Chrétien de Savigny, s. de Rosne (t. II, p. 188, note
2. Sébastien Zamet, né à Lucques vers 1549, valet de chambre de Henri III, favori de Henri IV, dont il servait les amours, devint un des plus riches personnages de son temps. Il mourut à Paris le 14 juillet 1614.
l'entrée près dud. s"" prince, tant en sa chambre qu'à sa table et ailleurs, et de laquelle il avoit eu l'ordre de procéder aud. empoisonnement, luy ayant faict esprouver le poison sur ung chien, qui en estoit mort promptement; qu'après le coup elle luy avoit dict qu'elle eust bien désiré qu'il eust encores attendu. Et, pour se retirer, ung valet de chambre, nommé Anthoine et luy, elle leur donna ung peu d'argent et beaucoup de ses bagues pour les vendre; leur feist leur désacoustrement et bailler des chevaux par le contrerolleur général de sa maison, nommé Brillaud, avec ung passeport qu'elle avoit obtenu pour eux du s" de Malicorne^, gouverneur d'Angoumois, soubz le nom d'ung page du mareschal de Matignon-, allant vers ses parents en Normandie; qu'ilz s'estoient retirez à Poictiers premièrement, avec lectre de ladicte dame au gouverneur de lad. ville pour les favoriser, en leur passage; et que depuis led. valet de chambre s'estant laissé tromper et prendre en ung village près de Poitiers, où il estoit allé trouver led. contrerolleur, luy s'estoit sauvé aux Cordeliers de lad. ville de Poictiers, qui l'avoient mis dehors pardessus les murailles, pource que led. s"^ gouverneur le faisoit chercher; et se seroit retiré en une maison de la duchesse de Mayne%
1. Probablement Jean de Chourse , seigneur de Malicorne, ancien gouverneur du Poitou, plusieurs fois cité dans les Commentaires de Monluc et dans les Lettres de Henri IV (t. II, p. 272).
2. Charles de Goyon, comte de Matignon, né le 26 septembre 1525, gouverneur de la Basse-Normandie, maréchal de France en 1576, lieutenant du roi en Guyenne en 1580, reconnut Henri IV à la mort de Henri III, et mourut à Lesparre le 27 juin 1597. Caillère a écrit la Vie du maréchal de Matignon, in-fol., 1661.
3. Henriette de Savoie, marquise de Yillars, épouse en premières
sur le Clin, entre Poictiers et Ghasteleraud, et de là à Paris; que j'avois très bien faict de me retirer, n'en pouvant attendre meilleur traictement que mon maistre ; mays que je ne m'estois pas bien adressé à S. A.; qu'il estoit lorrain, mays sçavoit qu'il n'y avoit ny honneur ny prouffit à servir ce prince-là ; que je luy avois naguères faict ung service signalé, mays qu'il s'asseuroit que j'en avois esté mal récompensé ; qu'il estoit mon amy et me conseilloit de faire comme luy, non de prendre party avec mons"" de Mayne, où il n'y avoit rien à gaigner, mais avec le roy d'Hespaigne, qui récompensoit bien ses serviteurs et pouvoit tirer de grandz services de moy. Auquel effect il avoit moyem de m'ayder, et s'y emploiroit comme pour luymesmes, m'ayant de l'obligation, et que nous serions tousjours ensemble; m'asseurant que je me trouverrois bien de son conseil.
Et estions bien avant en ces discours, pendant que led. s"" de Bassompierre se promenoit au jardin de Zamet avec led. duc de Mayne et aultres et jusques à ce que led. s"" de Bassompierre me feist signe, pour m'en aller avec luy, remerciant led. s' de Rosne, qui me pria de bien penser à l'ouverture qu'il m'avoit faicte et l'aller voir souvent pour s'en résouldre, comme je fei. Et, sans satisfaire à son désir, ayant donné ma parole à S. A., j'apprins souvent de luy beaucoup de choses d'importance à Sad. A., auquel, bien qu'il feust lorrain, il n'estoit pas fort affectionné, ayant plustost asseuré sa retraicte en Espaigne qu'en Lorraine.
noces de Melchior des Prez, seigneur de Montpezat, sénéchal de Poitou, en secondes noces (23 juillet 1576) du duc de Mayenne, morte en octobre 1611.
Led. s"^ de Bassompierre qui m'avoit veu si longtemps avec led. s'^ de Rosne, auquel il n'estoit pas amy, ne faillit à me demander quelz avoient esté noz discours. Et, saichant bien qu'il en congnoissoit, luy fei récit de l'histoire de l'empoisonnement de mon maistre que j'avois au vray apprins de luy, dont led. s"" de Bassompierre convint; et me deist cela estre vray. « Mays je congnois, dict-il, mons'^ de Rosne, il est espaignol, et vouldroit qu'on luy ressemblast. Je m'asseure qu'il vous en aura dict quelque mot. » Ce que je luy advouay en général , sans luy en dire les particularitez ; mays il m'en dégousta fort et m'asseura tant de la bonne volonté qu'avoit S. A. de faire pour moy et de m'y ayder qu'il me feist encores luy promettre de ne changer poinct de party, n'ayant pas le cueur tourné vers l'Espaigne, pour estre françois, et, comme tel, ne me pouvant mieux retirer que près de Sad. A., prince neutre, assisté de la faveur dud. s"^ de Bassompierre.
De toutes les amitiez et confidences que j'avois pratiquées à Paris, je n'apprins jamais aultre chose que ce que j'avois desjà préveu du pauvre estât des affaires. Et ne voyois partout où j'allois que des plaintes, à ceste occasion, chargeant led. duc de Mayne de tout le deffault. Et, bien que je recongneusse que, sans les forces d'Espaigne, c'estoit faict de Paris comme, sans les mesmes forces depuis, c'estoit aussy faict de Rouen, si est-ce qu'allant voir quelquesfois led. s"" de Rosne, qui louoit extrêmement les armes espaignoles, à ceste occasion, je ne me pouvois tenir de luy dire que les procédures desd. Espaignolz ne les conduiroient jamais au but où je présumois qu'ilz tendoient, comme gens
d'estat, ou à se saisir de la France ou au moings à la diviser et destruire; qu'ilz y perdroient leur argent et leurs forces, aussy bien que le duc d'Alençon, son maistre, avoit faict en Flandres, où ayant esté tousjours présent, comme son serviteur, je m'asseurois qu'il en sçavoit les raisons mieux que moy et que, sur les deffaulz dud. duc d'Alençon, dont il estoit si bon tesmoing, il avoit prou d'esprit et d'expérience pour bastir ung chemin, lequel tenant lesd. Espaignolz, leurs affaires auroient meilleur succez ; ce qu'il m'advoua se resouvenant bien, me deist-il, qu'on avoit bien recongneu au conseil dud. duc d'Alençon la vérité de ce que j'en avois prédict au feu s'^ de Bussy, en embassade à Nancy, et que, si on m'eust creu, les affaires s'en feussent mieux portez; ne me voulant aussy dissimuler que j'avois eu tort de n'estre pas venu trouver led. duc d'Alençon à Montz, en Haynault, quand il me feist prier par le comte de Lalaing d'y venir, et avois reculé beaucoup mon advancement. Et, me voulant tousjours faire passer oultre sur ce discours, jamais il ne me peult faire excéder les termes généraux.
Voyant donc les affaires en tel estât, par toutes les particularitez que j'en apprenois ordinairement, je me résolu de ne faire aultre chose, pendant que je faisois mon affaire à Paris, tant en justice qu'aultrement, que d'advertir souvent S. A. de tout, comme il avoit commendé, affin qu'en faisant bien son prouffit il disposast ses affaires particuliers, en sorte qu'il ne receust aulcune incommodité du mauvais gouvernement des généraux. Dont j'adressois toutes mes dépesches en chiffre au s"" Guérin, secrétaire d'estat de Sad. Altesse, au grand mescontentement dud. s"^ Bouvet, duquel ne III ^3
me pouvant accommoder, pour beaucoup de raisons, il s'en resentit et me feist de mauvais offices, dont je fuz adverty de mes amys, qu'il n'est icy besoing de déclarer.
Et comme S. A. fut bien asseurément adverty, tant par moy que aultres, de la levée que le vicomte de Thurenne prcssoit en Alemaigne, par la faveur des duc Casimir et électeur de Saxe, dont j'avois des advis bien certains, conformes aux lectres qui furent interceptées, allant dud. vicomte de Thurenne à son maistre, je fuz pressé par lectres du commendement de Sad. A., que j'ay, de me disposer à retourner vers luy, pour luy faire service, en ung affaire de telle importance à la conservation de son estât. Auquel effect il escripvit aud. duc de Mayne, le priant de me faire délivrer des moyems et seuretez pour faire mon voyage. Et, bien que j'eusse receu peu de recongnoissance de Sad. Altesse et peu d'effect de ses promesses, si me disposay-je à luy complaire, bien que mes affaires en justice requissent ma présence ordinaire à Paris. Et escripvy aud. s'' duc de Mayenne^ estant à Soissons, le suppliant de me donner les moyems et la seureté pour aller trouver Sad. Altesse, suivant ses lectres et l'ordre qu'il m'escripvoit avoir donné vers luy pour mon voyage. Dont je fuz remis au retour dud. s"" duc de Mayne à Paris, qui me donna mauvais jugement, luy estant plus aisé de me faire passer de Soissons que de Paris. Où estant arrivé, je pressé tant qu'il me fut possible l'exécution desd. lectres; et, n'y
t. On sait que l'on appelait indifféremment Charles de Lorraine dicc du ou de Manie et duc de Mayenne.
voyant poinct d'ordre, je priay led. s"" duc de Mayne de me faire au moings délivrer environ 500 escuz qui m'estoient deubz d'arriérages en l'Hostel de Ville de Paris.
A quoy taisant contenance d'entendre, m'en feist délivrer le mandement et me promist d'en parler au prévost des marchandz\ sur l'asseurance que je luy donnay d'employer lad. somme de mien en ce voyage, dont S. A. me rembourseroit. Mays, quelque diligence que je feisse, je n'en peu jamais rien toucher, de sorte que force me fut de l'escripre à S. A. et m'excuser sur le deffault de moyems que led. s' duc de Mayne ne m'avoit fourny, ny mesmes de mes deniers, que je n'avois peu recepvoir, pour y satisfaire. Et, pour ce que je voyois bien qu'on ne me vouloit pas laisser faire ce voyage, j'adverty S.A. que ceste levée seroit grosse, commendée avec led. vicomte de Thurenne par ung prince d'Anhalt, de la vieille maison de Saxe; que les Alemandz ne feroient pas, comme en l'armée de 1587, et que leur intention estoit de se bien venger du mauvais traictement qu'ilz avoient receu à leur retour, en récompense des bons offices qu'ilz luy avoient faict en passant ; que c'estoient les mesmes motz des lectres que je recepvois; que, si S. A. estoit bien servie de personne entendue aux affaires d'Alemaigne, il y avoit moyem, sur ung tel effect de la Ligue de Smalcade, de resveiller les princes de celle de Landsberg, toute contraire; que j'estois adverty qu'il y en avoit de bien disposez, pour la
1. Charles Boucher, fils du président d'Orsay, élu prévôt des marchands le 18 octobre 1590 (Félibien, Hist. de la ville de Paris, t. Il, p. 1199).
jalousie qu'ilz avoient des aultres; et que j'avois assez adverty S. A. que, pour le bien de ses affaires, il debvoit rechercher tous les princes catholicques , par les raisons contraires à celles de la recherche de princes françoys envers les Protestans, dont sans doubte il auroit bonne issue, en pratiquant l'Empereur, par le moyem de mens' de Bavière , à ce qu'il feust favorable aux effectz de sa poursuitte et n'empeschast le progrez de lad. ligue de Landsberg, y ordonnant plustost ung prince de sa maison pour chef, affin d'éviter toute jalousie et deffiance; et que j'avois souvent esté adverty, lorsque j'estois à Speire, que les princes alemandz catholicques trouvoient fort estrange de n'estre poinct recherchez, comme le pape et le roy d'Hespaigne estoient, ayans de beaux moyems de servir aux affaires, tant dedans que dehors l'Alemaigne; que, si S. A. eust envoyé homme et argent vers moy, pour me conduire, je n'eusse dépendu de gens qui reculoient plustost que d'advancer mon voyage; dadvantage, que de bonne heure S. A. desgageast ses forces de toute aultre entreprise et les tint toutes prestes, pour opposer au passage de ceste armée-là, laquelle, de crainte de tomber en l'inconvénient de Sancy, j'estois adverty et sçavois très bien ne debvoir faire son rendez-vous en l'évesché de Strasbourg, mays que leur résolution estoit de s'assembler entre Francford et Mayence, le long de la rivière du Meyn, entre lad. rivière et Kœnigstein, couvers de la rivière du Rhin, pour éviter surprise; mays que, si S. A. tenoit ses forces prestes et les augmentoit de quelque creue ou de celles de ses amis et voisins, qu'il auroit beau jeu de les faire descendre droict sur le
Rhin, entre Mayence et. Oppenheim, lorsque l'armée s'assembleroit, laquelle, en ce faisant et bordant tousjours la rivière au devant avec force pièces de campaigne, ne pourroit jamais passer et seroit enfin contraincte se desbander; comme il estoit advenu à l'armée du duc Casimir, en l'Electorat de Golongne, qu'une petite armée, conduite par le prince d'Aremberg^, tousjours au devant sur l'aultre bord, avoit empesché de passer le Rhin; que les évesques de Mayence, Triefves, Worms, Speire et Strasbourg luy seroient favorables, et les landgraves, et, par espécial, led. s' duc Casimir, voyant fouler leurs estatz et subjectz par lad. armée, s'en dégousteroient; et beaucoup d'aultres particularitez que je sçavois, trop longues à discourir.
Mays S. A., s'amusant à d'aultres entreprises et ne faisant ce que je luy escripvois, comme il avoit faict en celle de Sancy et s'en estoit bien trouvé, laissa passer le Rhin à ceste armée-là et ne s'opposa poinct encores à son passage de la Sarre, où il la pouvoit tellement incommoder qu'elle feust morte de faim au Westricht, au milieu des bois, de sorte qu'elle entra en son estât sans aucun empeschement et y brusla près de cent beaux bourgs et villages, sur son chemin, et feist mille dégastz, en son estât. Dont j'eusse soulagé S. A., s'il eust bien pourveu à mon voyage et m'eust voulu croire, comme il avoit faict en la deffaicte de l'armée de Sancy, le Rhin estant si difficile à passer que peu de forces bien conduites au devant peuvent empescher le passage d'une grande armée.
1. Charles de Ligne, comte d'Aremberg (t. II, p. 251, note 1).
Peu de temps après, demeurant tousjours à Paris, je fuz sollicité par lectres du secrétaire Desportes \ de la part dud. s"^ duc de Mayne, son maistre, estant lors à.Soissons, de l'aller trouver et prendre party près de luy. Sur quoy ayant discouru en mon esprit d'où cela pouvoit procéder, bien que led. s'^ président Jannin m'en eust quelquefois parlé, je me résolu de m'en excuser, sur l'obligation que j'avois à S. A. Et fei response de ceste substance.
Je ne remarque icy, pendant tout le temps que je fuz à Paris ^, que les choses plus signalées, car, des particularitez dont je donnois advis à S. A., j'en pourrois faire un volume, comme la tenue des Estatz, la trefve, en ce qu'elle touche S. A. (car du général je ne me suis jamais meslé), et la paix, et une particularité importante concernant la personne de feu mons' le cardinal de Vendosme, qui touchoit grandement le général, et la perte de toutes les villes assiégées, fors Paris et Rouen.
Quant à l'assemblée des Estatz, jamais on ne vit chose plus ridicule de vouloir procéder à l'eslection d'ung roy et n'estre pas d'accord de la personne du prince, ny entre les princes de la maison de Lorraine qui y aspiroient touz et faisoient leurs brigues, excepté S. A. et led. s"" duc de Mercueur, dont on n'ouït jamais parler, bien que par la raison cela deust estre par tous déféré à Sad. Altesse, comme led. s"^ duc de Mercueur le disoit et faisoit entendre ouvertement à tous et qu'à