Sous le rè.s'ne de Henri II
lequel se riroit au contraire et tous les voisins d'ung tel malheur, il confessoit avec moy que l'affaire estoit de grande importance ; recongnoissant ung grand service faict par moy à S. A. par la confidence que j'avois acquis avec led. s' cardinal, qui ne s'en feust descouvert à aultre quelconque plus capable serviteur de S. A., et qui toutesfois estoit seul auquel on s'estoit descouvert de ceste mauvaise volonté, pour y accommoder toutes choses par l'autorité du pape, et plus tost à condition advantageuse pour luy ; mays qu'il en estoit si avant avec led. Gondi, qu'il auroit bien de la peine à s'en retirer, et qu'encores craignoit-il que S. A. le trouvast mauvais, me priant de luy dire mon advis. Qui fut de prendre droict sans rien changer, sur la mesme condition, et sans avoir esgard à l'asseurance dud. Gondi; que je croiois estre véritable qu'il n'estoit et ne fut jamais catholique, ains athéiste, et qu'il faisoit tort à celuy pour lequel il faisoit comparaison, et que led. s' de Bassompierre pou voit rompre toute l'importunité dud. Gondi, en luy respondant que ceste condition d'estre cathohque s'entendoit sainemement par S. A., avec l'ordre et solennité requise en l'église , et les submissions deues au chef d'icelle , à quoy il ne pouvoit contredire, estant la reigle ordinaire en tel cas, et qu'encores le passé en la mesme personne et avec telles solennitez donnent peu d'asseurance, pour l'advenir; qu'il disposast led. Gondi à presser la solennité de ceste action, pour laquelle il faloit du temps, lequel refroidiroit les mauvaises volontez des ennemys de S. A. et apporteroit encores quelques aultres remèdes inopinez, disposant led. Gondy à faire trouver cela bon, non seulement pour
parvenir à une paix avec S. A., mays pour faire tomber les armes des mains de tous les aultres. Ce qu'ayant bien considéré, comme il estoit homme d'esprit vif, il se résolut à cela.
Et s'en alla sur ce à Suresne, traicta de ceste sorte avec led. Gondi, qui en fut bien estonné et n'y peult néantmoings contredire. Et à son retour m'en feist faire une dépesche en chiffre à S. A., luy recommendant de faire de mesmes et l'exhortant à recongnoistre le service signalé qu'il avoit receu de moy, en ung affaire de telle importance. Sur lequel je luy diz lors que ce danger icy m'en faisoit prévoir ung aultre, semblable et plus dangereux, de mesme main et en pareille occasion, à quoyS. A. avoit bien à pourvoir.
Après ceste dépesche, et l'ardeur de ce traicté de S. A. ung peu refroidi, comme ceste négotiation de trefve ne faisoit pas aussi grand effect, l'intention de ceux du party contraire estant plustost de se servir de l'exemple de S. A. pour attirer les aultres princes et seigneurs à traicter chacun à part, pour les désunir et en avoir après aussy bon marché que le roy Loys XP de ceux du bien public, après qu'ilz l'eurent changé chacun en son bien particulier, nous retombasmes souvent, led. s'' de Bassompierre et moy, sur l'importance de cet advis. Et ne sçavions assez louer la bonne volonté dud. s"" cardinal de Plaisance envers S. A., duquel il ne pouvoit rien espérer, attendant toute sa grandeur du pape et du roy d'Espaigne. Et toutesfois il regrettoit fort de laisser passer l'occasion de faire les affaires de S. A. et les siens plus advantageusement, à part, qu'avec le général. Mays je luy remonstrois qu'on ne tiendroit rien, à la longue, de ce qu'on
auroit promis à part, et qu'ayant, par ce moyem, désuny tous ceux du party, ilz se trouveroient enfin deceuz de leurs espérances, l'ung après l'aultre, et que jamais en telz affaires et pour entretenir ung party en une défense valable, on ne feist rien qui vaille, sinon en général, et que c'estoit le poinct qui avoit le plus conservé ceux du party contraire contre toutes les forces, violences et artifices du monde. Je voulois bien croire qu'on offriroit merveilles à S. A., pour l'attirer à ce traicté-là, et entendois qu'on luy vouldroit avoir encores baillé Metz, avec ce qu'il a, et plus, mays que je ne croyois pas que cela feust de durée, et qu'en tout cas il y avoit moyem d'asseurer de présent et en secret ung tel traicté, entre les mains du duc de Florence, et en remectre la publication avec le général; ou, si il ne se faisoit poinct de traité général, et qu'il y en eust qui, pour leur particulier, commençassent le bransle de désunion, que S.A., asseuré de ses advantages, les laissast passer devant, pour n'avoir ce reproche d'avoir esté l'autheur de la division, et n'en attirer aulcun danger sur luy; que je tenois pour tout certain, par Testât des affaires que je voyois, que bientost il y en auroit qui commenceroient ; que je sentois bien le but des allées et venues dud. s"" de Vileroy, duquel le s'' duc de Mayne se servoit à cet effect; et, quelque bonne mine qu'il feist, je tenois pour tout certain qu'il estoit desjà asseuré de ses affaires, et qu'il exécuteroit de son costé et laisseroit aller au party contraire tout ce qui deppend de luy, par forme de prise et surprise, sans aulcun secours, qui estoit ruiner du tout les affaires des princes de la maison de Lorraine en France et donner le moyem de
leur rongner les aisles de si près, que jamais ilz ne puissent revoler. A quoy led. s"" de Bassompierre s'accorda, confessant que j'avois dict la vérité et que c'estoit le subject sur lequel S. A. s'estoit fondé, ne voulant pas nyer toutesfois qu'il n'y eust aussy de son mescontentennent et despit, pour ce que je luy avois dict du duc de Feria ; et que, pour ne perdre l'occasion pendant que tout est encores en bransle, il trouvoit très bon le moyem que je luy avois ouvert, d'asseurer le traicté es mains du duc de Florence, qui receust les promesses et asseurances de ce qui seroit accordé, pour ne perdre l'occasion de l'avantage, et remectre la publication après tous les aultres, pour descharger S. A. du reproche et du péril que je luy avois dict, en gouvernant les armes de mesme. A quoy nous demeurasmes résoluz et qu'à son retour il en feroit le discours à S. A., affin d'y pourvoir secrètement, par le moyem du duc de Florence ; que cependant j'entretiendrois led. s"" cardinal de Plaisance de la response par luy faite aud. s'^de Gondy, et apprendrois au reste tout ce que je pourrois de luy.
Depuis ceste trefve-Ià, on ne feist plus que traisner l'aisle, laissant tous les jours perdre quelque chose et ne faisant aulcun effect; dont tous les prédicateurs crioient ouvertement au peuple, auquel ilz ne faisoient que trop congnoistre le danger où il estoit, et si avant, que le Conseil des Seize sentant quelques menées et voyant tous les jours la ville plaine de ceux du party contraire, par les passeportz dud. duc de Mayne, lesquelz pratiquoient leurs parens et amys, se résolurent de nouveau à faire des coups de leur main, pour purger la ville de ceux qu'ilz appelloient politiques et
nageoient entre deux eaues. Et, en l'absence dud. duc de Mayne, se saisirent du s'^ président Brisson' et deux aultres conseillers, qu'ilz feirent mourir honteusement, sans forme ny figure de procès, voulant faire de mesme d'un grand nombre d'autres qui estoient sur leur rolle, lesquelz, avec l'ayde de leurs amys, se sauvèrent.
De laquelle hardiesse led. duc de Mayne estant adverty retourna en diligence à Paris, qu'il craignoit de perdre par tel moyem et la voir du tout tomber ez mains des Espaignolz. Et y estant arrivé, suivy de la seule cavalerie, qu'avoit amené mons'" le comte de Vaudemont^, filz de S. A., qui l'accompaignoit aussy, en personne, feist saisir et exécuter dans le Louvre mesmes quatre des plus mutins de ce conseil populaire ^ et intimida tellement les aultres et spécialement Bussy*, cappitaine de la Bastille, qu'il le meist hors
1 . Barnabe Brisson , président au Parlement de Paris , né en 1531. Il n'avait pas voulu quitter Paris, et était resté secrètement favorable au roi pendant la Ligue. Son attitude le rendit suspect aux Seize qui le firent arrêter le 15 novembre 1591 et le firent pendre à une poutre de la chambre du Conseil au Palais-de-Justice , avec les conseillers Larcher et Tardif. Il est l'auteur de la compilation connue sous le nom de Code Henri III, de plusieurs autres ouvrages de jurisprudence et de poésies latines,
2. François de Lorraine, troisième fils de Charles III et de Claude de France, naquit le 17 février 1571, épousa Catherine de Salm et se mit au service des Vénitiens. Après la mort de son frère, Henri II, dit le Don, il se fit reconnaître comme duc de Lorraine et porta le nom de François II (31 juillet 1624). Il abdiqua bientôt en faveur de son fils Charles qui régna sous le nom de Charles IV (26 novembre 1624). François II mourut le 14 octobre 1632. Il avait pris pour devise Bene numéral qui nihil débet.