‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 71 sur 84 · Arguait, accusait · texte numérisé non relu

Arguait, accusait

que je me contentois d'avoir contrainct Clervant à obéyr au roy, son maistre; que je ne voulois rien adjouster à sa dépesche sur ce faict-là, affin que, si mal en advenoit, on ne me le peust attribuer; mays je consenty à luy discourir le faict de bouche, en toute confidence, pour le faire plus particulièrement entendre au roy, affin qu'à cela ne tinst qu'ung si bon affaire ne feust advancé, comme il méritoit, mays que je m'asseurois que Clervant gasteroit tout. Et séjournant là pour apprendre ce qui en seroit résolu, j'apprins dud. s"" de Torcey que le roy avoit remys cet affaire au duc d'Espernon, pour en résouldre avec le roy de Navarre, selon qu'il verroit la disposition de sa négotiation avec luy le requérir ; ne voulant le roy rien advancer en cet affaire, qui peust apporter de l'utilité aux affaires du roy de Navarre, qu'il n'eust résolu par le duc d'Espernon de toutes aultres choses avec luy à son contentement.

Ainsy je congneu, comme je l'avois préveu, l'affaire réduicte à une perte de temps et saison fort préjudiciable. Et en ayant faict une dépesche à mon maistre, par la voye dud. s"" de Torcey, je l'adverty aussy que je n'avois poinctreceu delectres de luy, et, s'il m'escripvoit, qu'il me les feist adresser à Sedan, en mon logis; que cependant j'allois à Amyens donner ordre à l'exécution de mon contraict, que Desmaretz m' avoit forcé de passer contre sa volonté, à mon grand préjudice et enfin à son grand dommage ; et que de là je rebriserois^, le long delà frontière, à Sedan, où je

1. Rebriser, terme de chasse, retourner sur ses pas, sur ses brisées.

séjournerois huict jours, pour luy donner tant plus de loisir de m'advertir ; et que, si dedans ce temp-là je n'avois de ses nouvelles, qu'il seroit besoing de me les envoyer jusques à Heydelberg, retenant les minutes de tout ce que j'escripvois, pour me servir de mémoyres. Et m'estant hasté de faire mes affaires à Amyens avec Jehan Le Pot, fermier de la terre de Buyre', à moy ceddée, je ne voulu aller à Arras pour faire la mise de faict^, qui eust esté lon^^ue et peu descouvrir mon voyage; et, en ayant laissé charge aud. Le Pot, je m'en allay à Sedan, où j'arrivay le 28® juing.

Sitost que led. s' duc de Bouillon le sceut, il m'envoya ung page, m'appellant à soupper; ce que je fei; et, après soupper, me tirant à part, me demanda des nouvelles de mon voyage. Je le contentay de ce que j'avois veu à Nérac de la réconciliation du roy et de la royne de Navarre, du voyage du duc d'Espernon vers led. s"" roy, après la mort du duc d'Alençon^', et de la bonne volonté de mon maistre en son endroict, en luy en délivrant les lectres avec tous les advis que j'avois des préparatifz de Mes""^ de Guyse, résoluz aux armes par la mort dud. s"" duc d'Alençon et le voyage dud. duc d'Espernon, pour acheminer quelques moyems d'y remédier; que les chartes s'en alloient fort brouiller, de sorte qu'à grand peine ceste année passeroit-elle en paix ; prenant la hardiesse de luy dire

1. Buiro-Gourcelles ou Buiro-sous-Corbio, villagos du département de la Somme.

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