‹ Mémoires inéditesChapitre 68 sur 92 · Eudicourt ou Heudicourt (arrondissement de Commercy · texte numérisé non relu

Eudicourt ou Heudicourt (arrondissement de Commercy

1 00,000 escuz et l'aultre de 80,000 escuz par an, dont je congnoissois le fondz, pour y avoir esté aultreffois employé, pendant le séjour dud. s' prince en Languedoc. Et fuz d'advis qu'il print au mot les s" de Schomberg et Sancy, qui asseuroient de lad. assignation, et leur deist qu'il sçavoit le moyem de l'effectuer, mays que cela seroitung peu long, et dureroit environ cinq ans, pour recepvoir lad. somme de 950,000 escuz.

Et, pour ce que je me doubtois bien qu'ilz seroient extrêmement marriz de ceste ouverture, à laquelle ilz ne pourroient honestement récuser, sans descouvrir leur mauvaise volonté, je suppliay led. s"^ de Bassompierre de ne me descouvrir poinct, qu'aultrement il m'osteroit le moyem de faire service à S. A., et qu'ilz s'aigriroientencorcs plus contre moy, et tellement que, par mauvais traictement, ilz me contraindroient de me retirer, désirant au reste que, en tout cas, si cela réussissoit, contre mon opinion, que le droict de l'advis me feust gardé par S. A., selon qu'il est accoustumé, comme il m'en donna ses foy et parole, qui valoit argent content; car je porteray ce loz à ce gentilhomme-là qu'il avoit grand soing de ce qu'il promettoit. Et il me feist, dès lors, apparoir qu'il estoit asseuré de la charge de grand maistre et chef des finances de S. A., qui luy donneroit moyem, avec la bonne volonté du prince, de s'en acquiter. Je réservé devers moy le contraict vérificatif de lad. réserve. Et, retournant voir led. Sancy etSchonberg, leur en parla, mays ne peult pas bien leur faire entendre tout l'affaire, de sorte qu'ilz désirèrent en avoir plus de lumière. Auquel effect il en parla plus particulièrement depuis aud. s'^ de Schomberg, de l'amitié duquel il fàisoit du

tout estât, et, sur la promesse duquel de tenir tout secret, il pensa ne me poinct faire de tort de me nommer, comme serviteur de S. A., de la bouche duquel il désira estre informé de l'affaire, auquel après il n'y auroit poinct de difficulté, disoit-il. Qui fut cause que led. s'^ de Bassompierre me pria, à son retour, d'aller voir led. s'^deSchonberg, qui m'attendoit en son lict, où il estoit demeuré le jour, pour avoir prins médecine. Dont je me plaigny fort aud. s"^ de Bassompierre, l'asseurant qu'il m'avoit faict ung grand tort, contre sa promesse, et m'avoit osté le moyem de luy plus servir, et, qui pis est, gasté l'affaire qu'il debvoit mesnager de sa bouche seule, comme il avoit faict le reste. Touteffois il me pressa tellement et m'asseura tant dud. s"" de Schomberg, que je me laissé persuader d'y aller, comme je fei.

Et me feist led. Schomberg entrer et parler à luy seul, en sa chambre, où, après que je luy en discouru et si bien esclaircy l'affaire, qui avoit autrefois passé par mes mains, et, qui plus est, luy en eu vérifié la réserve, par led. contraict que j'avois en main, il feist contenance d'en estre bien aise, pour avoir ung bon moyem de contenter S. A. ; et me deist qu'il ne voyoit poinct de difficulté en cela, me priant de dire aud. s"" de Bassompierre qu'à leur première levée ilz en résouldroient, et que cependant il y penseroit. Mays pour cela led. s'" de Bassompierre congneut bien depuis ce que je luy avois dict, pour l'effect de ceste assignation, et que, quelque ouverture asseurée qu'on leur feist, leur intention n'estoit pas d'y entendre, et qu'ilz feroient languir cela, tant et si longuement, qu'enfin ilz réduiroient ceste grosse somme à peu de chose,

comme il est advenu. Et n'en a pas esté receu le cart. Et pour moy je ne laissay pas de me resentir depuis de leur mauvaise volonté. Et, voyant tenir peu de compte des articles de ceste paix avec S. A., en commençant à rechercher ceux qui luy avoient faict service, contre l'article exprès ; comme on feist premièrement à l'endroict du s"^ de Bimont^, auquel on feist faire commandement de sortir de la ville. Et voyant qu'on ne me disoit mot, me gouvernant aussy comme tel changement le requerroit, je ne laissay de penser <à moy et de sentir leurs mauvaises volontez par mes amys, d'ung desquelz estant adverty d'une résolution prise contre moy, en conseil, durant l'absence du roy, je pourveu à moy de sorte qu'ilz ne peurent me mal faire. Et me retiray en Lorraine, près Sad, A., m'en plaignant tousjours aud. s"" de Bassompierre , qui en estoit en partye cause et voulut rabiller cela par le moyem du s"^ d'O^, son cousin, ayant enfin obtenu asseurance pour mon retour. Mays, les congnoissant mieux que luy, je me résolu de n'en rien faire, pour lors, et d'attendre la saison que je le pourrois faire seurement.

Sur lequel discours je diray que quelques ungs de mes amys, près du roy, me voyans lors à Paris, s'efforcèrent de me faire parler à luy, auquel ilz désiroient

1 . François de Bymont, agent de Charles III, duc de Lorraine, auprès du Parlement de Paris et conseiller de son conseil privé.

2. François, marquis d'O, seigneur de Fresne et de Maillebois, né à Paris en 1535, favori de Henri III, surintendant dos finances, lieutenant du roi dans la Basse-Normandie, gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France, cité par Lestoile pour sa rapacité et ses concussions. Après l'assassinat de Henri III, il se rallia à Henri IV et mourut le 24 octobre 1594.

me rendre serviteur particulier, saichant que je pouvois apporter quelque advancement à ses affaires ; et en tirèrent parole de S. M., telle qu'ilz m'asseuroient de tout. Mays cela estant descouvert aud. Sancy, il l'empescha, pour se venger de la defïaicte de son armée en Elsatz; ce que plusieurs trouvèrent mauvais, que, pour ses passions, il retardast une bonne ouverture, pour le service du roy ; comme j'ay congneu depuis qu'ilz avoient raison, et que, si je feusse demeuré avec eux, plusieurs choses feussent mieux passées en quelques endroictz. Et n'en diray davantage.

Et, pour retourner aud. s*^ de Bassompierre, je luy diz qu'il congnoistroit , en son particulier, plustost qu'il ne vouldroit, qu'il avoit aussy, contre mon advis, faict mal ses affaires avec led. s'^ de Schomberg, pour Vaucouleurs et Commercy, pour les 1 00,000 escuz sur Saint-Sauveur, qui seroient ung jour cause de luy faire perdre du tout ceste terre-là , laquelle je luy conseillé d'eschanger lors avec le s"^ duc de Montpensier, qui la pouvoit joindre à son vicomte d'Auge. Et le négotiay si bien avec l'intendant de ses affaires que cela estoit aultant que faicL Et eust eu des terres en Ghampaigne pour cela et peult estre le comté de Barsur-Seyne, en y adjoustant quelque chose. Mays sa femme, qui faisoit estât de ceste terre-là, pour loger ung de ses filz en son pais de Normandye, n'y voulut pas entendre. Et, pour Vaucouleurs, faulte d'avoir obligé led. s" de Schomberg à la garentir pour la somme d'environ 80,000 écus, qu'il luy debvoit, en acquict de laquelle il luy faisoit bailler lad. prévosté de Vaucouleurs, en remboursant le s'^ de Malpierre de

10,000 escuz, comme estoit la raison, et je l'en pressois, et il se vouloit au contraire reposer sur l'amitié dud. s' de Schomberg, il est arrivé qu'il l'a perdue, comme je luy avois prédict.

De sorte qu'il y a grand subject de dire, pour conclusion, que, comme S. A. est entré en ceste guerre-là sans nécessité, l'a faict avec si peu d'heur et d'avantage qu'il n'en a rapporté que la ruine de son estât et subjectz, aussy a-t-il esté si mal traicté au faict de la paix, en toutes sortes, qu'il en est demeuré si fort en arrière, qu'il ne peult restablir ses affaires, et que la graisse de tous les traictez a esté réservée pour led. s"" duc de Mayne, soubz lequel il n'y a là si petit cappitaine de place, ayant traicté à part, qui n'ait esté plus gratifié que S. A. ; pour lequel on peult dire le commung proverbe de la guerre : qu'en vain on la faict si on n'en retire honneur ny prouffit.

Pendant que nous traictions ceste paix à Paris, led. s'' duc de Mayne estoit à Laon en Vermandois, et led. s'' Bassompierre se trouvant avec led. s' de Sancy pour l'affaire de S. A., arriva une chose d'importance que led. Sancy, sans y penser, descouvrit aud. s'^ de Bassompierre, en cholère, et sur la plaincte qu'il luy faisoit du peu de satisfaction que recepvoit S.A.: qu'encores bientost y auroit-il moings de subject d'en espérer, s'il actendoit le siège de Laon, ce qu'il voulut rabiller et couvrir d'ung voyage du roy en Picardie. May s led. s"^ de Bassompierre, le congnoissant bien, s'asseura davantage de sa première parole dud. siège de Laon, en cholère ; et, aussy tost qu'il fut de retour, me l'ayant comnicqué, délibéra d'envoyer à Laon par ung de ses lacquais, jour et nuict, cet advis aud.

s"" duc de Mayenne, à Laon, par ung mot de lectre. Et trouva le lacquais led. s*" duc de Mayne à table aud. Laon, ne pensant à rien moings qu'audict siège. Et, ayant leu la lectre, print l'advis si chaudement qu'entre les siens il ne dissimula pas qu'il luy venoitdud. s"" de Bassompierre ; et aussy tost feist lever et sortit de table, prist la botte et en partit, y laissant le comte de Sommerive^, son filz. Et tost après lad. ville fut investie et enfin prise par composition, moyennant laquelle fut renvoyé le filz dud. duc de Mayenne, lequel vint au secours avec le comte Charles de Mansfeld^, mays n'y prouffita en rien. Et espéroit le roy prendre là-dedans led. s"" duc de Mayenne et faire une fin de ses affaires en France, comme il eust faict, sans l'advis dud. s' de Bassompierre, duquel le roy estant adverty, par aulcuns de ceux qui estoient près led. duc de Mayenne et luy servoient de tesmoins, en receut ung tel desplaisir et en feist telle plainte qu'il fut prest d'interpréter cet acte comme d'hostilité contre la paix par luy traictée avec S. A. Et eut led. s"^ de Bassompierre beaucoup de peine à s'en garentir par une forte négative, comme je luy conseillay, pour ne se mectre en ceste peine, ny le s"" de Sancy avec luy, saichant bien que le roy ne seroit suivy d'aultre véri-

. \. Charles-Emmanuel de Lorraine, comte de Sommerive, second fils du duc de Mayenne, né le 19 octobre 1581, mortàNaples sans alliance en 1609.

2. Charles de Mansfeld, fils de Pierre-Ernest de Mansfeld, gouverneur de Luxembourg et de Bruxelles, prince du Saint-Empire, colonel de reîtres au service de Charles III et du roi d'Espagne , entra en France au commencement de février 1593. Sa campagne est racontée par De Thou (liv. CV). Il mourut en 1604. Voyez Lepage, Lettres et instructions de Charles III, p. 114, note.

fication que de l'advis secret d'ung traistre qui ne vouidroit poinct tester, et que, quand bien le roy le déclareroit, comme il en sçavoit le nom et l'eust peu faire, le traistre le nieroit, et il n'en tireroit plus de service. Qui fut mon advis, empeschant led. s"^ de Bassompierre de se mectre en chemin pour aller trouver le roy à Laon, à ceste occasion, en la présence duquel il pouvoit tomber en quelque difficulté. Ce plaisir fut faict aud. s"" duc de Mayne, qui ne méritoit pas des serviteurs de S. A., aux affaires duquel il estoit du tout contraire ; mays pour le respect de tant d'aultres, qui en eussent esté grandement incommodez et spécialement les affaires de la religion fort intéressez. Nonobstant toutes ces choses, le roy, estant enfin venu au dessus de ses affaires, a bientost après faict perdre le jugement qu'on faisoit de son gouvernement advenir. Car, au lieu d'espérer au moings le règlement pour la religion en tel estât qu'il l'avoit juré, à son entrée à Paris, selon l'édict de juillet, en 1577, il l'a tellement changé qu'il a, aultant vault, restably l'édict de janvier et mys es mains de ceux de la religion la justice, les armes et les finances; et, au heu de soulager le peuple, ruiné par les guerres, à son occasion, il l'a chargé plus que jamais il n'avoit esté, n'a payé ny ses subjectz des rentes qu'il leur doibt, dont il est reliquataire de plus de douze années d'arriérages , à leur grande ruine, ny souffert de recouvrer leurs pertes et dommages à ceste occasion, sur leurs garendz, en vertu de bons contraictz sur ce faict entre personnes privées, bien qu'il l'eust ordonné par édict entre les particuliers, en desduisant seulement le taux de la rente, durant les cinq années premières de son règne.

et que la raison voulust qu'il suivist le premier sa loy et en donnast l'exemple à ses subjectz. Au contraire de quoy il a de plus estainct les garenties contre tout droict, pour ce qu'il estoit arrière garend, ny payé aussy les estrangers ausquelz il doibt la conservation de son reng et grandeur par le secours de leurs armes à sa prière et requeste ; estant cause de la ruine d'un grand nombre de noblesse qui s'est engagée pour cet effect, sans aulcune recongnoissance de luy, desquelz il ne peult attendre aultre chose que leurs larmes et de leur postérité, en demandant justice à Dieu, qui la saura aussy bien faire que sur ses prédécesseurs ; lesquels ont tiré tant de deniers de pauvres pupilles et orphelins des villes impériales, qu'ilz ont ruiné, sans en payer intérest ny principal ; pour quoy, avec aultres raisons, Dieu en a exterminé la race. Joinct qu'après avoir remply et chargé le royaume de bastards et donné ung si mauvais exemple à ses subjects, répudiant sa femme', il a recherché alliance en une maison qu'il avoit subject de fuir sur toutes choses, et pour son particulier et pour le bien et repos du royaume. Duquel m'estant retiré, pour les causes que j'ay dict cy-dessus, j'ay tousjours craint quelque malheur advenir, à ces occasions et aultres importantes, qui requerroient ung gros volume, si je les voulois discourir particulièrement, comme je les ay sceu l'une après l'aultre. Estant en Lorraine, résolu à mon repos avec ma femme , et dégousté de tant de désordres et erreurs que j'avois recongneu aux affaires du monde, je fuz

1. Marguerite de Valois, dont le mariage fut annulé le 10 novembre 1599.

pressé de faire ung voyage en l'archevesché deTriefves, pour le service de monsMe cardinal de Lorraine, second filz de S. A., auquel on avoit faict concepvoir quelque espérance de parvenir à une coadjution aud. archevesché ; auquel efïect il y avoit desjà faict faire plusieurs voyages et le dernier par le s"" de Malinnes, sans aulcun fruict. Et toutesfois, encouragé par le s' de Scharfstain'', qui avoit son frère doyen aud. lieu, et plusieurs de ses confidens, il délibéra de continuer ceste poursuitte et désira que j'en feisse le voyage avec led. Scharfstain. Dont me voulant excuser, comme j'avois faict auparavant d'aller en Flandres avec led. s"" de Malinnes, je remonstray à mond. s"" le cardinal que ce qui se peult faire par ung seul en vain, se manie par plusieurs, et que, s'il avoit subject de se fier aud. s' de Scharfstain et qu'il fëust vray que led. doyen et ses confidens, à sa persuasion, feussent gens pour estre portez à son advantage, c'estoit ung beau fondement de bien espérer; avec ce qu'il se pouvoit asseurer du s' de Créange, son lieutenant général en l'évesché de Strasbourg et de ses confidences ; que pour peu qu'on négotiast avec cela, il y avoit espérance de faire suivre l'archevesque en la bonne volonté qu'il luy avoit déclaré par la pluralité des voix du chappitre; mays que je ne luy osois dissimuler que je ne pouvois pas croire que led. doyen voulust quicter sa part en ce gasteau, pour le servir, et craignois que led. Scharfstain ne se trompast fort; joinct que je luy disois d'advantage que de se fier beaucoup en luy, en ung tel affaire, il ne me sembloit

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