Sarreguemines (Moselle
2. Edouard de Bade, né en Angleterre le 16 septembre 1565, épousa Marie d'Eichen, se rendit célèbre par ses goûts futiles et sa passion pour le luxe, et mourut presque ruiné le 8 juin
sa maison et la restablir en son ancienne splendeur, estant l'aisné de la maison de Baden, en espérance de la remectre en son entier, le marquis de Dourlach', puisné d'icelle, n'ayant poinct d'enfant ny héritier qu'ung frère, fraischement marié à une fille du comte RingraveFédéric. Pour à quoy parvenir, il fut conseillé d'embrasser une occasion qui se présenta pour suivre l'archiduc Ernest d'Austria^ en Flandres, ayant cet honneur d'appartenir à ceste grande maison, et avec ung petit train y faire petite despense; et, pendant son absence, de son espargne payer ses debtes. Auquel effect il fut aussy conseillé de choisir pour administrateur et gouverneur de sa maison et affaires, pendant son absence, ung des Fugger d'Augbourg, grand mesnager. Lequel à la faveur de mons' de Bavières, oncle et tuteur dud. marquis, entreprist ceste négotiation et, par contraict, se chargea d'acquitter lad. maison de Baden, dedans ung certain nombre d'années, et fournir par chacun an aud. s"^ marquis Edouard une somme d'environ 25,000 florins, pour son entretenement en Flandres près dud. s' archiduc Ernest; qui estoit à la vérité le plus beau moyem de remédier à ceste grande maison, qui s'en alloit perdre!
Ce qu'ayant led. s' marquis bien exécuté et estant en son voyage, led. marquis de Dourlach, son cousin et puisné de sa maison, en hayne de ce que led. mar-
1. La marquis de Dourlach, cousin du marquis de Bade, réussit à prendre possession des états de Bade et y resta jusqu'en 1622, date oîi il fut condamné par sentence impériale à les restituer aux enfants de Edouard de Bade et de Marie d'Eichen.
2. Ernest d'Autriche, né le 15 juin 1553, quatrième fils de l'empereur Maxirailien II, gouverneur des Pays-Bas au nom de Philippe II, dont nous avons parlé p. 359, note 4.
quis, estant catholique, ne s'estoit voulu laisser aller à faire changement en la religion, auquel efîect led. s''duc Casimir l'avoit auparavant aussy fort sollicité en vain, poussé par led. s"^ duc Casimir, irrité de ce qu'il alloit au service dud. s"^ archiduc, contre les Ilolandois qu'il favorisoit, cntreprint, contre son naturel, de s'emparer de Testât dud. s"^ marquis Edouard. Auquel effect, favorisé dud. s"^ duc Casimir et d'aultres princes protestans, estans besoing d'aultres subjects que du changement de la religion, il fut conseillé de prendre, pour couleur et prétexte de son entreprise, ung tort qu'il prétendoit estre faict à luy et à la maison de Baden, d'avoir, par led. s"" marquis Edouard, estably ung estranger au maniement et congnoissance des secretz et affaires de lad. maison, dont tous les tiltres et enseignemens estoient dedans les archives du chasteau de Baden^, où led. Fugger^ faisoit sa demeure et lequel il réparoit, en sorte que c'est aujourd'huy une des plus belles maisons d'Alemaigne; prétendant, led. marquis de Dourlach, que ceste charge-là luy debvoit appartenir et estre déférée par son cousin; de laquelle charge néantmoings il se déclaroit incapable par son ambition. Et de faict, en l'absence de sond. cousin, il surprist en armes led. chasteau de Baden, se saisit de tous les tiltres et riches meubles qui y estoient et en chassa tous ceux qui estoient dedans ; et, en conséquence de
1. Il y a deux châteaux à Bade, tous deux célèbres, l'ancien et le nouveau. L'ancien est une construction de l'époque carlovingienne qui a été détruite à la fin du xvn^ siècle. Le nouveau, achevé en 1579, dévasté aussi au xvn^ siècle, a été rebâti depuis.
2. Fugger, famille de banquiers d'Augsbourg , célèbre au xvi" siècle par sa fortune.
cet acte, se saisit entièrement de tout Testât dud. s' marquis Edouard. Lequel, en estant adverty, retourne en diligence en ses terres du comté de Sponheim et de Roomarch^ Et, ne voyant aultre moyem d'en avoir la raison que par les mesmes armes, ses plaintes et poursuittes vers l'Empereur prenant ung trop long traict, se résolut de venir à Nancy visiter S. A., son parent et tuteur, avec led. s' duc de Bavière, ayant avec luy le chevalier de Baden^, son frère. Et, pendant son séjour près Sad. A., pratiqua deux gentilzhommes lorrains, faisant ordinaire profession des armes, selon leur liberté, qui estoient le baron de Boppart, s' de Ghasteau-Baillon, et le s"" de Vannes, depuis gouverneur de Thoul, gentilzhommes à la vérité capables de ceste charge. Et, ayant sceu que j'estois à Nancy et souvent ouy parler de moy aud. s' duc Casimir, près duquel il m'avoit veu quelquefois, me feist prier de le voir. Et, s'estant descouvert à moy de son intention, comme il avoit faict au s' Le Théher, secrétaire de S. A., m'en demande mon avis, que je luy déclaray conforme à son dessein, sur la congnoissance que j'avois de son estât; et, quant ausd. gentilzhommes que, pourveu qu'il en feust bien asseuré, je croyois qu'ilz feroient bien ses affaires; que led. s' de Boppart estoit parent dud. s' de Bassompierre, par lequel tant pour luy que led. s' de Vanves, il feroit trouver bon ce qu'il entreprendroit, afïin d'éviter à toute difficulté, comme aussy il devoit faire, de sa part, où il appartenoit et sans bruit.