‹ Mémoires inédites (volume 2)Chapitre 79 sur 84 · Glévois, du pays de Glèves · texte numérisé non relu

Glévois, du pays de Glèves

S' de Chastillon , qui en debvoit faire cent ; de Guitry qui en debvoit faire aultant, comme mareschal de camp françois, pour aller faire les logis; du s' de Ilaraucourt ' et aultres.

Et pour l'infanterie, je prins mon fondement sur la levée de deux régimentz de huit mille Suisses, dont led. Clervant estoit aussy obligé, sur la levée de 4000 harquebuziers françois, soubz le commendement dud. s"" comte de Colligny, s'^ de Chastillon, pour demeurer et loger près des reistres, dont le roy de Navarre estoit chargé par la capitulation, qui donnoit liberté à S. A. de les prendre à solde et coucher en Testât de la guerre, s'il vouloit, pour en tirer plus de service et d'obéissance soubz led. s"" de Chastillon, colonel général , et le s'' de Mouy son lieutenant ; de sorte f(ue je me résolu qu'ayant asseurance desd. 12 mille hommes de pied suisses et françois, il suffiroit d'ung fort régiment de lansquenetz de trois mille hommes, qui feroient en tout 16000 hommes de pied alemandz, suisses et françois, et que, pour la levée et demy-mois, dont il convenoit faire contenter toute l'armée, seroit assez de vingt mille florins; et que, pour la cavalerie, il suffiroit de lever six mil reistres en donnant cinq cornettes à Book, quatre cornettes à Clotz, à Berndorff et Frideric von Berren, à chacun trois cornettes,

1. Philippe de Longueval, seigneur de Haraucourt, comte de Gramaii, avait été gentilhomme et maître de la garde-rohe d'Antoine de Bourbon. Sous Henri III, il commanda, pour le compte du roi de Navarre, un régiment de lansquenets et servit utilement son maître pendant les guerres de 1589 et des années suivantes. Maréchal de camp en 1592, intendant général du roi en Flandre, il mourut avant 159G suivant les uns, en 1G20, suivant les autres. Il est souvent nommé dans les lettres de Henri IV.

et à Dommartin, que j'avois réconcilié à S. A., soubz l'asseurance qu'il luy avoit [donnée] de me payer, trois cornettes, dont il promettoit faire les fraiz de la levée, q[ui] deschargeroit S. A. de dix mille florins; lesd. trois régimentz de cavalerie [de] chacun mil chevaux. Toutes lesquelles cornettes, avec la renefanen de

Rum ^ feroient led. nombre de six mille chevaux,

qui cousteroient pour la levée et le demy moys, hors mys les dix mille florins de la levée dud. Dommartin, cent dix mille florins ; qui seroit, en tout ce qui conviendroit desbourser à S. A. pour lad. levée et le demy moys, cent trente mille florins; que Palavicin fournissoit cent cinquante cinq mille florins au moings et les Françoys trente cinq mille florins, qui est en tout cent quatre vingt dix mille florins ; dont partant il resteroit encores, après avoir satisfaict à lad. levée et demy moys, soixante mil florins, pour employer à l'artillerie , qui sufifiroit pour en avoir ung bel équippage, convenable au nombre de l'armée, qui seroit, selon mon estât, composée de huict mil reistres et mil chevaux légers t'rançois et italiens et seize mil hommes de pied Alemandz, Suisses et François, faisant en tout vingt cinq mille hommes de pied et de cheval ; qui est une très belle armée, et plus grande nuiroit plus qu'elle ne serviroit.

Ainsy je conseillay à S. A. de reigler à cela la levée des six mil reistres et 4000 landsquenetz, et, en donnant ce commendement-là à ceux qui assisteroient de

1. L'extrémité des pages du manuscrit est quelquefois rongée par l'usure. Nous remplarons les mots que nous pouvons deviner, mais nous ne pouvons remplacer un nom propre qui ligure pour la première fois.

MEMOIRES DE LA lîUGUERYE. 389

sa part à la capitulation des colonelz, leur ordonner aussy de pratiquer envers eux et leurs reittermaistres que chacun chariot feust attelé de cinq chevaux qui passeroient à la monstre, à la charge de fournir le yme ^ l'artillerie ; qui seroit pour cornette vingt cinq chevaux et pour vingt cinq cornettes en tout six cent chevaux ou environ ; qui deschargeroient S. A. en achapt de chevaux ou en imposition sur ses subjectz de trente cinq mille florins ou environ ; duquel nombre de chevaux le département se feroit de sorte que deux cent suffiroient pour mener huict canons, soixante pour mener quatre couleuvrines et quarante pour dix pièces de campaigne; et les 300 chevaux de reste seroient pour mener les pouldres, bouletz, cordages, pics, pesles etaultres ustensiles d'artillerye et de pionniers; que cent mille livres de pouldre à troys batz la livre cousteroient vingt mille florins; et les quarante mille florins de reste sufifiroient pour Tachapt des chariotz, bouletz, cordages, pics, pesles et aultres ustensiles et pour lever mil pionniers et les payer pour deux mois; de sorte que par ce moyem, en se gouvernant ainsy, S.A. auroit mis sus la plus belle armée qui soit sortye d'Alemaigne, depuis tous les troubles, et la mieux composée , sans y employer de son costé aultre chose que son auctorité ; et, s'il venoit entre-cy et la monstre-place quelque aultre somme d'Angleterre et [si] les embassadeurs satisfaisoient à leurs obligations , ce seroit pour achever le moys à l'armée et en réserver quelque chose pour ses nécessitez. Et, si le s'^ Schwering continuoit en sa volonté et avoit ses deniers prestz pour faire cinq cornettes à ses despens,

tant pour la levée que le moys, ce seroit ung moyem d'en retrancher aultant des six mille chevaux pour employer au payement du moys entier.

Ce que ayant bien amplement discouru à S. A., en son cabinet, et vérifié par le calcul sur Testât que j'en avois dressé, qu'il voulut avoir, l'approuvant et voulant suivre du tout et m'en remerciant fort, comme il estoit prince bien aise de se voir deschar^^er de despenses, il feist selon cela les dépeschcs à ceux qui alloient de sa part faire lad. levée, nommément pour les chevaux d'artillerie, affm de les pratiquer, s'il estoit possible; sinon il me deist qu'il avoit ung aultre moyem sur son estât par l'obligation de ses subjectz, quand il veult monter à cheval. Et pressa la sollicitation dud. s"^ Schwering; et, à toutes occasions, pressoit Glervant et les s""^ de Chastillon et de Mouy et aultres, tant pour la cavalerie que pour l'infanterie, trouvant, plus il lisoit mon estât, l'armée bien proportionnée et forte, à sa grande descharge, me commendant de ne communiquer led. estât à personne, atïin de laisser lesd. embassadeurs en l'opinion que je leur avois faict concepvoir que S. A. n'en seroit jamais quicte de son costé pour deux cent mille florins, ce que je fei, et ne fut jamays veu que par S. A. jusques à présent.

Ainsy passèrent toutes choses, après avoir vaincu de très grandes difïicullez et eschappé plusicui's dangers de rupture. Et furent délivrez les deniers de Palavicin et des Françoys, sur les quictances de S. A.; lequel faisoit aussy cependant tout ce (|u'il pouvoit pour délivrer led. duc de Bouillon du siège qu'il avoit

attiré sur luy*, par le mauvais conseil de Guitry et d'aultres ses serviteurs, en escripvant avec le duc des Deux-Pontz au roy^, affin de le maintenir en sa protection et faire cesser telles liostilitez, comme il arriva depuis.

Et pressoit aussy S. A. la dépesche d'Angleterre, aux fins de restablir la perte des cent mille écus et de fournir encores une somme, ayant envoyé ausd. embassadeurs la minute de ses lectres pour la communiquer aud. Palavicin, qui ne luy voulut jamais communiquer les siennes, comme il avoit promis, monstrant en cela ung argument évident de sa mauvaise volonté et qu'il estoit mal habille homme, en ayant peu faire une de mesme subject que celle de S. A. et luy envoyer, et adjouster par une aultre tout ce qu'il eust voulu faire au contraire.

Après ceste dépesche partye, S. A. n'y pouvant plus envoyer Beutterich, comme il eust faict, s'il eust

1. Henri III, désireux avant tout d'éloigner ou de ne pas augmenter les difficultés, cherchait à dissuader de faire la guerre au duc de Bouillon le duc de Guise, qui, affectant un grand zèle pour la cause royale, était acharné contre lui. Tandis qu'il resserrait la ville de Sedan , le roi lui envoya sans succès Hautefort , Rambouillet et Bassompierre. La minute originale de l'instruction confiée à Bassompierre, sans date, est conservée dans le f. fr., vol. 3395, f» 37.

2. Le duc Jehan de Deux-Ponts , dont nous avons parlé plus haut (p. 149, note). Le 27 février 1587, il écrivit de Heidelberg à Schomberg, représentant du roi, qu'il remerciait le roi du pardon accordé au duc de Bouillon , mais qu'il avait appris avec surprise que, malgré ce pardon, le duc de Guise continuait à resserrer Bouillon dans Sedan. Cette curieuse lettre jette un grand jour sur la faiblesse du roi et les tendances des princes allemands (Copie du temps; f. fr., vol. 3314, fo 61).

vescu, désira que je feisse ce voyage; dont je m'excusay en toutes sortes, tant sur le service que je luy faisois et qui luy estoit encorcs lors plus nécessaire que devant que sur la longue expérience que j'avois [de] l'humeur de laroyne, qui me faisoit désespérer de rien tirer d'elle, et la cr[ainte que] j'avois que Palavicin n'y i'eist de mauvais offices, à couvert, comme j'avois senty [par le] rcfuz qu'il avoit faict de luy communiquer ses lectres, saichant bien que ri[nl;ention] de la royne n'est pas de faire le roy de Navarre si fort qu'il puisse faire une fin des [affaires] de France, mays de ne le laisser pas si foible qu'il leust exposé à la mercy [de ses] ennemys, entretenant seulement la guerre en France comme en Flandres.

Et touteffois, [me] voyant si souvent pressé de ce prince, je luy diz que je dresserois tousjours les lectres et instructions, tant pour led. s"" Electeur de Colongne^ et comte de Leycestre^ en Holande, en y passant, que pour l'Angleterre ; et, s'il ne se pouvoit accommoder d'aultre pour ce voyage-là, que je congnoissois plain de difficultez et dangers et subjcct à mille traverses, qui s'y trouverroient tant de Palavicin et Guitry^

1. L'électeur de Cologne en 1587 était Ernest de Bavière (voyez ci-dessus, p. 236, note 1), celui-là même qui avait supplanté Gebhard Trucksess. Ce passage prouve que, bien que catholique, Ernest de Bavière ne séparait pas ses intérêts de ceux de l'Allemagne protestante.

2. Robert Dudley, comte do Leicester, était ambassadeur d'Angleterre dans les Pays-Bas depuis 1585. Voyez t. I, p. 290, note.

3. Peu de temps après, à la fin de mars, Guitry était à Heidelberg et recevait du duc Casimir une mission confidentielle pour Ségur (Lettre orig. du Si mars 1587; V^ de Colbert, vol. 402, f° 55).

qu'aultrcs, marriz de ce que je ne dissimulois pas leurs faultes, que je m'esforcerois de satisfaire à sa volonté, bien que ce me feust une grande peine de laisser ma femme et famille si longtemps en pays estranger, en danger d'y avoir besoin de leurs commoditez en mon absence. Ce qui esmeut fort S. A., qui estoit prince fort humain, à me dire que, s'il se pouvoit accommoder d'ung aultre qui peust faire le voyage avec mes instructions, il m'excuseroit très volontiers , ayant à toutes heures affaire de moy plus que devant, pour se voir privé du conseil de Beutterich, et qu'il y penseroit; que je tinsse cependant toutes choses prestes, comme je fei, laissant le nom de l'embassadeur en blanc.

Et, luy faisant voir les lectres et instructions, elles le contentèrent de sorte qu'il les signa et cacheta, me disant lors sérieusement que j'estois tellement instruict de l'affaire, que j'entendois mieux que luy ny aultre de son conseil, veu ce que j'en avois couché par escript, qu'il ne se pouvoit résouldre à faire aultre eslection que de moy, m'asseurant qu'en mon absence ma femme et famille n'auroient faulte de rien et qu'il y donneroit si bon ordre que je n'aurois occasion d'en estre en peyne ; que j'advisasse à mon partement en bref, afifin d'estre tant plus tost de retour pour le secourir en la place-monstre de l'armée, et que je regardasse bien à tout ce qui m'estoit nécessaire et qu'il y satisferoit, comme il feist, ne m'en pouvant plus excuser. Ainsy je remply les blancs de mon nom.

Et fei ce voyage au commencement de mars, aud. an 1587. Et, pour ce que sur ceste négotiation je

désire adresser ung livre au roy d'Angleterre * , pour plusieurs raisons, j'en passeray le discours et diray que j'en retournay à Ileydelberg, le xv® de juing, aud. an seulement. Où, ayant faict mon rapport à S, A., l'asseurant qu'il ne falloit pour l'effect de ma charge rien espérer de la royne, il se trouva fort court, se voyant obligé à ung affaire duquel, faulte de prince (luy ayant osté toute espérance du duc Otho de Lunebourg^) et de moyems, il n'y avoit aulcune apparence de bon succez. Sur quoy je diz à A. S. qu'il debvoit plus que jamais avoir esgard à sa conservation et commencer, dès ceste heure , à ne faire parler aulcunement de luy en ceste expédition, dont sans double on ne pouvoit rien espérer, à ce que j'avois recongneu en Angleterre de l'humeur de la royne, qui regretoit ses deniers et s'ilz estoient à fournir ne les fourniroit, et de l'intelligence des deux roys, qui n'engendreroit que tromperies, et sur tout de ce que le roy de Navarre avoit descouvert, à ce que j'avois apprins de Buzenval, l'intelligence dud. s"" prince mon maistre, avec S. A., par la rupture de l'escu^ d'Angleterre,

1. Nous ne savons si La Huguerye a donné suite à ce projet. En tout cas, s'il existe, le Livre au roi d'Angleterre n'est pas encore découvert.

2. Othon, duc de Brunswick-Lunebourg, né le 25 septembre 1528, épousa, le 8 septembre 1551, Marguerite de Schwartzembourg et mourut le 20 oct. 1603.

3. C'était un usage répandu au moyen âge et même au xvi* siècle que de rompre un écu, au moment d'une convention ou d'une résolution destinée à rester secrète, et d'en donner une moitié à cbacune des deux parties contractantes. L'envoi de l'une des moitiés à celui qui possédait l'autre servait de signal pour l'exécution d'une entreprise.

dont led. s' prince portoit sa part, pendue à un bracelet, au bras droict, qui avoit esté cause que ne luy ayant osé envoyer l'aultre pièce, dont j'estois chargé, je luy en avois seulement escript en termes couvertz, l'asseurant que je l'avois, affin qu'il feist ce que ce signal-là luy signifioit, sinon il envoyast vers moy celuy qui luy avoit porté et que je luy ferois voir ; de sorte que, par la jalousie dud. s"" roy de Navarre, je prévoyois que led. s"^ prince ne pourroit venir.

Et sçavois qu'il avoit exprès faict passer le comte de Soissons* vers luy, pour l'empescher de joindre et commender l'armée, selon qu'il en avoit esté donné espérance aud. s'" Picheron, son secrétaire, en l'absence dud. s"^ prince, son frère, se doubtant que led. s' comte de Soissons feroit ce que led. s" prince, son frère, vouldroit, et que, par ce moyem, l'armée seroit à leur dévotion; et que de là, prévoyant que l'armée seroit sans chef du sang, selon la capitulation, tout s'en iroit en fumée ; et pour ceste cause qu'il convenoit à S. A. d'esloigner de luy le plus qu'il pourroit les embassadeurs dud. s"^ roy de Navarre et le faire artificieusement , sans leur en dire la raison, leur défendant expressément de ne venir plus vers luy et de ne luy plus escripre, ains au s*^ baron de Dhona ou à moy, qui leur ferions response de sa volonté ; remonstrant à S. A. le grand tort que lesd. embassadeurs luy avoient faict, pendant mon voyage, principalement Guitry d'avoir escript partout ce qui s'estoit passé et asseuré le secours non seulement à Sedan

1. Charles de Bourbon, comte de Soissons, dont nous avons parlé (t. I, p. 259, note); ce prince désirait épouser Catherine de Bourbon, sœur du roi de Navarre.

mays jusques en Normandye, contre son serment; comme j'avois veu par lectres de gentilzhommes normandz en Angleterre , n'ayant , quant à Sedan , esté besoing de faire aultre chose que de pourvoir à la levée du siégea comme S. A. avoit faict, laissant le duc de Bouillon en sa maison, lequel aultrement je voyois qu'à force de tromperies ilz embourberoientau malheur que je prévoyois de ceste guerre par l'intelligence desd. deux roys, laquelle la royne d'Angleterre sçavoit au vray et pourquoy elle n'avoit, à ma requeste, plus voulu advancer le secours dud. s"" roy de Navarre, qu'elle congnoissoit assez fortifié de la faveur du roy; et que de l'intelligence de ces deux roys on ne debvoit attendre que tromperies tant d'ung costé que d'aultre, le but de leur intelligence estant de destruire tous les chefz de party dans le royaume; qui me faisoit grandement appréhender le péril dud. s'" prince , mon maistrc ; pourquoy , n'eust esté la crainte que j'avois de trop demeurer, pour l'incertitude des ventz, et en cela de desplaire à S. A., qui m'avoit commendé de faire diligence, j'eusse passé jusques à La Rochelle.

1. La prochaine arrivée de l'armée allemande décida le duc de Guise à lever le siège de Sedan. Le 27 avril, il signa une trêve qui devait se prolonger jusqu'au 25 mai (Copie du temps; f. fr., vol. 3398, f. 137).

2. Des négociations pour une paix définitive s'engagèrent entre les ducs de Bouillon et de Guise. Elles étaient si dures que Bouillon, avant de les accepter, demanda au roi l'autorisation de consulter son oncle le duc de Montpensier (Lettre orig. datée du 10 mai; f. fr., vol. 3395, f' 46). Dans une autre lettre, datée du 15 mai, il se plaint de la façon dont les gens du roi entendent et pratiquent la trêve, qui lui devient plus onéreuse que la guerre (ibid., r 1).

Sur lequel discours, qui estoit une partyc du secret de mon voyage, S. A. d[emeura] long temps fort pensif et enfin se résolut pour son particulier comme je luy [conseillois], me déclarant, quant au duc de Bouillon, qu'il n'en avoit peu empescher la v[olonté], qu'il n'avoit voulu suivre son conseil; et, quant aux finances, qu'il suivroit l'advis [que je] luy avois donné et ne desbourseroit que le moings qu'il pourroit. Pourquoy il [ne laisseroit] d'advertir par moy lesd. embassadeurs de mon retour d'Angleterre sans aulcun effect du tout, contre leurs promesses, et que partant ilz pourveussent, à faulte de [cela], promptement à ce à quoy ilz estoient tenuz par leurs obligations, qu'aultrement ilz ne feissent aulcun estât du fruict de ceste levée, ce que je fei par messager exprès.

Et tost après arriva une dépesche du duc de Bouillon et de Guitry qui estoient en chemyn, venans de Sedan avec une trouppe de gens de pied et de cheval en Alemaigne ; et, faisant les discretz, donnoient à S. A. en leurs lectres ung nom déguisé, luy escripvans néantmoings tout ouvertement, contre leurs promesses, et luy demandant advis de ce qu'ilz avoient à faire, en l'advertissant que le s"" de Saubole^, gouverneur de Metz, les avoit assisté de batteaux en leur passage de Mozelle au dessus de Thionville, avoit permis à la jeunesse de Metz de les suivre et s'estoit saisy

1. Roger de Gominges, seigneur de SauboUe et de Chantelle, né en 1553, conseiller d'État, chevalier de l'ordre, gouverneur de Saint- Béat dans le comté de Gominges, capitaine de cinquante arquebusiers allemands, lieutenant du roi au pays Messin et gouverneur de Metz, se rattacha à Henri IV après la mort de Henri HI, garda ses fonctions à Metz jusqu'en 1603 et mourut le 24 juillet 1615.

du chasteau de Pangc', où il avoit mis garnison pour empescher que la Ligue ne s'en serve.

S. A. congneut par là ce que je luy avois dict de l'intelligence des deux rois^ et fut fort marry de ce qu'on luy escripvoit ainsy, me commendant de leur défendre par le s*" de Menillet, en ma response, asseurant led. Menillet que, s'ilz le faisoient encores une fois, ilz feroient la guerre tous seulz à leur poste ; ce que je fei, escripvant sans signature. Et redoublay en forme d'instruction par Belot, valet de chambre du s*" comte de La Marck, qui avoit par luy escript à S. A. pour respondre de deux mille écus pour luy à Strasbourg. Auquel Belot je donnay mémoyre par escript d'aller trouver le duc de Bouillon aux Deux- Pontz, où il estoit arrivé, affm qu'il l'adresse au cliemyn desd. gens de guerre, donnant charge à Guitry de se loger où on luy avoit dict, à son partement, pendant que les forces s'acheminoient, et, s'il ne pouvoit à cause de la garnison qu'on y avoit mys (c'estoit à Phaltzbourg), qu'il descendist la montagne et se logeast entre Saverne et Haguenau, en lieux qui ne soient d'amys les plus fortz^, et qu'il s'y bar-

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