Dilayer, retarder
en- fumée \ ayant lors en effect secondé nostre poursuitte pour la conservation de Testât dud. s*^ duc de Lorraine, qui eust couru grand risque, et non de volonté. Et feist aussytost une aultre faulte, indigne de luy, qui vouloit estre tenu pour cappitaine. Car, au lieu de loger l'armée à la haye es villages voisins, pour entretenir l'ennemy la nuict jusques au lendemain, pour éviter du tout le combat, il feist repasser la rivière aux reistres et landzquenetz, pour retourner en leurs logis, où ilz arrivèrent fort tard, où ilz ne trouvèrent que le couvert^.
Lors fut conneu et confessé par beaucoup de François mesmes, voulans excuser la faulte, ce que j'ay dict, que nous avions eu grande raison de tant presser la venue desd. s" prince de Condé et comte de Coligny, s*" de Chastillon"% lesquelz n'eussent pas ainsy
1. Le récit de La Huguerye est conBrmé, au moins dans ses lignes principales, par les annalistes que nous avons déjà cités, par Claude de la Ghastre et par de Thou. La Chastre, dans son Discours sur l'expédition de 1587, composé à l'honneur du duc de Guise, donne assez de détails et ne se trompe que sur la date du passage du Pont-Saint-Vincent, qu'il fixe au 15 septembre (p. 36 et suiv.). De Thou a suivi principalement le récit de La Chastre {Hist. univ., liv. 87). A ces sources nous pouvons ajouter une belle et intéressante lettre du duc de Guise au roi, datée du 6 septembre (f. fr., vol. 4734, f. 281).
2. L'armée allemande se ravitailla à Font-Saint- Vincent et dans un village voisin, nommé Maiziers, oiî se trouvait un château appartenant au chapitre de Toul. La découverte des vivres et du vin conservés dans ce château amena un tel désordre chez les reîtres, que le duc de Guise et Claude de la Chastre purent tailler en pièces plusieurs détachements de l'armée. (Claude de la Ghastre, Discours sur les faits de 1587, p. 61.)
3. François de Coligny, comte de Ghâtillon, était à cette heure en route pour rejoindre l'armée allemande. On trouvera plus loin, dans le texte et dans les notes, des détails sur sa marche.
laissé refroidir une si bonne volonté des estrangers, et combien de mal avoient faict ceux qui Tavoient empesché ; que led. s"" prince eust esté ung chef d'auctorité, expérience et créance, qui n'eust laissé passer une si belle occasion et eust bien faict taire ceux qui y eussent voulu directement ou obliquement contredire. Et je leur respondy que c'estoit une grande honte de faire mectre le feu partout, vouloir noyer la Lorraine en rompant la chaussée de l'estang de Diouse, et, quand on voit l'ennemy, auquel il se fault adresser, non aux maisons et à la terre, perdre le cueur.
Quand nous fusmes aux logis, led. s' Glotz nous remercia affectueusement de l'advis qu'il avoit receu, estant en volonté d'aller à la charge avec le s' Rumpfl, et qu'il avoit depuis bien reconneu la vérité de noz remonstrances, en ayant voulu faire preuve par l'escarmouche, qu'il avoit faict dresser à une petite trouppe de ses gentilzhommes , qui n'avoient esté suiviz d'aucun Françoys, reconnoissant que, si par son animosité il se feust engagé au combat, ou il se feust perdu ou il eust obligé le reste des Alemandz à quelque dangereux party pour le secourir ; qu'il connoissoit avec ces François icy la raison vouloir qu'ilz facent la poincte, estans si durs à l'esperon, mays qu'il avoit combatu avec aultres Françoys, qu'il ne falloit poinct attendre ny semondre au combat, duquel ilz estoient désireux ; que ceux-cy avoient quelque chose au cueur qu'il n'entendoit pas, et se souviendroit de nostre advis, pour s'en donner garde une aultre fois. Par ces moyens Testât dud. s' duc de Lorraine fut deschargé d'ung grand hazard, auquel led. s"" duc de Guyse l'avoit précipité, contre toute la raison de la
guerre. Et fut la seconde fois que je conneu qu'il y avoit plus d'heur en ses affaires, du costé de ses amys, que de prudence en la conduite de ceux qui avoient charge de ses armes.
Le 30® d'aoust, estans à Gintrey, au conseil, nous fut présentée une lectre surprise, allant au s' de Bassompierre, qui luy donnoit advis du feu qui avoit esté mys en son village de Haroue par le colonel Villeneufve, en partant, le jour d'hier, dont nous feismes plaincte, cela estant faict contre les défenses expresses, leur remonstrant que c'estoit à eux à y penser, qui avoient des maisons en France, sur lesquelles led. s'^ de Bassompierre auroit bien sa revenge, et non sur led. Villeneufve, qui n'avoit rien à perdre.
Led. jour on avoit dépesché le capitaine Beaujeu avec sa cornette, 1 00 chevaux reistres, et une compaignye d'harquebuziers à cheval, pour faire une course vers Mirecourt et se pourvoir de chevaux pour rafraischir les attelages de l'artillerye, qui estoient fort las. Et avoit esté envoyé avec luy led. s"" de Gouvrelles, cappitaine de lad. artillerie, pour les recepvoir et ne permettre qu'ilz feussent butinez par les soldatz, avec commendement de rejoindre l'armée au logis sur Meuze. En faisant ceste cavalcade, led. s"" de Beaujeu rencontra le s' de VillyS chambellan dud. s' duc de
1. Ce personnage est nommé de Villiers dans la version des Mémoires de Gtiastillon, que contiennent les Mémoires de la Ligue (t. II, p. îiS). Il s'agit probablement de Regnault de Gournay, sire de Yillers, bailli de Nancy en 1577, mestre de camp d'infanterie en 1585, conseiller d'état et chambellan du duc de Lorraine en 1586, messager souvent employé par ce prince. Voyez Lepage, Lettres et instructions de Charles III, passim.
Lorraine, retournant de Rome et Milan, et le feist prisonnier de guerre, se saississant de toutes ses lectres, mémoyres et instructions, qu'il délivra aud. s"" duc de Bouillon, à Taillancourt sur Meuze. Lequel ayant appelle les conseillers françois près de luy et faict faire lecture de toute la dépesche dud. s*" de Villy, pensa avoir gaigné barres sur nous, pour nous faire résouldre à la guerre en Lorraine et y rentrer, au lieu d'en sortir, comme nous faisions, après le passage de Meuze, prétendant avoir descouvert en quelque poinct de lad. dépesche une entreprise manifeste dud. s"^ duc de Lorraine sur la couronne de France, nous envoyant, à cet effect, led. s"" de Bouillon lad. dépesche originale, laquelle consistoit en plusieurs lectres, mémoires et instructions qui ensuivent, sçavoir :
i. L'instruction, en date du premier jour d'aoust 1587, signée Charles, contresignée Bouvet ^ et scellée en placard, par laquelle, pour abréger, led. s"" duc de Lorraine remonstroit, par led. s"" de Villy, au pape Sixte cinquiesme^, le zèle et dévotion singulière de luy et tous ses prédécesseurs à l'église catholique, apostoHque et romaine, lesquelz, au prix de leur sang, en ont rendu de si fidèles témoignages. Le grand regret qu'a led. s'^ duc d'avoir veu, depuis ung nombre d'année, les troubles dont lad. église a esté affligée par les hérésies qui se sont eslevées, tant en AUemaigne
1. Louis Bouvet, conseiller secrétaire ordinaire du duc de Lorraine, nommé dans une lettre de ce prince du 6 janvier 1589 (Lepage, Lettres et instructions de Charles III, p. 60).
2. M. de L'Epinois a publié dans la Revue des Questions historiques du l^r janvier 1880, sur la politique de Sixte-Quint, une étude composée d'après les archives du Vatican, qui complète le récit de La Huguerye.
et en France qu'aux Pais-Bas et ailleurs. Que lesd. hérésies n'ont faulte de supports et faveurs de plusieurs grandz princes et seigneurs qui s'en sont renduz protecteurs, si fortz qu'ilz se sont maintenant eslevez avec une puissante armée de plus de 40,000 hommes de guerre, pour opprimer, à ce coup, s'ilz peuvent, lesd. provinces et nommément le royaume de France et principaultez circonvoisines , desquelles ilz taschent de bannir l'exercice de lad. religion catholique et romaine et les réduire à la mesme servitude et misère que le royaume d'Angleterre, suppliant led. s*" duc S. S., par led. s"" de Villy, de croire que le danger est tel que, s'il n'y est promptement pourveu, il en adviendra une misérable désolation à la Chrestienté et une honte, blasme et ignominie perpétuelle aux princes chrestiens, estant ceste armée des hérétiques non seulement puissante, mays jà sur pied es frontières des pais dud. s"^ duc; lesquelz ilz ont résolu de forcer, ruiner et destruire, pour la seule considération que luy et les princes de son sang ont tousjours esté très catholiques , protecteurs et défenseurs de nostre foy. Et, comme il va en ce faict de la cause publique de la Chrestienté, à laquelle tous princes chrestiens, en général, et chacun d'eux, en particulier, ont ung notable intérest, led. s"" duc, pour l'acquict de sa conscience, et pour le service du roy très chrestien, a pris les armes et faict levée d'ung bon nombre de gens de guerre, pour opposer aux desseings desd. hérétiques, avec protestation que telle levée d'armes ne tend qu'à l'honneur et gloire de Dieu, défense de sa querelle et vengeance des injures et blasphèmes que lesd. hérétiques font contre son
S. nom, contre le repos de son Eglise et contre la grandeur et dignité du S. Siège romain. Que telle est l'affection dud. s"" duc et le seul fondement de son entreprise, esloigné de toute ambition, dont les effectz rendront tesmoignage à la postérité. Et que, pour en asseurer S. S., il a dépesché vers Elle led. s"" de Villy, pour la supplier de croire qu'en cela ny aultre chose il ne luy vouldroit imposer, ayant toute sa vie faict profession de prince véritable et détesté l'hypocrisie et mensonge. Que led. s"" duc est contrainct de représenter tout ce que dessus à S. S., et, qu'ayant employé tous ses moyems à la levée de son armée, pour s'opposer aux entreprises de ceux de la religion, et les voyant avec une forte armée sur les frontières de ses pais, esquelz une partye est desjà entrée, pour mectre à exécution leurs pernicieux desseings pour l'entière subversion de la religion catholique, il luy est besoing d'ung aussy prompt remède que l'importance de l'affaire le requiert. Que la puissance dud. s' duc n'égale pas son courage, pour supporter les grandz fraiz de son armée. Pour quoy il supplie S. S. que, comme quelques aultres princes, mesmes le roy très chrestien, l'assistent de leurs forces, de sorte qu'il a de présent plus besoing d'argent pour souldoyer son armée que d'hommes, il luy plaise aussy luy départir quelque somme, jusques à 300,000 escuz ou telle aultre somme que S. S. par sa prudence jugera estre convenable pour subvenir aux fraiz de lad. armée, affin qu'estant ainsy aydé il puisse, avec la conduite du S. Esprit, intercessions et prières des gelis de bien et le conseil et advis de ses parens et amys, chasser les hérésies et impiétez qui ont jusques à présent vexé m 10
nostre S. Eglise, et confondre les pernicieux conseils de ceux qui sont sur les termes de le ruiner du tout. Que c'est une cause générale à laquelle le S. Siège romain et toute la chrestienté a ung si notable intérest que led. s' duc, pour son salut, son estât et sa vie est résolu d'y exposer son sang ; et, ores que les ennemys le forcent pour passer par ses pais en France ou prenent aultre passage pour y aller, de les poursuivre et attaquer, comme desjà il eust faict, si le corps de son armée eust esté composé de toutes ses forces. Espérant tant de la bénignité de S. S. qu'elle ne le vouldra abandonner en une si saincte et juste entreprise , ainsy qu'il l'en supplie très humblement , comme filz très obéissant et fidèle serviteur à jamais du S. Siège. Ayant en oultre chargé led. s' de Villy, avant que se présenter à S. S., d'aller trouver mons"^ le cardinal de Pelevé, luy donner les lectres dud. s' duc, luy faire entendre l'occasion de son voyage et luy communiquer la présente instruction, et, selon son advis et conseil, acheminer les affaires de sa dépesche, asseurant led. s' cardinal de l'amitié dud. s'^ duc, et, si S. S. accorde quelque somme, donner ordre de la faire tenir aud. s' duc, soubz bonne et seure garde. De l'original de ceste instruction les François tirant des preuves infaillibles de la justice de leur animosité contre led. s' duc de Lorraine et de leur résolution de luy faire la guerre, sans que nous y puissions contredire, nous pressoient lors d'entrer en ceste société de courage par nostre intérest ccmmung, le desseing dud. s*^ duc estant manifeste, non seulement contre les princes François, mays contre les Alemandz aussy, qu'il appelloit hérétiques et blasmoient en mille sortes.
sans jamais, en son particulier, avoir receu auicun desplaisir d'eux. Nous disoient davantage que, dès lors que nous avions traicté avec lesd. s'' d'Haussonville et de Tantonville, led. s' de Lorraine estoit nostre ennemy juré, et qu'ilz avoient eu juste subject de nous destourner de telles conférences, tendantes seulement à nous amuser, pendant qu'il amassoit ses forces.
^. La seconde pièce de la dépesche dud. s' de Villy consiste en deux responses du pape Sixte cinquiesme, l'une en forme de brief, en langue latine, qui ne contient que des louanges et bénédictions sur l'entreprise dud. s' duc de Lorraine, avec ung renvoy à l'aultre response en langue italienne, contenant la volonté du pape, toutes deux du 27 dud. moys d'aoust, desquelles je inséreray seulement la substance de l'italienne, qui contient la résolution du pape sur la demande dud. s' duc, telle qu'oultre ce que le pape escripvoit aud. s"^ duc par ung bref et ce qui luy seroit représenté, par son gentilhomme, de l'estime qu'il a de la personne dud. s*^ duc et de sa prompte volonté envers luy et toute sa maison, il a voulu adjouster cecy que, quand il s'est offert de luy ayder, il a entendu de le faire en tout ce qui se pourroit, pour l'intérest et la nécessité particulière dud. s' duc et de ses estatz; et que, quant au roy et au royaume de France en général, luy estant recherché par le roy très chrestien, avoit faict promesse de ne donner secours à aultre qu'à S. M. mesmes, comme il avoit desjà faict, luy ayant permis présentement la seconde partye de l'aliénation des biens ecclésiastiques, afifin qu'il s'en puisse ayder en sa nécessité présente; de sorte qu'avec ceste permission led. s^ duc sera aussy
secouru; l'exhortant de se tenir uni avec S. M., affin que tant plus facilement on puisse résister aux forces des hérétiques et faire ensemble le service de Dieu, comme il espéroit debvoir faire led. s"^ duc par son zèle et piété ordinaire, luy envoyant sa bénédiction apostolique et paternelle. Et au dessus estoit escript : A nostre cher filz, Charles duc de Lorraine.
Laquelle response contraignit les François à louer la sagesse du pape Sixte et blasmer dadvantage la précipitation dud. s' duc de Lorraine aux armes et sa négligence en la conclusion de notre négotiation, veu l'intérest plus grand du pape, qui néantmoings vouloit voir plus clair, avant que de faire ce que led. s"^ duc requéroit de luy ; qui ne procédoit, disoient lesd. François, que d'une animosité invétérée de luy et toute sa maison contre la maison de Bourbon, pour la despouiller. Ce fut leur conclusion sur ceste response, car ilz espluchèrent toute ceste dépesche soigneusement, pour nous forcer à rentrer en Lorraine.
3. La troysiesme pièce de ceste dépesche estoit une lectre originale de madame la duchesse douairière de Milan et Lorraine ^ mère dud. s"" duc, de telle substance :
« Mon amy, par trois de voz lectres j'ay entendu la préparation que vous faictes pour empescher les reistres. Je supplie et supplieray tousjours sa divine majesté vous donner bon succez et victoire de vostre entreprise (et, pour la pouvoir obtenir, je fai prier tous les monastères de ma ville et aultres lieux) et
1. Christine de Danemark (p. 4, n. 1). Elle résidait alors à Tortone, en Italie (De Thou, liv. 87). Elle mourut peu après à Neumarck, dans la Haute-Bavière. Voyez ci-dessus, p. 4.
qu'il puisse sortir et à vostre pais et estatz ung bon repos. Et, avec ceste occasion, je désirerois bien que puissions jouyr de la couronne qu'aultresfois m'avez escript^; et me semble que le temps ne seroit mal propre d'y penser. Je ne sçay entendre la cause de tant de gens que l'on envoyé par delà. Sont arrivez d'Espaigne 4000 Espaignolz, et en doibt venir aultres 6000 -. Je pense que ce soit pour quelque grande entreprise. Je vous prie, mon filz, de ne tomber en chose que n'en pourriez sortir et vous mectre en plus grande peine. Je suis bien aise que les reistres n'ont trouvé les passages qu'ilz pensoient. J'espère en ce bon Dieu qu'il vous gardera d'adversité. J'ay depuis receu vostre aultre lectre qui m'a fasché, ayant veu que les reistres sont desjà sur la montagne, pour passer oultre en voz pais. Je crains que, si vous n'avez des forces pour résister, que les reistres n'attendront le temps que désirez. J'entendz que madame de Montpensier^ a escript à Rome que les affaires par delà ne
1. Ce passage fait allusion aux projets ambitieux du duc de Lorraine sur la couronne de France. Le roi Henri III, au su de tout le monde, étant destiné à mourir sans enfants, le roi de Navarre persistant dans le calvinisme , et le duc Charles III étant le gendre de Henri II, la candidature du duc de Lorraine au trône de France paraissait justifiée au parti catholique.
2. Le duc de Lorraine avait demandé du secours en Flandre contre l'armée allemande. Le prince de Parme, suivant Claude de La Chastre, ne lui envoya que 12 à 1500 hommes d'armes bourguignons et un régiment de six enseignes de gens de pied wallons commandé par le marquis de Varambon [Discours sur les faits de 1587, p. 8).
3. Catherine-Marie de Lorraine, fille du duc François de Guise, née le 18 juillet 1552, mariée en février 1570 à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, morte le 6 mai 1590.
vont bien, comme plus amplement entendrez, par le s"" de Villy. Auquel me remectant je vous laisse considérer comme les choses iront. Je prieray Dieu de vous bien ayder. De Thomas Ra^e, je me remectz à ce que vous en escript mon grand chancelier. »
Et au dessoubz est escript : « Vostre bien bonne mère, Chrestienne. » Et par apostile est escript : « Mon amy, beaucoup de gens de guerre me supplient de les vous recommender. Je ne puis laisser puisqu'est pour vostre service, mays vous ferés ce que vous semble '\ »
Sur l'original de ceste lectre lesd. Françoys fouldroyèrent, arguant led. s"" duc de Lorraine d'une entreprise manifeste sur la couronne et royaume de France, au préjudice du roy et de la maison de Bourbon; laquelle sienne ambition il vouloit couvrir du manteau de la religion ; nous conjurant lors et pour Testât et pour la religion de réunir, conjoinctement avec eux, toutes noz armes contre led. s"^ duc de Lorraine, brus- 1er et ruiner tout son pais et y faire ung tel dégast que ce ne soit qu'ung désert. Ainsy en parloient-ilz , et, pour le dernier poinctde lad. lectre, ilz nous vouloient
1. Cette lettre a été signalée plusieurs fois, notamment dans la version des Mémoires de Chatillon insérée dans les Mémoires de la Ligue (in-4'', t. II, p. 213). M. Lepage met en doute son authenticiié {Lettres et instructions de Charles III, p. 8 note). L'insertion de cette pièce dans les mémoires de La Huguerye semblerait la mettre hors de discussion. Elle est du reste parfaitement d'accord avec la politique du duc de Lorraine, comme on le verra plus loin. Malgré ces motifs de confiance, le texte de la lettre et spécialement de cette phrase je désirerois bien que puissions jouir de la couronne qu'aiilt refois m'avez escript, nous parait tellement invraisemblable que, bien que La Huguerye assure avoir vu les originaux (p. 143, ligne 13), nous gardons quelques soupçons sur son authenticité.
animer contre led. s"^ duc, en ce que, se mocquant de nostre bonne affection à son soulagement, il s'en servoit seulement pour retarder l'entrée de l'armée en ses pais.
4. La quatriesme pièce de lad. dépesche estoit le mémoyre original donné par led. s'' cardinal de Pelevé^ aud. s"^ de Villy sur sa négotiation; qui portoit, en somme, que led. s'" de Villy, arrivé à Rome le lundy 24® d'aoust, ne fut conseillé de demander son audience que pour le mercredy, affin que le courrier ordinaire feust dépesche sans qu'i courust aulcun bruit de sa dépesche; qu'en audience S. S. monstra avoir très agréable la nouvelle dud. s'" duc, duquel il espéroit que Dieu béniroit l'héroïque entreprise, faicte par une race de martirs pour la religion. La proposition a esté faicte à S. S. par led. s'" de Villy, en italien, ayant suivy tous les poinctz principaux et plus nécessaires de son instruction, avec aultant de dextérité qu'on sçauroit désirer. Led. s"" de Villy dira les particularitez. S. S. croit difficilement que l'armée de l'ennemy soit composée de telles forces. Elle a voulu sçavoir quelles estoient les nostres et les moyems. Il luy fut respondu qu'il n'y avoit encores aucune assistence des forces de France et que l'armée de l'ennemy estoit une armée royale; et que l'on pouvoit dire que maintenant on estoit aux mains ; que toutes les conditions qu'on avoit recherché en cet affaire estoient advenues, et que, sur la fiance et parole qu'on avoit eu, on n'avoitrien espargné de soy premièrement et de ses amys; que l'on
1. Nicolas de Pellevé, prélat d'origine normande, ardent ligueur, évêque d'Amiens en 1553, archevêque de Hens en 1563 et de Reiras en 1592. Il mourut à Paris le 26 mars 1594.
avoit envoyé en Suisse ce que l'on avoit de plus prétieux; que de soustenir une armée de soy, sans estre secouru, ny led. s' duc, son maistre, ny aultre prince de sa qualité ne le pourroit faire, sans évidente ruine; que ceste fois estoit le dernier effort de l'ennemy et où il estoit besoing de résister plus gagliardement, sans différer. Il se mesla beaucoup de propos, lesquelz led. s' de Villy expliquera particulièrement. Qu'il est certain qu'on ne veult estre que spectateur; que les catholiques simulez n'estiment avoir plus belle occasion que de débiliter ou ruiner le chef et les princes de ceste maison, et qu'en ce théâtre icy la royne d'Angleterre a l'œil et les mains ouvertes et tous les aultres hérétiques; que l'événement n'en est moings périlleux que si l'empereur Charles V eust perdu la bataille, en Alemaigne; et qu'à S. S., qui y a le principal intérest, on avoit voulu rendre compte de tout et y employer Testât et les personnes, le faisant resouvenir de ce qui avoit esté faict, du temps dud. feu empereur Charles, où il y avoit ung légat; avec la contribution que le pape faisoit, et, de main en main, tous les aultres prédécesseurs ont faict jusques aujourd'huy. Il ne fut rien oublié. S. S. allégua la permission qu'elle avoit donné au roy de 1 ,200,000 escuz. On luy remonstra que ceste médecine ne pouvoit avoir son opération et ne se pouvoit exécuter de longtemps, mays qu'au contraire l'église catholique en seroit afFoiblie, et que cela se peult appeler ung secours après la bataille. S. S. respondit les promesses que luy faisoit le roy par le cardinal de Joyeuse^ et son
l. François de Joyeuse, né le 24 juin 1562, archevêque de Nar-
embassadeur ' . Fut répliqué que c'estoit ung sommeil si profond qu'il n'y avoit moyem de le resveiller. Que S. S. avoit tousjours désiré qu'on évitast une paix ignominieuse et scandaleuse par toute la chrestienté, et, pour dire en ung mot, l'establissement de l'hérésie. Qu'elle a veu comme on s'y est opposé gagliardement jusques icy; qu'on avoit temporisé tant qu'on avoit peu et sans craindre le hazard et tous aultres empeschemens, pour aller supplier le roy de ceste intervention ; qu'on avoit faict signifier partout qu'on y vouloit aller en personne, et néantmoings on voyoit ce qui avoit esté contremandé ; et que l'espérance estoit du tout faillye de trouver remède, de ceste part, non que la volonté du roy ne soit telle que, de sa personne, il ne fallut attendre toutes choses bonnes, mays que le malheur estoit tel qu'on en estoit venu jusques à ce poinct. Et, affin que S. S. ne pensast poinct que ce feust passion, qu'elle en pou voit estre informée. Lors Elle avoua en particulier ce qu'elle sçavoit. Seront sur
bonne en 1582, cardinal en 1583, archevêque de Toulouse en 1584, de Rouen en 1605, membre du conseil de régence en 1610, mort le 27 août 1015. Pendant les dernières années du règne de Henri III il remplit à Rome les fonctions de protecteur des affaires ecclésiastiques de France. Une bonne partie de sa correspondance avec le roi est conservée dans le f. fr., vol. 17995 et 23616.
1. Jean de Vivonne, marquis de Pisani, ambassadeur à Rome sous les règnes de Henri III et de Henri IV, gouverneur du troisième prince de Gondé, mort le 7 octobre 1599. C'est lui qui avait découvert les secrets de la mission de l'avocat David, le célèbre ligueur. L'historien de Thou fut son exécuteur testamentaire. Pisani avait écrit des Commentaires, qui sont encore inédits et dont le manuscrit paraît égaré. Voyez de Thou, liv. 122, in fine. Une partie de la correspondance de Henri III avec le marquis de Pisani, de 1585 à 1589, est imprimée dans la Revue rétrospective de M. Taschereau, t. XIH, p. 233 et 435.
cecy notez trois poinctz. Or, la conclusion de S. S., comme il avoit desjà esté escript par le dernier ordinaire, tut que la parole qu'elle a donnée elle la tiendra, qui est que pour leur défense, en leur particulier, elle y employra tous ses moyems, mays que, pour le général, ayant faict la promesse au roy qui l'en a requis, Elle ne pouvoit passer plus oultre, et qu'Elle ne vouldroit poinct que d'ung mauvais passage, où il est, on le feist passer à ung pire, et que bientost on en pourroit avoir les yeux ouverts, pour descouvrir ce qui en pourroit estre ; et que pour ceste heure on eust encores patience ; qu'il ne fault poinct d'aultre preuve que ce que le prince s'est mis au devant du torrent, et que, s'il i'eust voulu laisser courir, il ne feust en peine. Rendra compte des Albanois qui viennent de Naples; se souviendra aussy de Gênes. Il ne s'est oublié aulcune diligence qu'on ait peu faire. Ce qu'ilz ont dict icy pour le secours.
Geste pièce contenoit ung compte de toute l'action dud. s'^ de Villy et dud. s' cardinal de Pelevé, plaine de particularitez qui faisoient dépassionner les François. Mays, pour ce qu'il y avoit quelques poinctz secretz, fut ordonné que led. s"" de Villy seroit interrogé sur iceux et sur les poinctz de la lectre de lad. dame duchesse douairière et aultres poinctz de sa dépesche. Et à cet interrogatoire furent depputez les s"^^ de Vézines et de Loynes, conseillers de la court, avec le secrétaire Leroux, en ma présence.
Aux premières demandes desquelz, après avoir faict serment, il respondit avoir esté appelle par mons*" de Lorraine de sa maison, où il estoit, ne se meslant d'aultre chose que de son mesnage et affaires, pour
estre envoyé premièrement en Bourgongne et Savoye, pour le passage des chevaux-legers italiens, que led. s' duc faisoit venir d'Italie. Que depuis S. A. s'advisa de le faire passer jusques à Milan pour les haster, s'ilz n'estoient advancez. Interrogé sur le nombre, asseura qu'il estoit de 1200 chevaux, qu'il disoit debvoir estre arrivez, à l'heure qu'il parloit. Et, continuant son propos, dist, quant au voyage de Rome, que S. A., voyant que de Milan il y pourroit estre en poste , en peu de jours, luy donna charge d'y aller. Laquelle n'estoit aultre ny plus ample que son instruction portoit. Qu'il n'avoit eu aussy aultre response du pape que celle que nous avons veu, tant en ses lectres et bref qu'au mémoire dud. s"^ cardinal de Pelevé. Sur ung article, duquel, portant ces motz Seront sur cecy notez trois poinctz, sans aultre déclaration ,. respondit lesd. trois poinctz luy avoir esté déclarez : le premier, que le pape avoit dict que le nonce qu'il avoit envoyé en France avoit très bien faict sa charge ; le second que led. nonce luy avoit escript que le roy se monstroit fort froid; et le troysiesme que le mareschal de Biron' avoit naguères remonstré au roy qu'il avoit bien à regarder à luy et que bientost deux armées entreroient en son royaume, sur lesquelles il n'auroit poinct de commandement. Et, quant au poinct de Gênes, que c'estoit pour les forces qui y debvoient arriver d'Espaigne, lesquelles fortifieroient son maistre. Interrogé en quelle opinion on avoit le roy à Rome et en Lorraine, respondit : comme peu affectionné à leurs affaires. Interrogé quelle volonté y avoit le pape,