Cratz Scharffensteia (t. I, p. 222, note
pas expédient, saichant comme il s'estoit gouverné au service du feu s" Electeur palatin Fédéric, duquel il tenoit de beaux honneurs et offices, et comme il s'estoit laissé gaigncr par le mareschal de Retz, pour le retardement du régiment du s"" Disch, dont estoit procédée la mort du feu duc Christofle, filz de son maistre, en la bataille de Moock, où j'avois esté présent. Ce que je luy disois pour l'asseurance de son service, bien qu'en mon particulier je feusse amy dud. s' de Scharfstain ; et principalement que j'entendois qu'on parloit desjà fort du mariage de mons' le marquis, son frère, avec madame la princesse de Navarre, seur du roy ; que ce bruict-là ne seroit pas incongneu aux princes Alemandz, et que cela estant, il n'y auroit poinct d'espérance de parvenir à ceste coadjution, laquelle l'empereur empescheroit de toute son auctorité et feroit empescher par le pape, en sa faveur, pour crainte de voir divertir le suffrage eslectoral dud. archevesché de sa maison vers le roy de France, qui pratiquoit desjà les eslecteurs laiz et avoit le Palatin à sa dévotion.
A ce nonobstant led. s"" cardinal persista, espérant donner asseurance de sa personne au contentement de l'Empereur; et, quant à Scharfstain, s'il estoit ainsy, il s'en fauldroit passer. Et néantmoings depuis, pendant que j'estois malade, il se laissa persuader par led. Scharfstain qui ne tendoit qu'à tirer de S. A., par le moyem dud. s"" cardinal, des arriérages d'une vieille pension, qui luy estoient deus, de le laisser aller à Triefves vers l'archevesque son oncle, et led. doyen, son frère, et aultres chanoynes, ses amys, soubz aultre couleur, mays en effect pour sentir quel
moyem il y auroit de satisfaire au désir dud. s"" cardinal, dont led. Scharfstain me devoit escripre, comme à son amy particulier ; ce que toutesfois il ne feist. Et n'en sceut-on nouvelles que longtemps après par luymesmes, à son retour, qui donna quelque bonne espérance aud. s"^ cardinal. Lequel pour tel effect, désira que je feisse ce voyage avec led. s"" de Scharfstain (et me feist délivrer la dépesche, soubz le nom de S. A. seulement) ; lequel debvoit par led. doyen sentir toutes choses et à descouvert, avant que d'aller vers l'archevesque , cependant que je me tiendrois cloz et couvert à Saint Maximin, où je fuz logé par l'abbé.
Et à cet effect, sitost que nous feusmes arrivez aud. Saint Maximin, où je me gouvernay en sorte que l'abbé mesme ne sçavoit qui j'estois, led. s'" de Scharfstain s'en alla voir sond. frère, où il trouva le chancelier dud. s"" archevesque. Et, au lieu de faire bonne mine et me tenir secret, comme il avoit promis, il me confessa, à son retour, qu'il avoit adverty led. s" chancelier de mon arrivée, afifin d'en advertir led. s"" archevesque, son oncle ; faisant tout le contraire de ce qui estoit résolu et donnant par cet advis le moyem aud. archevesque de se pourvoir de response ou d'excuse ; et par ce bruict mectant les chanoynes en alaine, avant que d'estre asseuré dud. archevesque, sans lequel on ne pouvoit parvenir à lad. coadjution. Et commençay dès lors à désespérer du tout de cet affaire, pour auquel néantmoings faire ce qui se pourroit, nous allasmes trouver led. s" archevesque, à trois lieues de là, en une sienne maison, pour voir ce qui se pourroit obtenir de luy. Et y estans arrivez, je
trouvay tout ce que j'avois jugé véritable; led. archevesque adverty et pourveu de sa response, qu'il estait malade et ne pouvait vacquer à aulcun affaire^ me priant que je l'excusasse et délivrasse mes lectres aud. s"^ chancelier. Ce que je fuz contrainct de faire, en estant si avant, et luy faire entendre ma charge, sur ce qu'il avoit asseuré aud. s"" de Malinnes que dans ung mois il feroit sa proposition au chappitre pour lad. coadjution; qu'estant le temps venu j'avois esté envoyé pour faire, par son advis, ce qu'il avoit concerté de traicter avec les chanoynes, et en pratiquer le plus que je pourrois ; auquel effect led. s"^ de Scharfstain, son nepveu, estoit avec moy, qui avoit moyem d'y servir, vers son frère et aultres; que je priois led. s"" archevesque de me dire quand il seroit à Triefves pour cet effect , et que nous y retournerions, en estons asseurez, pour faire ce qui seroit possible, selon son conseil; offrant aud. s'' archevesque tout ce qu'il pouvoit désirer dud. s"^ cardinal, tant pour luy que pour les siens ; et asseurant particulièrement led. s' chancelier de tout ce qui appartenoit à son advancement.
Led. s'^ archevesque avoit lors près de luy le chanoyneMetternich, depputé du chappitre pour l'assister aud. affaire. Duquel je doubtay fort, encores qu'à table, me tenant compaignye, il m'asseurast à part et en particulier qu'il estoit lorrain, ainsy parloit-il ; qu'il l'avoit asseuré aud. s' cardinal, estant à la court de Lorraine, et luy en feroit congnoistre les effectz. Dont je le remerciay, l'asseurant que led. s"" cardinal avoit de quoy bien recongnoistre sa bonne volonté. Et toutesfois je le craignois sur tout, saichant que telz
personnages depputez par des archevesques électeurs se rendent ordinairement nécessaires à l'archevesché, par la connaissance des affaires, et tendent à leur particulier.
Led. s"^ arche vesque ayant entendu ma charge plus dud. Scharfstain que de moy, qui ne disois que ce qui estoit convenable, me feist faire de rechef ses excuses, s'il ne parloit à moy, à cause de sa maladie, qui l'empeschoit aussy d'aller à Trefves, si tost qu'il avoit espéré et promis aud. s"^ de Malinnes, et que ce seroit au plus tost que sa santé luy pourroit permettre ; que je disposasse cependant ceux du chappitre à n'estre contraires à cet affaire-là. Je remonstray aud. s'^ chancelier que je parlerois aud. s"^ arche vesque, si peu qu'il luy nlairoit et luy dirois des choses qui ''esmouveroient beaucoup à advancer sa bonne volonté, que je ne pouvois déclarer à aultre qu'à luy ; et que de parler aux chanoynes, avant le jour de sa proposition, ce seroit, sauf son respect, mectre la charrue devant les beufz; lesd. chanoynes ayans subject de me respondre que leur serment et debvoir ne leur permettoit pas de penser seulement à cela ; que l'archevesque, grâce à Dieu, n'estoit poinct pressé de faire ung tel coup ; qu'il ne leur en avoit jamais rien faict congnoistre; que, quand il leur feroit entendre que tel seroit son désir et les justes causes qui le meuvent à cela, il seroit temps lors d'y adviser. Ce qu'il me confessa estre vray et que ce seroit leur response, au moings de ceux qui n'y seroient pas bien affectionnez. Et, passant plus oultre, me deist, en grand secret, que à la vérité led. s' archevesque, son maistre, y estoit très affectionné, et eusse trouvé l'affaire en
l'estat qu'il avoit esté asseuré aud. s"" de Malinnes; mays que je sçavois le respect et l'honneur que doibt led. s"" archevesque à la majesté de l'Empereur, au regard du temporel, et plus encores à S. S., pour le spirituel ; qu'il ne me vouloit celer une chose d'importance, que ces deux grandz princes en avoient escript au contraire à son maistre, très sérieusement. Et, affin que je congneusse la vérité, me tira les lectres de son sein et me les laissa lire, me resouvenant en les lisant de ce que j'en avois dict aud. s"" cardinal, avant partir. Et répliquay sur lesd. lectres que, quant à S. S., elle n'y avoit poinct d'intérest, estant led. s"" cardinal de qualité plus que requise, et par son chappeau très obligé au S. Siège, qui se repose sur luy d'une légation très importante ; et que je voyois bien que l'Empereur avoit voulu fortifier ses lectres par la conjonction de celles du pape; que la crainte que peult avoir l'Empereur de l'alliance de la seur du roy de France avec le frère aisné dud. s"" cardinal n'est encores bien fondée, n'estant que des bruitz qu'on faict courir, et que, quand bien cela seroit pour advenir, si est-ce que led. s"^ cardinal n'est pas à présumer debvoir jamais faire chose contre le service de l'Empereur ny le bien de l'Empire, duquel il est desjà prince et membre, à cause de ses deux éveschez de Metz et Strasbourg, et disposé pour le dernier à s'accommoder, tant qu'il luy sera possible, à la volonté de S. M., pour y nourrir la paix; et qu'en tout cas led. s"" cardinal estoit prince, faisant si grand profession de rondeur et intégrité, que S. M. pourroit tirer de luy telle asseurance qu'il verroit convenable; que led. s"^ archevesque, par sa response, en pourroit
mectre les fers au feu et seroit suivy, sans pour ce retarder aucunement ny changer sa volonté.
Il répliqua que cela ne pouvoit honestement venir de son maistre, qui descouvriroit vouloir brider la volonté de son chappitre, en nommant le coadjuteur et poursuivant ce qui appartient à cet affaire ; que tout ce que son maistre peult faire est d'asseurer qu'il ne change poinct de volonté, laissant aud. s"^ cardinal à nettoyer les difficultés, du costé de l'Empereur, auquel il peult donner asseurance à son contentement, par le moyem de mons"^ de Bavière, et que, cela faict, il n'y aura pas grande difficulté vers le pape; et qu'il croyoit, quant à luy, que c'est à quoy tend l'Empereur, non pas à refuser du tout led. s' cardinal. Je répliquay que led. s' évesque feist donc ce qu'il avoit promis, et que, si tost qu'il auroit faict sa proposition , pendant que nous traicterions avec les chanoynes, j'advertirois led. s'' cardinal, lequel nettoyeroit aiséement toute ceste diffidence, mais que d'en parler avant cela ny mesme à aulcun capitulaire, il n'y avoit poinct d'ordre. Sur lequel discours estant retourné vers son maistre, il m'auroit enfin faict encores la mesme response, que si tost qu'il pourroit se mettre aux champs, il iroit à Trêves assembler le chappitre et y feroit sa proposition ; qu'en attendant je traictasse avec les plus traittables des chanoines. J'accorday bien durement à Trefves, pour attendre la venue dud. s"" évesque, et de faire sentir par led. s' de Scharfstain lesd. chanoines, me réservant à parler à eux et leur présenter les lectres de S. A., après lad. proposition; aultrement que je travaillerois en vain et ferois mal mon debvoir, à la conservation de l'honneur et grandeur de S. A. et du m 216
S' cardinal , son frère , pour lequel j'avois charge de S. A. de solliciter cet affaire.
Finalennent force me fut de m' accommoder à la volonté dud. s'' archevesque, retournant à S. Maximin, pour y attendre sa venue, de laquelle touteffois je doubtois fort, et faire cependant sentir par led. Scharfstain, tant par le moyem de son frère le doyen que aultrement, ce qui se pourroit espérer des chanoynes, aflfin de recongnoistre les plus praticables pour les gaigner et, par la pluralité, esmouvoir les aultres à ne contredire, quand il seroit temps ; mays, après avoir esté plus de trois sepmaines à S. Maximin et faict tout debvoir de sentir lesd. chanoynes et de supplier led. archevesque par lectres de ne nous tenir plus en longueur, et nous mander s'il estoit pour venir bien tost; qu'aultrement nous perdions temps et faisions tort à ceux qui nous avoient envoyez. Auquel effect j'avois faict aussy une aultre dépesche aud. s"^ cardinal, l'advertissant du peu d'espérance que je voyois en cet affaire, y ayant desjà si longtemps attendu led. archevesque; et touteffois ayant eu response dud. s"^ cardinal de patienter encores quelque temps et faire ce que je pourrois. Après avoir aussy eu response dud. s*" archevesque, adressée aud. Scharfstain, pour me le dire, contenant tousjours la mesme chanson, je me résolu de m'en retourner. Et reprinsmes, led. s*" de Scharfstain et moy, le chemin de Sirq^. Où estant arrivez, led. Scharfstain s'excusa de passer oultre, soubz couleur d'affaires qu'il disoit avoir en Luxembourg ; mays, à la vérité, honteux d'estre descouvert n'avoir pas faict