Voyez t. II, p. 238, note
garde de plus près à la conservation dud. s' duc qu'ilz n'avoient faict à celle dud. s"^ duc de Bouillon, à l'exemple duquel led. s' duc ne se laisseroit pas conduire à telz conseilz, affin qu'ilz y pensent bien; leur disant rondement que je ne leur conseillois pas d'en parler, encores que je leur advouasse que tous les maux de la France procédoient à la vérité d'une branche de la maison de Lorraine, qui y a esté transplantée*, comme c'est ung ordre en ceste maison d'y jecter leurs cadetz, pour servir à la disposition de leurs prétensions, au cas que les lignes du sang vinssent à défaillir ; et que d'user de représailles sur ceste branche-là pour le recouvrement de leurs ruines, ilz en avoient que trop de raison, si l'occasion y eschet, mays que led. s"" duc de Lorraine s'est tousjours gouverné en prince neutre et paisible envers tous et que jamais, de sa part ou des siens, il n'estoit arrivé aulcun inconvénient ny à moy ny à aultre, en passant par les pais de Lorraine , allant en Allemaigne , pour les affaires desd. s*"^ roy de Navarre et prince de Condé, et que, si quelque chose y estoit arrivé au contraire, comme à l'endroit du cappitaine Galitrope, serviteur dud. s"" duc de Guitry et aultres, que cela estoit procédé des gouverneur et garnison de Metz.
A mes remonstrances led. s"^ de Guitry, qui n'avoit pas faulte de réplique, opposa que je disois vray pour le passé, mays qu'à présent led. s"" duc de Lorraine estoit entré de gayeté de cœur et sans subject en ligue avec ses parents contre led. s' roy de Navarre, leur
1. Claude de Lorraine, premier duc de Guise, était le frère cadet de Antoine de Lorraine, duc de Lorraine.
maistre, lequel il auroit voulu amuser en faisant parler par Mons"" de Clervant, que voilà, deist-il, et le s"" de Malroy, son frère, qui le tesmoignent, du mariage de madame la princesse de Navarre avec Mons'' le marquis du Pont ', son fîlz aisné, pendant qu'il entroit en cette ligue, de laquelle, en oultre, il doibt estre tenu pour le principal chef, n'ayant peu ceux de la maison de Guyse donner au roy d'Espaigne les asseurances requises, si led. s"" duc de Lorraine ne se feust constitué pleige et caution pour eux. Et affin que je ne feisse estât de son discours comme de propos en l'air, il me comniqua plusieurs pacquetz et instructions interceptés dud. s*" duc de Parme aud. s"" duc de Lorraine et au contraire, et dud. s"" duc de Guyse à tous deux, qui luy avoient esté envoyées par led. s"^ roy de Navarre, affin de vérifier ce poinct-là; surtout me comniqua une lectre patente, signée dud. s"" duc de Lorraine et contresignée Bonnet, qui avoit esté interceptée en Alemaigne, à ung secrétaire du colonel Mandesloo, allant en Lorraine pour en solliciter l'effect, par laquelle led. s'' duc de Lorraine s'estoit constitué caution et principal debteur aux colonelz Bassompierre, Mandesloo, comte de Westebourg et Ottho Plotz, des son] mes qui leur estoient deues par le roy et desquelles ilz avoient eu de bonnes assignations, avant la guerre, sur Noël de Hère et ses associez au party du sel, en cas que, à l'occasion de la levée que
1. Henri II, marquis de Pont-à-Muusson, puis duc de Lorraine et de Bar, tils aîné de Ciiarles III, né le 20 novembre 1563, épousa, le 31 janvier 1599, Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV, et, en 1606, Marguerite de Gonzague, succéda à son père le 14 mai 1609 et mourut sans enfants le 31 juillet 1624.
led. s"" duc de Guyse les pressoit de faire pour son service, le roy print subject de les révoquer, comme il estoit à craindre ; sans laquelle caution et asseurance lesd. quatre colonez n'eussent faict leur levée, et n'eust sans ceste caution led. s' duc de Guyse esté secouru et fortifié d'Alemandz, avec la force desquelz il avoit extorqué le traicté de paix de Dormans^ et faict tomber toutes les forces sur les bras dud. s"" roy de Navarre, ce que les aultres colonelz du roy, comme le s' comte Ringraff, ne voulurent jamais accepter, et ceste asseurance ne valoit aussy pour eux.
Ausquelz poinctz si bien vérifiez je ne sceux répliquer, sinon que, si ainsy estoit, je lestenois à la vérité pour excusables en leur animosité contre led. s"" duc de Lorraine, mays que je ne croyois pas pour cela que led. s"" duc Casimir voulust tellement espouser leurs querelles que de faire de ses parens et amys particuliers ses ennemys, et que ce que led. s"" de Guitry m'avoit ainsy vérifié ne satisfaisoit pas aux poinctz d 'Estât que je luy avois mis en avant, qui estoit le principal entre princes, et que je leur osois bien asseurer au contraire qu'ilz pourroient bien mieux faire en matière d'estat et plus agréablement aud. s"" duc Casimir de l'employer par bonnes négotiations, fondées sur l'appréhension de ceste levée et sur la ruine qu'elle pourroit apporter aux pais et subjectz dud. s"" duc de Lorraine, par son passage et séjour, affin de le retirer de la ligue, s'il y est entré, luy faire poser les armes et retourner à sa neutralité, et affin d'en tirer aussy quelque bonne somme, en deschar-