A la haye, dans les champs
2. Claude de La Châtre (Discours sur les faits de 1587, p. 35) fait la description des lieux où les deux armées se rencontrèrent au commencement de septembre. Le Pont-Saint-Vincent était un gros bourg, sur le bord, de la Moselle, au pied d'une montagne qui le commande. La rivière de Madon se jette dans la Moselle à peu de distance; elle était guéable. A cinq cents pas, se trouvait un château en construction qui appartenait au duc de Mercœur. La montagne était plantée de vignes, coupées de haies, et couronnée de grands bois qui s'étendaient jusqu'à Toul.
là à la diane avec toute l'armée, ne se pouvant tenir, led. s"^ baron, de réitérer ses plainctes de ce que led. s' de Bouillon n'estoit demeuré pour les amener avec luy; qu'aussy bien sa présence n'avoit poinct esté nécessaire en ceste poursuitte; ce que led. s"^ de Beauvoir excusa sur la jeunesse dud. s' de Bouillon, qui avoit eu envie de se trouver à la meslée'. May s on luy deist que ces envies-là debvoient estre mortes en ung chef ou retenues par luy et Guitry, qui le gouvernoit , et que cela estoit cause d'avoir perdu , ce jour-là, une belle occasion qu'ilz avoient deu rechercher et embrasser, veu le désir ardent qu'ilz disent avoir de faire la guerre en Lorraine, et que ce jour-là elle eust esté faicte. Et j'adjoustay que leur erreur si grand, ce jour-là, me faisoit ressouvenir de ce que led. s' d'Haussonviile m'avoit dict à Lunéville, qu'on verroit bientost si les François auroient aultant d'esprit et de courage à combatre qu'à brusler. Et ilz enduroicnt tout.
Le mardy, 29^ aoust, led. s"^ baron et tous ses régimentz furent, devant le jour, prestz à monter à cheval au premier advis qu'il actendoit dud. s' duc de Bouillon ~. Et voyant le jour poindre, sans en avoir nouvelles, me pria d'aller vers luy, pour sçavoir à quoy il tenoit et ce qu'il avoit à faire. Et rencontray en mon chemin le s*^ Kotler qui venoit, de sa
i. Tous les historiens tiuguenots ont accusé le duc de Bouillon d'avoir laissé échapper, au passage de Pont-Saint- Vincent, l'occasion d'anéantir l'armée du duc de Guise.
2. Le passage de la rivière de Madon est raconté par un mémoire publié dans le recueil A-Z, lettre G, p. 20G. Un autre récit, envoyé du camp du duc de Guise à l'ambassadeur espagnol, Bernardino de Mendoza, est conservé aux Archives nationales (K. 15G5, n^ 47).
part, pour faire monter led. s"" baron à cheval et s'advancer vers luy. Je luy diz qu'il se hastast et qu'il estoit prest, il y a longtemps, bien esbahy de n'avoir eu, toute la nuict, aulcun advis de son maistre, vers lequel il m'avoit envoyé pour ceste occasion, le priant de dire aud. s'' baron que je passois oultre, pour voir comme tout va et si les Suisses estoient advancez, lesquelz on ne voyoit poinct. Et, arrivant à Acraigne, je trouvay led. s*" duc de Bouillon, faisant la prière au devant de sa cornette, au dessus du village, le régiment de landsquenetz à sa droicte , et le s"" de Mouy, avec son régiment et 400 harquebuziers landzcjuenetz, à l'escarmouche, sur le bord de la rivière, empeschant l'ennemy qui faisoit contenance de vouloir passer, soustenuz dud. s' comte de La Mark, avec les cornettes françoises de l'avant-garde.
Je fei ma charge, et l'asseuray, l'ayant trouvé en grande peine et à la veille d'une feste où il n'avoit jamays esté, que Kotler auroit trouvé led. s"" baron prest, il y avoit plus de trois heures, à monter à cheval, et qu'il seroit incontinent près de luy, mays que je m'estonnois de n'ouyr poinct de nouvelles des Suisses ; que la continuation de ce mal-là apporteroit ung grand mescontentement aux Alemandz. Led. s"" de Bouillon ne sçavoit que me respondre, estant si perplex, de crainte que l'ennemy ne forçast le passage, qu'il ne fut poinct à son aise jusques à l'arrivée dud. s"" baron, qui s'advança, pendant que je luy faisois lecture d'une lectre interceptée dud. s"" duc de Lorraine, faisant mention de la venue de SacromorS avec
1 . Aussitôt qu'il se vit menacé par l'armée allemande, le duc de
ung régiment de cavalerie italienne. Et luy présentay ung prisonnier, gendarme de la compaignye du duc de Luxembourg', pour sçavoir des nouvelles de l'armée dud. s'" duc de Lorraine. Et, avec la reitfanen et toute la cavalerie derrière luy, descendit en bataille par régimentz, vers la rivière, où led. s"" de Mouy, à l'instant mesme, força le moulin d'en bas ^ et mist à vau de route tout ce qui estoit sur le bord, à la veue de nostre cavalerie, qu'il faisoit beau voir; où led. s' de Mouy receut une harquebuzade en la cuisse^. Peu après arriva le régiment de Villeneufve, mays les Suisses tardoient encorestrop, et ont, parleur pesanteur ordinaire, faict grand tort à l'armée.
Après la prise de passage de ce moulin, les nostres, qui avoient passé l'eaue, voyans l'ennemy se retirer vers le mont Saint Vincent, allèrent à l'aultre moulin
Lorraine avait envoyé en Italie Charles de Birague, dit le capitaine Sacremore, pour lever douze cents lances qui arrivèrent, mais trop tard (Claude de La Ghastre, Discours sur les faits de 1587, p. 7). Sacremore eut une fin dramatique. Il avait séduit M^'e de Villars, fille aînée de la duchesse de Mayenne. A la fin de 1587, à Dijon, il demanda sa main au duc. Celui-ci, exaspéré par cette outrecuidance, le tua de sa main (Lettre du duc de Guise à la duchesse de Montpensier, du 15 décembre 1587; Arch. nat., K. 1565, n» 135). Voyez aussi le Journal de Lestoile à la date du 30 décembre 1587.
1. François de Luxembourg, duc de Pinei, prince de Tingri, pair de France, chevalier des ordres du roi, ambassadeur à Rome en 1586, négocia la conversion de Henri IV et son mariage avec Marie de Médicis. 11 mourut en 1613.
2. Cet engagement est raconté dans une lettre de Schomberg au roi, du 13 septembre (V^ de Colbert, vol. 10, f. 213).
3. La lettre de Schomberg au roi, citée dans la note précédente, nous apprend que le s. de Mouy va être ramené à Sedan à cause de sa blessure (Vc de Colbert, vol. 10, f. 213).
au dessoubz d'Acraigne, commandant à ung pont joignant sur lad. rivière, lequel ilz vouloient forcer à toute oultrance. Mays, entendant que c'estoit le s"" de Vannes * qui y commendoit, que j'avois veu avec mon maistre, en son armée de 1 576, en la cornette du s"" de Bonnecourt, je modéré ceste maupiteuse^ résolution et le fei recepvoir à miséricorde avec ceux qui est oient dedans, abandonnez au devant et à la teste de toute leur armée, qui ne s'efforça jamays de les retirer et secourir.
Cela nous feist maistres des passages de la rivière. Et fut aussitost résolu de faire passer l'avant-garde, les régiments françois et landzquenetz par la chaussée dud. premier moulin, et la cavalerye au gué au dessoubz, au devant de laquelle l'ennemy, se retirant le pas, passa le ruisseau qui court au pied de lad. montagne Saint-Vincent, s'arrestant au pendant d'icclle. Peu après passa nostre bataille, à laquelle l'advantgarde feist place en s'advançant à la main gauche, d'où estoit le chemin plus aisé pour monter à l'ennemy. Et, pendant qu'on attendoit les Suisses qui venoient fort lentement, led. s*" de Mouy se logea, avec son régiment, dans le village, qui est au pied de lad. montagne, sans résistence, où estoit le plus beau passage dud. ruisseau. Mays la montagne y estoit roide.
Cependant arrivèrent les colonelz des Suisses, pour
1. Le s. de Vannes, ancien gentilhomme du prince de Condé, était passé au service du duc de Lorraine. Il fut un des négociateurs de la réconciliation de Henri IV et de Charles III. Plus tard il devint gouverneur de Toul {Lettres de Henri IV).