‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 78 sur 84 · Triefves, Trêves · texte numérisé non relu

Triefves, Trêves

2. Frédéric de Wurtemberg, né le 19 août 1557, d"abord comte de Moutbéliard, puis duc de Wurtemberg à la mort de son cousin Louis (8 loùt 1593), se rendit indépendant de la maison d'Autriche (14 janvier 1599), et mourut le 29 janvier 1008.

l'obligeoit à ne partir de lestât palatin, q«i fut le poinct par lequel S. A. voulut commencer pour, au defîault d'une paix, avoir plus juste subject de prendre les armes, et eut bien de la peine à pratiquer cela vers lesd. s""^ princes, visitant les plus grandz en personne et dépeschant vers les aultres à cet efFect, à grandz fraiz. Et ayant dressé lesd. instructions plaines de raisons et persuasions vifves sur la qualité du temps, intérest du roy et desd. s""' princes, S. A. la trouva si bonne qu'il résolut de me faire faire ce voyage avec led. s"" comte pour servir à la direction et aux poursuittes et dépesches de l'embassade, qui estoit très honorable'. Et, comme je me préparois à cela, j'en fuz bien empesché par une ardente fiebvre tierce qui me prinst en suite d'une longue fîebvre lente que j'avois rapporté de Sedan, qui me contraignit de rompre ce dessein, au grand desplaisir de S. A., qui espéroit que j'apprendrois en court beaucoup de choses qui luy serviroient grandement en la conduite de cet affaire.

Comme j'avois eu commendement de mon maistre d'obéir du tout à S. A., aussy m'avoit-il ordonné d'avoir, en tout ce qui se passeroit près de Sad. Altesse, soing de son honneur et service; à quoy m' employant affectueusement à toutes occasions je n'y

1. L'ambassade avait pour objet de demander à Henri III l'exécution des traités de tolérance religieuse. Elle se composait des députés des ducs de Saxe, de Brunswick, de Stettin, de Wurtemberg, marquis et électeur de Brandebourg, landgrave de Hesse, prince d'Anhalt, et des quatre villes libres, Strasbourg, Ulm, Nuremberg et Francfort. Une copie de leur commission, datée du l^"" juin 1586, est conservée dans le fonds français, vol. 3974, f. 249.

trouvois pas beaucoup de peine, ayant à faire à S. A. qui aymoit mon maistre fraternellement et estoit fort marry de le voir engagé en Guyenne, si loing de luy. Et les s*"' colonelz alemandz l'honoroient et se fioient tant en luy qu'ilz s'affectionnoient, aultant que je le pouvois désirer, à tout ce qui appartenoit à l'honneur et service de mon maistre, désirans seulement de moy que je les advertisse aux occasions ou de bouche ou par escript. Et S. A. et lesd. s""' colonelz le faisoient de tant plus soigneusement qu'ilz recongnoissoient les embassadeurs dud. s' roy de Navarre y estre contraires par le commendement qu'ilz en avoient, joinct à leur mauvaise volonté envers mon maistre, comme il apparut clairement, quand led. s"" roy de Navarre, par le s"" de Mommartin , feist retourner mon maistre du port d'Oymut*, en Angleterre^, où il s'estoit retiré ayant failly son entreprise d'Angers et La Rochelle^,

1. Weymouth, à l'embouchure de la Wey, dans le comté de Dorset. Tous les historiens rapportent, coutrairement aux Mémoires de La Huguerye, que Gondé débarqua à Guernesey. Pendant qu'il s'y trouvait bloqué par le manque de ressources, arrivèrent deux vaisseaux de La Rochelle, équipés par Charlotte de la Trémoille. Ce secours lui permit de revenir à La Rochelle. Lo mariage du prince ot de sa libératrice s'accomplit peu après, le IG mars 1586. (Duc d'Aumale, //('ifoi/'e des Cotidé, t. II, p. 153.)

2. La question du passage de Gondé en Angleterre était douteuse (duc d'Aumale, Hist. des Condé, t. II, p. 153, note). Le présent passage des Mémoires de La Huguerye la tranche affirmativement.

3. Condé était occupé au siège de Brouage (et non de La Rochelle comme dit La Huguerye) quand un capitaine huguenot, Rochemorte, s'empara d'Angers. Le prince forma le projet de le secourir et de transporter la guerre sur les bords de la Loire. Cette expédition, aussi follement conçue que maladroitement conduite, se termina par un désastre (fin oct. 1585). Condé s'enfuit jjresque seul, et passa la mer. D'Aubigné a raconté avec beaucoup do détails cette campagne. {Hisl. univ.^ 10"2G, col. 111 i et suiv.)

MEMOIRES DE LA HUGlTERYE. 357

craignant que d'Angleterre il ne passast en Alemaigne, comme il debvoit faire, et fcist une grande faulte de ne l'avoir faict; il eust beaucoup advancé lesd. traictez et capitulations.

Le roy de France, ayant advis ung peu tard de la disposition de cet honorable embassade vers luy, tascha de le retarder et divertir, en prenant une subite résolution d'aller aux eaues de Poucques' près Nevers. Pourquoy il commenda au s"" de Moncassin-, lors gouverneur de Metz, d'en escripre, comme il feist, à S. A., affin de surceoir led. embassade jusques à son retour desd. eaues, où il ne vouloit penser à aultre chose qu'à sa santé, disoit-il, car ce sont les propres termes des lectres dud. Moncassin, qui ne peult obtenir ce qu'il demandoit, pour ce que cet embassade avoit esté disposé si secrètement, selon mon advis, qu'il est oit bien advancé en son chemyn, avant que le roy en feust adverty^. Au succez duquel embassade toutefFois je ne fuz pas trompé, n'en ayant rien espéré

1. Fougues (Nièvre). Le roi ne donna pas de suite à son projet. Le 7 août, les ambassadeurs allemands écrivirent au roi pour lui proposer d'aller vers lui o en petit équipage ou en poste. » (Lettre orig. de Brùlart au roi du 7 août; f. fr., vol. 6621, f. 32.)

2. Ce personnage était l'un des lieutenants du duc d'Epernon, nommé gouverneur de Metz et du Pays-Messin en 1581 ; il occupait à Metz un poste moitié militaire, moitié diplomatique. On trouve dans les Vc de Colbert (vol. 10, f. 59) une lettre originale de lui au secrétaire d'État Brùlart, dans laquelle il lui fait part des efforts de Clervant et de Beutterich pour lever une armée de reitres à Niedenfelds.

3. Une lettre de Moncassin à Brùlart lui apprend que les ambassadeurs allemands sont arrivés le 21 juillet à Metz, « et qu'il ne luy avoit pas été possible de les dissuader de la continuation de leur voyage. » (Lettre orig. de Brùlart au roi, du 26 juillet 1586; f. fr., vol. 6631, f. 13.)

(ju'une belle occasion aud. s"" prince* de prendre amour et mespris de leurs remonstrances ; car le roy les ayant faict attendre et entretenu jusques à la myoctobre- aud. an leur feist enfin à S' Germain-en-Layc une response par escript, si maigre que rien plus, ne contenant en somme aultre chose que son affection à la religion et le soing qu'il avoit de ses subjectz, leur donnant des loix et les changeant selon l'exigence des cas, comme font tous les aultres princes souverains, ausquelz il laisse le soing de gouverner leurs subjectz; voularit, à l'exemple des princes d'Empire mesmes, faire le semblable"^. C'est le sommaire de sa response, qui fut signée et scellée et contresignée Bruslard, qui

\. Lo mot prince s'applique au roi; .... leurs remonstrances désignent les remontrances des princes allemands.

2. Lestoile dit que les ambassadeurs allemands n'arrivèrent que le 5 août à Paris (édit. GhampoUion, p. 207). C'est une des rares inexactitudes de cet annaliste. On trouve dans le fonds français (vol. 6631, f. 16) une lettre desdits ambassadeurs au roi, datée du 28 juillet, écrite de Paris, (jui prouve qu'ils étaient déjà arrivés dans cette ville.

3. Le 3 septembre 1586, les ambassadeurs d'Allemagne, ayant appris le retour du roi à Vincennes, lui écrivirent de nouveau pour lui demander de les recevoir (Orig., f. fr., vol. 6631, f. 66i. Quelques jours après ils se plaignirent à Brùlart des retards calculés du roi et lui dirent ([u'ils avaient reçu des lettres de Casimir de Bavière et du landgrave de Hesse, qui pressaient leur retour. Ijo roi s'excusait toujours sur sa santé; mais Brùlart lui fit observer avec insistance que les délais n'avaient été que trop prolongés (lettre orig. du 19 septembre, ibid.^ f. 79). Après de longs délais, Henri III donna audience aux ambassadeurs allemands, à Saint- Germain, le 11 octobre. Le texte de leur requête était d'une fermeté sévère, mais la réponse du roi ne fut pas moins ferme. Ces pièces sont imprimées dans les Mémoires de la Ligue, t. I, p. 319. Le volume 6631 du fonds français contient une série de pièces inédites sur cette ambassade.

fut délivrée ausd. embassadcurs ; lesquclz furent ainsy renvoyez avec beaucoup d'indignitez ; laquelle response je n'insère entièrement pour éviter prolixité.

Et cependant, soubz couleur de cet embassade ainsy mesprisé, la royne mère entre tenoit le roy de Navarre d'ung traité de trefve pour parvenir à ceste paix dont elle avoit faict rejeter les moyenis offerts par lesd. s" princes alemandz, ainsy que led. s' roy de Navarre le feist très amplement discourir de bouche et par escript à S. A. par les s"^^ Des Réaux^ et de Beauchamp-, et tout ce que led. s' Des Réaux avoit sur ce traicté avec le roy de France. De quoy ayant conféré par commendement de S. A. avec le s"" Beutterich, nous feusmes d'advis de faire faire par lesd. embassadcurs du roy de Navarre une bonne dépesche à tous lesd. s""* princes et estatz protestans de l'Empire, laquelle je dressay, tendant en somme, pour briefveté, à joindre au mescontentement qu'ilz debvoient avoir de leur response, mespris et indignitez receues une hayne extrême de l'artifice malicieux du roy et de la royne, en faisant semblant de solhciter le roy de Navarre à

1. Le s. des Réaux, conseiller et chambellan du roi de Navarre, et un de ses messagers ordinaires , est souvent nommé dans le Recueil de M. Berger de Xivrey comme chargé de missions en Allemagne et en Angleterre. Au commencement de 1586 il fut envoyé par le roi de Navarre en Suisse, en Allemagne et en Italie, avec une instruction, rédigée par Duplessis-Mornay, qui est imprimée dans l'édition des Mémoires et Correspondance de du Plessis-Mornay, publiée en 1824 par M. Auguis (t. III, p. 304).

2. Le s. de Beauchamp, autre messager ordinaire du roi de Navarre, envoyé en Languedoc, en 1580, en Allemagne, en 1586 et en 1588, et ailleurs. [Lettres de Henri IV, t. I, II, III, passim.)

la paix dont ilz rejettoient les moyems ' proposez par lesd. s''^ princes, avec une commisération du piteux estât du royaume de France, la meilleure et plus ferme colonne de leur liberté. C'estoient en somme les troys poinctz qui m'excuseront d'insérer icy l'instruction qui seroit trop longue.

Et, sur ce que led. s' de Beauchamp et depuis luy le s' de Mommartin^ avoient rapporté de la part du roy de Navarre à ses embassadeurs de la nécessité de son prompt secours, ilz commencèrent à presser particulièrement S. A., plus que devant, pour le secours de leur maistre; et S. A. au contraire, par ceste nouvelle dépesche aux princes (qu'il avoit encor luy-mesmes visité en leurs pais, à cet effect, à grandz fraiz et peine), fondée sur les instructions desd. s""* de Beau-

1 . Afin de prévenir l'invasion des reîtres, Catherine de Médicis essaya de négocier avec le roi de Navarre. L'entre\-ue eut lieu le 14 décembre à Saint-Bris, près de Cognac; elle n'amena aucun résultat immédiat, mais plus tard elle porta ses fruits. Sur cette conférence, voyez les documents imprimés dans la France prot., t. IX, p. 198, les Mémoires de Nevers, t. II, p. 588 et suiv., la Revue rétrospect., t. VII, p. 86 et suiv., et les documents inédits conservés dans les vol. 10 et 16 des 500 de Colbert, 3301 et 3i06 du fonds français.

2. Le s. de Montmartin avait fait un premier voyage en Allemagne dans le courant de l'année 1585, comme le prouvent une lettre du roi de Navarre (Lettres de Henri IV, t. U, p. 115), et une lettre du secrétaire Dupin {ibid., note), toutes deux adressées à Ségur sous la date du 11 août. Il y fit un second voyage au commencement de 1586 et fut chargé de remettre au duc Casimir une lettre du roi de Navarre, datée de février. L'instruction qui lui fut confiée pour cette seconde mission est également datée du mois de février. Ces deux pièces, probablement rédigées par du Plessis- Mornay, sont imprimées dans l'édition de M. Auguis citée dans l'avaut-dernière note (t. III, p. 323 et 325).

champ et de Mommartin, taschoit à entretenir leur ncgotiation en la g(Miéralité des poursuittes de Ségur vers tous lesd. s""' princes, pour ne se charger seul du fardeau d'ung affaire de telle importance, auquel, pour dire la vérité, il avoit peu de subject de s'affectionner et hazarder particulièrement, n'ayant receu ni du roy de Navarre ny de toute la France le traictement qu'il méritoit. Lequel mescontentement S. A. avoit si avant gravé au cueur que j'avois beaucoup de peine à le faire remectre par les remonstrances que j'en faisois aud. s' Beutterich , qui s'y trouvoit luy-mesmes bien empesché et disoit souvent que, s'il feust venu le moindre vent du monde du costé de mess""^ de Guvse, il eust gasté tout l'affaire ; car oultre le mescontentement de S. A. du mespris de son secours au faict de l'Electeur de Golongne, il avoit tousjours un desdaing extrême de la descouverture de sa négotiation avec les colonelz du roy, dont est parlé cy-dessus.

Et toutesfois, quand led. s"" Beutterich et moy congneusmes que toutes les remonstrances des embassadeurs dud. s"" roy de Navarre n'avoient rien prouffité envers lesd. s'* princes protestans, considérans qu'en ung temps si brouillé une bonne force à la dévotion de S. A., sans y employer son nom, luy pourroit beaucoup servir et au faict de Golongne et en son particulier, nous prinsmes résolution de nous employer à modérer S.A. aux occasions et luy faire gouster les raisons de son service*.

1 . Les conseillers de Henri III paraissent avoir été plus effrayés que le roi lui-même de la menace de la nouvelle invasion allemande. Dans une lettre du 18 septembre, Bellièvre parle au roi en termes émus « de la nuée de roistres dont vous êtes menacé » (Orig.,

362î MÉMOIRES DE LA HUGUERYE.

Et d'ailleurs, voyant que S. A. avoit en horreur la façon de traicter desd. embassadeurs et encores plus dud. Palavicin, qui esloit un^,^ italien pontilleux au possible, et avoit, en rejectant le traicté de Neuchloos, tellement dégousté S. A. qu'il ne vouloit plus traicter avec luy, pour ce qu'il désiroit d< s escriptz et obligations de S. A., si expresses que cela luy f'aisoit perdre le nort de la prudence qu'il vouloit observer en cet affaire, nous sembloit pour plusieurs raisons que led. Palavicin, italien, duquel la maison avoit esté employée au service d'ung pape, feust atiltré pour dégouster expressément ce prince et gaster l'affaire, comme il feist, si on n'y eust remédié ; je donnay ung advis ausd. embassadeurs d'une nouvelle et plus humble façon de leurs poursuites et instances, convenable au naturel de S. A. ; et leur conseillay de traicter euxmesmes avec led. Palavicin, pour tirer les deniers de sa main, qui estoient le principal fondement de leur secours, puisqu'il ne se contentoit plus dud. traicté de Neuchloos, donnant espérance à S. A. de gaigner ce poinct-là et l'en descharger pour servir d'aultant à sa conservation ; ce que S. A. à force de noz remonstrances eut agréable.

A quoy ayant lesd. embassadeurs satisfaict par escriptz de la propre main dud. Palavicin, à son contentement, ilz pensoient estre hors de peyne, quand led. Palavicin se remist à faire tant de nouvelles dilTicultez sur les poinctz de la capitulation et four-

f. fr., vol. GG31, f. 7'i). Brùlart onumère, le 19 septembre, les armoinents de l'Allemagne (ibid., f. 79). Dans une autre lettre il mentionne, mais sans y croire, le bruit d'après lequel celle redoutable armée serait destinée aux Pays-Bas (ibid., f. 70).

nissement des deniers, taux des monnoyes et changes si excessifz qu'il réduisoit les cent mil cscuz de sa maistresse à quatre vingt mille, que, quelques assemblées que nous feissions à Neydenfeldz, où led. s"" Beutterich estoit malade, à Neustat, à Frankenthal, à Worms et à Heydelberg, nous n'en pouvions venir à bout; et, en l'absence dud. s' Beutterich, le s"" baron de Dhona et moy cachions à S. A. toutes ces difficultés-là tant que nous pouvions, de crainte de l'aigrir de nouveau et luy faire tout abandonner, comme il eust faict, estant prince qui aymoit la rondeur en toutes négotiations.

Et je creu lors aussy que c'estoit l'intention dud. Palavicin de rompre du tout ceste négotiation. Et, pour coupper chemyn à toutes ces difficultez qui traversoient incessamment l'affaire, je m'advisay de proposer ausd. embassadeurs qu'il estoit besoing de traicter accortement cet affaire avec cet Italien et le contenter tant que faire se pourroit, pourveu qu'ilz m'asseurassent de donner une bonne descharge à S. A., au nom de leur maistre, de tout ce qu'il seroit contrainct d'accorder aud. Palavicin, comme faict, à leur requeste, pour son exprès service. Et par ce moyem nous ferions avec eux une très ample capitulation, telle qu'elle doibt estre faicte. Et, puisque led. Palavicin la vouloit opiniastrement avoir, que j'en ferois une petite par extrait des articles moings importans, pour délivrer aud. Palavicin, comme si c'estoit la seule et véritable capitulation, et le contenter et pour luy faire trouver bon et lever tout soupçon de l'obliger à ceste condition. Que ceste petite capitulation seroit enfermée en ung coffre à troys clefz, dont

il en auroit une, S. A. la seconde, et eux la troysiesme ; et que led. coffre scroit es mains d'ung tiers, à Francford, à son contentement, à charge qu'il ne seroil poinct ouvert avant ung temps préfix; que je dresserois lad. descharge et capitulations, et qu'eux capituleroient avec les colonelz des reistres par l'advis de S. A. Lequel conseil, après y avoir advisé, lesd. embassadeurs approuvèrent, recongnoissans que c'estoit le seul moyem de coupper broche à toutes difficultez, pourveu que S. A. l'eust ainsy agréable. Auquel led. baron de Dhona, qui le sçavoit bien gaigner, le proposa, en discourant avec luy et par forme de devis, comme je luy avois dict et que le s'' Beutterich en avoit esté d'advis. Et y procéda si sagement que nous eusmes le moyem de remectre ce prince en bon chemyn et luy faire trouver bon ce conseil, encores qu'il feist quelque difficulté de s'obliger de ceste façon à la royne d'Angleterre. Et me commenda de voir s'il y auroit moyem de conclure ainsy l'affaire, sans plus de difficulté; qu'aultrcment il n'y vouloit plus entendre et renvoyroit du tout led. Palavicin vers sa maistresse. Jamais gens ne furent plus contons, quand je leur portay ceste bonne nouvelle, quej'espérois avoir faict gouster mon ouverture à S. A. et qu'il s'en conteiitoit, que la capitulalion serviroit de promesse que dcmaiide Palavicin de la levée de l'armée, que S. A. luy donneroit quittance de la somme qu'il recepvroit, selon les espèces et leur taux, et feroit la promesse (ju'il demande de la réserve de la moitié de la somme |)our sa maistresse, en cas que lesd. s""* princes })rolestans contribuent de leur part à lad. levée, qui esloil imr promesse vaine, car ilz n'avoient garde de le faire.

tant Ségur les avoit dégoustés par ses procédures de Gascongne; et S. A. eust voulu rendre toute la somme à la royne et que lesd. s""^ princes eussent contribue avec luy, leur société en cet affaire luy estant de plus grande utilité dix fois que celle de la royne. Et selon ceste dernière négotiation fut reformé le traicté de Neuchloos.

Pendant les négotiations de ceste artificieuse entreveue de la roy ne-mère et dud. s"" roy de Navarre, elle feist artificieusement aussy courir partout ung bruit de paix, pour dégouster tout le monde des armes et surtout pour refroidir les dispositions qui estoient jà bien advancées en Alemaigne. Pour à quoy remédier, led. s' roy de Navarre dépescha le s' de Monglat^ vers S. A., au moys de septembre aud. an 1 586, au mesme temps qu'une poursuite d'une aultre entreveue de la royne par les s" de Gliemerault- et abbé de Gadagne,

1. Robert de Harlay, baron de Monglas, troisième fils de Robert de Harlay, seigneur de Sancy, et de Jeanne de Morvilliers, un des serviteurs les plus dévoués du roi de Navarre, chargé de plusieurs missions en Allemagne, en Languedoc, premier maître d'hôtel du roi, gentilhomme de sa chambre, mourut en 1607. Sa femme fut gouvernante des enfants de France sous le règne de Henri IV.

2. Méry de Barbézières, seigneur de Chemerault, chargé par le roi do plusieurs missions auprès du roi de Navarre et réciproquement. Sous Henri IV, il devint successivement chevalier de l'ordre du Saint-Esprit et grand maréchal-des-logis du roi. Il mourut le 5 mai 1609. Avant d'être envoyé par le roi de Navarre, avec l'abbé de Gadagne, à la reine, Chemerault avait été chargé par Henri III de négocier, de concert avec le duc de Montpensier, une paix définitive avec le Béarnais. Le compte-rendu de sa mission, daté du 11 juin, signé de lui, et adressé à Montpensier, est conservé en original dans le f. fr., vol. 3406, f. 15. Après ce rapport, Montpensier envoya le s. de Garavas et Derray, le 18 juin, au roi de Navarre et au prince de Gondé {ibkl.^ f. 15).

priant led. s"" roy S. A. de ne s'arrester à aulcuns bruitz de paix, de quelque costé qu'ils viennent et les tenir pour suspectz et faux, s'ilz cstoient contraires à l'asseurance qu'il luy donnoit par led. s'" de Monglat de demeurer ferme et résolu de n'abandonner le party, quoyque le secours vienne ou faille (tenant en cela bien aultrc et plus sage langage que ses embassadeurs, qui menaroient tout le monde que leur maistre s'accommoderoit à la volonté du roy, s'il n'estoit secouru, ce qui dégousta beaucoup de princes) priant néantmoings led. s' roy S. A. de haster son secours. Et demcuroit tousjours ferme en ceste opinion que l'armée doibt entrer par où il a dict à Clervant, qui estoit d'aller à Jametz et à Sedan, prendre et fortifier les lieux et passages propres, selon que le temps le permettroit, pour de là acheminer l'armée vers Paris, qui fut le fondement de la résolution du chemyn'.

Et, comme j'estois occupé à dresser lesd. capitulations, escriptz et descharge de S. A., pour haster l'affaire et en advertir led. s"" roy de Navarre par led. Monglat et par le s"" de la Borde ^, venu encores depuis luy de sa part, nous eusmes advis de la surprise de

1. La lettre du roi de Navarre à Ségur, portée par Monglas, datée du 20 septembre, est imprimée dans les Lettres de Henri IV, t. II, p. 238. A la fin de novembre, le prince en écrivit une seconde à son ambassadeur. En même temps, le 30 novembre, Condo écrivait à Ségur dans le même sens et pour affirmer encore une fois son accord avec le chef de sa maison (Orig., V<: de Colbert, vol. 402, f. 32).

2. Pierre de La Borde, seigneur béarnais, gentilhomme de la chambre du roi de Navarre, souvent envoyé par le prince en Allemagne, à du IMessis-Mornay, à d'Epernon, à Matignon, etc., était en lOOr» g'and mailrc des eaux et forêts en Poitou. Voyez les Lettres de Henri IV oh il est souvent nommé.

Rocqueroy sur la frontière de Champaigne, faicte par les gens de guerre retirez à Sedan par led. s"" duc de Bouillon', qui en fut plus rudement traicté qu'auparavant et tous ceux du party. Et nous furent envoyées les coppies des lectres du roy et dud. s' de Guyse aud. duc de Bouillon, sur ce faict-là; lequel le roy luy attribuoit par ses lectres escriptes à S* Germain en Laye, du xxii^ novembre^, et à ce qu'il n'avoit voulu, selon sa prière, faire sortir de Sedan les gens de guerre qui s'y estoient retirez; voulant le roy que led. s"" de Bouillon luy respondit de ce mal-là, avec plusieurs aullrcs propos de grand mescontentement. Et celles dud. s'' duc de Guyse, du xxix*^ dud. moys contenoient en substance que, voyant le nombre des gens de guerre réfugiez en sa ville de Sedan, il s'estoit tousjours doubté d'ung tel événement; luy remonstrant que, du vivant de feu mons"" son père, jamais tel cas ne feust arrivé, estant si sage qu'il sçavoit l)ien rendre en respect et

\. Dans la nuit du 18 au 10 novembre, une troupe de gens d'armes huguenots retirés à Sedan surprit la ville de Rocroi, tua les défenseurs de la ville et le capitaine Ghambéri qui la commandait. Cet événement commença la guerre. Le duc de Guise, gouverneur de Champagne, prit les armes, pilla la campagne autour de Sedan et assiégea Rocroi. Le duc de Bouillon désavoua le coup de main. On conserve dans le f. fr., vol. 3382, f. 23, l'original de la lettre qu'il adressa à ce sujet à son oncle le duc de Montpensier; elle est écrite de Sedan et datée du 27 novembre 1586. Cette petite guerre est racontée avec détails dans l'Histoire de Lorraine de dom Galmet, t. V, col. 796 et suiv.

2. Cette lettre fut apportée au duc de Bouillon par Ydron, valet de chambre du roi. Il y répondit, le 2 décembre, par de nouvelles protestations, assurant qu'il avait ignoré l'entreprise de ses capitaines, et envoya à Rocroi un gentilhomme pour engager les défenseurs de la ville à se rendre. Sa lettre est conservée dans les 500 de Golbert, vol. 10, f. 157.

âf6i MÉMOIRES DE LA HUGUERYE.

service la protection qu'il recepvoit de S. M., comme aussy à ses amys le réciproque du plaisir qu'il en recepvoit, et qu'il eust bien empesché ceteffect-là, n'eust esté que le roy luy avoit mandé qu'il avoit asseurance et promesse dud. s*^ de Bouillon au nom de tous les réfugiez. Et aussytost après ces lectres escriptes, led. s*" duc de Guyse pourveut au recouvrement de Rocqueroy', résolu d'assiéger après la ville de Sedan % asseuré du secours du duc de Lorraine et des Espaignolz, qui estoient à Ivoy et es environs pour surprendre Jametz\ Pour quoy led. s"" de Bouillon crioit après le secours.

Qui fut bien aise, ce fut moy d'avoir pourveu de si bonne heure à ma retraicte et de voir que led. s"" de Bouillon recongnoissoit par les efîectz l'utilité du conseil que je luy avois porté de S. A. et la ruine du conseil contraire, auquel il s'étoit précipité, à l'instance dud. s"^ roy de Navarre par Guitry, qui ne l'en releveroient pas, quand on vint représenter tout cela à S. A., en ma présence, à l'instance de Guitry cjui

1. Le duc de Guise ne reprit Rocroi que le 24 décembre d'après dom Calmet {flist. de Lorraine, t. Y, col. 796 et suiv.). Cependant deux copies de l'acte de capitulation de la ville portent la date du 15 décembre (f. fr., vol. 3'JO:2, f. 317; — Arch. nat., K. 15(36, nû3).

2. Après la prise de Rocroi, le duc de Guise assiégea Sedan et tint la ville investie jusqu'au 19 avril 1587. Le 2 mai, à l'instiiration de la reine-mère, Guise et Bouillon signèrent une trêve (|ui fut renouvelée le 18 juin. (Calmet, Ilist. de Lorraine, t. V, col. 796 et suiv.)

3. Le duc do Guise bloqua également la ville de Jamets. Quelque temps après, le 24 mai 1587, dit dom Calmot, on surprit une conspiration dont l'objet était de livrer la ville aux caiboiiques. [Uisl. de Lorraine, t. V, col. 796.)

vouloit aller à Sedan, pour y comniender pendant le siège. Auquel S. A. s'en adressa et deist : « Vous estes cause de ce mal-là ; vous avez tiré ce pauvre jeune seigneur de la résolution qu'il avoit prise, suivant nmon conseil, de se gouverner comme feu son père, et attendre à voir plus clair, sans se précipiter en mauvais conseil ; et vous estes encores vengé sur La Iluguerye que voilà, par lequel je l'avois souvent exhorté de suivre cet advis, en le faisant contraindre iniquement et par voye de faict à emprunter de l'argent pour faire voz folies. Allez, au nom de Dieu, les réparer, si vous pouvez, ou payer la faulte; je seray fort aise de ne vous plus veoir; car il n'y a rien de prest pour le secourir ; et, pour mon particulier, je ne me mesleray poinct de telles folies. Il ne falloit pas ainsy abuser ce jeune seigneur-là, mon pupille, que j'irois volontiers secourir, si l'armée estoit preste ; aussy bien est-ce le chemyn qu'elle doibt tenir; mays ce seroit pour faire pendre tous ceux qui l'ont précipité en ce mauvais conseil. Et, si je faisois mon debvoir, je laisserois là les affaires de celuy qui en est autheur. » Et, de grande cholère, à cause de ceste nouvelle qu'il avoit préveue, comme moy, il se retira sans faire aulcune solide response. Et, luy demandant à part si je minuterois lesd. capitulations, escriptz et descharge, il me respondit tout plat que non, et qu'il ne vouloit plus avoir affaire avec telles gens, et que je n'avois poinct d'occasion de l'en solliciter, pour le mauvais traictement que j'avois receu, à cause de son conseil, contraire à leurs folies. Et, le voyant extrêmement marry, contre sa coustume, je n'osay répliquer et me retiray seul en mon logis.

370 MÉMOraES DE LA HUGUERTO.

Et aussytost Guitry m'y vint trouver avec le s"" de Ménillel, maistre d'hostel dud. s"" duc de Bouillon, qui avoit apporté ces mauvaises nouvelles et sollicitoil le secours de son maistre, se plaignant led. Guitry à moy d'avoir receu ung tel affront et responce de S. A. ; et, craignant que cela ne retardast les affaires que nous avions mis en bon estât, me pria de minuter lesd. capitulations, escriptz et descharge. Je luy respondy que, après son partement, j'avois tasché à modérer ce prince et en prendre le commendement de luy, mays qu'il m'avoit respondu en cliolère qu'il ne se vouloit plus mesler de leurs folies; à quoy je n'avois osé répliquer.

Led. Ménillet fut fort estonné ; et, comme si me resentant du traictement de son maistre, je laissois aller la cliolère de S. A., qui en avoit aussy du mescontentement, comme il avoit monstre en ses propos, il me conjura, au nom de Dieu, d'oublier cela et de modérer toutes choses, tant que je pourrois; qu'il me donneroit avec led. s"" de Guitry une asseurance de ma somme et de mes p[ertes], et qu'à son premier voyage il apporteroit l'argent. Ce que je rejecté bien [loin], disant que S. A. m'en avoit desdommagé et que c'estoit à luy auciuel en appartenoit la réparation ; et que je n'estois poinct de ces gens-là, qui pour mon particulier intérest voulusse entreprendre, chose à moy malaisée, de tirer S. A. d'une juste douleur qu'il a de voir son pupille si misérablement conseillé et servy, comme je le sçavois mieux que nul autre; et que, pour n'avoir voulu adhérer à ung si pernicieux conseil, j'avois receu ung traictement indigne des services (jue j'avois faict et pouvois faire, comme ilz voyoiont,

MÉMOIRES DE LA nUGUER\^. 371

aiid. s"" de Bouillon; mays que ce n'estoit pas sans grande cause que S. A. m'en avoit desdommagé, tant pour ce qu'il estoit cause de mon séjour à Sedan que pour leur oster le moyem de me pratiquer par telles promesses ; qu'à la vérité je m'en estois plaint à S. A., mays que je n'eusse jamais creu qu'il l'eust pris tant à cueur que d'en avoir si longue mémoire; et qu'il m'avoit fait souvenir de ce qu'il me deist lors de ma plainte, que telle procédure et violences semblables contre de pauvres affligez ruineroit, par la justice de Dieu, led. s*^ duc de Bouillon; et que Dieu deffend d'affliger les affligez; que j'en estois très marry et vouldrois qu'il m'eust encores cousté aultres cent cinquante escuz à cent cinquante pauvres et qu'il cust suivy le conseil de S. A., devant lequel je ne conseillois pas aud. s'' de Guitry de se représenter, en la cholère où il est contre luy.

Led. s'' baron de Dhona*, qui n'estoit lors près de S. A., fut fort estonné quand ilz luy comptèrent ceste histoire; et leur en dist aultant que moy qu'il falloit laisser passer ceste cholère. Et le s'^ Beutterich estoit malade à Neydenfeldz ; de sorte que je ne vey jamais gens plus estonnez, ne cessans de m'importuner d'appaiser de ma part ce mescontentement ; qu'ilz feroient ce qu'il m'avoit dict; et m'en faisoient parler par mes

1. Le baron de Dhona, que nous allons voir tenir le premier rôle dans la suite des Mémoires de La Huguerye, était un des capitaines allemands les plus dévoués au roi de Navarre. Une lettre du Béarnais à ce seigneur, datée du 17 février 1586 et portée en Allemagne par Montmartin, le remercie des services rendus et lui en demande de nouveaux. Cette lettre manque au recueil de M. Berger de Xivrey et aux suppléments et nous paraît inédite (copie du temps, f. fr., vol. 4142, f. 479).

amys. Je leur diz en ung mot que j'estois près de ce prince pour le servir, non pas pour le gouverner à la françoyse; qu'iiz avoient, à la vérité, très mal faict de précipiter ce jeune seigneur en tel péril et luy faire exécuter par violence des choses barbares; que par tel eschantillon on congnoist l'humeur de l'autheur qui traicteroit des subjectz à la Turquesque, s'il avoit la puissance; et, ce qui estoit le plus estrange, c'est qu'on luy a faict vomir son feu contre ceux qui l'avoient fidèlement servy, au veu et sceu de S. A., qui se sentoit en cela mesprisé, pour avoir faict rejecter son conseil à son pupille el mal traicter celuy qui luy en a porté les lectres et créance et n'a voulu adhérer à conseil contraire ; que je ne voyois aultre remède à ce mal-là que de bien prier Dieu et se bien défendre ; car de secours il n'en faloit pas espérer d'icy.

Guitry filoit doux, qui estoit autheur de tout le mal, et ne s'osoit plus trouver devant S. A. ; et auparavant il n'y avoit que pour luy à presser. Et S. A. ne vouloit aulcunement traicter avec le s"" de Ségur, le tenant pour ung aussy grand fol es affaires du monde qu'il estoit en faict de religion, soustenant avec son prophète Brocard, qu'il ne faloit que l'Evangile S'-Jehan et que les aultres trois estoient inutiles, et disant que des deux religions il en vouloit faire une. Ce sont les propres motz de S. A. Et, quant à Glervant, qui se sçavoit mieux acccommoder aux humeurs de S. A., qu'il avoit touleffois grandement offensé, en révélant ses sccrctz, il estoit en Suisse, occuppé en aultres négotialions frauduleuses par intelligence avec le roy et son embassadeur, de sorte qu'iiz ne sçavoient par qui ne à qui s'adresser.

Sur ces entrefaictes , ilz receurent lectres du s"^ de Salettes', maistre des requestes du roy de Navarre, estant en court de France pour son service, comme il ne cessoit d'y négoticr par ses conlîdens, au milieu des armes , ce qui rendoit toutes ses actions et poursuittes suspectes; lequel Salettes advertissoit led. Guitry d'ung aultre stratagème du roy pour tirer à soy led. s"" roy de Navarre, que le roy avoit faict surprendre la royne de Navarre : sa femme, à Carlac en Auvergne, et constituer prisonnière par le marquis de Ganhillac-, faisant courir le bruit, pendant sa prison, qu'elle estoit morte ^; et sur ce bruit faisant entendre aud. s"" roy de Navarre que, s'il vouloit s'accommoder avec luy, il avoit le rnoyem de faire en ung jour le mariage de luy et de la princesse , sa sœur, avec la fille et le filz aisné de Lorraine'^ et, par

1. Probablement Arnauld de Salettes, ministre protestant béarnais, auteur de Los psalmos de David metuts en rima hearnese, 1583. On trouve à cette époque d'autres membres de cette maison dans le parti protestant en Béarn, notamment un Jean de Salettes, en 1569, président à la chambre des comptes de Pau et au conseil souverain de Béarn (Bordenave, Histoire de Béarn et Navarre, p. 278, publiée par M. Rajinond pour la Société de l'Histoire de France).

2. Jean de Beaufort, marquis de Ganillac, gouverneur de l'Auvergne, fut tué au siège de Saint-Ouen, en avril 1589 (De Thou, liv. 95, 1740, t. VII, p. 450).

3. Lorsque la reine Marguerite fut chassée d'Agen, elle se réfugia à Cariât. Ganillac la poursuivit et s'empara de sa personne. Devenu son geôlier, il voulut être son amant. Elle lui échappa peu après et se réfugia à Usson. Cette histoire galante est racontée dans les termes les plus vifs par l'auteur du Divorce satyrique {Journal de Lestoile, 1744, t. IV, p. 486 et suiv.).

4. En 1586, le duc Charles de Lorraine avait trois filles non mariées : Antoinette, Catherine et Elisabeth. Son fils aîné était

ce moycm, réconcilier les deux maisons de Bourbon et Lorraine et faire une bonne paix.

Et tost après, led. s"" de Sallettes, par aultre artifice, escripvit qu'il avoit esté constitué prisonnier en la Bastille; ne sçavoit pourquoy, si ce n'estoit pour ung soupçon que la royne avoit conceu, que, soubz couleur de ses négotiations en court, il traictoit ceste réconciliation des deux maisons secrètement; laquelle lad. dame royne mère avoit en horreur, estant l'inimitié et division de ces deux maisons le seul fondement de son règne, et aussy pour avoir donné advis en Alemaigne de ces artifices-là et de l'occasion du retardement de l'audience des embassadeurs des princes protestans. Et tous ces advis de court n'estoient qu'aultant de soupçons de leurs intelligences avec le roy, très odieuses à S. A. Pourquoy je ne leur conseillois pas d'en dire mot.

Cependant le temps se passoit etlcsd. embassadeurs ne sçavoient par quel moyem remeclre S. A. en bon chemyn, comme il estoit auparavant, sinon (ju'ilz advisèrent d'employer led. Palavicin, lequel, par ung artifice qu'ilz luy administrèrent, vint à mectre en avant le faict des asseurances de lad. capitulation, dont on n' avoit encorcs poinct parlé, disant qu'il importoit à la royne, sa maistresse, de voir S. A. bien asseuré, pour estre tant plus asseurée de ses promesses; laquelle ouverture il nous feist en général, pour en parler à S. A. et resveiller raffeclion de ce prince. Et ayant espié l'occasion à propos pour luy

Henri de Lorraine, né le 8 novembre 15f)3, qui épousa en 1590 Catherine de Bourbon, sœur du roi de Navarre.

en faire rapport, sa cholère estant refroidie, il nous commenda d'escouter là-dessus ce qu'ilz vouldroient proposer, estant le poinct principal de lad. capitulation ; ce que leur ayant déclaré pour avoir loisir d'y penser, ilz s'advisèrent entîn de nous proposer ung moyem qu'ilz avoient projecté de longtemps de payer leurs debtes aux despens de leurs ennemys, dont premièrement ilz désirèrent me communiquer à part, pour sur cela avoir mon advis, ce que je leur accorday .

Et peu de temps après, nous estans assemblez à cet effect, ilz me discoururent par la bouche dud. Guitry des malheurs et guerres suscitées en France, depuis cinquante ans, par l'ambition de ceux de la maison de Lorraine, appuyez des alliances et faveurs des roys, au préjudice de la maison royale de Bourbon. Voyant bien où ilz tendoient, je les déconseillé de leur dessein. Et, pour ce que ce discours touche les affaires de mons"^ le duc de Lorraine, je le réserve pour le commencement du traicté desd. affaires, que je veux adresser aud. s"" duc particulièrement^, aux despens duquel les François vouloient payer leurs debtes.

Au lieu de ceste ouverture des François, que le s"^ Beutterich avoit, en se gossant, escript à son Altesse, qui, en sa réponse s'en mocquant, s'estoit par l'artifice de Beutterich, qui le sçavoit extrêmement bien disposé, remis à l'affaire qu'il avoit protesté de laisser, renouvelant pour ses asseurances la mesme chose que led. s"" prince, mon maistre, luy accorda

\. Le Discours touchant les affaires de M. le duc de Lorraine formera le t. III des Mémoires de La Huguerye.

en capitulant avec luy à Freidelzheim, pour le secours de La Fère, en l'année 1580, qui estoit d'obtenir la paix, faisant que les villes de Metz, Thoul et Verdun feussent mises entre les mains de ceux du party, tant pour leur servir d'asseurance de lad. paix que des payemens des soldes passées et à venir de S. A. et de tous ses gens de guerre, à la charge que lesd. villes feussent gardées soubz l'obéissance du roy et de la couronne et princes du sang de France par gouverneurs, cappitaines et soldatz françois du mesme partv, nommez par led. s"" roy de Navarre et prince de Condé et agréables à S. A. et soubz le commendement et gouvernement général de sad. Altesse, selon l'original de lad. promesse, signée Henry de Bourbon et cachetée de ses armes à Freidelzheim, le 4® juing 1580, que S. A. exhiba*, adjoustant pour contenter aucunement lesd. embassadeurs qu'en retirant led. s"" duc de Lorraine^ de la Ligue (s'il y estoit entré), à sa neutralité^, on pourroit tirer de luy quelque somme d'argent qui viendroit fort à propos pour ayder au payement entier de l'armée, par le moyem de la négotiation que j'avois ouverte à la fin de mon discours, dont led. s"" Beutterich luy avoit escript, et que d'advantage ces trois villes-là serviroient à le tenir en bride, sans luy

1. La Huguerye a dit un mot de ce traité, mais sans en préciser la date.

2. Le duc Charles de Lorraine avait interdit l'oxistonce de la réforme dans ses Etats aussitôt après la Saint-Bartliélemy (De Thou, t. IV, p. 630). Ses tendances, sa parenté avec les Guises le faisaient supposer complice de la Ligue, et il la soutenait, en effet, secrètement.

3. A sa ncutralilc, c'est-à-dire en lui promettant do le traiter comme neutre.

faire tort ny donner umbrage à son voisin et subject de craindre quelque accident de sa ruine. Et m'appellant S. A. à luy, après avoir leu les lectres de Beutterich, me deist que j'avois mieux respondu pour luy qu'il n'eust faict luy-mesmes sur ce poinct-là et qu'il en faloit là demeurer, comme il l'escripvoit aud. Beutterich, affin de faire response aud. s*" Palavicin, qui ne la trouva pas mauvaise, et pensa porter bonnes nouvelles ausd. embassadeurs de ce que sur ceste proposition d'asseurance , il voyoit S. A. remis au train de ceste négotiation pour le secours de leur maistre.

Mays, quand lesd. embassadeurs veirent la demande des asseurances de S. A., au lieu de leur proposition, ilz ne sceurent que dire sur sa response. Ségur, à son accoustumée, se mist en cholère, disant ne vouloir traicter de rien qui appartint à la couronne de France^ ; mays Guitry, qui avoit esté présent comme moy à lad. promesse de l'an 1 580 , ne pou voit contredire à ce qu'il avoit une fois approuvé. Et touteffois, quand ilz m'en communiquèrent, je fei semblant de n'en rien sçavoir, et recongneu bien qu'ilz doubtoient qu'au lieu de tenir led. s"" duc de Lorraine en bride par la force desd. traitez, ce feust ung moyem secret au cueur de

1. Le roi de Navarre, malgré ces négociations apparentes, hésitait à tirer I'"épée contre le roi de France. Il hésitait encore quatre mois après l'époque où nous sommes arrivés. Voyez sur ce sujet une importante lettre de Henri III à Matignon, en date du l*"" mai 1587 (Orig., f. fr., vol. 3321, f. 110). Dans tous les cas, comme on le voit par ce passage, il n'hésitait pas sur la nécessité de sauvegarder l'intégrité du royaume.

S. A. pour le délivrer de la contraincte en laquelle led. s"" duc se retrouve de s'accommoder à la couronne de France et peu à peu l'en retirer du tout et lesd. villes aussy pour l'amitié qu'ilz voyoient que S. A. portoit aud. s"^ duc de Lorraine, pour le respect duquel il s'estoit desporté, fors de demander aussy les troys éveschez de Metz, Thoul et Verdun, comme il avoit faict auparavant, en l'an 1575. Et, encores que je ne sceusse rien au vray de cela, siiest-ce que je les excusay sur leur discours, plain d'apparence et possibilité ; mays Guitry deist plus sagement que Ségur que ceste promesse de l'an 1580 estoit ung coup de maistre, tel qu'cstoit led. s"" prince en personne, qui se pouvoit bien défendre; et, quant à luy, qu'il n'oseroit entrer en ceste obligation-là, sans exprès commendement et pouvoir spécial dud. s*" roy de Navarre; auquel il leur seroit besoing d'en faire une dépesche exprès, si S. A. y demeuroit résolu. Laquelle response desd. embassadeurs S. A. accepta, pour délayer, espérant que le temps luy apporteroit encores quelque remède sur les difficultez èsquelles il se retrouvoit, de se charger seul de ceste levée.

Cependant que lesd. embassadeurs feirent leur dt^ pesche sur ce poinct-là et aultres leurs affaires, nous aclievasmes d'esplaner* toutes les difficultez avec led. s"^ l^alavicin, le plus pontilleux Italien que je congiicu jamais et si grand menuisier d'affaires qu'il nous gasla tout plusieurs fois. Et, sur ce que j'asseurois lousjours S. A. que led. s*" roy de Navarre ne gousteroit jamais

\. Esplaner, aplanir.

le poinct desd. villes de Metz, Thoul et Verdun, eornme il con^neut évidemment depuis, il me eommenda de me rompre la teste, comme il purloit à ses serviteurs, pour trouver quelques aultres bonnes asseurances. Sur quoy je diz depuis à S. A. que, si led. s"" roy ne le vouloit asseurer sur choses qui sont de la couronne, qu'il le pouvoit au moings et debvoit faire sur ce qui est de son domaine particulier, et, qu'après lesd. lectrcs, je ne voyois meilleure asseurance spéciale que sur les terres apartenans aud. s'' roy es Pais-Bas, que je congnoissois fort bien et sçavois valoir une fois payées deux milions d'or ou environ, quand il y auroit submission d'entrer en possession desd. terres à faulte de payement dans certain terme ; faisant dès à présent l'obligation dud. s" roy pour les troys moys de solde de l'armée et le moys de séjour avec les aultres fraiz, pour sur icelle se faire mectre de faict et décréter de droict par provision et généralement sur tout son bien avec les aultres asseurances générales et communes; dont S. A. me deist qu'il se contenteroit, et que, si led. s"" roy de Navarre en faisoit difficulté, il romproit du tout avec luy. Et me eommenda de minuter à loisir les capitulations sur le modelle de celle qui fut faicte, aud. an 1580, avec mon maistre.

Gomme nous travaillions à tout ce qui estoit nécessaire, led. s"" Palavicin nous rebrouilla derechef par ses pontilles d'Italie, et nous feist sentir à bon escient, tout le temps de ceste négotiation, qui dura près de deux ans par les difficultez qu'il faisoit naistre l'une après l'aultre, combien la royne, sa maistresse, avoit failly de faire eslection de luy pour ceste affaire.

Nous supprimons ici un passage qui occupe dans le manuscrit les fol. 239 v" à 250 et qui contient le récit des conférences de La Huguerye avec Pallavicini et des difficultés soulevées à chaque article par l'ambassadeur de la reine d'Angleterre. Les deux plénipotentiaires, ne pouvant se mettre d'accord sur le chiffre de la subvention que la reine Elisabeth s'engagerait à payer à Casimir de Bavière pour prix de son invasion en France, se rendirent à Heidelberg. Les conférences reprirent le 8 décembre en présence du baron de Dhona et du trésorier Schregel. Pallavicini formulait des exigences inacceptables sur le chifTre et l'emploi de la somme promise par sa maîtresse et sur la qualité des gages présentés par le roi de Navarre pour assurer le remboursement. — Les ^0, -H, 4 2, 4 3, 44, 4 5 décembre 4 586, nouvelles conférences entre les plénipotentiaires. Pallavicini, qui semble prendre à charge de faire échouer le traité, menace de se retirer. La maladie de Beutterich entrave les négociations. — 4 8, 22 décembre, nouvelles conférences. La Huguerye accuse les représentants du roi de Navarre de l'échec de leur maître. Guitry supplie La Huguerye de prendre la défense du duc de Bouillon dans les conseils de Casimir. — Prétentions de Pallavicini sur le change et la taxe des monnaies ^ Guitry se soumet à ses exigences; il retourne à Frankenthal (2() décembre). — La Huguerye aplanit toutes les difficultés; il est décidé que le roi de Navarre fournira 70 mille écus, et Pallavicini 4 50 mille florins.

Ainsy nous capitulasmes et fismes toutes les promesses, escriptz et obligations. Et fut lad. capitulation passée et signée l'unziesme janvier 1587'. Dont, n'es-

1. Une copie de cette pièce (copie du temps) est conservée dans le f. fr., vol. 3375, f. 71. Elle a été imprimée plusieurs l'ois; on la trouve notamment dans le recueil A-Z, lettre G, p. 160.

toit la longueur, coppie seroit cy-insérée; mays ses articles seront aisez à recongnoistre par les contraventions à icelle qui seront cy-après déclarées.

Et, sur les advertissemens que je leur fei, lorsque lad. capitulation estoit preste à signer, que, si la royne d'Angleterre ne fournissoit encores quelque chose, il seroit impossible à S. A. de contenter si bien l'armée à la place monstre que leur maistre en peust tirer ung bon service, dont S. A. ne vouloit estre responsable, ilz promirent d'en faire une dépesche à la royne et l'en faire poursuivre par le s*" de Buzenval', agent de leur maistre près lad. dame, suppliant S. A. d'y envoyer embassadeur exprès, lequel ilz accompagneroient de leurs lectres et [feroient] accompaigner en ses poursuittes par led. s"" de Buzenval : aultrement S. A. leur protestoit par moy de ne vouloir estre chargé des mauvais siiccez qu'il prévoyoit de ceste armée; dont je leur demanday une promesse conforme à ce que dessus.

Toutes ces promesses, escriptz, obligations et capitulations faictes, il fut question de faire toutes les dépesches nécessaires; et n'y avoit que moy seul qui y peust travailler. La première fut celle de Suisse, Languedoc et Dauphiné, pour la levée desd. Suisses, de 4000 harquebuziers et 1 00 chevaux françoys, suivant lad. capitulation, soubz la charge de mons*" le comte de Golligny, s"" de Ghastillon, qui commendoit

1. Paul Choard, seigneur de Grandchamp et de Buzenval, gentilhomme ordinaire du roi de Navarre, reçut plusieurs missions diplomatiques en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, dans les Pays-Bas. Il est très-souvent nommé dans les Lettres de Henri IV, qu'il servit fidèlement jusqu'à sa mort (31 août 1607).

au Bas-Languedoc, et pour le fournissement de leurs deniers; dont je dressay les lectres à mons' de Mommorency et de Chastillon, pour ce faict-là, et à mons"^ de Lesdiguières, tant pour les deniers que pour le passage et renfort dud. s"" de Chastillon, et pour la Chartrouze, proche de Strasbourg, afïîn d'en faire Tachapt du couvent de Grenoble, pour servir à ung desseing d'importance; et bien particulièrement aud. s"" de Clervant pour sa levée, et à tous ceux du conseil du party, tant en Dauphiné que Languedoc, pour tenir la main à reffect des choses susdictes pour le bien de leurs affaires. Et en fut la charge, créance et instruction donnée aud. s'" Sarrazin.

La seconde dépesche, très importante, fut dud. s' de La Borde vers le roy de Navarre, retenant led. s"" de Monglat pour la première nécessité ; duquel la créance estoit d'advertir led. s"^ roy de la capitulation et asseurance de son secours; que Guitry partoit pour aller capituler avec les colonelz; que Clervant faisoit la levée de Suisse; que Sarrazin estoit envoyé en Languedoc pour la levée dud. s"" de Chastillon, son passage, sa conjonction aux Suisses et les effectz qu'on espéroit de leur voyage par la vente de toutes sortes de vivres par luy conduitz à Genefve, pour la ravitailler en son besoing aux despens de son ennemy, et aultres grandz et advantageux effectz, aux occasions que la trouppe choisira; la dépesche d'Angleterre, pour advertir la royne et tirer encores quelque chose d'elle ; la dépesche de Ségur vers les princes, pour les remercier de leur embassade, leurremonstrer la nécessité de son secours et les exhorter à y contribuer, comme ilz avoienl promis, après leur d. embassade;

MÉMOIRES DE LA HUGUER'i'E. 383

que c'estoit à S. M. à tenir tout secret, selon le serment qui en a esté pris dud. La Borde et du secrétaire Picheron, qui a esté renvoyé vers mons'" le comte de Soissons, son maistre, avec charge seulement d'envoyer vers S. M. pour sçavoir ce qu'il a à faire, combien que par les lectres dud. Palavicin au s"^ de Staffort ^ , embassadeur d'Angleterre en France , portant advis de délivrer dix mille écus aud. s'" comte, luy deust estre une enseigne certaine de l'asseurance de toutes choses ; car aultrement Palavicin ne l'eust osé escripre aud. Stafford, selon les instructions de la royne, sa maistresse. Plus S. A. advertissoit led. s*" roy de gaigner artitîcieusement le temps, sans touteffois s'engager en aulcun traicté, pour obéyr à lad. capitulation , et sans rompre aussy jusques à ce qu'il en soit temps, et, avec le secret requis, dissimulant sagement son secours, advancer l'union des princes de sa maison. Auquel effect led. s'" secrétaire Picheron retournoit vers son maistre préparer doucement ses forces pour estre en nombre requis et prestes au temps porté par lad. capitulation; presser mons'^ de Mommorency et mons'' de Ghastillon pour la levée desd. quatre mille harquebuziers , comme pour la guerre de Languedoc et leur passage en Dauphiné, comme pour le secours dud. s"" de Lesdiguières, ausquelz S. M. en doibt donner charge expresse; faire

1. William Wentworth, comte de Strafford, d'une ancienne maison du Yorksliirc alliée à la maison de Tudor, ambassadeur en France. Plusieurs des lettres de Pallavicini à Strafford ont été copiées par Bréquigny, à Londres, et sont conservées à la Bibliothèque nationale, vol. 97 et suiv. Entre autres particularités, elles nous révèlent que Strafford était très-joueur, ce qui lui attire des reproches du favori de la reine.

384 MÉMOmES DE LA HUGUERYE.

amaz de deniers pour le payement de l'armée à sa conjonction, affin de la rendre plus agréable ; et envoyer une ratification de lad. capitulation, selon la minute délivrée aud. s' de La Borde. Auquel je donnay dadvantage par escript ung petit billet en chiffre, portant que les princes Alemandz ne faisoient rien pour luy, et partant qu'il ne rompe poinct avec le roy et tire prouffit de l'armée, pendant qu'elle sera fraische et gaigliarde, s'il n'a le moyem de l'entretenir, donne surtout ordre à assembler des deniers, affin que sa venue en l'armée soit ])lus agréable, aultrement qu'il tombera, comme le duc d'Alençon, en mespris.

Ainsy furent dépeschez lesd. s" Sarrazin, La Borde, Ségur , Guitry et I^icheron , de bonne heure , et moy le dernier pour aller en Angleterre. Et puis asseurer qu'il ne manqua rien de l'affection et diligence de S.A. et de tous ses conseillers qui furent envoyez pour traicter avec lesd. colonelz, led. s"" baron de Dhona et Schregel, bien que S. A. feust extrêmement affligé de la mort dud. s"" Beutterich, advenue le xij^ febvrier, aud. an 1 587. Duquel, par le commendement de S. A. et, comme son amy intime, j'ay dressé le tombeau en langue latine, contenant ung sommaire de sa vie tel qui s'ensuit :

Le manuscrit raiiporle ici une sorte d'oraison funèbre de Beutterich en latin, laquelle ne nous apprend rien de nouveau. L'auteur y rappelle la naissance du défunt à Montbéliard, ses études, son entrée au service de l'électeur Frédéric de Bavière, ses missions en France, en Suisse, en Lorraine, en Angleterre, en Flandre, la part qu'il prit à la guerre doctorale, et enfin sa mort à Heydelberg le 12 lévrier 1587, à l'âge de 42 ans.

A la suite vient une apologie en latin du duc Casimir de Bavière qui n'est guère qu'un abrégé de l'histoire de ce prince telle qu'elle a été présentée. L'auteur prend son sujet à l'année -i 560, au début de la guerre civile, causée, suivant lui, par l'apostasie d'Antoine de Bourbon et par l'ambition des Guises ; il rappelle en passant l'entrevue de Bayonne, la bataille de Saint-Denis, la première campagne de Casimir en France, la campagne de \ 574 en Frise, la bataille de Mookerheide et la mort du duc Christophe, la fuite de Condé en Allemagne, l'invasion de ^576 et la perfidie du duc d'Alençon, l'entrée de Casimir dans les Pays- Bas en -1578, le voyage de ce prince en Angleterre, la reprise de la guerre civile en France en ^580, les péripéties de la guerre doctorale en ^ 583 et le secours porté à Gebhard Truckses, la mort de l'électeur Louis de Bavière et la tutelle du jeune duc Frédéric qui avait été confiée à Casimir. Enfin, anticipant sur les événements, La Huguerye raconte l'histoire de la campagne en France de l'armée allemande commandée par le baron Dhona, son désastre, qu'il attribue au roi de Navarre, l'empoisonnement de Condé, l'assassinat de Henri III, les secours demandés impudentissime par Henri IV après son avènement aux princes allemands, et enfin les dernières années de la vie de Casimir jusqu'en 4593, date de sa mort^

Après toutes ces expéditions, arriva led. Beauchamp, de la part dud. s'^roy de Navarre, pour presser son secours ; lequel nous renvoyasmes avec ung rafraichissement de la dépesche dud. s' de La Borde et lectres ausd. s""^ roy et prince et au vicomte de Tureyne, affin que l'ung des deux arrivast seurement vers led. s'" roy, sollicitans aussy ses ambassadeurs de satisfaire à leur promesse pour la dépesche d'Angleterre, tou-

1. La partie que nous supprimons occupe dans le manuscrit les fol. 250 r à 253.

386 MÉMOraES DE LA huguerat:.

chant les choses contenues en leurs obligations et descharges, dont nous leur envoyasmes mémoyres, par led. s"^ Schregel, qui leur remonstra amplement que sans ceste dépesche-là et l'effect d'icelle, avec adjonction de quelque notable somme, ilz ne pouvoient rien espérer qui feust asseuré et convenable au secours de leur maistre, ayans au contraire tout subject de craindre que sans cela le remède soit plus dangereux que la maladie, comme nous le prévoyons tous, afïin qu'ilz ne pensassent pas d'avoir tout faict à la françoyse, quand ilz avoient promis et donné des obligations; desquelles aultreffois les Alemandz, faisans aultant d' estât de la parole que de l'effect, s'estoient contentez, mays, y ayans esté si souvent trompez, on ne se veult plus contenter de papier.

Cependant que chacun travailloit à sa charge, selon lesd. dépesches, S. A., qui n'avoit personne près de luy que moy, ayant perdu Beutterich, me donna charge de faire ung project de l'armée, selon la somme de deniers qu'il recepvoit tant d'Angleterre que de France, à sa plus grande descharge que faire se pourroit, aflfin de se reigler sur ung tel estât et ne l'excéder, comme je fei, prenant mon fondement pour la cavalerie sur la levée de deux mil reistres Clévois*, que led. s"^ duc de Bouillon avoit asseuré de faire et d'en advancer les fraiz et le moys pour en estre colonel , et sur la levée de cinq cens chevaux légers italiens, soubz le comte Octavio, dont Glervant estoit chargé par obligation, et environ cinq cens aultros chevaux légers françois, tant dud. s' duc de Bouillon que du

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