Voyez la note de la page
4. Jean Bussy Le Clerc, bourgeois de Paris, procureur au Par-
de ceste forteresse et y establit le s"^ Du Bourg ^ de ses serviteurs; et par ce moyem rasseura la ville, pour en disposer à l'advantage de ses affaires. Et, de peur de retomber en tel accident, par la force et mescontentement si grand du peuple, animé par les prédicateurs, qu'ung d'entr'eux, le plus fameux, appelle Boucher-, qu'il feist retenir prisonnier en son logis, fut si hardy de l'appeler tout hault et à sa barbe Tyran, de sorte que force luy fut de le lascher, pour contenter le peuple, qui commençoit à s'esmouvoir de ceste prison.
Ce qui fut cause que, voyant led. duc de May ne le danger où il estoit, et congnoissant bien que les Espaignolz levoient le cueur au peuple et avoient l'œil ouvert à faire leurs affaires, hasta l'effect de ses intelligences et négotiations secrètes avec le party contraire ; et, laissant tout perdre de jour à aultre, feist com-
lement, embrassa la Ligue avec fureur, devint un des chefs de la faction des Seize et prit part aux crimes de son parti. Lorsque le duc de Mayenne rentra dans Paris, Bussy racheta sa vie en livrant la Bastille dont il était gouverneur. Il se retira en Flandre et y mourut obscurément vers 1635.
1. Le capitaine Du Bourg avait été mis par le duc de Mayenne au gouvernement de la Bastille après la capitulation de Bussy- Leclorc. Il défendit cette forteresse contre Henri IV et ne se rendit que quand tout espoir de conserver la place fut perdu. Voyez les Lettres de Henri IV, t. IV, p. 130.
2. Jean Boucher, né à Paris en 1548, curé de Saint-Benoit, fut un des principaux prédicateurs de la Ligue. Après le triomphe de Henri IV il se réfugia en Flandre, mais il revint plus tard et mourut à Tours en 1644. Il a laissé sous forme de sermons des pamphlets qui ne se distinguent que par leur violence et qui ne peuvent intéresser que les collectionneurs. Le Journal de L'Estoile parle souvent de ce fanatique.
mencer le jeu par led. s"" de Vileroy, lequel traicta pour le s"" d'Alincourt^, son filz, gouverneur de Ponthoise, se feist suivre par le s'' de Vitry^, gouverneur de Meaux, par le s'' de Vilars^, gouverneur de Rouen et du Havre de Grâce, possédé du tout par le s"" Desportes, abbé de Tyron, créature dud. s' de Villeroy, et incontinent après par le s"" de La Chastre*, gouverneur d'Orléans et Bourges, et de peu en peu par plusieurs aultres. Et finalement feist, en l'an 94, au moys de mars, rendre Paris par tous ses serviteurs et obligez, s'en estant premièrement retiré et en ayant faict emporter à Soissons tout ce qu'il y avoit, incontinent
1. Charles de Neuville, marquis de Villeroy, fils du célèbre Villeroy, l'auteur des Mémoires d'Estat, naquit vers 1560, fut pendant la Ligue gouverneur de Pontoise et prévôt de Paris. Moyennant un don de 500 mille livres et le gouvernement du Lyonnais, il se rallia à Henri IV, qui l'envoya en ambassade à Rome. Il mourut le 18 janvier 1642.
2. Louis de l'Hospital, marquis de Vitry, servit la Ligue jusqu'à l'abjuration du roi, auquel il se soumit en lui livrant Meaux, dont il était gouverneur. Il devint alors capitaine des gardes de Henri IV et mestre de camp de la cavalerie légère. Vitry mourut en 1611.
3. André-Baptiste de Brancas, seigneur de Villars, second fils de Ennemond de Brancas et de Catherine de Joyeuse, capitaine de cent hommes d'armes, lieutenant du roi à Rouen, chef de la Ligue en Normandie, amiral de France, tué dans un combat avec les Espagnols, près de Doullens, le 24 juillet 1595.
4. Claude de La Chastre, baron de la Maisonfort, né vers 1536, gouverneur du Berry, ambassadeur en Angleterre, s'attacha d'abord au duc d'Anjou, puis aux Guises et reçut du duc de Mayenne, en 1593, la dignité de maréchal de France qui lui fut confirmée par Henri IV. Il mourut le 13 décembre 1614. Il est l'auteur de Discours contenant les faits advenus en 1587 que nous avons souvent cités au commencement de ce volume, et a laissé d'autres mémoires fort curieux, imprimés et inédits, qu'il serait intéressant de voir réunis.
après le retour de Zamet, qu'il avoit envoyé à Chartres, pour ses affaires avec le party contraire ; faisant cependant bonne mine, se retirant en Flandres et de là en Bourgongne, où enfin il descouvrit le pacquet et feist congnoistre son traicté particulier ; la substance duquel manifestoit assez en ses advantages que ce n'estoit pas pour le respect de ce peu qui luy restoit en main, mays en considération de ses secrètes actions et procédeures.
Par lesquelz comportemens led. s"" duc de Mayne a perdu toute l'affection que ses prédécesseurs avoient acquis et que les catholiques Françoys portoient aux princes de sa maison ; et, par la souffrance de la religion contraire, a faict congnoistre à tout le monde que les guerres que ses prédécesseurs et luy ont suscitées et nourries en France, depuis cinquante ans, ont eu en leurs cueurs tout aultre fondement que la religion, qui n'a servy aux ungs et aux aultres que de prétexte. Dont il fault excepter touteffois led. s'^ duc de Mercueur, lequel , comme il n'a jamais porté à son party que l'ardeur de son zèle à sa religion, pourquoy Dieu l'a seul bény et honoré de tant de victoires, aussy estil demeuré seul en son serment et n'a aulcunement contrevenu à ses promesses, tant dedans que dehors le royaume , n'ayant poinct abandonné les siens , lesquelz l'avoient laissé tout seul, ny le roy d'Hespaigne mesmes, qui a traicté devant luy comme je diray cyaprès.
Gomme tous ces désordres croissoient, et quelque temps avant tous ces traictez particuliers , je vei arriver ung affaire d'importance, qui eust relevé entièrement le party catholique, s'il eust esté conduict avec
la fidélité et dextérité requise. Monseigneur le cardinal de Vendosme portant ung grand zèle à sa religion, malcontent du peu d'espérance qu'il voyoit aux affaires d'icelle, dans le party qu'il avoit embrassé, principalement pour ce subject, et croissant dans son cueur ung extresme désir de trouver quelque moyem d'avoir la justice et la raison de l'empoisonnement dud. feu s"" prince de Gondé, son frère, duquel il voyoit les coupables impuniz et, qui pis est, soustenuz et favorisez (comme il est impossible que la magnanimité du sang de messeigneurs ses frères puisse jamais oublier ung si détestable crime, commis en la personne de leur frère aisné, ny voir de bon œil ceux qui en sont coupables et assez congneuz à tout le monde), ne se pouvant quelquefois tenir d'en parler et de dire qu'il faloit faire la fille religieuse, estant à craindre qu'elle ne feist ung pareil coup que sa mère à ung prince qu'elle espouseroit, commença à se desgouster du service qu'il faisoit, contre sa conscience et son honneur; doubtant qu'aultant enfin luy en pourroit advenir qu'à son frère et à son oncle, se délibéra de chercher le moyem de se retirer, et résolut à cet effect d'employer celuy des siens qu'il congnoissoit luy pouvoir faire fidèle service, sans aulcun respect contraire, et qui avoit fidèlement servy feu led. s' cardinal de Bourbon, son oncle, duquel il recongnoissoit avoir receu le christianisme et tous les biens qu'il avoit, appelle Fougace^ Juif de nation, lequel il envoya à Paris visiter
1. Lenglet du Fresnoy, dans son édition du Journal de l'Estoile, nomme deux personnages de ce nom. Le premier, François de Fougasse, s. de Bertelasse, gouverneur du prince de Conti, en 1580, avait été l'agent de la reine-mère. Le second, Nicolas de Fou-
de sa part led. s"" cardinal de Plaisance, légat du pape, en l'occurrence des affaires qui sembloient tendre à la paix, avec charge de trouver moyem de parler à moy, comme fidèle serviteur dud. feu s"" prince, son frère, et qu'il sçavoit n'estre mal voulu qu'à ceste occasion qui m'avoit contrainct de me retirer. Et, comme je visitois souvent led. s"" cardinal de Plaisance, il me feist entrer en son cabinet, lorsque led. s"" Fougace estoit seul avec luy; et, me saluant par mon nom, comme il avoit accoustumé, donna moyem aud. Fougace, sans y penser, de me recongnoistre et me saluer, me disant qu'il avoit des recommendations à me faire de plusieurs de mes amys et désiroit me venir voir en mon logis, que je luy déclaray, et le print sur ses tablettes. Et si tost que j'eu ung peu comnicqué à part aud. s' cardinal, je prins congé de tous deux, pour n'interrompre leurs discours que je doubtois eslre sérieux.
Et ne faillit led. s*" Fougasse à me venir chercher, dès le lendemain. Et m'ayant salué de rechef, me deist qu'il avoit à parler à moy, à part, de quelque chose d'importance. Pourquoy je le menay auprès de mon logis, au jardin d'ung mien amy, où nous eusmes tout loisir de comnicquer librement, en nous promenant soubz la treille dud. jardin. Et prins le propos, luy demandant des nouvelles de la santé dud. s" cardinal et de messeigneurs les prince de Conty et comte de Soissons, ses frères, regretant le malheur de les voir privez de la présence et authorité dud. feu s"^ prince,
gasse, seigneur de Taillade, était un capitaine allié à la maison de la Rochefoucault [Journal de L'Estoile, t. V, p. 426). Nous croyons que c'est du premier qu'il s'agit ici.
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leur frère, mon bon maistre, et pour auquel avoir faict longtemps fidèle service, aux plus secretz et importants affaires de la grandeur de sa maison, j'avois esté contrainct me retirer du danger où j'estois d'estre encores pirement traicté que luy, la mort duquel me pesoit tant que je ne pouvois servir en lieu où je veisse les autheurs d'ung si meschant acte, et que je m'asseurois que ces bons princes-là en estoient aultant picquezque la générosité de leur sang le requeroit. Et, prenant la parole, me deist de luy-mesmes que c'estoit le plus grand regret dud. s' cardinal, son maistre, et desd. s'' princes, qui expérimentoient assez, au traictement qu'ilz recepvoient, qu'on ne prenoit pas plaisir qu'ilz en feissent tant congnoistre, mays que les voix du sang et de la nature estoient si fortes qu'elles ne pouvoient recepvoir de modération sur tel subject, et aultres semblables et de grande importance; cju'il estoit très humble serviteur dud. s' cardinal et craignoit qu'à la longue tant ce subject-là que son mescontentement, au faict de sa religion, ne luy créassent quelque péril irrémédiable. Je répliquay qu'à tout il y a remède, excepté à la mort, laquelle il est expédient à toute personne de prévenir de bonne heure; et, si led. s'" cardinal voyoit que sa juste douleur et son zèle feussent pour luy acquérir quelque inconvénient, le meilleur seroit de se retirer en lieu de seureté. — « Et, me deist-il, où pourroit-il aller, partant d'où il est, pour estre mieux et tenir son reng? » — J'adjoustay que je n'estois pas informé de son intention, mays que je pouvois dire librement qu'il se pourroit retirer à Rome, sans offenser personne, et que là il serviroit plus à sa maison qu'où il est, sans faire force à son
honneur ny à sa conscience, et que là il seroit tout porté pour accepter l'honneur que le temps et les occasions luy pourroient présenter, et qu'il y seroit très bien receu. — « Et quel moyem, deist-il, y auroit il de le conduire là, si le roy ne l'y envoyoit? — Il n'a garde de l'esloigner de luy, dis-je. Il y a prou d'aultre moyem; et, s'il estoit résolu, je me férois fort de le faire passer jusques en Lorraine, d'ung lieu de retraicte qu'il auroit choisy, soubz quelque prétexte, tirant vers ce cartier-là, m'asseurant qu'il recepvroit de S. A. tout l'honneur et plaisir qu'il sauroit désirer, voire pour y séjourner, s'il ne vouloit aller si loing. — Est-il possible, me deist-il, que ce prince-là feust si bon que de recuillir si favorablement ung de ceux ausquelz ceux de sa maison ont tant faict la guerre? — Ouy, dis-je, je le vous asseure, et congnois ce prince tant honeste et bon qu'il recepvroit à grand honneur une telle retraicte, et qu'au besoing il en donneroit l'asseurance requise. »Dontilseresjouistfort, commençant lors à se descouvrir ung peu dadvantage , et ne me dissimulant pas que led. s" cardinal avoit besoing de penser à luy; qu'il faisoit grand estât de l'asseurance que je donnois de la conduite ; qu'on s'en fîeroit bien en moy, qui avois aultreffois conduit feu mond. s'^ son frère hors du danger.
. J'adjoustay : a Voicy Pasque qui aproche (car c'estoit en Karesme) ; il se pourroit retirer, pour la solennité de son bon jour, en sa maison de Gaillon ou tel aultre lieu qu'il choisiroit , sur ce chemin-là , d'où il pourroit tirer pais, avec une bonne escorte de lieu en aultre, comme on adviseroit pour le mieux; et, s'il desiroit estre devant asseuré de S. A., j'entreprendrois
le voyage pour son service et ferois dresser les escortes par S. A., le plus avant que faire se pourroit, en France, pour le recepvoir. Mays il conviendroit manier cela fort secrètement, sans s'en descouvrir aux princes de ceste maison en France, non tant pour leur respect que pour ce que je voy qu'ilz se fient à beaucoup de gens qui leur font le cheval aux quatre piedz blancz ; et je m'asseure que S. A. est si secret que personne ne congnoistroit rien de son desseing. » — Lors il me parla encores plus ouvertement et m'asseura bien qu'ilz n'en auroient aulcune congnoissance, mays ne me dissimula pas qu'il en avoit parlé aud. s"" cardinal de Plaisance. — « Il n'y a poinct de danger pour luy, dis-je, mays il le fault advertir de n'en dire mot; et, s'il sçait que j'en ay congnoissance, il n'en sera pas marry et nous ferons bien cela ensemble. — Je l'en prieray, deist-il, et m'en retourneray faire tout entendre à mon maistre, affin qu'il advise à se résouldre, » me priant sur la confiance qu'avoit led. s' cardinal en moy de ne m'en fier à personne quelconque, comme je l'en asseuré, luy disant davantage que les affaires du roy estoient en telz termes qu'il auroit besoing d'envoyer bientost à Rome, et que led. s"" cardinal de Plaisance pourroit bien moyenner que le pape usast d'artifice propre pour amener le roy à ce poinct d'envoyer led. s*" cardinal, mays que, si on ne pouvoit tant attendre, on prendroit l'aultre chemin. Et sur ce, prenant asseurance du secret de moy, me deist adieu, et qu'il s'en alloit vers ledict s' cardinal de Plaisance, pour prendre congé de luy et l'advertir de ce que je luy avois dict , et puis s'en retourner à Saint-Denys, chargé de quelques bonnes espérances
que led. s*" cardinal légat donnoit à son maistre, pour les affaires du roy qui avoit esté le subject de son voyage. — Et, pour la fin, je le priay d'asseurer led. s"^ cardinal que jamays je ne serois aultre que très humble serviteur de luy et de messeigneurs ses frères, y estant très obligé par l'honneur que j'avois receu de feu led. s"" prince, nion maistre, au service duquel je n'avois pas seulement desployé ce peu d'industrie que Dieu m'a donné, mays hazardé souvent ma vie et si peu espargné mon bien qu'il m'estoit encores redebvable d'une grosse somme, dont j'espérois que led. s"" cardinal me feroit ce bien de me faire dresser ung jour exprès la charge de madamoiselle sa fille et de ses affaires, dont je le suppliois très humblement.
Si tost que led. s"^ Fougasse eut dict aud. s"" cardinal de Plaisance ce que nous avions traicté et eut pris congé de lui, il envoya vers moy me faire sçavoir qu'il désiroit parler à moy, au plus tost que j'en aurois le loisir. Pourquoy , dès le jour mesmes, je l'allay trouver. Duquel j'entendi qu'il sçavoit tout ce que nous avions discouru, led. s"^ Fougasse et moy, me demandant si je le congnoissois. Je diz qu'ouy et que je l'avois tousjours veu à la court, au service de feu monseigneur le cardinal de Bourbon , auquel feu mons"" l'évesque de Riez m'avoit faict congnoistre, et n'avoit tenu qu'à moy que je me feusse employé en son service, mays que je voulois voir le monde. Lors il me déclara qu'il avoit discouru avec luy de mesme subject qu'avec moy, pour ce faict-là et d'aultres affaires, et que depuis il l'estoit venu trouver et l' avoit adverty de n'en comniquer à personne, ce qu'il luy avoit promis et déclaré ; touteffois qu'ayant, sur quelque occasion, esté, tost
après, visité de mons"" de Mayne, il luy en avoit descouvert quelque chose, sans parler dud. Fougasse, ny entrer en aulcune particularité, et qu'il s'en donneroit bien garde cy-après et tascheroit à luy oster, par moyems, l'opinion en laquelle il l'avoit mis, pour éviter à tout inconvénient. Je diz qu'il feroit sagement et que la personne dud. s"" cardinal de Vendosme est si prétieuse qu'on ne doibt rien bazarder, qui le touche ; qu'il n'y avoit poinct de danger, pour la personne dud. s' duc de Mayne, mays qu'il se fioit à beaucoup de gens, tesmoing Champvalon^ qu'il a receu près de luy, après qu'il a faict tout ce qu'il a peu pour vendre la ville de Sens au roy et, par ung tel service, effacer le juste mescontentement qu'il a de luy, quoy ayant failly, ce coup-là, il ne fauldra de faire pis, à mesme fin, à la première occasion, à la sollicitation du s' de Sancy, son cousin, qui a bonne part aux bonnes grâces du roy; que ce que je diz dud. Champ valon, je le pourrois encores dire d'aultres, pourquoy il feroit sagement de faire meurir, s'il pouvoit, ceste opinion-là. Et conférans ensemble de ce faict-là, il trouva bonnes les ouvertures que j'avois faict pour la seureté de sa retraicte et m'asseura de faire vers le pape ; que cependant il employast tous moyems aux occasions qui s'en pourroieni présenter, pour faire venir la volonté au roy de l'envoyer vers luy; et que nous attendrions des
1. Jacques de Harlay, seigneur de Chanvallon, grand-écuyer du duc d'Alençon, graad-maître de l'artillerie pendant la Ligue, amant de la reine Marguerite, femme de Henri IV. M. Guessard, dans les Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, publiés pour la Société de l'Histoire de France, a recueilli plusieurs lettres adressées par la princesse à ce seigneur.
nouvelles dud. Fougasse, pour exécuter ce qui seroit requis, si son maistre l'avoit agréable.
Le temps s'escoula jusques environ la S. Jehan. Toute la court se retira de Saint-Denys et led. s*" cardinal à Gaillon. Duquel on n'oyoit poinct de nouvelles, sinon qu'à l'arrivée du s*" de Vilars, venu de Rouen à Paris, je congneu qu'on en avoit parlé et qu'on faisoit estât de renvoyer led. s'^ de Vilars promptement, pour le recepvoir à Rouen; et cela procédoit dud. s' duc de Mayne, qui en faisoit estât, comme d'ung coup de partye, et en donnoit bonne espérance à tout le monde. Dont je faisois mauvais jugement, et le diz aud. s"" cardinal de Plaisance ; que je craignois qu'on feist prinse de la personne de ce prince-là, quand led. Fougasse retourna vers nous, nous feist entendre le danger auquel estoit son maistre, plus que devant, que le roy l'avoit mandé plusieurs fois, et il s'estoit excusé sur sa maladie, s'estant à la vérité trouvé mal plus de fascherie et d'appréhension que d'aultre chose; estant adverty de la court, fort secrètement, que Sancy avoit donné quelque advis au roy, qui le touchoit, et qu'on avoit descouvert cela estre provenu dud. Champvalon ; lequel, ayant ouy près dud. s"^ duc de Mayenne ce qui se traictoit de la personne dud. s"^ cardinal, en avoit adverty led. Sancy, son cousin. Et lors led. s"" cardinal légat se retournant vers moy, me deist que ma crainte estoit bien fondée. Et résolut de rompre tout ce bruitlà, si faire se pouvoit; mandoitpar led. Fougasse aud. s' cardinal de se mettre en tout événement en seureté, et prendre avec luy peu de ses serviteurs, de ceux qui luy estoient plus fidèles, se donnant garde des aultres ; et que, s'il avoit besoing de quelque chose qui deppen-
dist de luy, il seroit aussy tost secouru; et, quant à moy, que j'estois prest à faire tout ce qu'il plairoit aud. s'^ cardinal me commender.
Et, sur l'advis dud. s'^ légat, led. s'' Fougasse retourna et feist entendre à son maistre ce que dessus. Pourquoy commencer il délibéra d'esloigner le s*" Bouchard, abbé de Bellechasse, qui avoit esté son précepteur, pour ce qu'il ne pouvoit rien dire et faire qu'il ne feust tousjours près de luy, comme s'il avoit charge d'espier ses actions. Et, pour luy donner honeste subject de s'esloigner, luy donna l'abbaye de Saint- Germer, près Beauvais. Mays il ne prouffita rien, et ne feist led. s"" cardinal, par la longueur, que laisser croistre le péril, comme je l'avois dict aud. Fougasse. Et fut sceu qu'il avoit recompensé celuy, lequel gaigné par led. Sancy, luy avoit desjà donné le poison, dont pour sa jeunesse il languit tousjours depuis, et enfin, tombé en une hidropisie, mourut, en l'abbaye Saint- Germain, près Paris, au grand regret de tous les catholiques.
Et ce bon prince feist une aultre chose, pensant bien faire, qui tourna tout au contraire. Il feist amener madamoiselle de Bourbon^, sa niepce, de Sedan à Paris, l'osta des mains de la damoiselle d'Osqucrque-, que feu led. s'' prince, son père, luy avoit baillé pour gouvernante, femme du s"^ d'Osquerque, son chambellan, ayant eu bien de la peine de l'oster des mains
1. Catherine de Bourbon, fille du prince de Gondé et de sa première femme, Marie de Glèves, marquise d'Isle, née le 30 octobre 1574, morte sans alliance le 30 décembre 1595.
2. La demoiselle d'Osquerque a déjà été nommée par La Huguerye (t. II, p. 212 et 215).
des s"" et damoiselle de La Rozière ^ , pour ung advis qu'il eut qu'elle n'y seroit pas seurement, estans trop serviteurs des duchesses de Nevers et de Guyse^, héritières de lad. damoiselle; du beau partage de laquelle, montant 80,000 escuz de rente es marquisat d'Isle, terre de Beaufort, et pension sur le comté d'Eu, led. s' prince s'aydoit fort en ses affaires, l'entretenant du quart à Sedan. Et la remist led. s"^ cardinal es mains de lad. damoiselle de La Rosière, où je la vei lors de la mort dud. s"^ cardinal, que j'allay voir aud. Saint- Germain, et ce pour la faire vivre et mourir catholiquement; ce qu'il eust peu faire aiséement par une aultre damoiselle catholique, sans aulcun hazard, s'il eust esté bien adverty de la raison qui avoit meu led. s' prince de faire le change. May s ung des serviteurs dud. s' prince m'en advertist, dont je m'estois fort estonné, estans tous au mesme party, nommément le s"" de Couvrelles, intendant de la maison de lad. damoiselle, qui en estoit bien informé, et avoit servy à l'oster des mains de lad. damoiselle de La Rosière, pour
1. Mademoiselle de la Rosière, femme d'un capitaine protestant que l'on trouve à La Rochelle sous le règne de Charles IX, avait été gouvprnante de Marie de Clèves, mère de la jeune princesse de Condé. Elle ne lui avait pas donné une éducation bien sévère et lui avait laissé faire, si l'on en croit une plainte de Jeanne d'Albret, (f des choses si vilennes et innormes qu'il estoit impossible de les nommer. » (Lettre de Jeanne d'Albret rapportée dans une lettre d'aveux adressée par Marie de Clèves elle-même au duc de Nevers son frère, sans date, f. fr., vol. 3196, f. 97.)
2. Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, mariée en premières noces à Antoine de Groi, prince de Porcian, en secondes noces à Henri de Lorraine, duc de Guise, mourut le 11 mai 1633. Elle était sœur de Marie de Clèves, princesse de Condé, et par conséquent tante de mademoiselle de Condé.
l'amener à Sedan. Mays je prédiz lors qu'après la mort dud. s"" cardinal, elle ne vivroit guères, comme elle mourust, tost après, de mesme, n'estant aulcunement mal édifiée ny plus que feu led. s'' prince, son père; aux biens de laquelle succédèrent lesd. duchesses de Nevers et de Guyse, qui eut le comté de Beaufort et la pension d'Eu , pour son partage , et vendit aussy tost led. comté à la marquise de Monceaux^, qui le feist ériger en duché et en porta le tiltre. Et mourut la fille comme son père.
Et, pour retourner au traicté de S. A. , je ne sçay pas ce qui en fut faict^ Dehors le royaume on luy promettoit beaucoup, mays, soit que cela feust mal mesnagé et asseuré par la duchesse de Florence, ou qu'on ne se souciast pas beaucoup des promesses faictes, quand ce vint à traicter ouvertement pour Son Altesse, après la reddition de Paris, que led. s"" de Bassompierre gouverna depuis, je ne vey jamais traitter plus froidement. On ne se souvenoit plus de promesses quelconques. Les articles commungs y furent employez, mays n'obtint-on rien pour son particulier que de retenir Marsal, en récompensant l'évesché de Metz, sans vouloir rien faire pour madame la duchesse de Brunsvich^, sa seur, à laquelle il estoit deu 100,000
1. Gabrielle d'Estrées, fille d'Antoine d'Estrées et de Françoise Babou de la Bourdaisière , maîtresse de Henri IV, marquise de Monceaux, puis duchesse de Beaufort, mourut le \0 avril 1599,
2. La paix fut signée le 16 novembre 1594, entre Henri IV et le duc de Lorraine. On trouve une copie du traité dans la Coll. Clairambault, vol. 358, f. 8573.
3. Dorothée de Lorraine, dont nous avons parlé (p. 155). Suivant tous les dictionnaires biographiques, elle mourut en 1587, mais ce passage de LaHuguerye semble prouver qu'elle vivait encoreen 1594.
escuz environ d'arrérages de rente, sur la recepte générale d'Orléans, que led. s'' duc de Mayne, au lieu d'avoir soing d'elle et de n'y toucher, comme i\ estoit tenu de sang, oultre la raison, avoit tous consommés et laissé prendre aud. s"" de La Chastre; et, pour les finances, faisant mine d'accorder et vouloir payer à S. A. la somme de 950,000 escuz, qui luy estoient justement deubz, et ne voulant toutesfois cet article estre couché dans le traicté, je commençay à en doubter fort; et diz aud. s"^ de Bassompierre qu'il estoit nécessaire de le faire employer en article de paix. Touteffois on le pressa de se contenter d'une promesse à part. Et, pour son particulier, il suivit mon advis et feist asseurer les 50,000 escuz, qui luy furent donnez en forme de remboursement de prest, et assigner sur la terre de Saint-Sauveur en Normendie, qui luy estoit desjà engagée, se contentant de ce qu'on l'asseuroit d'assigner Sad. A. pour lad. somme, à son contentement, et qu'il advisast de sa part à cela se pouvoir faire pour le mieux.
Sur quoy, pour sonder leur intention, je mys peine de descouvrir quelque bonne et seure assignation sur des parties que je sçavois, par deux de mes amys, au pais de Languedoc, estre réservées au party du sel, qui avoit esté naguères faict pour Peccaïx ; et, pour en avoir vérification infaillible, je fei tant par leur moyem que j'eu coppie du contract qui en avoit esté faict, qui fut tiré des mains d'ung commis du s' d'Endicourt^ intendant des finances ; par lequel je vérifiay aud. s' de Bassompierre la réserve desd. deux parties, l'une de