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CHAPITRE III

L'Assemblée constituante, après avoir offert au monde le spectacle sublime d'aune réunion de sages travaillant au bonheur des hommes , venait de se déshonorer par la révision de la constitution. L''intrigue et la peur avaient fait perdre la plus belle occasion de fonder la république sans effusion de sang , lorsque le roi , parjure à ses sermens et prisonnier du peuple à Varennes , n'avait plus aucun cœur qui fût à lui. L'intrigue et la peur rédigèrent, après le massacre du Champ de Mars , cette constitution qui donnait au peuple le désir , au Roi le moyen de la détruire, et qui , par conséquent , devait crouler sous les efforts de tous les deux. CVst encore la peur qui venait de faire décréter la réunion d'une législature , lorsque la politique des réviseurs semblait présager une plus longue durée du corps constituant. Il n'est pas un seul événement , dans la révolution , auquel les passions basses n'aient concouru comme les vertus fortes , et celuilà connaissait bien le peuple français qui, pour l'armer contre la tyrannie, imagina le conte des brigands et lui fit peur.

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L^Asseinblre le«>islativc, dès son (l('l)iil, indiqua la mesure de sa faiblesse : après avoir décrète (|iroii ne donnerait pas au roi le titre de majesté , elle rapporta son décret le lendemain. L'indignation me Ht écrire quelques Ceuilles dans lesquelles je prouvais parla constitution que le seul titre de Rdl (les Français appartenait à Louis XVL Cet écrit mVst cher , parce qu'il l'ut Toccasion de ma connaissance avec François de NeufcJidteau, Je viens délire que les dominateurs Tout fait enfermer à TAbbaye avec Cliampfbrt et Barthélémy, ils proscrivent doncî tous les talens. Les vertus aimables de ces trois philosof)hes, les infortunes et la frêle santé du premier, le patriotisme attachant du second (pii , certes, avait lait plus d'une conversion, et le f^^oyage d^Anacharsis^ ouvrage immortel du troisième, n'ont pu leur faire pardonner le malheur d'avoir de l'esprit et une raison clairvoyante.

Bientôt il s'éleva , entre JNLartin , d('|)uté des Bouches-iht-Rliône , et Mourailles qui lui succédait à la mairie de Marseille , une dispute qui donna lieu à de grandes injustices. Des lettres de Martin, trouvées ou interceptées, prouvaient (ju'il soutenait encore le régiment suisse d'Ernest , dont les plus jeunes otliciers avaient récemment troublé la ville, et qu'il n'aimait ni les clubs, ni Chabot. (]ette dernière opinion , si elle était fbnd('e sur la crainte des excès dont il était facile de prévoir que certaines sociétés et Chabot seraient les partisans , était trèsjuste; la première nel'c'tait pas. On jugea l'une par

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raulro. IMouraiilcs v\ ses partisans ne virenl (juc J;i justification des Suisses, les eliibistes que les sarcasmes contre les clubs, et clincun cria. \\i\ cris succédèrent les persécutions; on [)erse(Mit;i ions les amis de Martin, cl il fut impossible à ceux même qui jouissaient de la confiance publitjue de rien dire dans une affaire qui aurait du naturellement se terminer par un accommodement.

Cette brouillerie de Marseille avec son ancien maire la priva d^un défenseur sinon éloquent, du moins très-propre aux affaires ; aussi ses intérêts commencèrent dès-lors à souffrir. Gr<^/2^^ ne pouvait rien ; et parmi les autres députés du département, Deperret , étranger à des questions commerciales par son éducation, et Antonelle par ses goûts, étaient incapables de défendre ses droits. On se proposa dès-lors de m'envoyer à Paris , en qualité de député extraordinaire , et bientôt les circonstances nécessitèrent cette députation.

Il sVtait formé, dans la ville d'Arles, un foyer de contre-révolution : les patriotes étaient fugitifs , les aristocrates retranchés. LVssemblée électorale de 1791 avait bien fait quelques tentatives pour dissoudre ce noyau , mais la cour les avait rendues vaines par des proclamations; audacieux de leur impunité, les rebelles s'étaient emparés de la tour Saint- Louis , seule défense d'une des bouches du Rhône, et de-là pouvaient favoriser la descente des ennemis , tandis que les papistes d'Avignon et du Comtat , les fanatiques de Nîmes et les révoltés de Jalès au-

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raient lavorisr leurs |)ro«;r(\s dans rinU'ricur. Marseille s^ilarina de cette coalition et la ch'nonea; elle dénonça le directoire dudc'partenient , tjui n'avait rien lait pourTeiripècher; elle dénonça les injustices particulières de ce corps adniinistratifsur une foule crohjets , et ]o conseil gênerai de la commune nous chargea , Lofs, ollicier municipal , et moi , de porter ces dénonciations à TAssemblèe législative.

Nous partimes le 4 lévrier ij^l'î. ^^oys n'avait ])()ur vertus civiques ([u\me grande exaltation : (rai)()rd gendarme, ensuite avocat, jmis fou, enfin révolutionnaire, il sVtait jeté d'Arles à Marseille dans IVspoir dy trouver une tribune, des places et de Fargent; îandis que son frère, par le même motif, suivait une carrière contraire et se mettait à la tète des aristocrates arlèsiens. Au reste il n'avait aucune opinion [)olitique; mais ambitieux, il avait retenu de ses lectures ce qui pouvait flatter soîi and)ition , et il pensait irès-sèrieusement à la dictature, au protectorat, au triumvirat, institutions qui, selon lui, convenaient fort à la nation Irançaise. Sans les travers de cet homme , mon voyage , quoique trèsrapide, aurait èt(* fort ennuyeux.

Le premier jour il ne mVnlretint que de son aptitude aux grandes places, et me récita tous ses ouvrages sans en excepter un madrigal à une comédienne, et un discours à M. r('vèque. Il me soutint ensuite que la constitution de Home avec son sénat aristocratique et ses plébéiens délilx'rant dans les rues et sur les toits, comme au temps des Gracches,

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e'iait la coiislitulionla plus j)liiloso|)hique, et que le peuple français, pour elre heureux, devait faire la guerre à tous les peuples depuis les Turcs jusqu'aux pauvres Lucquois : je riais encore de toutes ces folies quand nous arrivâmes à Paris.

Nous parûmes à la barre : Loys lut la dénonciation de la commune , à laquelle il avait joint une dénonciation contre son propre frère. Les uns croyaient que c^etait héroïsme, les autres barbarie; ce notait au vrai qu'un jeu, car peu de temps après, Loys, très-malade par suite de son inconduitc , me quitta précipitamment pour aller dans le midi , où tout fermentait, favoriser l'évasion de ce même frère qu'il avait accuse'. Après celte fugue , les Marseillais ne voulurent plus le voir; il ne reparut dans la ville que lorsque l'anarchie y dominait ; il la quitta lorsque l'ordre y renaquit , et , guide par son impulsion vers la dictature , il vint a Paris se faire membre du comité révolutionnaire du 5 1 mai , participer à l'arrestation des députés , et s'offrir en otage avec quelques autres brigands pour la sûreté de ces honorables proscrits, comme si le crime pouvait jamais répondre de la vertu.

Je restai donc seul chargé des affaires de Marseille. Un premier décret manda le directoire du département des Bouches-du-Rhône à la barre , et sauva le midi; caria majorité des membres de cette administration favorisait ouvertement lés révoltés d'Arles. Un second décret déclara cette ville en rébellion ; mais, trop tardif, il ne servait qu'à léga-

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User IVxpc'dition n'volulioimaire par laquelle /(cbccqui f membre du conseil gt'neral du d('[)art<'ment, avait détruit ce foyer de conspiration.

Lon«>-temps avant mon départ pour Paris, je iTavais cesse de peindre aux corps administratifs les dangers que courait Tancienne Provence par la rc'volte d'une «Aille maitrcsse de la navigation du lUione. Depuis mon arrivée, je ne cessais de tenir le même langage dans toutes mes lettres; et certes, il était permis de croire aux projets contrc-revolutionnaires des Arlesiens, lorsqu'on les avait vus sVmparer de la tour Saint-Louis, et enrégimenter dans leur ville les misérables fanatiques, dévastateurs de INîincs et des campagnes de Jalès. J'avais publié deux Mémoires pour d('voiler les attentats de cette faction qu'on appelait la chiffonne j du nom de la maison où s'assemblaient ses cbefs, ou peut-être parce qu'elle avait adopté pour signe de ralliement un petit siphon y que les paysans a|)pellent chiffon ', signe que les liommes portaient en or ou en argent à la boutonnière, et les femmes de qualité sur leur sein au milieu d'un entourage de diamans. D'vVntonelle venait aussi depublier un écrit qui lui fit pardonnerson longsilertce ; mais des Mémoires ne remédiaient à rien. Rebecqui le sentit et marcha contre Arles.

La révolution n'offre pas d'entreprise plus hardie. Il y avait à Aix un régiment suisse qui pouvait s'opposer au passage des Marseillais, ou se joindre aux troupes rassemblées dans Avignon pour les prendre

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en (|ueu{\ On résolut de (Ic'sanncr ee régirnenl, et on le désarma. Je ne sais qui conduisit cette première expédition : on assure que les Marseillais nVtaient guère plus de mille hommes. Mais on disj)Osa si bien les canons, on occupa des postes si avantageux, que le régiment suisse d^Ernest, après avoir inutilement parlemente, mit bas les at'mes, (*t que ses olFiciers rendirent leurs èpèes. Il faut louer Piijet de Barhantane y qui commandait à Aix, d''avoir empêche PefFusion du sang. Le roi le destitua; mais applaudi par TAssemblee législative, il ne tarda pas à reprendre son commandenient (i). Tel fut Pefiroi de la cour à la nouvelle de ce désarmement , qu'on fit marcher de suite vingt-deux bataillons contre les Marseillais. Pourtant M. Cahier de GewUley ministre de Fintérieur, mWait assuré peu de jours auparavant que M. de Narhonne ne pouv^ait lui fournir un seul régiment pour Fenvoyer contre Arles rebelle. On a dit que M. Cahier de Gerville était un honnête homme : je le veux; mais cVtait de cette honnêteté qui s'obstine à ne jamais voir le mal, ou qui s'enveloppe de petites formes pour s'excuser de ne l'avoir pas réprimé.

C'était fait des Marseillais si, fiers de leur victoire, ils avaient couru sur les Arlésicns. La prudence les fit retourner dans leurs foyers où ils emmenèrent À

(i) Les éclaircissemens historiques renferment, sous la lettre (B), des détails et des pièces qui expliquent la conduite de M. de Bar- wL bantane dans cette circonstance difficile. {Note des édit.)

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\c directoire du deparlciiieiil. Le conseil gênerai s\*tait assemble' et s^occupait de la conspiration d'Arles : on nomma Rebccqiii c{ Berlin connnissaires pour examiner IVlat de cette ville, en les autorisant à recpK'iir des gardes nationales pour leur sùrelc». l{eh(»c([ui requit quatre mille liommes, cinquante pièces de canon et six barques pour remonter le lîhône, armées de canons de vingt-quaire. Il prétendait ([ue toutes ces forces étaient nt'cessaires pour la sùretè des commissaires; etbravant U'igenstein qui rassemblait dou/e mille hommes au [)ont Saint- Es|)ril, bra\aiit la forte garnison dWvignon et ses eontre-revolutionnaires, et les chiilonistes d^ Arles, et les fanatiques de INîmes, n\*coutant aucun ordre supérieur, ne repondant à aucune lettre , ni des gen(*raux, ni des commissaires du roi, ni des departemens voisins, renversant tous les obstacles, il s\ivanea fièrement sur la ville d'Arles et la réduisit. D('jà les ministres croyaient voir Ilebeequi aux barrières de Paris, et les ignorans de cette ville, qui sont en grand nond^re, demandaient si la flotte arriverait ])ar la Seine.

dépendant je poursuivais, devant les comités des rapports et de sûrett» générale , la |)uniti()n Ak^^ conspirateurs. Le district, la municipalité d'Arles, les connnissaires du roi étaient inandc's à la barre; et tous l(»s soirs, dans les conférences des comités, je me trouvais l\ côl(* de mauvais citoyens qui défendaient leur cause par le mensonge et nVtaient que tro[) appu\(«s par les députés feuillans, [)lus exacts

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«lux S('cjnces que les nu 1res. Il nV avait que deux adminislrateurs du dislrict cl Irois oilieicTS municipaux dont la conduiUî fût louable; je me félicite do les avoir dcCendus et de leur avoir fait accorder depuis, par la Convention , une juste indemnit(* : j(î suis sûr qu**ils ne m^ont pas oublie ; mais je nVn ])uis dire autant des autres Arlesiens connus sous le nom de Monaidiers. Pour eux j''ai, pendant deux mois, suivi les conférences chaleureuses des comite's qui se terminaient souvent par des rixes , dans Tune desquelles Grangeneui>e^ assailli par Jouneau, faillit perdre la vie. Pour eux j''ai dépouillé plus de quinze cents pièces, j^en ai établi les concordances , et dressé le tableau analytique, ouvrage sans lequel il était impossible de faire un rapport. Avec eux j^ai entretenu dans ce temps une correspondance, où je ne leur parlais pas seulement de leur cause, mais de tous leurs intérêts et des moyens de réparer les maux de leur guerre domestique. Je m''étais attaché à eux comme un frère à ses frères , comme un ami à ses plus cliers amis ; et cependant, lorsque les anarchistes de Marseille m''ont proscrit , il ne s'est pas élevé dans Arles une voix pour son défenseur; au contraire Arles a adhéré à la proscription, et, comme si Ton eût craint que je rendisse encore à ce pays quelques services, ses administrateurs ont refusé de me donner des renseignemens, lorsque je me suis occupé du dessèchement de ses marais, de l'exploitation de ses salines , de sa navigation aux bouches du Rhône toujours encombrées par les

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