses parens ; concluant par toutes ces raisons une nécessité de continuer et fortifier ceste guerre de Coulongne et la conduire par artifice aux effectz susd.
Et sur ce qu'en ma charte je luy fei voir le lieu de la citadelle de Duitz sur la ville de Colongne, S. M., entendant les raisons que je luy rendy du rasement de lad. citadelle, contraire à cet artifice, s'en contenta pour l'importance de la ville, laquelle aultrement estoit perdue et eust servy aux Espaignolz d'ung magazin de leur guerre et dessein, malaisé à retirer de leurs mains , après l'avoir en peu de temps fortifiée , comme S. M., voyant la grandeur et assiette de lad. ville et facilité de la rendre imprenable, le recongneut; et loua grandement la prudence de S. A., me disant que l'artifice estoit bon mays non en choses si dommageables. Et estant minuict, qu'il commençoit à sommeiller, il me remist pour le reste au lendemain, me promectant de bien penser à tout ce que je luy a vois si clairement proposé. Et ainsy je prins congé de S. Majesté.
Le lendemain matin, S. M. me feist appeller et conduire en son jardin où je le trouvay en la grande allée des lauriers. Et congneu qu'il me feist longtemps promener avec luy exprès pour me faire voir au s'^ de Belièvre que je vey au bout de lad. allée, venu vers luy pour négotier la réconciliation de la royne sa femme*, affin que led. Belièvre congneust qu'il avoit