‹ Mémoires inéditesChapitre 51 sur 92 · Tilman était colonel du rénriment de Berne · texte numérisé non relu

Tilman était colonel du rénriment de Berne

rèrent avoir veu. Et, bien qu'ilz Déjugeassent pas cela estre suffisant, pour estre faict à part et en secret, sans le consentement des Alemandz, ausquelz ilz estoient obligez, en feirent mauvais visage aud. Bonsitten, qui se voulut sauver d'avoir plusieurs fois offert aux Alemandz de faire semblable accord pour eux, qui ne l'avoient voulu accepter.

Sur lesquelles difficultez, considérant que c'estoit ung affaire d'estat de grandz princes, qu'ilz n'osoient publier, et led. s"^ baron ne voulant demeurer là plus longtemps, se contentant d'une promesse desd. s"^^ de luy en faire raison et en tout cas de s'interposer envers lesd. grandz princes, pour obtenir ce qui leur est légitimement deu, comme à leurs subjectz, et faire tout ce qui apartiendroit à cela, de leur part, il s'achemina en Alemaigne, du costé du Schwartzwald, pour éviter les aguetz des coureurs dud. s"" marquis du Pont, qui venoient jusques aux portes de Basle et le long du Rhin, me laissant malade pour m'acheminer après luy, si tost que ma santé me le permettroit.

Gomme je fei, au commencement de febvrier, que je me fei avaler le Rhin, depuis Basle jusques à Rheinhausen, où mons' le duc Casimir m'envoya quérir avec ung coche. Et, estant à Heidelberg, comme je commençay à me mieux porter, je travaillay à dresser sur mes mémoires VEphéméride de ce voyage \ en laquelle estoient discourues toutes noz actions, délibérations, conseilz, remonstrances, advis et déportemens. Et, l'ayant preste en ung gros volume, tout escript de

1 . Cette épliéméride est évidemment celle qui est conservée dans le vol. U i2 du fonds français. Voyez V Introduction.

ma main, led. s' duc Casimir me faisant cet honneur plusieurs fois de descendre du chasteau en mon logis, pourcomnicquer avec moy des affaires de ceste arméelà, je luy présentay, le suppliant de la vouloir lire à loisir, pour y entendre plus particulièrement tout ce qui s'est passé, que je ne luy pourrois pas discourir de bouche ; le suppliant aussy, pour ce que je n'en avois poinct de coppie, de commender au clerc françoys de sa chancelerie de luy en mectre au net ung original, pour le garder en son cabinet, comme ung vray modèle de Testât qu'il peult faire à présent des affaires de France, pour, selon cela, ad viser à bien asseurer les affaires de son estât. Ce que m'ayant promis faire et luy voulant au surplus verbalement satisfaire, spécialement au faict de la négotiation de Lorraine, d'où il voyoit les forces courir jusques sur le Rhin, estant en doubte qu'ils eussent quelque entreprise sur luy, pour y pourvoir, comme il feist, à tout événement, par la levée d'un régiment de 4000 landsquenets et ung régiment de 1000 reistres pour la conservation de son estât, je luy dis —

La Huguerye, dans son compte-rendu à Casimir de Bavière, résume une partie des faits qui ont été présentés depuis le commencement du volume. Ce résumé, semé de récriminations contre le roi de Navarre et ses agents, ne nous apprend rien de nouveau.

Le passage supprimé occupe dans le manuscrit les f. 231 r°à 234 v^

Sur lequel discours général, que je fei le plus ample que je peu, estant encores foible de maladie, S. A., ayant laissé sortir plusieurs souspirs, me deist que c'estoit son malheur ordinaire de recepvoir tousjours

le mal pour le bien ; qu'il l'avoit expérimenté souvent en France, mays plus éprouvé ce coup que jamays; qu'aultant luy en estoit arrivé du costé du prince d'Orenge et d'Angleterre ; et que, nonobstant telles et si énormes ingratitudes, il espéroit que Dieu le conserveroit et luy donneroit aussy le moyem de faire les affaires de l'Estat et maison palatine, sans plus se mesler de telles brouillerios ; qu'il liroit à loisir toute mon éphéméride et en feroit faire une coppie nette, pour me rendre ma minute, et que, quand je serois bien guéry, je monterois au chasteau, où il auroit la commodité de s'esclaircir avec moy, en son cabinet, des particularitez qui appartiennent à l'effect de ces deux poinctz généraux que je luy avois représentés ; et que cependant, pour ne s'asseurer pas tant qu'il feust surpris, il donneroit ordre à faire lever ung fort régiment de kndsquenetz et ung régiment de 1 000 reistres, comme si c'estoit des deniers et pour le secours particulier de mademoiselle de Bouillon* , et sans faire contenance de s'en mesler.

Je répliquay que je luy avois faict ce discours, non comme François "mais comme son serviteur très humble, et qui, pour le respect de son service et commendement, n'avoit eu aulcun esgard à beaucoup de recherches et offres, qui m'avoient esté faictes pour m' accommoder à ces deux desseins, et que, m'estant fidèlement acquité de ma charge, sans rien dissimuler, à toutes occasions, jusques à avoir gaigné le cueur de plusieurs gentilzhommes françois, levant ma franchise et affection au but de ce voyage, j'avois néantmoings

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