‹ Mémoires (inédits)Chapitre 2 sur 27 · CHARLES BARBAROUX · texte numérisé non relu

CHARLES BARBAROUX

Jr ILS d'un conventionnel membre du parti de la Gironde, jVlèvc la voix pour raconter la vie de mon malheureux père ij^aurais bien des calomnies à repousser, bien des erreurs à détruire; je laisse ce soin à mon père lui-même , et je renvoie les lecteurs de bonne foi à ses Mémoires. Je ne ferai de cette notice qu'un simple récit , et non im écrit polémique. Je ne me flatte pas d^uneimparlialitcsloïque , car je parle d"'un père; mais depuis long-(emps le malheur a détruit toute vanité chez les miens et chez moi; et, si je me livre à des louanges exagérées , qu'on ne Tattribue point à Torgueil , mais à la vénération que j''eus toujours pour la mémoire de mon père.

Charles-Jean-Marie Barbaroix naquit h Marseille le 6 mars 1767. Son aïeul était capitaine dnns

1] NOTFCF.

la Tnarine marchande ; son prrc urfrocluni. Des mallKMirs, dont je ne ferai pas le r(*cit, forcèrent celui-ci à passer en AmeriqiKî darts Pesperance de rétablir sa fortune. Une des èpidcfmies fréquentes à la Guadeloupe Pemporta peu (Pannees après.

Il avait laisse son fils aux soins de Catherine Pons, sa femme, qui , se voyant veuve bien jeune encore, se retira dans sa famille, et se voua tout entière à rèducation de Fenfant sur lequel elle fonda dèslors toutes ses espérances.

Barbaroux entra fort jeune au collège des pères de rOratoire à Marseille. A quinze ans il avait achevé son cours de physique et gagné une bourse fondée par M. de Matignon ; il sortit du collège à 16 ans.

Cependant sa mère avait cru devoir lui donner un protecteur , et s^était mariée en secondes noces à un homme de loi. Au sortir du collège , Barbaroux , quelle destinait au barreau , entra dans Tétude de son beau-père.

La littérature et la poésie suffirent quelque temps à le distraire ; mais son goût Fentraina plus impérieusement vers les sciences , et ses délassemens les plus chers furent Fétude de la minéralogie , de la physique et de la philosophie.

CV'tait le temps où les phénomènes de Félectricité venaient d'être expliqués par Francklin. Barbaroux en étudia les effets dans la médecine , inventa un électromètre, et correspondit à 17 ans avec les auteurs du Journal de physique. Plusieurs mémoires de lui , contenant des observations justes et des dé-

SUR BARBAROLX. IIJ

couvertes intéressantes , furent insères dans ce recueil.

Sa bisaïeule lui avait laissé en héritage une petite terre située au villa^^e cfOilioules , près de Toulon. Ce villai^c est adossé à de hautes montagnes e('lèhres sous le nom de f^aux (VOllioales, Ce sont de onmdes masses calcaires terminées par trois monlaones volcaniques. La propriété de Harharoux était située sur le penchant de Tune d'elles. La beauté pittoresque du site , Tadinirable vue qui s^ déploie rinspirèrent, et ses plus beaux vers furent écrits à Ollioules, ou inspirés par le souvenir de ce b<'au lieu (i). Mais a cet élan rapide succédèrent les réflexions derobservateur. Barharoux , qui avait été conduit à Tétude de la minéralogie par la recherche des elièts de Télectricité sur les verres na- I urels et les pierres , parcourut ces volcans éteints (2), les décrivit d\me manière plus exîicte que neTavait fait M. de Saussure, et publia ses observations dans le Journal de physique.

(1) Dans son Voyage dans Le Finistère , Carabry Uansciit en entier , tome II, p. 009 , une ode de mon père sur les volcans , qui contient plusieurs strophes dune grande beauté. Elle fut composée pendant sa proscription, dans Tasile oii il t-tait caché près de Quimper.

(2) Aujourd'hui cette qualité leur est contestée, et les savans sont partagés sur la question de savoir si ce sont des produits trapéens ou volcaniques. Le mémoire de mon père à cet égard , s'il était relu , pourrait dissiper tous les doutes. Il suivit avec la plus grande attention les courans de la lave, et en décrivit tous les phénomènes.

Page 1