‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 73 sur 84 · Fraye, dépensé · texte numérisé non relu

Fraye, dépensé

2. Elisabeth de Saxe, fllle d'Auguste, électeur de Saxe, morte en 1590.

bon pour luy ; pour quoy il me voulpit renvoyer à Sedan pour voir de près comme tout se passeroit en France et l'en advertir. Et me pria S. A. de faire ceste dépesche et d'escripre avec luy du mesme subject aud. s' Electeur, ce que j'exécute.

Et prenant congé de luy, avec supplication d'avoir agréable ma retraicte en son estât de bonne heure, pour m'exempter et ma famille de beaucoup de peines, fraiz, alarmes, et traverses que je prévoyois estre pour recepvoir à Sedan, veu le chemin que je craignois debvoir tenir led. s"^ duc de Bouillon contre son adviz, il me pria instamment de ne partir encores de Sedan que je ne veisse ung aultre temps, et de dire aud. s"^ duc de Bouillon , en créance des lectres qu'il luy escripvoit par moy, qu'il se donnast bien garde de prendre aultre party que celuy de feu son père; me commendant que, si tost que j'appercevrois que je ne serois pas bien à Sedan, je le vinsse trouver avec ma femme et famille et que je n'aurois faulte de rien qui feust en sa maison, et me donneroit le moyem de passer le mauvais temps; ce que j'acceptay, l'en remerciant très humblement. Et party de Heydelberg le xx^ juillet aud. an 1584.

J'arrivay à Sedan le xxvi®, où je ne trouvay encores aulcunes nouvelles dud. s"" prince, sinon que j'apprins sur la fin de l'année qu'à l'instance du s'd'Aventigny^

1. Le seigneur d'Avantigny était fils de Louis d'Avantigny, seigneur de la Brenallerie et de Montbernard. Après la mort du prince de Condé il se mit au service du roi de Navarre et fut désigné par Turenne comme gouverneur de Castres. Malgré l'opposition de Montmorency, le roi de Navarre lui accorda même la lieutenance de Quercy, Rouergue et Haut-Languedoc pendant

retiré près de luy, et gaigné par la dame de La Trimouille*, il avoit renoué l'affaire de son mariage avec sa fille ; qui me feist croire qu'il n'en faloit plus rien espérer, comme je l'escripvy à Son Altesse.

Cependant les affaires de France passoient en brigues et négotiations, de tous costez, jusques en l'année suivante 1585, que les armes commencèrent^, de sorte que le danger des chemins me contraignit d'envoyer ma femme à Paris, au lieu de moy, pour noz petitz affaires, ne bougeant de Sedan, d'où j'advertissois S. A. de toutes choses.

Les armes estans prises en lad. année 85, je m'estonnay fort du maigre subject contenu en la déclaration de mess""* de Guyse-^, m'asseurant, quelque chose que le roy feist entendre au roy de Navarre de ne bouger et que c'estoit contre luy-mesmes que les armes estoient prises, que la chance tourncroit tout court contre luy, comme je vey arriver tost après par le traicté de la paix de Dormans, au moys de juing aud. an 1585*;

l'absence de Turenne (Faurin, Journal des guerres de Castres, dans le t. III des Pièces fugitives du marquis d'Aubais).

1. Jeanne de Montmorency, fille puînée du connétable Anne de Montmorency, dame d'bonneur de la reine Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, mourut à Sully le 30 octobre 1596.

2. La Ligue se constitua officiellement par un traité passé, le 16 janvier, au château de Joinville, entre les Guises et Philippe II. Ce traité, daté du 31 décembre 1584, mais antidaté, a été imprimé par Dumont, Corps diplomatique, t. V, p. 411.

3. C'est le manifeste de la Ligue, imprimé secrètement à Reims et publié à Péronne le 31 mars 1585. Cet important document se trouve dans les Mémoires de la Ligue, t. I, p. 56.

4. L'acte que La Huguerye appelle traité de Dormans est le traité de Nemours, par lequel Henri III se donnait à la Ligue (7 juillet 1585). Il est imprimé dans le Corps diplo7nat. de Dumont, t. Y,

ne pouvant avec raison croire que led. s"" duc de Guyse feust si mal conseillé que d'irriter si aigrement le roy contre luy et s'opposer si directement aud. s' duc d'Espernon*, qui le possédoit du tout-, pour les contraindre de rechercher le roy de Navarre, l'aprocher de la personne du roy et le fortifier de ses forces, au lieu de le reculer et l'affoiblir davantage, jugeant à cet effect au contraire apartenir au bien des affaires dud. s*" duc de Guyse d'entretenir l'amitié du roy plus qu'auparavant et de s'allier très estroictement avec led. s"" duc d'Espernon; et ne me pouvois persuader qu'il n'y eust de l'artifice de la royne mère pour, soubz ceste couleur, assembler des forces et puis les unir contre led. s*" roy de Navarre par une simulation de paix, comme aussy nous en avions semblables advis de la court; qui fut cause qu'au retour de ma femme, voyant la ville de Sedan plaine de noblesse et soldatz retirez, qui ne respiroient que les armes, et led. s' duc de Bouillon se gouverner du tout au contraire du conseil de S. A., se laissant repaistre de vaines espérances, je commençay à prévoir qu'il n'y feroit guères bon, pour les guetz et gardes , les assemblées de gens de guerre et les levées de deniers qui s'y faisoient et estoient pour croistre, je me résolu de faire ung voyage

p. 453, et, avec d'autres pièces, dans la France protest., t. IX, p. 184. Mais la négociation avait été arrêtée à Épernay le 20 juin (Journal de Lestoile, éd. Ghampollion, p. 186) et Dormans est près d'Épernay. On conserve à la Bibliothèque nationale de nombreux documents sur ce traité dans les volumes 3368, 3369, 3370 et 3371 du fonds français.

1 . C'est-à-dire s'opposer si directement à la mission confiée par le roi au duc d'Épernon.

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