Le traité de Nemours. "Voyez t. II, p. 332, note
géant les pais et subjeetz dud. s' duc de Lorraine du passage et séjour de l'armée; laquelle aussy bien il estoit résolu par led. s"" roy de Navarre de taire acheminer vers Sedan, comme led. s"" de Glervant l'avoit rapporté aud. s'' duc Casimir de la bouche dud. s' roy de Navarre et de son exprès commendement, tenant ce chemin-là secret à ceste occasion.
Led. s'" de Guitry répliqua à mes objections d'estat, ne voulant point démordre ny entrer en ceste négotiation avec led. s*" duc de Lorraine, que le roy de Navarre et tous les princes, seigneurs et villes de son party lèveroient aud. s"" duc Casimir toute deffiance de ce que je leur avois respondu par toutes les asseurances qu'il en désireroit, dont ilz luy bailleroient la charte blanche.
Sur quoy je luy remonstray qu'en matière d'estat l'intérest surmontoit toutes choses et qu'il n'y avoit parenté, alliance, amitié, ny asseurance et promesse si solemnelle qu'il n'efface par le malheur de la condition des princes de nostre temps; et, quand bien ainsy seroit, que led. s*^ roy de Navarre tiendroit ceste asseurance, dont toutesfois il y auroit à doubter, s'il parvenoit à la couronne de France, qu'ung successeur n'en tiendroit compte envers les successeurs dud. s"^ duc Casimir, contre lesquelz on feroit plustost naistre une querelle d'alemand , ne manquant jamais aux grandz princes de subject pour opprimer les moindres, leurs voisins, et qu'une envie de borner de rechef les Gaules du Rhin les y pourroit assez faire résouldre; bref que je ne leur pouvois conseiller d'entrer en ceste ouverture-là, qui pourroit irriter led. s"" duc Casimir encores plus aigrement que la nouvelle qu'il avoit
eu de luy-mesmes du prochain siège de Sedan.
Nonobstant lequel mien advis, lesd. embassadeurs continuèrent en leur résolution, me priant de n'y estre poinct contraire et d'en rendre capables lesd. s" baron de Dhona et Beutterich, avec les promesses et asseurances qu'ilz m'avoient donné pour eux et moy, dont je m'excusay, ne voulant pas estre porteur d'une si mauvaise nouvelle. Pour quoy ilz s'en adressèrent aud. s"" baron de Dhona, lequel les renvoya aud. s"" Beutterich, à Neydenfeldz, leur asseurant qu'il n'y avoit personne qui le feist mieux et de qui led. s"" duc le receust mieux ; que, s'il goustoit ceste ouverture, il n'en seroit dégousté de sa part, et, au contraire, s'il ne le trouvoit bon, led. s"" Beutterich le sçauroit si bien gouverner par ses lectres qu'il ne s'en feroit que rire, au lieu de s'en courroucer; lequel advis ilz suivirent, prians led. s"" Palavicin d'y aller et d'en faire le discours tel qu'il l'avoit ouy d'eux, désireux de voir led. sMuc bien asseuré pour le service qu'en espéroit la royne, sa maistresse, laquelle, disoit-il, aymoit aussy peu que le roy la maison de Lorraine; ce que feist led. s"" Palavicin avec ung discours doré et enrichy à l'italienne, de sorte que led. s"" Beutterich luy promist d'en traicter par lectres avec son maistre et leur en faire response, qu'il craignoit bien ne debvoir estre du tout à leur contentement, mays que pour le moings il ne gasteroit rien.
Tost après le parlement dud. s"^ Palavicin, led. s"" Beutterich, au lieu d'escripre aud. s*" duc Casimir, me pria par lectres de l'aller voir pour adviser aux affaires. Dont led. s"" duc Casimir m' ayant donné congé, je fuz trouver led. s'" Beutterich à Neydenfeldz,
OÙ il me comnicqua tout ce que led. s"" Palavicin luy avoit discouru, me priant de luy en dire mon advis avant que d'en rescripre à son maistre. Et lors je luy descouvry tout ce que led. s"^ de Guitry m'en avoit comnicqué et ce que je luy avois respondu de poinct en poinct (dont j'avois faict minute, de laquelle il voulut avoir coppie) et que je ne leur avois pas conseilié d'entrer en ceste ouverture-là pour les raisons qu'il verroit en ma minute, ayant esté plustost d'advis de rechercher les moyems de retirer led. s"" duc de Lorraine et tirer quelque bonne somme de luy, en le deschargeant du passage et séjour de l'armée, laquelle aussy bien estoit-il résolu de conduire droit à Sedan, selon la volonté du roy de Navarre. Je laissay led. s"" Beutterich en son lict^ méditer mon discours, et m'en allay disner. Et retournant après vers luy, il me feist mille remerciemens de mon affection et industrie au service de son maistre, auquel il envoyroit ma minute en luy escripvant, affin qu'il m'en sceust tel gré que je méritois; qu'à la vérité, pour le poinct de l'amitié il ne s'arresteroit pas à contredire à cette ouverture, led. s*" duc de Lorraine ayant par une opinion de sa grandeur faict trop peu de compte de l'entretenir comme il debvoit, et qu'ung tel morceau valoit bien de passer par dessus cette considération-là, pour la grandeur du maistre et le bien et advancement de ses principaux serviteurs, dont j'estois l'ung, veu la facilité d'exécuter ce desseing en ceste occurrence de la disposition du roy, et de rafraischir l'armée à cest
1. Beiitterich était malade et mourut le 17 février 1587 (L. II, p. 384).
effect, de moys en moys, de toutes choses ; mays que, quand il eut tourné le fueillet de ma minute et veu le combat dez poinctz d'estat entre Guitry et moy, qu'à la vérité il avoit changé d'avis et me donnoit la victoire, et que, selon cela, il se gouverneroit, en escripvant à son maistre, comme par importunité desd. embassadeurs de France et d'Angleterre et en forme de gosserie, affin que son maistre n'en entrast en cholère .
Ce qu'il feist par moy-mesmes ; et j'en présentay les lectres aud. s"^ duc, lequel les ayant leu et la coppie de ma minute, au lieu de s'en fascher, s'en print à rire et mocquer d'eux, me disant en particulier que ce n'estoit pas sa première obligation au service qu'il avoit receu de moy, mays la plus grande en affaire important du tout le bien et seureté de sa maison, aux propositions duquel il confessoit avec Beutterich que j'avois mieux respondu que luy et tous ses conseillers n'eussent peu faire, et qu'il ne me pouvoit pas faire tant de bien que les embassadeurs du roy de Navarre m'avoient offert, mays qu'il n'auroit jamays bien où je n'eusse bonne part, et qu'il garderoit soigneusement ma minute en son coffre de secretz, pour s'en servir en temps et lieu.
Je le remerciay très humblement et prins, sur ce subject, occasion de luy remectre devant les yeux la promesse qu'il avoit tiré dud. s"^ prince, mon maistre, lorsqu'il capitula avec luy à Freidelzheim, en l'année 1580, pour le secours de La Fère, afifin de s'en servir pour son asseurance, au lieu de l'ouverture desd. embassadeurs, de laquelle il pourroit seulement pratiquer la fin de mon discours pour la négotiation de Lorraine,
affin de leur oster le moyem de faire artificieusement eux seulz avec la force ce qu'ilz n'avoient peu obtenir de luy et à son grand dommage; ce qu'il print par mémoyre, m'asseurant d'y pourvoir à la première occasion.
Quelques jours après, avant que capituler, led. s"" duc Casimir m'appella en son cabinet, après disner, me disant avoir bien pensé à ce qu'il avoit prins par mémoyre de moy et se trouver fort perplex, en ce qu'il ne juge pas qu'il puisse ouvertement excepter led. s'' duc de Lorraine, lequel toutesfois il désire soulager et conserver, veu Testât où il s'est mis hors de sa neutralité par les preuves que Guitry a exhibé, ausquelles il est malaisé de contredire, joinct que led. s"^ duc ne luy en faisoit poinct parler et sembloit se vouloir asseurer en ses armées ; que toutesfois, ayant bien considéré mes raisons invincibles et du tout importantes à la seureté de son estât et maison, il vouloit de soy-mesmes tascher à pourvoir de bonne heure à la conservation de Testât dud. s"" duc de Lorraine aussy avant que par la capitulation il le pourroit honorablement faire, me commendant de luy dire mon advis des poinctz; lesquelz, à tel efFect, pourroient estre glissez en lad. capitulation, tant celle qui seroit faitte avec luy que avec les colonelz, affin de brider, tant qu'il pourra, les mauvaises volontez que les François avoient descouvert par leur ouverture envers led. s'^ duc de Lorraine.
Sur quoy je luy remonstray que, ne conduisant pas Tarmée en personne, comme ses affaires ne luy pcrmettoient pas, et n'y ayant moyem de trouver ung prince d'empire capable de sa place ny espérance
d'avoir led. s"^ prince de Condé, à cause de la jalousie du roy de Navarre, il sera forcé de laisser tomber la charge générale de l'armée en la main de quelque seigneur françoys, choisy par led. s"" roy de Navarre, lequel Guitry et ses compaignons conduiront à leur plaisir, et que, faulte de prince, la charge des estrangers tombant en la main d'une personne de médiocre qualité, n'ayant de la créance ny de l'authorité assez, je ne voyois pas grand moyem d'empescher les effortz artificieux des François, veu notamment que Clervant, qui est asseuré de la charge de colonel général des Suisses, ausquelz il conviendra commettre l'artillerie, les disposera tousjours plus au contentement des François que des Alemandz, pour faire des actes d'hostilité, à la desrobée, sans les Alemandz et avant qu'ilz y puissent remédier. A quoy je ne voyois qu'ung remède suffisant : de disposer les colonelz des reistres et landzquenetz pour le moings au contraire, et s'asseurer bien d'eux, qu'à faulte d'accomplir la capitulation en tous ses poinctz et chascun d'iceux, ilz facent bonne mine de se retirer, suivant la liberté que lad. capitulation leur en donnera par le dernier article d'icelle ; que c'estoit le seul moyem de tenir en bride les François, lesquelz, craignans de se voir seulz exposez en proye, se déporteront d'entreprendre contre led. s"" duc de Lorraine, et, sans lequel moyem, il sera impossible de retenir leurs mauvaises volontez ; encores y prévoyoie de la difficulté de la part de Dompmartin', qu'ilz gaigneroient aiséement, pour le
1. Le capitaine Dommartin, au départ de l'armée, le 5 août, le jour de la montre à Strasbourg, commandait trois cornettes de reitres. (Lettre de Jehan Melander, premier secrétaire de l'armée
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mescontentement qu'il a de son prince et l'espérance qu'il a de se faire colonel ordinaire du roy de Navarre, en obéissant à ses volontez, auquel effect, au besoing, il descouvrira aux Francoys tous les secrets des colonelz et d'ailleurs, à ce que j'entendz, au nombre des colonelz et cappitaines de reistres doibvent estre les s""' Clotz*, Reinott et Josse von Verden-, qui ont naguères, par mescontentement, laissé le party contraire, et, pour s'en venger, seront aisez à gaigner; mays que je croiois que, s'il luy plaisoit en passant les voir et bien emboucher en cet affaire-là, qu'ilz feroient leur debvoir, en estanz bien adverty à toutes occasions.
J'adjoustay, pour remédier aux surprinses et coups inopinez, de faire ung article, que tout ce qui seroit pris et surprins hors le royaume de France appartienne par lad. capitulation aud. s' duc Casimir, pour en
allemande, au duc Philippe de Brunswick; f. fr., vol. 3398, f. 165.) Plus tard, dans le cours de la campagne, il devint lieutenant de la compagnie de reîtres du duc de Bouillon. (État des reistres; f. fr., vol. 704, f. 69.) On le retrouve en 1589, à la tête d'un nouveau régiment de reitres, avec le baron de Dhona, dans une autre expédition en Lorraine. (Lepage, Lettres et instructions de Charles III, p. 251, 268, 272 et 281.)
1. Jehan Glot ou Clotz est signalé dans un rapport autographe de Bellièvre^ daté du 19 juin 1587, comme conduisant un régiment de 1200 chevaux (f. fr., vol. 15892, f. 114). Ce régiment était composé de quatre cornettes de reitres. (Lettre de Jehan Melander, premier secrétaire de l'armée allemande, au duc Philippe de Brunswick ; f. fr., vol. 3398, f. 165.)
2. Christophe von Werden, colonel d'un régiment de 1200 chevaux (rapport de Bellièvre cité dans la note précédente), composé de quatre cornettes de reîtres et de quatre compagnies de lansquenets. (Lettre du duc de Guise au roi du l*"^ octobre 1587; f. fr., vol. 4734, f. 318.)
disposer à son plaisir, affin que, si les Françoys se saisissoient à l 'improviste ou aultrement de quelque place en Lorraine, ilz feussent tenuz de la luy délivrer ou à ses serviteurs, lesquelz donneroient ordre de la faire restituer aud. s"^ duc de Lorraine. Davantage, qu'il estoit expédient de tenir roide au chemin de Sedan, proposé et conclud par led. s"" roy de Navarre mesmes ; et si on ne pouvoit divertir le duc de Bouillon de ce voyage, au moings on gaignast ce poinct sur luy d'attendre l'armée à Sedan, affin de l'obliger à ce chemin-là ; qu'à cet efFect j'estois d'advis de tascher à obtenir dud. duc de Bouillon son artillerie, qui est fort bonne et qui seroit aultant d'espargné, pour contraindre les Françoys à tenir ce chemin-là et leur oster tout moyem d'intimider les places de Lorraine par le canon. Qui plus est, ne permettre la place-monstre en Lorraine, qui donneroit trop de loisir aux François d'entreprendre tous les jours sur les places de Lorraine, qui sont presque toutes ouvertes et fortifiables, mays bien en l'évesché de Strasbourg', pour de là monter la montagne- et dresser la teste le long et des deux costez de la Sarre, pour aller passer la Mozelle, à la faveur de Metz, par l'intelligence des deux roys, entre lad. ville et Thionville; et que, quand l'armée seroit à Sedan, on l'employroit si bien devant et derrière et aux deux costez que les Françoys trouveroient
1. Les Allemands commirent de tels désordres dans l'évêché de Strasbourg et dans le bailliage de Hanau, que l'archiduc Ferdinand d'Autriche porta plainte, le 26 août, à l'assemblée de Bade. Son mémoire est conservé en copie dans le f. fr., vol. 15574, f. 33.