‹ Mémoires inéditesChapitre 37 sur 92 · Le capitaine Beaujeu, t. I, p · texte numérisé non relu

Le capitaine Beaujeu, t. I, p

2. Guitry signale le baron de Langue comme un des plus décidés, à la fin de l'expédition, en faveur de la capitulation (Lettre de Guitry à Ligny, datée du 26 décembre 1587; f. fr., vol. 4142, f. 657).

led. s' de Chastillon de luy laisser le commendement de l'avant-garde qui luy avoit esté accordé à Marlen, par provision seulement, attendant l'arrivée dud. s' de Chastillon, comme aud. s' de Bouillon le commendement général de l'armée, attendant led. s' prince de Condé^ Et, nonobstant toutes les remonstrances qui luy feurent faictes du voyage qui estoit trop rude pour luy, en danger que l'excès du travail de jour et de nuict luy causast quelque maladie, joinct que la charge qu'il avoit en l'armée ne pouvoit pas souffrir son absence, suffisant d'en donner la commission aud. sieur de Beaujeu, vieil capitaine et affectionné serviteur dud. s' de Chastillon, il demeura opiniastre en sa volonté, à la persuation du baron de Conforgien^, et y adjoustaencoressa cornette et plusieurs gentilzhommes françois, qui le suivirent volontairement. De quoy ne le pouvant divertir, veu que son frère propre n'y prenoit pas beaucoup de peine, ne se souciant guère de le perdre (et led. s"^ de Guitry n'y contredisoit pas en espérance de commender cependant à l'avant garde) , ayans pris noz cartiers, nous donnasmes ausd. colonelz Frédéric von Verren et Dompmartin logis advancé, vers la main gauche et sur le chemin qu'ilz avoient à faire, pour y aller bien repaistre eux et leurs chevaux

1. Le prince de (^ondé était auprès du roi de Navarre et combattit à la journée de Coutras (20 octobre 1587). Voyez l'Histoire des Condê par le duc d'Aumale, t. II, p. 160.

2. Guillaume de Glugny, baron de Gonforgien, capitaine français, se mit au service de la république de Genève au commencement du règne de Henri IV et combattit vaillamment le duc de Savoie (De Tbou, liv. 99). Il passa plus tard au service de Henri IV qui le cite avec éloge dans une lettre du 19 août 1602 {Lettres de Henri IV, t. VIII, p. 854).

et partir au commencement de la nuict, laissans leurs bagages, affîn d'arriver sur la Meuse à la diane; comme feist, de son costé, led. s' comte de La Mark; ayant cela esté jugé suffisant pour faire la diligence requise, sans y aller avec toute l'armée qui cstoit pesante et y arriveroit peult-estre comme le médecin après la mort, sinon en cas que, par ad vis desd. s'^ de La Mark et de Ghastillon, il en feust besoing ^

Cest ordre-là estant donné, l'armée s'achemina en son logis à Cumont, Saint Urbain- et aultres lieux, es environs, deci et delà lad. rivière de Marne, pour y séjourner pendant ceste cavalcade et l'entreprise dud. s' de Clervant sur Chaumont, pour laquelle logea et tous ses régimentz de Suisses aud. Saint Urbain ; où il choisit 200 corseletz suisses avec halebardes, qu'il mist tous à cheval, 200 arquebuziers à cheval et 100 bons chevaux François, laquelle trouppe fut jugée suffire à lad, entreprise.

En nous advançant vers noz cartiers et trouvons les chemins et advenues de la rivière fort estroictz et difficiles, nous rencontrasmes led. s' de Guitry au passage de l'eaue. Lequel, estant fort marry de la résolution qui avoit esté prise pour aller au devant dud. s' de Ghastillon, m'en discourut longtemps, taschant à me persuader de la faire changer et contremander noz reistres, comme il feroit de son costé aisément contremander led. s' comte de La Mark, disant tousjours que c'estoit faictou failly dud. s"" de Ghastillon et qu'il

1. Le comte de La Mark partit avec sept compagnies de reitres et la sienne [Mémoires de Saint-Auban, p. 402).

2. Gurmont, Saint -Urbain , près de Chaumont en Bassigny (Haute-Marne).

eust esté expédient d'y adviser plus meurement en ce séjour ou bien d'y aller avec toute l'armée. Je luy respondy que ce n'eust pas esté mal faict d'y aller avec toute l'armée, si elle eust peu faire la diligence requise au désir dud. s" de Chastillon, et, puisque le conseil avoit jugé cela suffire pour le présent, qu'il estoit trop tard d'y penser, et que le retardement, auquel je senty bien que tendoit led. s'^ de Guitry pour incommoder l'arrivée dud. s"^ de Chastillon qu'il craignoit, seroit de plus dangereuse conséquence aud. s'" de Chastillon, lequel nous attendrions en ce séjour ; et, s'il luy survenoit quelque plus grande nécessité, on y pourvoiroit ; qu'il faloit seulement bien prendre garde à nous, qui estions logez entre Chaumont et Joinville, où les ennemys tascheroient à nous surprendre.

L'entreprise de Chaumont estant faillie'', par l'erreur des 200 corseletz suisses, lesquelz estans yvres perdirent, à l'obscurité de la nuict, la piste dud. s' de Clervant dans les boys, et, repassant par nostre logis, à Cumont, nous donnèrent l'alarme, arriva, le vendredy, 8^ dud. moys de septembre, vers nous, au chasteau de Cumont, le s"" de Bétencourt, lieutenant de la cornette dud. s' comte de La Mark, pour nous advertir d'ung aultre semblable inconvénient advenu eu leur voyage aux colonelz des reistres, lesquelz, par l'obscurité de la nuict et la pluye extrême avoient perdu la piste de la cavalerie françoyse dedans les boys, et ne saichans où aller estoient retournez en leur

i . Chastillon dit dans ses Mémoires que l'entreprise sur Chaumont en Bassigny, qui avait été préparée par lui, « ne se put commodément faire » (f. fr., vol. 3975, f. 198).

logis. Auquel il nous deist qu'il estoit arrivé dès trois heures du matin, et, ayant faict entendre au colonel Frédéric que led. s' comte estoit à Prey-soubz-la- Faulche*, l'attendant, il l'avoit faict remonter à cheval avec ung bon guide pour s'advancer jusques là et passer oultre avec luy, de sorte qu'il ne nous fut besoing d'y envoyer pour cet effect, regrettant ceste faulte qui avoit esté ceste nuict-là commune aux reistres et aux Suisses, pour crainte que ce retardement ne préjudiciast à la sûreté dud. s"^ de Chastillon. Lequel il nous asseura estre desjà investy par les forces dud. s'^ duc de Lorraine ^ lequel s'aprochoit de luy avec son armée, en espérance d'y joindre ses chevauxlégers italiens, qui estoient bien advancez au comté de Bourgongne, d'où venoient aussy les forces dud. marquis de Varambon ; qu'on les avoit aussy asseurez que les s"^^ ducz de Guyse et de May ne s'y acheminoient et y seroient bientost. Pourquoy led. s"^ comte nous prioit d'adviser de bonne heure à ce que nous aurions à faire pour le soustenir et conserver led. s' de Chastillon.

Sur quoy nous conseillasmes aud. s"" de Bétencourt d'aller en diligence vers led. s"^ duc de Bouillon et en advertir le conseil et que cependant, pour gagner le temps, led. s' baron prendroit de son costé l'advis de ses colonelz pour le porter et envoyer aud. conseil,

1. Prez-sous-Ia- Fauche (Haute-Marne). Ce fut en effet dans ce village que s'opéra la jonction de Chastillon et de l'armée allemande (Mémoires de Saint-Auban, p. 402).

2. Le duc de Lorraine s'était mis en campagne en personne vers le 20 septembre (Lettre de Schomberg au roi du 20 septembre, Vc de Colbert, vol. 9, f. 42).

affin de résouldre et exécuter tant plus promptement ce qui seroit nécessaire. Et, après leur en avoir communiqué, lesd. s"^* feld mareschal et colonelz ne trouvans raisonnable de diminuer davantage leurs forces, pour demeurer foibles ce pendant exposez à quelque entreprise, ny de laisser aussy en danger ceux qu'on y avoit desjà envoyé, ny led. s'' de Chastillon mesmes, résolurent entr'eux le plus expédient estre, sur ceste nouvelle occurrence, de rebrousser, dès aujourd'huy, avec toute l'armée, si faire se peult, et donnèrent ordre de tenir tous les régimens prestz à partir, me priant eux tous d'aller vers led. s' duc de Bouillon porter leur advis, en presser la résolution et faire sur ce leurs excuses aud. s' de Clervant, qui les attendoit tous à Saint Urbain à disner avec tous les aultres chefs et colonelz et les advertir de bonne heure de la résolution par le jeune Beutterich qu'ilz envoyèrent avec moy à cet effect, si je ne pouvois retourner, et qu'en attendant de mes nouvelles ilz se tiendroient tous pretz.

J'allay à MesseyS où je trouvay led. s'^ duc de Bouillon au lict et tous ceulx du conseil desjà partiz pour aller disner avec led. s"" de Clervant; pourquoy, par l'advis dud. s' duc de Bouillon (auquel je remonstray qu'il n'estoit pas raisonnable de laisser perdre led. s' comte, son frère, et que c'estoit à luy de desployer en cela toute son affection fraternelle, dont il ne feist pas grand signe de s'esmouvoir), je passay jusques à Saint-Urbain , où je les trouvay tous et leur déclaray le rapport dud. s' de Bétencourt et l'advis des s*^* baron

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