Voyez t. Il, p. 395 et note
3. François de Bourbon, prince de Conti (t. II, p. 136, note 3).
4. Guillaume de Brie, seigneur de la Motte-Serrant, gentilhomme de l'Anjou, ligueur fanatique, soutenu par le duc de Guise, s'était couvert de crimes sous le voile de la religion. Accusé devant le conseil du roi, sa cause fut appelée le jour même de l'assassinat du duc de Guise à Blois. Voyez de Tbou (liv. XCIII, 1740, t. VII, p. 337).
5. Henri d'Orléans, duc de Longueville, né en 1568, gouverneur de Picardie, se rallia à Henri IV, battit les ligueurs à Senlis, et
de Biron et d'Aiimont* estoient tous à la court, brassans quelque grand cas; que mons' d'Espernon a remys tous ses estatz, est à Angoulesme qu'il fortifie, et Loches, entretient mons"" de Sa\oye par mons'" de Montmorency, pour le retirer de la Ligue, soubz l'espérance de Salusses; que sans la paix le roy perdoit Amyens, et, à son exemple, toutes les villes de Picardye; que Boulogne est désassiégée, par le moyem de Gourdan^ ; que le roy, quelque bonne mine qu'il face, est très mal avec la Ligue et très affectionné au duc d'Espernon, auquel il faict jouer ce personnage; queVilleroy-^ a quitté sa charge ; et, quant à luy, qu'il a obtenu du roy congé de demeurer encores en Alemaigne , ayant remonstré la difficulté de sa demeure en Champaigne et en Poitou, et qu'il pourroit faire quelque bon service au roy en Alemaigne si l'occasion s'en présentoit, ce que S. M. avoit accepté et trouvé bon qu'il escripvist à mess'^ de Montpensier, cardinal de Lenoncourt*
mourut à Amiens le 29 avril 1595, d'une blessure reçue sous les murs de DouUens.
1. Jean d'Aumont, né en 1522, maréchal de France en 1579, gouverneur de Champagne, puis de Bretagne, sous Henri IV, mourut le 19 août 1595 d'une blessure reçue au siège de Gomper près de Rennes.
2. De Thou dit que ce fut le capitaine Bertrand de Fatras de Gampaigno, capitaine bigourdan, gouverneur d'Etaples, qui délivra la ville de Boulogne, assiégée par le duc d'Aumale au milieu de l'année 1588.
3. Nicolas de Neuville, seigneur de Yilleroy, secrétaire d'État, favorisait ouvertem.ent la Ligue. Il fut renvoyé de la cour en octobre 1588 et s'attacha au duc de Mayenne. Henri IV lui rendit sa charge en 1594.
4. Philippe de Lenoncourt, secrétaire du roy, conseiller d'État, évêque de Ghâlons-sur-Marne en octobre 1550, puis d'Auxerre de décembre 1560 à septembre 1562, cardinal en 1586, mourut en
et mareschal d'An mont ou à l'ung d'eux : ce qui descouvrit bien qu'il estoit retourné avec charge qu'il ne disoit pas, nous répétant tousjours qu'il espéroit qu'il se renoueroit quelque chose, cet hyver, qui nous mectroit en repos, et qu'il fault attendre l'issue des Estatz. Et plusieurs aultres particularitez et circonstances, qui donnèrent subject aud. s"" duc de juger, dès lors, que la maison de Lorraine estoit preste à recepvoir une grande bastonnade, dont il eust bien désiré led. s"" duc de Lorraine estre adverty, ne se pouvant assez estonner de ce qu'il n'avoit, par les moyems que dessus, senty son intention. Et désira, pour le picquer dadvantage, qu'on feist recharges sur la iiégotiation dud. s"^ Dommartin avec led. s"" marquis de Havrecht, pour voir si elle engendreroit point quelque voyage de la part dud. s' duc de Lorraine vers luy, de la volonté du roy d'Espaigne ou auitrement, pour descharger son amitié en choses si importantes. Mays cela ne prouflfita de rien, allant tousjours led. s' duc de Lorraine le grand chemyn de ses armes, sans s'amuser à rien recongnoistre derrière luy ; qui luy a faict ung grand tort et à toute sa maison.
Sur l'occurrence de ceste bonne disposition dud. s' duc Casimir envers led. s' duc de Lorraine, duquel particulièrement il appréhendoit le danger et ruine, en laquelle il avoit ung si notable intérest, veu les périlleux advis et la certaine congnoissance qu'il avoit eu par l'événement de l'année dernière et par les recherches cy-dessus, qui depuis avoient esté faictes vers luy à cet effect, et sur l'advis bien spécial qu'avoit
1591. Il avait été chargé des premières négociations pour la réconciliation de Henri III et du roi de Navarre.
eu led. s' duc Casimir de la mort dud. s' prince de Condé, mon maistre, par poison \ et de l'occasion de sa mort et premier mouvement et ressort d'icelle, qui touchoit aussy led. s' duc, lequel la regrétoit merveilleusement et de tant plus que son amitié fraternelle en avoit esté une cause particulière; nonobstant que led. s' de Gouvrelles, à son retour, intimidé par l'advis dud. s' de La Noue et d'aultres, eust tasché à rabiller le bruit qui en estoit espars par l'Alemaigne, selon son premier rapport, disant atout le monde, deluy-mesmes et sans en estre enquis, que le controlleur général de la maison de la dame princesse de Condé, nommé Brillaud ~, qui avoit esté exécuté, avoit confessé l'empoisonnement, faictdu consentement de sa maistresse par BelcasteP, page que le roy de Navarre luy avoit donné ou preste, et par le valet de chambre de lad. dame, nommé Anthoyne, qui l'avoit aussy confessé, et
1. Henri de Bourbon, prince de Condé, mourut à Saint-Jeand'Angely le 5 mars 1588, d'une maladie qui donna lieu à une accusation d'empoisonnement. Sa femme, Charlotte-Catherine de la Trémoille, y fut gravement compromise. Voy. sur cette affaire, qui reste fort obscure, le Véritable discours de la vie du prince de Condé, publié en 1871 par M. Halphen. On trouve dans les Mémoires de la Ligue (t. H, p. 303 et suiv.) une série de pièces sur la mort du prince de Condé. Voyez aussi les lettres publiées dans le Bulletin de la Société de l'hist. de France, 1834, 2e partie, p. 73 et suiv., un mémoire de Desormeaux lu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres le 28 août 1787 (t. L), un volume publié par M. de Barthélémy, La princesse de Condé, 1872, et le Chartrier de Thouars, par M. le duc de la Trémoille.
2. Jean Ancelin Brillaud, avocat attaché à la maison du prince de Condé et l'un des auteurs présumés de l'empoisonnement de ce prince, fut jugé, condamné et écartelé le 11 juillet 1588.
3. Léon de Belcastel, page de la princesse de Condé, originaire du Périgord, âgé d'environ seize ans, passait pour être son amant.
sur ce avoit aussy esté exécuté ; et que cet empoisonnement-là n'avoit esté commis que de la volonté de lad. dame, sans instigation d'aultrc quelconque que dud. Brillaud ; adjoustant encores fort indignement que led. s"^ prince avoit esté cause de son mal, ayant descouvert le mauvais mesnage de lad. dame avec led. Belcastel et aultres de plus grande qualité, et voulu user du crédit dud. Brillaud vers sa maistresse pour y remédier doucement ; lequel, au contraire, avoit sollicité sa maistresse à cela, sur une crainte qu'il luy feist avoir que led. s' prince s'en vouloit resentir, je commençay à penser à moy-mesmes, qui avois subject de craindre quelque mauvais traictement, pour avoir esté tousjours fidèle ministre des affaires et négotiations à moy commises par led. s"^ prince, pour son honneur et grandeur, tant vers led. s' duc Casimir qu'aultres princes, estatz et communautez, et pour estre bien adverty que l'on me faisoit de mauvais offices près dud. s' roy de Navarre, contre vérité et raison, assez manifestes par les jugemens du roy de France sur le rapport de noz menées à luy faict par le s"" de Villeroy, par les lectresdud. s"^ de Ghastillon, qui avoit esté présent à toutes choses, et par le rapport de plusieurs princes et aultres bien informez de la résolution prise d'abandonner et ruiner l'armée ^ .
1. Sur la marge, La Huguerye a ajouté ce qui suit : « En cet endroict fault adjouster que le mescontentement receu de la mort dud. s'' prince par led. s'' duc et tous les aultres princes fut cause de se résouldre par eux d'abandonner du tout led. s"' roy de Navarre et rompre la négotiation résolue, au moins de teste, pour traicter en Gonstantinople aux fins de la conservation du royaume et couronne de France, son alliée, contre les entreprises du roy d'Espaigne, qui tasclioit à s'en asseurer et bastir sur ce sa
Et me voyant par ceste mort destitué du support dud. s' prince et délivré de l'obligation que j'avois, de son commendement, au service dud. s'^ duc Casimir, et qu'il estoit du tout résolu de ne se plus mesler des affaires dud. s' roy de Navarre, joinct que, tant moy que ma femme, nous ennuyons d'ung si long séjour en Alemaigne, laissant perdre toutes noz affaires en France, faulte d'y pouvoir donner ordre de si loing, je priz résolution, sur la liberté en laquelle je me voyois, de supplier led. s' duc Casimir de me vouloir donner congé du service que je luy avois promis, du commendement exprès de feu mon maistre, se contentant de la très humble dévotion que j'aurois toute ma vie à son service, et que, en quelque lieu que je fusse, je serois tousjours prest à m'employer en ce qu'il luy plairoit me commender, et me permettre d'aller à Paris et y mener ma femme, pour donner ordre à noz affaires; qu'aussy bien n'avoit-il plus besoing de moy, en la volonté où je le voyois de ne se mesler plus des affaires de France ; et que, pour la mort de mon maistre, congneue à tout le monde et soufferte de tous ceux de son party sans avoir eu le cueur de s'en resentir, je n'estois plus délibéré d'y servir; et, qu'estant résolu à cela, comme luy, cependant que je serois près de sa personne, on m'attribueroit tous les effectz de l'aliénation de sa volonté ; auquel effect je voyois déjà qu'on avoit gaigné son ministre Beaumont, qui ne fauldroit d'en pratiquer d'aultres, en l'absence de ses plus fidèles
monarchie, au préjudice du Grand-Seigneur, qui avoit en cela ung grand intérest, tendant à luy faire prendre les armes contre le roy d'Espaigne ; de laquelle négotiation j'avois esté autheur et debvois estre le négotiateur; et estois prest à partir, quand la nouvelle de la mort dud. s"" prince rompit tout ce dessein. »
serviteurs, pour tascher à le ramener au désir dud. s'^ roy de Navarre ; lequel, au mesme effect, avoit commencé à envoyer aussy vers luy le ministre de La Rochechandieu ; desquelles pratiques, que je ne voulois et ne pouvois seul combattre, je prévoyois aud. s"^ duc non ung tel inconvénient qu'aud. feu s' prince, mon maistre, mays d'aultres plus dangereux et de plus honteuse conséquence ; lesquelz je ne pouvois lors luy représenter si particulièrement qu'il les verroit et sentiroit, quand il se trouveroit possédé des ministres de France, Genefve et Heydelberg, et de ceux qu'ilz pratiqueroient près de luy, en l'absence de ses fidèles serviteurs, ayant grant besoing de se resouvenir de ce que souvent, sur tel subject, feu le s'^ Beutterich, son fidèle serviteur et conseiller, luy en avoit remonstré ; que le service que je luy avois voué ne me pouvoit permettre de le voir en tel estât, non plus que de supporter l'extrême regret que j'avois de la mort de feu mon maistre ; que, pour faire mon voyage à Paris seurement et y estre receu sans difficulté ny danger, j'aurois besoing de la faveur dud. s"^ duc de Lorraine, par sa très affectueuse recommendation ; et qu'en ce faisant et négotiant à Nancy près dud. s"^ duc de Lorraine, soubz le sauf-conduit qu'il obtiendroit pour moy, ce qui appartiendroit à la seureté de mon voyage et facilité de mes affaires, je pourrois faire ce qu'il désire vers led. s"" duc de Lorraine et l'exciter à pourvoir à la conservation de sa maison, en nettoyant tout ce qu'on pourroit avoir semé de zizanie en leur amitié, la rafraischir et raffermir aultant que jamais ; et qu'ayant donné ordre à mes affaires, à Paris et ailleurs, et pourveu à la demeure de ma femme, près de noz parens, je luy
MÉMOIKES DE LA IIUGUERYE. ^53
promettois de retourner vers luy et luy servir en ce que il jugeroit que je serois propre.
Lequel discours je prins occasion de faire aud. s"^ duc Casimir en comnicquant avec luy d'une recharge qu'il voulut que je feisse encores aud. s' de Dompmartin, pour traicter avec led, s'^ marquis d'Havrecht, son cousin ; luy remonstrant que de ceste longueur je prévoyois non ung retardement, du costé dud. s' marquis et de ceux ausquelz il en doibt comniquer, mays du costé dud. Dompmartin, que j'avois occasion de doubter en avoir donné advis au roy de Navarre et nous entretenir en ce moyem-là, pour nous cmpescher d'en chercher d'aultres, comme led. s"" duc le creut aussy. Mays se trouva fort estonné de mon discours sur ma retraicte, me remonstrant qu'il n'avoit plus personne près de luy, qui entendit les affaires estrangères comme moy, duquel il disoit ne se pouvoir encores passer, désirant que je demeurasse encores près de luy ; ce que je luy dis que je ferois, après avoir conduit ma femme en France près ses parens, pour ad viser à noz affaires ; retournerois vers luy pour son service, s'il en avoit besoing. Ce que ne pouvant gouster, doubtant que je ne retournasse, il ne me le voulut accorder, et me remist à y penser avec loisir.
Peu après et le 21 de septembre, aud. an 1588, arriva le s' de Clermont d'Amboise', ayant laissé le s'^ de Mouy en Angleterre, pour solliciter de rechef led. s"" duc Casimir de faire une seconde levée. Et ayant comnicqué avec moy, pour apprendre le moyem qu'il
1. Georges de Clermont d'Amboise, capitainn protestant, avait combattu sur mer, dans les parages de La Rochelle, contre l^ansac et le chevalier de Monluc. Voyez de Thou, liv. LXIV.
debvoit tenir, je luy diz, sur ce qu'il me discourut, que c'estoit pour faire la guerre en Lorraine; que je l'asseurois, sans passer plus oultre, que sur ce seul poinct il s'en retourneroit comme il est venu, ainsy que les s"^^ des Réaulx, de La Noue et de Gouvrelles. Et me pressant de luy dire donc comme il se debvoit gouverner, je luy fei la mesme leçon que j'avois faict aux aultres, qu'il faloit commencer par le contentement des colonelz, pour se servir d'eux et d'aultres, à leur exemple, traicter du congé de la levée avec les princes, avoir 300,000 escuz contens pour quatre régimentz de lansquenetz, de chacun 4,000 hommes, 8,000 reistres en quatre régimentz, et l'artillerie convenable ; qu'il ne fault plus parler de Suisses, de la foy desquelz on ne veult plus deppendre, ny d'harquebuzerie Françoise, le service de laquelle on détourne à aultres usages, au lieu de laquelle ilz se pourvoiront de 4,000 bons harquebuziers valons et lansquenetz ; et que, quand il auroit pourveu à tout cela, il seroit temps de parler aud. s' duc, aultrement ce seroit en vain ; que c'estoit là mon ad vis. Après lequel il demanda et eut audience, le 24^ dud. moys. Et, nonobstant qu'il eust exposé fort particulièrement sa charge, si ne receut-il dud. s*^ duc que paroles générales et sans aulcune asseurance, me disant depuis qu'il congnoissoit bien que je luy avois dict la vérité, et qu'il voyoit bien que les affaires du roy de Navarre estoient en mauvais estât en Alemaigne ; et désiroit sçavoir, pour le premier poinct de mon advis, ce qu'il fauldroit pour les colonelz. Je luy diz que nous en avions résolu, avec led. s' de La Noue, à 3,000 escuz seulement ; qui estoit la moindre somme qu'on leur pouvoit délivrer, sur une si grosse somme qui leur
estoit deue, que je luy monstray par estât au vray, et que pour le reste on ne pouvoit rien diminuer, qui me faisoit désespérer de leurs affaires, saichant le peu de moyems qu'a le roy de Navarre et le peu d'affection de la royne d'Angleterre, veu qu'elle a retiré la somme qu'elle avoit envoyé aud. s'^ duc pour faire lad. seconde levée. Sur quoy il désira de noz lectres aud. s' roy, qu'il eust ; et promist de retourner de Sedan, oîi il alloit, dans ung mois.
Avant qu'il partist, je parlay encorcs deux fois à luy, luy faisant congnoistre en tous mes discours que plus ilz feroient congnoistre aud. s'^ duc leur intention de faire la guerre aud. s"^ duc de Lorraine, plus ilz gasteroient leurs affaires ; qu'il n'y a plus aultre moyem de préparer une aultre levée que par le contentement desd. colonelz ; que s'attendre à en trouver d'aultres, comme a tasché led. s"^ de La Noue de faire de Dietz Schonberg, c'est se tromper ; et de dire que le roy de Navarre a de bons amys en Alemaigne, nous vouldrions qu'il feust vray; mays nous, qui sommes tousjours sur le lieu, sçavons le contraire, n'en voulant aultre tesmoignage que celuy du s' Du Fai Belesbat, en son voyage par le pais de Saxe, et que, si le roy de Navarre ne donne contentement ausd. s"^^ colonelz, dedans la Saint-Martin ou Noël, terme pris par led. s"" de La Noue, tout sera cncores en bien pire estât et sans plus de remède ; que craindre que lesd. colonelz retiennent l'argent qu'on leur délivreroit pour lad. levée, c'est chose hors de toute apparence, à qui congnoist bien le naturel des Alemandz, mays bien plus à redoubter aux aultres, qu'on choisiroit, en voyant les vieux colonelz trompez et ruinez ; et en pourroit adve-
nir comme il est advenu deux fois, en cas semblables, à la royne d'Angleterre et aux estatz des Pais-Bas, faulte de les avoir contentez. Et sur ce qu'il me répliqua que nous debvions avoir envoyé vers le roy de Navarre, comme les Suisses, je luy respondy que nous n'avions poinct failly à nostre serment comme eux, et que n'avions besoing de nous justifier envers personne quelconque ; que si le roy de Navarre a, ce nonobstant, usé de la libéralité envers eux, donnant par cela trop de soupçon de ce qu'ilz ont respondu et vérifié à Bern qu'ilz n'ont rien f'aict que par son commendement, à plus forte raison le debvroit-il faire envers les Alemandz, qui ont plustost voulu tout perdre que de faillir au serment qu'ilz luy avoient faict. Et sur ce qu'il me deist avoir congneu, aux propos dud. s"^ duc Casimir, qu'il avoit ung grand regret en la mort de feu monseigneur le prince et que cela aliénoit fort sa volonté, je prins occasion de luy dire qu'il en avoit grande raison, si elle estoit advenue selon l'advis par escript qui luy en a esté apporté. Lequel luy ayant comnicqué, à son instance, et requis d'en dire le premier autheur, s'il le sçavoit, ayant perdu aud. s"^ prince ung bon maistre et parfaict amy, et que cela doibt avoir esté recongneu par les interrogatoires de la dame princesse et de ses serviteurs, il ne m'a jamais rien voulu respondre, sinon ces motz, après avoir quelque temps souspiré, que led. s*^ prince estoit trop homme de bien pour vivre parmy eux.
Et pour nouvelles il m'asseura qu'il n'estoit rien de Boulongne et d'Angoulesme ; qu'il n'y avoit encores rien d'arresté avec le duc d'Espernon, lequel veult attendre à voir si le roy se mectra du tout es braz de
la Ligue, et que cependant il faict ses affaires à part, ayant naguères envoyé ung gentilhomme en Angleterre et de Bernet^, gouverneur de Boulongne, ung aultre pour avoir des munitions, et que Mouy est demeuré en Angleterre, qui négotie quelque chose pour Boulongne avec la royne, moyennant de l'argent ; qu'avant son parlement d'auprès du roy de Navarre le duc d'Espernon avoit envoie le s' de Sainte-Colombe ~ vers led. s' roy de Navarre, comme pour la délivrance du s"^ Des Cluseaux^, qui avoit esté pris à Marans ; mays en eff'ect, pour traicter avec luy ; que Rocquelaure^, lequel le duc d'Espernon ayme surtout, et luy, conférèrent avec led. Sainte-Colombe, luy remonstrant la
1. Raimond de Bernai, gouverneur de Boulogne-sur-Mer au nom du duc d'Épernon (De Thou, liv. LXXXVI).
2. François de Montesquieu, seigneur de Sainte-Colombe, gentiliiomme de la chambre du roi, fut le messager de Henri III auprès du roi de Navarre au moment de la réconciliation des deux rois (Mémoires de Diiplessis-Mornay, lettres, 1824, t. IV, p. 183). Sainte-Colombe, après la mort de Henri III, servit fidèlement Henri IV qui le nomme souvent dans sa correspondance.
3. François-Robert du Cluseau, capitaine catholique au service du roi, avait été relâché sans rançon par le roi de Navarre à la condition qu'il rentrerait dans l'armée royale ; mais il se donna à la Ligue et devint un des lieutenants du duc de Mayenne. C'est lui qui, peu de jours après la réunion des deux rois, conduisit cette attaque de Tours, attaque qui faillit les mettre tous deux entre les mains de la Ligue.
4. Antoine, seigneur de Roquelaure, fils de Geraud de Roquelaure et de Catherine de Besoles, capitaine gascon célèbre par ?on esprit et sa bravoure. Maréchal de France en 1615, il mourut, en 1625, à l'âge de 81 ans. Il avait été un des principaux agents de la réconciliation des deux rois. On trouve, dans les Mémoires de Duplessis-Mornay, deux instructions qui lui furent données dans une de ses missions auprès du duc d'Épernon (t. IV, p. 234 et 251, édit. de 1824).
ruine de son maistre, s'il ne prenoit party, Testât auquel il estoit, le peu ou point d'espérance de rentrer en son honneur et grâce, et la ruine de tous ses serviteurs avec luy. A quoy led. s' de Sainte-Colombe avoit respondu qu'il estoit vray et que son maistre le vouloit faire, mays qu'il vouloit voir préalablement que deviendroit le roy, s'il se rendoit du tout à la Ligue ou non ; qu'ilz tenoient que tout ce qui se passe n'est qu'ung jeu entre le roy et le duc de Guise ; que la résolution des Estatz est prise en leur leste ; et, quant au duc d'Espernon, qu'il ne pouvoit croire que sa hayne ne soit véritable contre led. s"^ duc de Guysc, mays qu'ilz ont tousjours creu que led. duc d'Espernon est bien avec le roy ; et est en doubte de ce que je luy diz que le roy se servoit de la retraicte et disgrâce artificieuse dud. duc d'Espernon, pour en jouer d'une au roy de Navarre. Mays il m'a dict qu'ilz estoient à présent en suspendz de la volonté du roy envers led. duc d'Espernon, veu que ceux d'Angoulesme, enquis qui leur avoit faict entreprendre contre luy, avoient respondu que c'estoit du commendement du roy et en avoient exhibé ses lectres.
Je répliquay que ces lectres pourroient avoir esté soubztraictes au roy ou tirées de luy par la force du temps et de Testât de sa personne et affaires, et peult estre pour battre le chemyn de plus grande confidence au roy de Navarre avec led. duc d'Espernon, pour luy donner moyem de mieux jouer son personnage ; que, M. le prince estant mort, s'il estoit délivré du roy de Navarre, il penseroit avoir gaigné ung grand poinct de réputation, parmy les catholiques, et fermé la bouche aux Ligueurs, ainsy qu'on feist vers feu mons"^
d'Alençon, quand on feist mine de l'empoisonner, à Blois, l'an 1575^ pour le remectre en créance vers led. s' prince et ceux de son party et luy donner le moyem de jouer son rollet, comme il feist depuis ; qu'en venant de La Rochelle il avoit failly à tomber en l'armée d'Espaigne et avoit esté contrainct de dresser son voile en Escosse, où il a veu le roy, et espère quelque chose de bon de ce prince pour le roy de Navarre ; et qu'il luy sembloit qu'il y eust quelque négotiation du mariage de la princesse, m'ayant confessé que le s' de Bartas ^ avoit remmené cet esté ung gentilhomme du roy d'Escosse, pour voir lad. princesse ; qu'il espéroit que le roy de Navarre tireroit d'Escosse 800 chevaux légers escossois et ung bon régiment d'infanterie ; que l'armée d'Espaigne estoit de 532 vaisseaux, qu'il n'y a poinct eu de combat, que ce n'a esté qu'ung empeschement du dessein de l'armée, de laquelle il s'est perdu environ 30 vaisseaux de guerre et de charge ; que le duc de Médina ^ a remené le reste en Espaigne, sans deffaulte, de sorte que ce n'estoit qu'ung retardement * ; qu'il a parlé à