Voy. t. II, p
2. Alexandre Farnèse, duc de Parme, gouverneur des Pays- Bas, né en IS-iB, mort en 1592.
à feu irions'" le comte de Salm*, tendant seulement affin de l'en advertir bien amplement et le prier de tenir la main envers led. s'^ duc de Lorraine, son maistre, qu'il demeurast en sa neutralité et ne se meslast aulcunement de telz affaires ; comme led. s' comte m'asseuroit de faire, avec mille remerciemens; faisant quant à moy très volontiers ce bon office-là au service dud. s"" duc de Lorraine, pour l'amitié que luy portoit led. s"" duc Casimir et la bonne volonté que je congnoissois aussy dud. feu s"" prince de Condé, mon maistre, envers luy ; joinct que, passant et repassant tant de fois par ses pais, pour affaire contraire à la maison dud. s*" duc de Guyse, je n'y avois jamays trouvé que toute liberté ny receu que toute courtoisie et bon traictement. Et si aultrement en arrivoit à quelques autres, cela procédoit de Metz, ainsy queje l'ay amplement discouru aux occasions es livres précédens.
Les affaires donc de lad. levée se retrouvans au commencement de lad. année 1587^ en tel estât que je la tenois comme rompue par les diffîcultez procédantes de la négotiation dud. s' Palavicin, lequel rejectoit tout sur led. s"" de Guitry, et par le mescontentement que led. s"^ duc Casimir receut de voir feu
1. Jean ou Paul, comte de Salm, maréchal de Lorraine, grandmaitre de l'hôtel de Charles III et gouverneur de Nancy. Une lettre de Schomberg au roi, du 13 septembre 1587, nous apprend que les Allemands, dans leur passage en Lorraine, mirent à sac le comté de Salm (Vc de Colbert, vol. 10, f. 213).
2. L'auteur, pour donner plus d'unité à son récit de la campagne de 1587, reprend les événements un peu avant l'époque où le livre IV les a conduits, mais les deux récits ne font pas double emploi.
mons'^ le duc de Bouillon, son pupille, à la veille d'un siège et au danger d'une ruine, sans espérance de secours ny dud. s"" roy de Navarre qui en estoit bien loin, ny dud. s"" de Guitry, qui avoit sollicité led. s"" duc de Bouillon à mespriser les conseilz dud. s"" duc Casimir, son tuteur, de se gouverner comme feu son père, et l'avoit faict embrasser ouvertement le party dud. s"" roy de Navarre; et lesd. s""* de Ségur, Guitry et Glervant, ses ambassadeurs, ne saichans par quel moyem remectre led. s"" duc Casimir au train où il estoit auparavant, s'advisèrent enfin d'employer led. s'' Palavicin, embassadeur d'Angleterre, qui estoit, à cause de sa maistresse, plus respecté qu'eux, par ung artifice qu'ilz luy administrèrent de mectre en avant ce qui concernoit le poinct des asseurances de la capitulation qu'ilz soUicitoient, dont à la vérité on n'avoit poinct encores parlé; disant led. s"" Palavicin, pour flater led. s"" duc Casimir, qu'il importoit au service de la royne, sa maistresse, de voir led. s*" duc, son général deçà la mer, bien asseuré, et affin aussy d'estre tant plus certaine de ses promesses. Duquel point led. s'" Palavicin me feist ouverture en général pour en parler aud. s'^ duc Casimir, luy en chatouiller les oreilles, et, par ce moyem, qui luy seroit agréable, resveiller son affection à l'advancement de lad. levée. Dont, ayant trouvé occasion à propos, je fei rapport aud. s"" duc, duquel j'avois congneu la cholère refroidie, et il me commanda d'escouter comme de moy-mesmes ce qu'ilz vouldroient proposer sur ce poinct-là, qu'il me deist estre le principal de lad. capitulation.
Ce que ayant déclaré aud. s*" Palavicin et ausd. s'^ embassadeurs, pour avoir loisir d'y bien penser,
ilz se résolurent de me proposer ung moyem qu'ilz avoient projecté de longtemps, de payer leurs debtes aux despens de leurs ennemys. De quoy ilz désirèrent préalablement me communiquer, pour avoir sur ce mon advis et le faire gouster aux s""' baron de Dhona ' et Beutterich, principaux conseillers dud. s"" duc Casimir. Ce que leur ayant accordé , suivant le commandement dud. s"" duc, ilz feirent leur discours par la bouche dud. s"" de Guitry, commenceantz par les malheurs et ruines des guerres, suscitées en France depuis cinquante ans par l'ambition de la maison de Lorraine, appuyée d'alliances et faveurs des roys au préjudice des princes du sang et de la maison royale de Bourbon, laquelle ne les avoit jamais peu esloigner de la court, jusques à présent que le roy, ayant enfin bien recongneu leurs secrètes intentions et mauvais desseings, d'amy qu'il leur avoit esté, trop affectionné, s'estoit rendu leur ennemy capital et extrêmement désireux (quelque bonne mine qu'il face pour la conduite de ses affaires) de leur ruine ; ce qui donnoit ung beau et juste subject au roy de Navarre, leur maistre, d'entreprendre contre eux, sans crainte d'offenser le roy ny de l'avoir contraire, ains secrètement très favorable ; et qu'estans sur le poinct de faire une belle et grande levée, il n'y avoit plus beau moyem que de l'arrester en Lorraine, y prendre et fortifier places, en tirer contributions, pour l'entretènement et rafraischissement de l'armée, et s'en saisir du tout pour en faire ung partage, joignant, soubz le nom dud, s'" roy de Navarre qui le vouloit ainsy et leur avoit expressé-
1. Fabian, burgrave de Dhona (t. II, p. 188, 371 et 405, notes).
ment commandé, la Lorraine Françoise à la France et au Palatinat la Lorraine alemande, en ce aussy comprins les Troys Éveschez^ et des rentes et revenuz de ceste province-là pourveir au payement des soldes passées et présentes, jusques à ce que led. s'" duc et ses colonelz et gens de guerre feussent entièrement satisfaictz et contens, demeurant après tel payement lesd. partz et portions, l'une à la couronne de France et l'aultre aud. s'' duc, pour luy et monsieur son nepveu, ses hoirs et successeurs, et qu'en m' employant à chose si agréable au roy et au roy de Navarre et à le faire trouver bon ausd . s"^^ baron de Dhona et Beutterich, pour tous ensemble le persuader à Son Altesse, ilz avoient charge de nous assurer tous troys du don en la Lorraine Françoise et alemande, au contentement dud. s"" duc, de toutes les maisons, terres, seigneuryes et biens des s'^* de Bassompierre, Rosne^ et Pange-^, solliciteurs de la ligue envers led. s'^ duc de Lorraine, avec asseurance en mon particulier de telz estatz que je désirerois pour mon advancement en France et en lad. conqueste.
Ce tut là leur proposition, que j'avois assez descou-
1. Les trois évêchés, Metz, Toul et Verdun (t. I, p. 116 et 319, notes) .
2. Chrétien de Savigny, s. de Rosne, dont nous avons déjà parlé (t. II, p. 188, note 2), lieutenant du duc de Guise à Châlons, fut nommé, le 5 octobre 1587, mestre de camp de dix compagnies de chevau-légers au service du duc de Lorraine. M. Lepage a donné des renseignements nouveaux sur la vie de ce personnage (Lettres et instructions de Charles III, 1864, p. 34, note).
3. Jean de Beauvau, s. de Panges, conseiller d'état et chef des finances du duc de Lorraine. Il mourut peu après , avant le 23 mars 1588, et le s"- de Moncassin, lieutenant du roi de France à Metz, s'empara de ses biens [Ibid., p. 23 et 24).
verte auparavant en plusieurs de leurs propos, ausquelz je ne m'estois voulu arrester; mays, lorsque si sérieusement et avec meure délibération ilz feirent ceste ouverture, désirans en avoir préalablement mon advis, je leur remonstray qu'ils sçavoient bien qu'ilz avoient tout fraischement laissé led. s"" duc Casimir en une humeur fort contraire à l'advancement de leurs affaires, à l'occasion des difïicultez dud. s"" Palavicin et d'eux-mesmes , à cause dud. s^ duc de Bouillon, et qu'au lieu de le remectre en goust de leurs poursuittes, par ceste ouverture, je croiois qu'ilz ne feroient aultre chose que rafraischir et envenimer la playe, estant led. s'' duc si bon parent, allié, amy et voisin dud. s"" duc de Lorraine, pour avoir esté nourry avec luy en sa jeunesse et n'avoir jamais receu de luy que bons offices en son particulier, qu'il ne vouldroit prester l'oreille à chose qui luy feust dommageable, et que led. s"" duc croiroit qu'ilz prinssent plaisir à luy faire naistre des ennemys voisins, comme aud. s"" duc de Bouillon, pour l'engager en leurs affaires, ce qui le fascheroit fort, joinct que led. s"" duc n'esloit pas despourveu d'esprit et de conseil, pour santir de loing ung poinct d'estat qui luy importeroit extrêmement et à toute la maison palatine, et que d'ung tel partage il pourroit enfin arriver comme de celuy que feist du royaume de Naples le grand capitaine Gonsalve * avec les Françoiz, ausquelz, en ayant laissé la moitié, il leur osta depuis avec la part qu'il avoit retenu pour le
I. Don Gonçalo Hernaud de Cordova y Aguilar, duc de Terra- Nueva, prince de Yenossa, connu sous le nom de Gonzahe de Cordoue, né à Montilla le 16 mars 1443, mort à Grenade le 12 décembre 1515.
roy, son maistre; que de longtemps j'avois apprins ung secret fondement de la conservation de lad. maison palatine consister en la conservation de Testât dud. s"^ duc de Lorraine, qui estoit comme ung fort boulevard au devant d'elle et de plusieurs aultres princes et estatz d'empire; que led. estât de Lorraine estant françois, au lieu que lesd. princes palatins estoient à leur aise, alloient à la chasse avec petite compaignye et se pourmenoient seulz par leurs chasteaux et maisons de chasse, sans appréhension d'aucuns ennemys, ilz se trouverroient réduictz à faire frontière au royaume de France et consumer tous leurs moyems en fortifications de places et garnisons, ausquelles tout leur bien ne pourroit suffire; que led. s"" duc de Lorraine faisoit cet ofïice-Ià au devant d'eux, avec sept ou huict bonnes places, qui leur donneroient loisir de parer aux coups devant que le tonnerre tombast sur eux ; et d'ailleurs que je me doubtois que led. s'^ duc en tout cas estoit assez bien conseillé pour leur respondre ce que feist l'empereur Fédéric' au roy Loys unzième de France, sur une semblable proposition de partager ensemble les estatz du duc Charles de Bourgongne lorsqu'il assiégeoit la ville de Nuyz ~, près Colongne, qu'il ne faut pas parler de partager la peau de l'ours avant que l'avoir prins, où il y avoit de grands périlz et peines avec incertitude plus grande de l'événement. Ce que je leur remonstrois en serviteur très humble que j'estois dud. s"" roy de Navarre, le service duquel en Alemaigne méritoit de prendre
1. Frédéric III, dit le Pacifique, né à Inspruck le 21 septembre 1415, empereur d.'Allemagne en 1440, mort le 19 août 1493.