Conversation, le sujet de sa mission
4. Le s. de Mouy avait été envoyé par le roi de Navarre à Sedan [Lettres de Henri IV, t. IX, p. 334). En 1587, Mouy faisait partie de l'expédition allemande avec La Huguerye; il demeura fidèle à la cause de Henri IV, assista à la bataille d'Ivry et fut nommé maréchal de camp (llùd., i)assim).
mans, et party le lendemain de la S' Pierre, après le retour de ma femme. Et, par divers chemins, arrivay à Heydelberg le xx^ juillet aud. an 1 585. Et fei entendre à S. A. le misérable estât de la France par les articles de la paix faicte entre le roy et Mess*^* de Guyse que je luy délivray, et que sans doubte toutes les forces alloient tomber sur les bras du roy de Navarre, qui auroit tout loisir de regréter qu'il ne m'a creu naguères, comme je luy avois dict, et d'ailleurs que le duc de Bouillon quictoit du tout le conseil de S. A., remplissant sa ville de gens de guerre et y attirant de grands inconvéniens, soubz couleur de vaines espérances qu'on luy donne de commender au secours que le roy de Navarre attend d'Alemaigne, et que, prévoyant beaucoup de désastre en son petit estât, je désirois m'en retirer, craignant d'estre enfermé làdedans par ung siège que je prévoy proche aud. s^ duc de Bouillon , à cause de la retraicte de tant de gens de guerre dans sa ville et villages ' , mesprisant le conseil de Sad. Altesse ; et quant aud. s"" prince, qu'il n'y avoit plus d'espérance, comme je luy avois escript, de sorte que c'estoit à S. A. à bien pourvoir à ses affaires et ne se laisser envelopper de telles brouilleries , ausquelles on ne voyoit poinct de jour.
Sur ce discours, S. A. me pria de passer encores l'hyver à Sedan, pour l'advertir à tous propos du
1. Passionné pour la cause protestante, le duc de Bouillon avait offert un asile à tous les réformés chassés de Champagne par le duc de Guise, ou de Lorraine par le duc Charles. Après la prise de Rocroy (voyez plus loin) et sa réconciliation avec le roi, Bouillon fut obligé d'expulser ces réfugiés. Il demandait pour eux trois mois de délai; le roi les refusa (voyez l'instruction du 29 mai 1587; f. fr., vol. 3396, f. 47).
succez des affaires, et qu'il escriproit aud. s'' duc de Bouillon à cet effect et pour favoriser ma retraicte, quand je verrois que besoing seroit, près de luy, comme il m'avoit commendé, avec ma famille. Et, quant aux affaires qui se passoient près de luy, il me déclara que led. Ségur l'avoit sollicité, comme les aultres princes protestans ; et, continuant ainsy généralement sa poursuite, il l'avoit pris au mot sur le subject qu'il luy avoit donné de se tenir dans les bornes de ceste poursuite générale, qui valoit aultant trainer que porter, ayant respondu que, quand il verroit la vérité de ce qu'il disoit de ses coffi^es et que les aultres princes vouldroient entrer en ceste négotiation, il feroit comme eux et non plus avant, ayant dictaud. Ségur qu'il n'avoit pas plus d'obligation aux affaires du roy de Navarre que led. s"" roy à l'Electeur de Colongne. Et, quant à ce qui touche led. s"" duc de Bouillon, puisqu'il se vouloit gouverner à sa teste, il prioit Dieu que bien luy en prinst; et, si aultrement luy en arrivoit, il n'auroit à se plaindre daultre que de luy, qu'il avoit rendu ses affaires conformes à la recommendation testamentaire de feu son père^, et qu'il ne s'en mesleroit plus. Et m'ayant donné argent pour mon voyage et lectres aud. s"" de Bouillon, il manda à son officier à Lauteni de me faire conduire
1. Ilonri-Robnrt de La Marck, duc de Bouillon, mort le 2 décembre 1Ô7G, avait nommé par son testament Frédéric III, électeur de Bavière, tuteur de son lils, subrogeant le duc Jean-Casimir à l'office de la tutelle. Frédéric UI étant mort en 1576, avant Henri-Robert de La Marck, Casimir avait exercé les fonctions de tuteur du jeune duc de Bouillon (Lettre de Casimir au roi de Navarre, du l-^-- juillet 1587; Vc de Colbert, vol. iOC, f. 106).
vers la Mozellc, sans entrer en Lorrainç, pour aller vers Oden et Jametz, comme il feist.
Et arrivay à Sedan à la tîn de juillet aud. an, bien tard. Et touteffois ne fuz pas si tost entré que led. s*" duc de Bouillon n'en eust advis, qui me pria de l'aller trouver le lendemain matin, comme je fei. Et, sur plusieurs interrogatz qu'il me feist de Testât des affaires du roy de Navarre en Alemaigne, je luy respondy que je ne luy en pouvois donner aulcun advis et luy délivray les lectres de S. A. ; lesquelles ayant leu, et voyant ne contenir rien qu'une recommendation pour moy telle que dessus, jugea que je disois vray. Et me promist merveilles, me pressant de ne luy celer rien. Je luy diz davantage que je n'avoys veu aucune négotiation particulière du roy de Navarre, où j'avois esté; qu'on parloit bien d'une négotiation de Ségur vers tous les princes, mays qu'on n'en faisoit poinct d'estat, et que S. A. avoit respondu, pour son particulier, qu'il feroit comme les aultres ; ce qui l'estonna fort, me disant que ce n'estoit pas ce qu'on luy disoit. Je répliquay que j'avois veu ceux qui sçavoient toutes choses et ne m'en avoient rien celé, mays que je n'avois rien apprins dont on peust faire estât. Et lors il me deist : « Pour mon particulier, que me direz vous? » Je luy répliquay que S. A. ne m'en avoit donné aulcune charge, se contentant de luy en avoir dict souvent son advis par moy, auquel il avoit commendé de passer icy l'hyver et puis me retirer l'esté près de luy. Gela l'estonna encores plus. Et le voyant perplex, je luy diz que j'estois allé en Alemaigne pour mes affaires particuliers et avois passé à Heydelberg pour saluer S. A., que je croiois n'avoir poinct changé II %%
d'advis en son endroict; qu'il se pouvoit souvenir de ce que souvent je luy en avois dict de sa part. Et sur ce, l'ayant laissé fort pensif, je demeuray à Sedan, recongnoissant* les affaires de France, pour en advertir S. A., et de lad. ville, pour ne m'y laisser enfermer. Cependant y arriva ung gros pacquet du roy de Navarre, apporté par le beau La Roque- à Paris et envoyé à Sedan par luy, plain de lectres adressantes à plusieurs, entre lesquelles y en avoit une dud. s"" roy pour moy, qui me fut délivrée ; par laquelle il désiroit que je m'employasse envers led. s"" duc de Bouillon, à ce qu'il embrassast ouvertement son party; et ceux qui en avoient charge me pressoient fort de leur ayder, saichant qu'il avoit quelque créance en moy. Ce qui m'empescha fort, me resouvenant du conseil contraire que je luy avois apporté de la part de S. A., et prévoyant le péril qui arriveroit aud. s' duc de Bouillon de la poursuite dud. s' roy, s'il s'y laissoit aller, me sentant aulcunement obligé d'ailleurs à sa conservation, pour avoir esté quelque temps à couvert entre ses murailles. Et, y ayant meurement })ensé et recongneu que led. s"" roy estoit mal adverty de Testât des affaires de ceste frontière, et qu'au lieu de tirer service dud. s'" duc de Bouillon, en temps et lieu, au progrez de ses aftaires, il luy coupperoit les bras et le ruincroit et toute sa maison, environnée d'ennemys