I. Armand de Gontaut, baron de Biron II. I, p. 391, note
respondit : Bonne, mays, pour ne rien précipiter, qu'il avoit esté d'advis de surseoir sa résolution, jusques après avoir veu comme le roy se gouvernera sur ce qu'il luy avoit promis par le cardinal de Joyeuse.
Et, quand ce vint aux lectres de madame la douairière, mère dud. s"" duc de Lorraine, il respondit en avoir porté de S. A. à elle, sans charge quelconque, et avoir rapporté sa response, sans sçavoir aussy ce qu'elle contenoit et sans avoir aulcune charge de bouche, sinon de dire à madame la duchesse deBrunswich^ qu'elle feist souvent souvenir son frère de ne combattre poinct en son estât, pour ce qu'elle avoit souvent ouy cela de la bouche du feu Empereur Charles, son oncle, et luy avoit commendé d'en dire aultant à S. A. Interrogé sur ces motz : Et avec ceste occasion je desirerois bien que puissions jouyr de la couronne qu' aultresfois m avez escript, et me semble que le temps ne seroit pas mal 'propre d'y penser, respondit ne sçavoir que c'est que cela, n'en avoir rien ouy ny eu aulcune charge, ny de lad. dame ny de S. A. Quant à la créance, que c'estoit des affaires de France, selon que dessus ; et, quant au renvoy aux lectres de son grand chancelier ny aux lectres d'icelluy, il ne sçavoit que c'estoit et n'en avoit poinct eue, protestant sur sa foy et honneur ne sçavoir aultre chose que cela. Et fut jugé par tous lesd. depputez led. s"" de Villy s'estre gouverné en ses responses fort rondement et sagement, les lectres du pape, de lad. dame et dud. s' cardinal de Pelevé ne portans aultre chose.
I . Dorothée de Lorraine , sœur de Charles III , née le 24 août 1545, mariée le 26 décembre 1575 au duc Eric de Brunswick.
Je remarquay particulièrement ung poinct, en l'interrogatoire dud. s' de Villy, de la charge qu'il avoit de lad. dame duchesse douairière de dire à madame la duchesse de Brunswich d'advertir souvent led. s' duc, son frère, de ne combattre poinct en son Estât et d'en dire aultant de sa part aud. s"" duc, son filz, estant fondée en cela sur le jugement du feu empereur Charles. Et me souvint des faultes qui avoient, au contraire de cela, esté faictes, au service dud. s-" duc, non seulement en plusieurs entreprises, faictes sur les logis de l'armée, en son estât, qui la pouvoient animer à rechercher occasions de combat, pour s'en revenger, qu'en la faulte signalée qui fut faicte, au Pont S. Vincent, de faire naistre une occasion si désadvantageuse d'un combat général; lequel, si les François eussent entrepris comme Hz avoient faict aultres exploicts auparavant. Testât dud. s"^ duc de Lorraine eust couru ung grand risque. Et en cela lad. dame estoit plus sage et plus affectionnée à la conservation de Testât dud. s' duc, son filz, que ceux qui lors avoient la charge de ses armes.
Avec ceste dépesche estoient joinctes plusieurs lectres : une de Rogier de La Casa au secrétaire Humbert', deux lectres du banquier Haton^ aud. s' duc de Lorraine et au secrétaire Bouvet, plaines de mesme substance que le mémoyre dud. s' cardinal; plusieurs
1. Probablement Nicolas Humbert, receveur crEinville, capitaine et prévôt du même lieu, anobli par lettres de Charles III du 30 mai 1753 (Pelletier, Nobiliaire de Lorraine, 1578. V. Humbert).
2. Dominique Hatton, d'abord secrétaire de l'évoque de Metz (1581), anobli en 1584, conseiller du duc et son agent en cour de Rome en 1586 (Lepage, p. 212, note).
lectres du s"" Chasteno y ^ aud. s' duc de Lorraine, au secrétaire Bouvet et au s" de Beauriz, de Milan, du moys de septembre, plaines des advis de la levée des Albanois et des neuf compaignyes de chevaux légers, de l'arrivée de 6000 Espaignolz à Gènes, de la prise faicte par Dark~ d'une nave venant des Indes, portant 1 ,200,000 escuz; la dépesche de Sacromor de Birague, pour s'advancer avec deux compaignyes, que la compaignye du marquis Du Pont s'advance, que celles du s'"Vestarin, du chevalier Breton et conte de Tarviel partiront bientost; avecaultres lectres dud. Chastenoy à son père, asseurant que neuf cornettes sont partyes et que les aultres suivront de près, et que tout partira dans le 12^ septembre, que les 400 chevaux de Naples viennent par terre bien en ordre et sont jà vers Florence ; une lectre de mons*" de Savoye^ aud. s"" duc de Lorraine, de Quiers, du 1 4 d'aoust, par laquelle il luy promect que, sans avoir esgard à l'instance contraire que luy a faict le cardinal de Joyeuse et l'embassadeur du roy résident près de luy, de n'accorder passage par ses estatz, si est-ce que, si lad. cavalerie se feust acheminée par trouppes, comme il avoit dict, que desjà elle seroit delà les monts, et qu'il le prie de
1. Georges de Ghàtenoy, conseiller et secrétaire de Charles III, puis conseiller en son conseil privé, négociateur souvent employé par le duc Charles III (Lepage, Lettres et instructions de Charles III, p. 112).
2. Francis Drake, marin anglais, né vers 1540, célèbre par ses expéditions en Amérique et ses victoires sur les Espagnols. Il mourut en mer le 28 janvier 1596.
3. Charles-Emmanuel de Savoie, fils de Philibert-Emmanuel et de Marguerite de France, né le 12 janvier 1562, devint duc de Savoie à la mort de son père le 30 août 1580. Il épousa, le 11 mars 1585, Catherine, fille de Philippe II, et mourut le 26 juillet 1630.
prendre en bonne part de les faire passer par trouppes, sans estappes, l'asseurant au reste de bon traictement aud. passage, pour lequel il a faict les commendemens, et qu'il s'asseure tant de son amitié qu'il ne le vouldroit mectre en peine , et qu'il recepvra en gré ce qu'il peult faire pour luy ; une lectre en chiffre et une aultre au s"^ d'Auroux, aulmosnier de la royne, du 29 aoust, à Rome, où il y a du chiffre, qui ne parle que du refuz faict par le pape aud. s'^ duc de Lorraine ; une lectre, en espaignol, aud. s' duc de Guy se, de Milan, du 4 septembre, qui asseure la levée du cappitaine Nicolo et de 6000 Suisses par le colonel Pfiffer^ ; une lectre de Sacromor aud. s' duc de Lorraine, et une aud. s"" duc de Guyse, asseurant qu'il a faict advancer 250 chevaux et qu'il partira tost avec 100, et le reste suivra bientost, et que nions"" de Chastillon' vient et est passé par La Chambre, en Savoye^.
1. Dans une instruction donnée par le roi au s. de Siliery, envoyé en Suisse (15 juillet 1587), Henri III fait de grandes promesses à certains capitaines suisses, particulièrement à Pfister, et leur recommande de tâcher de dissoudre la levée des colonels protestants (f. fr., vol. 3396, f. 37).
2. La Chambre, en Savoie, dans le comté de Maurienne, sur la rivière d'Arc.
3. Voyez, sur la marche de Chastillon depuis le Languedoc jusqu'à sa jonction avec l'arm.ée allemande, deux lettres de ce capitaine à sa femme, dont l'une, datée du 10 septembre, contient de très curieux détails (J. du Bouchet, Preuves de l'Hist. de la maison de Coligny, 1662, in-fol., p. 685). Les Mémoires de Chastillon, que nous citerons plus loin, ne commencent qu'au passage de la montagne deSaverne par la petite armée expéditionnaire. Voyez aussi les Mémoires de Jacques Pape, seigneur de Saint-Auban, publiés dans le même ouvrage de du Bouchet, et réimprimés dans les Pièces fugitives du marquis d'Aubais et dans les grandes collections de Mémoires sur l'Histoire de France.
Geste dépesche tombée es mains des Françoys, par une grande inadvertence dud. s"" de Villy, lequel de dix lieues, à la ronde, pouvoit avoir advis de la brisée de l'armée, pour en éviter la rencontre, fort préjudiciable au service dud. s"" duc, son maistre, donna grand subject ausd. Françoys de regreter leur issue des pais dud. s"" duc et de nous presser d'y rentrer et y passer ceste guerre, avec ung fondement si juste que nous ne pouvions plus, quant à la justice de leur intention, y résister. Ce qui nous fait résouldre, sur la coppie de toute lad. dépesche, que je fei à son original, lequel je leur remis en main, de ne contester plus sur cela, mays sur l'inutilité de leur désir et impossibilité esprouvée d'y faire aulcun effect de juste guerre; et, quant aux feuz, dégastz et dommages, qu'ils ne retomberoient pas tant sur led. s"" duc que sur leurs subjectz, qui n'en peuvent mays, et sur les Françoys mesmes, desquelz les Lorrains pourroient après ruiner les maisons, en revenge; joinct l'intérest contraire dud. s"" duc Casimir et des colonelz.
Pour quoy il leur fut remonstré bien particulièrement le peu qu'ilz y avoiont advancé, depuis l'entrée de Lorraine jusques à l'issue où ilz en estoient, ayant faict en vain tout le pis qu'ilz avoient peu , l'armée estant fraische, pris deux places, l'une près de l'aultre, sans se résouldre de les pouvoir garder, qui les auroit contrainctz de les abandonner, voulu assiéger la troysiesme, qui n'est qu'ung chasteau de plaisir, et avoir recongneu par le rapport du s"" de Cormont qu'ilz n'en pouvoient rien espérer qu'avec une grande despense et perte de leurs hommes, qui les auroit contrainct de s'en retirer, y ayant perdu quelque nombre de
leurs soldatz inutilement et sans prouffit ; que depuis ilz n'ont voulu rien entreprendre sur place quelconque; et qui plus est, quand l'occasion s'est présentée de donner une bataille avec tel advantage et résolution des estrangers, au Mont S. Vincent, que la victoire en estoit apparente, qui eust en ung coup contenté toute leur animosité et ruiné led. s*^ duc, ilz n'y ont voulu entendre et ont consommé le jour en délibérations et remises, jusques à la nuict qui leur donna couleur de parler de loger au lieu de combattre ; que Testât de l'armée n'est plus tel qu'il estoit, se trouvant diminuée de beaucoup et plaine de malades et nécessitez qui croistroient dadvantage, rentrant en Lorraine, avec une disette générale de toutes choses et ung tel mescontentement des estrangers qu'au lieu de penser à y faire la guerre, chacun, se voyant rapproché de son pais, cherchera de se retirer ; qu'ils sçavent où ilz en sont desjà avec les Suisses, comme nous le congnoissions bien, encores qu'on nous eust caché au conseil, à Gintrey, les lectres que le s'" de Malroy y présenta à monsieur de Bouillon. Au contraire de quoy l'armée dud. s'" duc de Lorraine croissoit tous les jours ^ se rafraischissoit à son aise et espéroit ung grand renfort en bref, comme ilz avoient veu par lad. dépesche, ce qui donneroit aud. s'^ duc de Lorraine pareil advantage et plus grand sur nous que nous
1. Suivant une lettre de Schomberg au roi, du 29 août, de la date même à laquelle les Mémoires de La Huguerye sont parvenus, il y avait déjà à Nancy 1300 hommes d'armes envoyés par le prince de Parme, avec « de belles casaques, mais de mauvais chevaux ». Le reste, au nombre de 2000 hommes, devait arriver dans cinq jours en Lorraine. Ces troupes étaient commandées par le s. d'Havre (Lettre de Schomberg au roi ; f. fr., vol. 4734, f. 271). III 1 1
avions eu sur luy au Pont- Saint -Vincent; et, qui plus est, qu'il en useroit mieux que nous et ne perdroit une si belle occasion ; que ces raisons-là estoient invincibles et sans response, comme plusieurs d'entr'eux l'advouèrent, mays que s'ilz vouloient exécuter ce qui avoit esté résolu et prendre le chemyn de Jametz et Sedan, pour faire es environs ce qui a esté advisé, changer l'artillerie, qui est trop pesante et de peu d'effect, rafraischir l'armée par le moyem de telles retraictes et y attendre ung renfort d'Allemaigne par le chemin qui a esté mys en avant, court et facile, comme cela ne peult longtemps tarder, y ayant laissé la royne d'Angleterre résolue, si nous faisions ce chemin-là, comme je l'en asseuray, pour favoriser les affaires de Rolande, fondement sur lequel elle se mist en volonté d'y renvoyer le s"^ comte de Leycestre, lequel m'avoit asseuré de passer le Rhin avec son armée et faire de beaux effectz, à la faveur du séjour de la nostre, es provinces voisines desd. Pais-Bas, et que lors l'armée estant rafraischie et renforcée, favorisée de bonnes retraittes etasseurée des nécessitez requises, seroit plus disposée à entreprendre ce qu'ilz désirent, si l'occasion s'en présente, comme il y avoit apparence qu'elle ne leur manqueroit pas, et que led. s' duc de Lorraine, ayant toutes ses forces ensemble, leur en donneroit assez de subject.
Geste remonstrance fut agréable à la plupart, et ne se trouva contradiction que du costé dud. s' de Guitry, qui se targoit tousjours du commendement du roy de Navarre et de la volonté semblable du roy de France. Et touteffois le chemin de Sedan ne luy plaisant pas et ayant celuy de la main gauche en affection,
pour aultre respect que le bien de l'armée, aux despens de laquelle il recherchoit de faire ung coup pour l'Estat, mectant soubz le pied le bien du party, pour lequel elle estoit levée, qui eust esté plus advancé du costé de Sedan, selon le discours cy-dessus faict sur les causes de l'arrivée du s' de Cussy en l'armée, de la part du roy de France, il commença à refroidir sa poursuitte et dresser son plomb pour le chemyn de la main gauche vers Loire, où il remectoit à faire ung plus grand prouffit de ceste dépesclie dud. s' de Villy, qu'il se promettoit faire communiquer au roy, en original, pour l'irriter encore dadvantage contre led. s' duc de Lorraine et tous les princes de sa maison.
Contre lequel chemin de la main gauche ayant longtemps contesté, tant en vertu des promesses du roy de Navarre, faictes par escript aud. s' duc de Bouillon, sur lesquelles il avoit faict sa résolution de le servir et venir en l'armée, lequel le pressoit jusques aux larmes à l'œil que, pour l'intérest général de l'armée qui se consumeroit en ce chemin-là, sans aulcunes retraictes ny espérance de rafraischissement et avec mille incommoditez qu'elle recepvroit dans les gouvernemens de Champaigne et de Bourgongne, pour tomber toute deffaicte entre deux armées, celle du roy en teste et celle de la ligue à la queue, sans aulcune apparence d'y résister, le tout remonstré par les colonelz mesmes, enfin néantmoings on s'y laissa aller, sur des
1. Chastillon, dans ses Mémoires, parle de ce désaccord sur la marche de l'armée. Il dit que les Allemands désiraient passer par Sedan et joindre la Seine par la Picardie. Le duc de Bouillon inclinait dans le même sens pour mettre ses places à l'abri de toute surprise (f. fr., vol. 3975, f. 198).
espérances de joindre tost led. roy de Navarre, et par lectres, exhibées par led. s" de Guitry, de son exprès commandement.
Le mercredy, 6 septembre, l'armée deslogeant des environs d'Echenetz pour aller au rendez-vous à Vaux, le s*^ de Glervant, en passant par son logis, nous communiqua une entreprise qu'il avoit dressée sur la ville de Chaumont en Bassigny, que nous trouvasmes bien fondée. Et sur ce nous laissant pour y aller donner ordre, donna charge au s"^ de Malroy, son frère, de demeurer avec nous et nous en discourir plus amplement, en faisant nostre chemyn. A quoy estans occupez, on nous apporta une lectre de la propre main du comte de Goligny, s'^ de Ghastillon, adressée aud. s' de Glervant, laquelle nous ouvrismes, bien joyeux de sa venue, de laquelle nous désespérions comme de celle dud. s' prince, mon maistre, qu'on avoit empesché artificieusement, comme j'ay dict. Il nous advertissoit de son arrivée au chasteau de Grésilles ^ après avoir deffaict, en son chemyn, le marquis de Varambon^, avec les forces du comté de Bourgongne qui
1. Griselles (Gôte-d'Or), près de Ghâtilloa. Le château de Griselles fut surpris par le sire de Saint-Auban. Ghastillon y passa quelques jours pour rafraîchir sa petite armée (Mémoires de Saint- Auban, Panth. litt., p. 401).
2. Suivant Glaude de La Chastre, au contraire de ce que dit La Huguerye, ce fut Ghastillon qui fut battu par le marquis de Yarambon. Le marquis avait été envoyé de Toul au-devant de Ghastillon avec le régiment de gens de pied wallons que le prince de Parme prêtait au duc de Lorraine. Il l'assaillit dans Griselles et l'en chassa; mais Ghastillon battit en retraite en bon ordre (Discours sur les faits de 1587, p. 71). Suivant les Mémoires de Saint-Auban, d'accord avec La Huguerye, Ghastillon fut victorieux et ne garda la défensive que pour ne pas perdre son temps
l'avoient voulu empescher de passer^ ; et que des Italiens dud. s"" duc de Lorraine venoient après luy, bien aisez à defïaire; qu'il avoit vu les Suisses allans au service du roy ~, qui estoient fort peu de chose; désirant au reste sçavoir de noz nouvelles et que nous envoyassions quelques forces au devant de luy, pour favoriser sa conjonction à l'armée. Lors je diz que n'avions eu plus certaines nouvelles de la venue dud. s^ de Chastillon que par la dépesche dud. s'" de Villy, une lettre de laquelle asseuroit qu'il avoit passé à La Chambre, en Savoye^ Geste nouvelle nous feist haster pour arriver de bonne heure aud. rendez-vous de Vaux, affîn de tenir conseil là-dessus, pour y pourvoir en diligence.
En marchant je communiquay avec led. s' baron, luy remonstrant la peine que nous avions eu pour mectre ceste armée hors des pais dud. s'^ duc de Lorraine, sans que les François ayent esbresché son estât, quelle peine nous avions eu au Pont-Saint-Vincent, quelle difficulté nous avoit engendré fraischement la dépesche dud. s"^ de Villy, mays que ce n'estoit rien
dans une lutte inutile (Panth. litt., p. 401). La vérité doit être de ce côté, puisque Chastillon resta dans Griselles.
1. Ces combats, peu importants du reste, sont racontés avec détails dans les Mémoires de Saint- Auban.
2. Dès le 10 septembre, le duc de Guise conseillait au roi d'entrer personnellement en campagne (f. fr., vol. 4734, f. 293). Le 13 septembre, le duc de Lorraine félicite le roi de cette détermination (Vc de Colbert, vol. 10, f. 215). On trouve dans le fonds français (vol. 3975, f. 95) un état de la dépense de l'armée royale.
3. Le duc de Savoie n'avait rien épargné pour embarrasser la marche de Chastillon et s'opposer à son passage à travers ses Etats. Sur les incidents soulevés par son mauvais vouloir, voyez les Mémoires de Jacques Pape, seigneur de Saint-Auban.
faict auprès de la peine que nous donnera ceste nouvelle de la venue dud. s"^ de Gliastillon, pour la seureté duquel nous ne pouvions aulcunement reculer à faire tourner teste à l'armée vers luy, pour favoriser sa conjonction et le tirer du péril, où sans faulte il se trouvera, estant très certain que led. s"^ duc de Lorraine y envoyra ses forces pour tascher à le deffaire ; qu'une chose nous pourroit bien ayder, c'est que led. s"^ de Guitry ne craint rien tant que l'arrivée du s' de Chastillon, duquel la présence luy ostera toute autorité et en l'avant-garde et aux affaires et conseil, joinct le respect des estrangers, à raison de la mémoyre de feu mons"" l'admirai, son père; qui sera cause que led. s' de Guitry fera le long et taschera à laisser passer l'occasion de le secourir pour le perdre, ou, s'il nous voit tant affectionnez au salut dud. s"^ de Chastillon, qu'il ne le puisse honestement empescher, prendre party avec nous, pour avoir ce subjet de remener l'armée en Lorraine, et, estant raffraischie de la bonne trouppe dud. s"^ de Ghastillon^, recommencer à y faire la guerre plus forte que devant et avec beaucoup plus d'espérance d'effect. En quoy je craignois fort que led. s"" de Ghastillon feust aisé à gaigner,
1. Ghastillon amenait à l'armée un corps de 21 compagnies françaises (Lettre de Jehan Melander au duc de Brunswick ; f. fr., vol. 3398, f. 165). Sa jonction avec l'armée allemande, tant à cause de l'importance du secours que de sa valeur personnelle, était le fait le plus important de la guerre. (Voyez, sur ce point de vue, une lettre de Casimir à Ségur, du 20 juillet 1587; Y^ de Colbert, vol. 'i02, f. 138.) Dans une lettre du 10 septembre, le duc de Guise se plaint que Ghastillon ait pu traverser une partie de la France sans être défait. Il semble en accuser la mauvaise volonté des lieutenants du roi (Lettre au roi; f. fr., vol. 4734, f. 293).
tant pour se resentir du péril où les forces dud. s'' duc de Lorraine le pourroient avoir mys que pour la hayne héréditaire de sa maison contre les princes de la maison de Lorraine.
Ce discours, que led. s' baron ne sçavoit pas comme moy, le rendit fort perplex; me priant, comme je congnoissois le mal mieux que luy, de prendre aussy la peine d'y chercher quelque remède propre à contenter en effect led. s' de Chastillon et le conserver et à retenir en bride la volonté dud. s' de Guitry. Auquel effect ayant pris les lectres dud. s' de Chastillon et bien considéré leur substance et son désir, sur lequel il se convenoit résouldre comme congnoissant mieux sa nécessité que nous-mesmes, je pris fondement sur la prière qu'il nous faisoit d'envoyer au devant de luy, pour favoriser sa conjonction à l'armée : que pour cet effect il suffisoit d'y envoyer une bonne trouppe de cavalerie françoise et étrangère avec bon nombre d'harquebuziers à cheval, allant cependant loger et séjourner le long de la rivière de Marne, au dessoubz de Chaumont, pour favoriser l'entreprise dud. s"" de Glervant et y attendre led. s' de Chastillon, réservant, au besoing, à faire tourner teste à l'armée vers la Meuse plustost que de faillir à conserver led. s' de Chastillon, avec résolution de ne passer poinct la rivière, s'il est possible ; aultrement, il nous sera impossible d'empescher plus le séjour et effects de l'armée en Lorraine, au grand intérest et dommage de toute la maison palatine et de toute la frontière de l'Empire. A quoy nous demeurasmes résoluz.
Et estans arrivez aud. rendez- vous, deux choses nous firent quasi désespérer de pourvoir aud. s' de
Chastillon : ung temps fort rude et une pluye si grande ^ qui avoit desjà les jours précédens tant battu nostre infanterie qu'il en estoit mort plusieurs, et, qui pis est, le retardement artificieux dud. s' de Guitry, que nous attendismes plus de trois grosses heures au rendez-vous, ayans tousjours la pluye sur le doz, oubliant led. s"" de Guitry une si belle occasion de ramener l'armée en Lorraine, pour le service de son maistre et obéir à ses commandemens, affin de contenter son ambition par la perte dud. s'' de Chastillon, de la venue duquel il fut adverty de bonne heure, pour le faire haster et luy oster toute excuse de retardement. Enfin, à force de le presser par message l'un sur l'aultre, il y arriva bien tard.
Et nous estans assemblez en conseil, soubz ung arbre, fut exhibée la lectre dud. s' de Chastillon et proposé d'y satisfaire par le meilleur expédient qu'on pourroit adviser, sans le péril de l'armée. Je ne vey personne si osé d'y contredire que led. s' de Guitry. Lequel, ne pouvant nyer qu'il ne feust nécessaire d'y pourvoir, s'il estoit à espérer d'y arriver à temps, commença, sur la date desd. lettres, à en engendrer si grande doubte es espritz de tous ceux du conseil qu'il deist asseuréement qu'il en estoit faict ou failly, et que, lorsque nous en parlions, ou led. s"" de Chastillon estoit en seureté ou il estoit perdu, et qu'en tous cas il n'estoit besoing de travailler l'armée. Je prins
1. Le duc de Guise, dans une lettre du 26 septembre, parle des pluies continuelles qui engendrent des maladies, principalement dans les rangs de l'armée allemande. Il estime qu'à cette date le duc de Bouillon avait déjà perdu six mille lansquenets ou Suisses et douze cents reitres (Lettre au roi; f. fr., vol. 4734, f. 314).
la parole et répliquay que son discours n'estoit fondé que sur une conjecture, que je ne voulois nyer estre vraisemblable, mays qu'en ung affaire de telle conséquence, il faloit avoir des conclusions certaines et esgard nomméement à la qualité dud. s' de Chastillon et à l'obligation si grande que toute ceste armée luy a d'avoir faict deux cens lieues de mauvais et dangereux chemins pour la venir joindre , avoir combatu et deffaict tout ce qu'il a rencontré, qu'il ne méritoit, en la touchant du doigt, de le laisser au besoing, qu'il ne faloit poinct discourir sur cela, mays suivre la substance de sa lectre et satisfaire à son juste désir ; pourquoy j'avois charge de dire au conseil, au nom des estrangers, qu'il nous sembloit nécessaire d'envoyer seulement au devant dud. s' de Chastillon une forte trouppe de cavalerie, pour le retirer de Grezilles et le conduire en l'armée, avec résolution, si son péril estoit tel qu'il convinst dresser la teste de l'armée vers luy pour le desgager, de le faire plustost que de le perdre ; offrant, de la part des estrangers, deux régimentz de reistres, faisans 2000 chevaux, ausquelz ilz pouvoient joindre 500 chevaux légers et arquebuziers à cheval françois, avec une personne d'authorité et capacité requise, pour les conduire et commender, et des gentilzhommes du pais pour les bien guider; que de nostre part nous y envoyerons le régiment du s' colonel Dompmartin, qui congnoissoit le pais, avec ung
aultre régiment.
Chacun loua le conseil et résolution des estrangers, fors led. s' de Guitry, qui contesta encores que c'estoit temps et peine perdue, et qu'en tout cas il y conviendroit aller avec toute l'armée plustost qu'en
séparer une si notable partye, pendant l'absence de laquelle on nous pourroit beaucoup endommager. Je répliquay qu'à luy appartenoit de loger si bien le reste de l'armée, qui n'est pas petite, qu'elle feust aisée à assembler pour une défense générale, pendant que ceste trouppe feroit son chemyn, se rafraischissant en ung bon et gras pais, et qu'il seroit assez temps d'y mener l'armée, si le besoing le requéroit, au premier advis que nous en donneroit celuy qui auroit la conduite de ceste cavalerie. Et après avoir beaucoup résisté, se voyant presque seul de son opinion et fort suspect, pour son intérest particulier, il se laissa vaincre. Et fut résolu d'y envoyer avec le régiment dud. s"^ de Dommartin celuy de Frédéric von Verren, homme de bien et qui eust charge de bien recongnoistre si led. Dommartin feroit quelque tour de souplesse, en ce voyage, pour complaire aud. s"^ de Guitry, et avec eux les s"* de Beaujeu* (fort affectionné aud. s"^ de Chastillon, pour avoir esté honoré d'ung membre de la compaignye de gendarmes dud. feu s' amiral, son père) et baron de Langue^, pour la congnoissance qu'ilz avoient du pais, avec leurs cornettes de chevaux légers et 200 arquebuziers à cheval.
Et, lorsqu'il fut question de résouldre de leur chef pour les commander, se présenta une aultre difficulté, led. s' comte de La Mark s'estant laissé persuader de prendre ceste charge, en espérance d'obliger