‹ Mémoires (inédits)Chapitre 20 sur 27 · I:T I'IKCES OIFICIKLLES. IO · texte numérisé non relu

I:T I'IKCES OIFICIKLLES. IO

environ soixante pas vis-à-vis la tèle Ac la colonne, (ri le reste do leurs canons était placé de manière à nous prendre par le Hanc en cas que nous eussions déhouclié de cette riu% Je dis au t^énéral que c'était une marque hostile; qu'il devait leur ordonner de retirer leurs canons, ou que nous allions marcher dessus. Il l'ut parlementer avec eux , et revint me dire qu'il n'y avait rien à faire avec ces gens-là , qu'ils n'entendaient point laison, et qu'il allait à la municipalité. Je lui dis de rester avec nous et d'y envoyer son aitle-dc-camp. Quand le maire et quelques olliciers municipaux lurent arrivés , il lut l'ait ime réquisition de rentrer au quartier. On logea chez les particuliers celle armée, et dès ce moment tout fut tranquille dans la ville. A tout instant et de tous certes il venait des gens armtis (pii furent logés dans la ville.

1) \ ers les «piatre heures du soir, le général vint dire de faire marcher 200 honuues par réquisition du départemenlà la maison commune à leur disposition. Au moment du départ de ce détachement , arrive une réquisition du département qui demandait un bataillon. liC général marche en ville à la tête de ce halaillon ; arrivé auprès d'une rue qui aboutissait à la place de la maison commune, le maire cl les ofliciers municipaux en échai-pc se trouvent là et nous crientd'arreter. Aussitotlebataillonfait halte. La municipalité nous apprend que si nous avions marché encore un instant, nous nous trouvions engagés dans un coupe-gorge complet; et il y eut des pourparlers entre eux et le général. Cela dura jusqu'à l'entrée de la nuit. La municipalité lit alors une réquisition de nous faire 1 entrer au quartier. Au moment oii nous nous mettions en marche pour nous en retourner , arriva la garde que nous avions à la maison commune , mais désarmée. Chemin faisant pour rentrer au quartier, je dis au maire et au général de faire replier tous nos postes qui allaient sans doute avoir le même sort que celui de la maison commune : ils me répondirent qu'ils ne pouvaient point le prendre sur eux ; qu'ils nous acrompagncraient jusque dans notre (juarlicr , qu'ensuite Us iraient à la maison commune povir s'occuper de ce qu'ils auraient à faire. Je dis à un oflicierdu régiment de se rendre à tous nos postes , et de leur ordounei de ma part de ne pi»s faire de résistance si ou venait en force leur demander les armes. A peine eut-il le tenq\s de le leur dire qu'on vint successivement en linccpourlesflésarmrr tou?'; excepté ccluidc 1h poitc Î)ainl-Jcan,qx\i

loS KCI.AIRCISSKMENS HISTORIQUES

<'t;iit le posle \r. plus piès dcî noire quartier , Iccpu;! l'ut retiré aUna \y,\v une réf|iiisitioii fpn; je reçus de l';iire rentrer Ions nos postes; ])en(ianll;i nuil il ) <'iif dj liriiil: on Ijallit la j^enciale; on remua (lu canon; le généial <l son a idc-dc-cainj) passèrent la nuit avec nous au quartier. A niitiiiit il lit partir pour Toulon un de nos ofliciers avec une lettre pour .M. de Coincy.

» Le lundi, vers les sej)l heures , on vit faire toutes les dispositions hostiles autour de nous. On plaça des troupes et du canon dans tous les environs du quartier. Le général voulut l'aiie venir la municipalité ; elle ne vint point , mais elle lui envoya les articles du décret qui pouvait avoir quelque rapport à notre situation ; d y eut des pourparlers entre le général et le commandant de cette armée ; les Marseillais voulaient que nous partissions sur-le-champ, ^iulrc réponse fut que nous partirions aussitôt qu'on aurait des chanettes pour nos équipages; un instant après ils voulaient que nous sortissions la baïonnette dans le fouricau , et que nous leur livrassions nos munitions; un moment après ils demandèrent à parler à quelques sergens , caporaux et soldats. Nous leur en envoyâmes dix de chaque grade. Ils revinrent nous confirmer les propositions précédentes , et nous dirent qu'on leur avait fait encore d'autres propositions étonnantes. J'envoie cinq sergens ou caporaux leur dire que nous tenions à notre seule proposition. Un caporal député revint au quartier nous dire qu'ils avaient été arrêtés; qu'on leur avait pris leurs sabres ; que lui s'était échappé ; qu'il n'avait point voulu abandonner le sien, et qu'on' lui avait tiré trois coups de fusil. Pendant ce pourparler il y eut deux ou trois coups de canon qui portèrent par-dessus nous , et plusieurs coups de fusil autour de nous , dont un blessa mortellement une de nos sentinelles , à la porte du quartier. Avant ces actes hostiles nous sûmes qu'on ne voulait plus nous laisser partir que désarmés. Enfin à midi le général nous dit que , vu les choses actuelles , et que n'ayant pas voulu sortir à leur première proposition, il laissait à notre prudence de prendre le parti qui nous conviendrait, et qu'il ne nous quitterait pas. Là-dessus je rassemblai les officiers et leur dis , en présence du général et de M. d'Olivier , lesquels m'avaient donné tout pouvoir dans ce moment critique : « Allez dire aux compa- « gnies qu'avant éprouvé, dans d'autres circonstances , leur atta- » chement en moi , j'espère tout de leur docilité ; qu'elles se tien-

i;t iMKCKs (>FFicri:i,Li:s. \0[)

» nriil pirtCNii t:\L'.ni!iT ctr <{ur je vais liMu coniin.'Jiiilor. » Kl puis , iriHdrrssant encore :ui ^ciiéial cl à M. d'Oliviu , ji- Irur ilis : « N'ohl-co pas, vous y consonlc/.? » Hs me diitiit : « (.)ui , à lout n Cl' (pic VOUS voudrez. I!li Iticti , leur dis-jc , voici mou avis, vi y> je vous ordonne de le suivie connue suboi donnes : j'aurais désué, )) eoinine vous , de périra la tète de ce hrave ré|^inïent ; mais eoinnn* » clicret maître de sou sort j'en suis responsable au canton , et ne n puis vouloir faire périr sans utilité 900 de ses sujets. Le régiinenl » est eu l''raiu:e pour délcndi (! le royiiuinc, «t udu poiu- détruire » des citoyens français: ils nous tliMuandent nos armes, je vous » ordonne donc , et que personne , sous peine de désobéissance , ne » me réponde un mol ; je vous ordt)nne, dis-je , de dire aux sol- » dais que moi je leur ordonne , et à ma seule responsabilité , de » poser les aruus lorsque Tordre en sera donné. » Ils furent !•• dire a. IX eompaj^nies. Ijcur réponse fut qu'elles m'obéiraicnt en lout , et ((ue leiu- vieétail à ma disposition. Alors je dis au général . Aile/ dire au ct)mmandant de celle année que je lui remets toules les armes du r('gifucnt , s'il me donne par éei it sa parole qu'oïl nous les rendra , et (ju'ensuite le régiment partira pour l'oidon. Col accord est réglé. J'ordonnai, il était une lieurc , de ilcpo.^er les armes et les gibernes contre les murs. Les officiers ayant gaulé leurs sabres, le général conseilla de les poser à l'endroit où étaient les armes , ce qu'ils firent pour éviter toute liistoirc à ce sujet. Le général me demanda si je croyais qu il dut sortir avec nous, ou rester ; je lui dis de rester au ({uarlier pour veiller à nos armes et pour expédier nos équipages. Il me répondit : Je vous joindrai en route , et j'irai faire votre logemenl à Roquevairc. Nous sortîmes à une heure, emportant nos drapeaux , sans aucune insulte , et accompagnés de plusieurs de leurs chefs qui se mirent à notre tète pour notr<' sûreté , et qui ne nous quittèrent (pie lorsque MOUS eûmes dépassé leurs postes, aprèsavoir marché quekjues cents pas. Le régiment arriva à Roquevairc vers les sept heures du soir; au lieu d y coucher , nous en partîmes vers les dix heures de la niMl, et nous arrivàmesauBeausit vers les six heuresdu matin. Nous v restâmes jusqu'à deux heures après midi , puis nous fûmes k Blioules oii nous arrivâmes vers les six heures du soir. Nous y avons trouvé , d'après les ordres de M. Coincy et des corps admi-

MO J ( I.UI'.CLSSJLMKNS H I STO H K^t liS

iii.slr;ilir.s , l'clapc , de hoiis logcnien» , <;l ]>om ;i(:<;iicil |>.ii les hal>llaiis.

» Fuit à Blioutcs, près de Toulon , le i'-^ mars 17<m.

)) CoiifoniKî à la copie; qui iii'(;st envoyée par M. Ii;ii tliclcmv , ambassadeur de France près de la ligue helvétique ,

» Le ministre des aHalres étrangères,

» Signé DuMoi'KiEZ. ))

Mémoire justificatif du général Ililarion-Puget Barbantane , ionqu'il dut être soumis à une Cour martiale , après le désarmement du régiment d'Ernest.

«. Avant la révolution, j'avais dans mon cœur le sentiment vif et ardent de la liberté. Ceux de justice et d'égalité que nos nouvelles lois ont établis y étaient aussi profondément gravés ; j'avais en horreur l'esclavage des cours , et les vices de ceux qui les habitaient; toutes les aristocraties quelconques me paraissaient un joug insupportablcpour le peuple. Ces sentimens et ces opinions me rendaient bien étranger aux hommes qui m'entouraient : nous n'étions pas faits pour nous entendre.

» La révolution étant arrivée, et toutes les chaînes ayant été rompues , alors j'ai pu donner l'essor à ces mêmes pensées , à ces mêmes sentimens qui m'ont porté avec impétuosité à la conquête de la liberté; j'ai senti toute l'énergie que ce sentiment allait donner aux âmes, et j'ai vu quelle carrière de prospérités il allait ouvrir à la France.

» Pénétré fortement de ces sentimens, j'y livrai mon ame tout entière ; je passai les premières années de la révolution au sein de la capitale, au centre par conséquent des grands événemens , et auprès des hommes qui pouvaient le plus influer sur leur direction : des séances de l'^A-ssemblée nationale , je passai à celles des amis de la constitution ; je suivais aussi beaucoup de conférences particulières. Pendant le cours de ces grands événemens , j'eus le temps de me dégoûter souvent des hommes; mais les lumières que je reçus des discussions, des conversations particulières , m'attachèrent Ce

i:t pii;(:i:s oi ficiki.i.ks. i j i

iilus CM |)lus à ilt'slrci rL'ta])llssciii('Ml dos lois univcrsi'llcs (|ui devaient rcgt'iicicr une grande nation : ma santé lut telli-inent altérée de tant d'occupations et de tant d'agitations , (lur j eus l'aninluuie «relie l'orcé d'abandonner les assemblées et le cours de leurs travaux.

» nientolde nouveaux devoirs m'appelèrent ; la guerre était au Mioinenl d'éclater. 1/on nie donna uiu- commission sur les Irontièrcs du Nord: je ne pus la remplir, ma santé étant devenue plus mauvaise; craignant alors <le ne pouvoir braver les climats IVoifls et Iiumides , je demandai à diriger mou zèle et mon patriotisme vers le Midi ; si j'eus le regret tle penser que je m'éloignais des parties de nos frontières oii l'ennemi paraîtrait le plus t«^t , je m'en consolai par la confiance que, si nous éprouvions qucl- (jiies échecs dans ces contrées , la bonne contenance des ilépartcuïcns mériditmaux sauverait la révolution, et pourrait être utile aux orages de ce pays. Je quittai donc les rives de la Seine, pour me jiorter sur les bords du Rhône.

» Je fus attaché à la huitième division militaire , renfermant les iK'partcmcns des bouches-du-Rhône et du Yar. Les renseignemcns (jiu' je pus prendre sur cette partie <le l'empire variaient si fort, (ju'ils ne piuent me servir que d indications. Pour juger par moimême, j'arrivai dans cette division le i5 janvier ; j'entrai par Arles (jui eu est le piemier point.

)) Deuxofliciers-générauxétaientalorsemployésdanscette A^ision,

M. (le Coinev, lieutenant-général , commandant en chef, et I\I. du

iMuy, maréchal-de-canip. Je lus très-surpris d'apprendre que celui-ci

était parti les premiers jours de janvier d'Aix , le ministre m'ayant

illl qu'il ne lui accorderait pas de congé , jugeant indispensable ,

liuns les circonstances oii nous étions , que M. de Coincy eut deu\

olliciers-gér.éraux sous ses ordres, son gnnd âge uc pouvant p;is

lui permettre <.e se déplacer. Le ilép.irt de cet oiliciei-général me

laissa seul chargé des a lia ires coulantes du département des liou-

ehes-du-Rhôiic , dans lequel entrait l'organisation de deux batail-

lonsde gardes nationales volontaires ; il me laissa l'obligaiiondallei

faire des revues dans les deux déparlemens qui s'étendent d'Aix

à Monaco , dist.incc de près de soixante lieues. Par i'gard pour

' M. du Muy , je n'écrivis pas sur-le-champ , au ministre , qu'il était

impossible qu'un seul oflicicr-général fût chargé de fonctions aussi

\\'.l KCLAinCISSEMENS FIISTOKIQUES

ctouducs , dans un temps ou Ton ("tait inenacô «U; IkhiIjIcS) [)olitiques; mais j'écrivis sur-le-champ à cet oflicirr-géiiéral , qin' j<; le priais de iu(; maiidiM" s d ( oui plaît sfivii- dans iiîk; autre division , parce qu'alors je tlcmandcrais avec instance au ministre de m'envoycr immédiatement un aulie collègue. Kn atlenrlant, après avoir reçu les ordnîS de M. de Coincy , je commençai mes revues par celle du huitième régiment, en garnison àTarascon ; et celte revue passée , je me rendis à Aix , mii le Directoire attendait avec impatience un nouvel officier-général.

» Les événemens arrivés dans ce département ont fait connaître assez la situation critique oii il se trouvait ; mais il m'importe de rendre compte des démarches que j'avais laites pour m'assurcr de l'état des choses, lors de l'événement des 26 et 27 février.

)) J'étais parti d'Arles, ayant reconnu que le peuple de cette cité , doux , bon , aimant une tranquillité indépendante , était absolument subjugué par quelques hommes contre-révolutionnaires, qui avaient su unir à leur cause les aristocrates et le peuple ; les uns par des idées de contre-révolution , de paix , de tranquillité j les autres en agitant en secret les passions du fanatisme. Il me fut aisé de reconnaître qu'ils entretenaient des correspondances avec le Comtat, avec d'autres parties de la France, et avec les ennemis de l'extérieur. Mon séjour fut assez long dans cette \itte pour qu'on eût le temps apparemment d'être informé combien mes sentimens et mes opinions étaient prononcés pour rétablissement de la Constitution; on fut au moment de jeter le masque devant moi. Mais on différa par prudence ; et j'en ôtai l'espoir et la possibilité.

» La ville d' Aix renferme dans son sein les divers coi-ps administratifs; le régiment d'Ernest y était en garnison, et venait de se compléter par le retour d'un détachement de trois cents hommes qui étaient à Toulon.

M En même temps un régiment de dragons , qui était dans le département , avait eu ordre d'en partir , ce qui réduisait la force publique , en troupe de ligne dans le département, au seul régiment d'Ernest, composé de neuf cents hommes.

» En prenant connaissance de la situation des choses et de la disposition des esprits , je reconnus bientôt qu'il existait de la fer-

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mcntalioii coutro le Directoire il ( unUe le régimeut d'Ernest. Les griefs contre le Directoire portaient sur ce qu'il semblait s'endormir tlans une indolence qui désespérait les bons citoyens , sur ce «pi'il se laissait gouverner par des nieudjrcs tpie l'on accusait d'avoir des intentions coupables , et on le disait de connivence avec Arles. Cette ville recevait dans son soin les sectateurs et les apôtres du fanatisme et de la contre-révolution ; elle se mettait sur un pied de guerre défensif et formait un noyau de guerre civile. (^)uant au régiment d'Ernest , je le trouvai livré au désagrément d'une prévention lâcheuse ; contraint de sortir de la ville de Marseille avec des motifs fondés ou non fondés, il avait emporté le mécontentement de la majeure partie des citoyens, et perdu la confiance de cette grande cité. Knvo\é à Aix , ville trop voisine , il se trouva exposé de trop près aux regards de ceux qui l'accusaient de ne pus professer des principes constitutionnels : les habitans partagèrent bientôt l'opinion des Marseillais. Si cette disposition des esprits avait été pesée , connue elle méritait de l'être dans un temps où Iti nioiiulre soiipron entraîne des fermentations dangeieuses, on aurait senti que l.t prudence devait entraîner le départ de ce régiment ; mais le Directoire voulait, au contraire, être entouré de toute sa force : il l'offrit aux regards de ceux en qui sa piéscncc ne pouvait que révedler des haines encore mal assoupies. Cet acte de la part du Directoire fut regardé comme de la maladresse dans les uns, et parut vouloir servir aux mauvais desseins que l'on prêtait aux autres. Les membres du Directoire, que l'on avait dits bien intentionnés , me peignirent leur situation comme extrêmement pénd)le , et comme pouvant m'cxposer moimême bientôt à des orages ; il se trouvait en!re l'indépendance i onlie-ri'volutionnaire d'Arles et celle du patriotisme exalté de l'armée marseillaise , qui renfermait dans son sein une foule d'hommes sans aveu. Il me fut aisé de reconnaître que ces administrateurs n'avaient pas une trempe de caractère assez énergique pour repousser les intentions coup.ibles de ceux de leurs collègues qui les traversaient dans leurs opérations. J'avais jugé la ville d'Arles , et je comptiis aller déci 1er mon opinion sur celle de Marseille , cl savoir si cette ville était rebelle à une administration coupable, ou qu'elle regardait comme telle , ou si en effet son patriotisme légarait.

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» Telle étniJ l.t connaissance que j'avais eu le temps de prendre (le ce département ; elle me conduisit de suite aux mesures ]>rovisoircs de sagesse et de j)rud(Mice qui étaient dans ma dépcnflance , telles que celle que j'ai détaillée dans ma lettre au ministre , pour ce qui concernait le régiment d'Krnest , et celle que j'ai prise avec le Directoire pour la ville d'Arles , en ne voulant pas qu'un bataillon de gardes nationales volontaires fût formé dans son sein , en m'opposaut à tout envoi partiel de troupes de ligne , et en convenant avec le Directoire qu il écrirait au ministre pour que les quinze cents fusils qu'on y avait retenus en sortissent tout de suite. Toutes ces premières dispositions faites , et la tranquillité paraissant ne pas devoir être troublée de quelque temps, d'après l'opinion des membres des corps administratifs , j'étais au moment de partir pour Toulon , oii j'étais attendu depuis long-temps par le commandant en chef de la division, qui m'avait ordonné d'y faire les revues des régimens qui y sont en garnison , lorsque les événemens des 26 et 27 février vinrent frapper la ville d'Aix oii je séjournais depuis une quinzaine de jours.

» Ces événemens m'avaient mis dans la position , je ne dirai pas la plus périlleuse mais la plus délicate oii jamais chef militaire se soit trouvé. J'avais toujours calculé ma conduite avec le plus grand sang-froid , j'avais cru avoir rempli tous mes devoirs, et je me livr'ais à cette croyance avec une certitude réfléchie; j'avais enfin le sentiment d'une bonne conscience , et je croyais mériter cette approbation flatteuse qui me fut donnée depuis par un député de l'Assemblée nationale, lorsqu'en parlant de la conduite de M. de Narbonne à. mon égard , on l'entendit s'exprimer ainsi :

(c II blâmait inciviquernent, il osait chercher à flétrir le patriote » Puget Barbantane, pour avoir su, dans une position critique oii w les lignes de différens devoirs se croisent en quelque sorte , » n'en abandonner aucune, et s'y tenant en effet, mériter à la » fois l'approbation du rigoriste et la reconnaissance de tous les )) bons cœurs, w

)) Les témoignages honorables d'estime et même de reconnaissance des corps administratifs , des citoyens de la ville d'Aix , avaient rempli mon ame de l'émotion la plus douce, et étaient venus la consoler du triste événement dont je venais d'être le témoin. Le commandant du régiment d'Ernest m'avait donné les

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plus vives et les plus tuuchanlcs assurances de son estime et de son dévoûmcnt pour moi; et tous ces scntinieiis étaient venus appuyer la confiance que j'avais dans ma conduite.

» Keinpli «le ces senlinicns personnels et de l'inllucnce de ceux qui m'étaient communiqués , je fis mon récit au ministre avec candeur , avec simplicité , je dirai même avec modestie ; je ne songeai pas à représenter beaucoup de faits.

» Je ne l'adressai , dans le premier moment , qu'à lui seul , tant j'avais la confiance quil ne pouvait m'ètrc fait aucuns reproches. Puisque je me suis trompé, puis<|ue des inculpations ont été tentées, je vais me justifier; mais quelle est la manière de me justifier, si ce n'est de motiver quelques faits importans , d'en éclaircir quelques autres, et de faire connaître les lois à ceux qui pourraient me juger sans savoir les devoirs qu'elles m'imposaient.

Lne incuision imprévue d'une troupe armée , venant ilc Marseille , tombe subitement sur la ville d'Aix , ville ouverte , sans défense , dominée par des liaiKeurs de tous les cotés. Quelles durent être mes premières réflexions sur cette incursion aussi rapide qu'imprévue? La première ne dut-elle pas être que cette troupe armée n'avait pas pu entrer dans celte ville d'une manière aussi secrète sans de nombreuses intelligences? Nefus-je pas bientôt confirmé dans cette opinion quand je vis le peuple empêcher de fermer les portes, quand je vis que la garde nationale ne se rassemblait pas, quoique la municipaliléeûtfaitbattre la générale, que jevisenfin les habitansse mêler avec cette troupe; il est évident que je ne pus pas douter alors que les habitans de Marseille et d'Aix se réunissaient pour l'exécution de quelques projets. Je n'hésitai pas à penser ensuite que cette force ne dût se tourner contre le Directoire et contre le régiment d'Ernest. A quelles réflexions cette conviction me mena-t-elle ensuite? Une force armée se présente sans aucune réquisition , la loi ordonne de la repousser; mais je dois calculer quelle est cette force , et voir quels moyens j'ai pour l'airêter. Cette troupe armée, venant de Marseille, me présente une tête de colonne avec de l'artillerie; je reçois la réquisition de ne laisser entrer aucun homme armé dans la ville. La troupe est déjà entrée , je ne puis donc pas reconnaître sa force. Mais ne sais-je pas que Marseille renferme dans son sein une garde nationale nombreuse, bien

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nrmdc ; ne sais-jo p;ts que cette ville a une artillerie formidahle et beaucoup do niiinitions, première; force imposante? Les citoyens de la ville d'Aix sont aussi armes ; ils ont des canons , ils sont dans leurs foyers, cl lorsqu'il s'agit d'anetcr des citoyens égares, combien les mcnagemens qu'une telle situation exige ne leur donnet-cUe pas des moyens de défense !

Seconde force. Enfin, n'ai-je pas dû penser que l'influence de Marseille aurait donné de l'extension à tous les pays environnans pour l'exécution des entreprises qui ramenaienf!*

Troisième force, Qu'avais-je à opposera cette volonté réunie de tout un pays armé qui avait une artillerie formidable? A peine neuf cents hommes , sans aucun canon.

Mes premières réflexions m'ayant offert ce tableau, voici quel fut le résultat de mes résolutions.

Je suis à la tète de la force publique soumise aux lois de la réquisition ; ce que la loi m'ordonnera , je le ferai , et je suis prêt à mourir pour son exécution ; mais voici ce que les circonstances imprévues me dictent : La force publique est faible, il ne faut pas la compromettre inutilement, il ne faut pas verser le sang des citoyens sans utilité, il ne faut pas exposer neuf cents hommes à être anéantis par tout un pays armé , auquel ils sont devenus malheureusement suspects ; il ne le faut pas , par des considérations politiques qu'un tel événement rendrait difficile à réparer. Ainsi qu'on ne dise pas qu'oubliant la France entière, je ne me suis occupé que de mettre dans ma conduite un intérêt de localité , quand, au contraire, des réflexions tendantes à ne pas compromettre la force publique , ce grand intérêt national , et des observations politiques de tous les genres sont entrées dans le plan de ma conduite.

J'arrive à la matinée du 27, et, avant de parler du commencement des hostilités , je dois fixer l'attention sur la position oii nous nous trouvions, et sur la disposition des esprits. On a vu le régimertt, par les réquisitions successives , rentrer tout entier dans son quartier dans la soirée du 26. Les corps-de-garde avaient été désarmés ; mais ce désarmement avait été la suite d'un mouvement violent qu'avait produit la rentrée subite d'un bataillon dans la ville. Il ne parut faire d'autre impression sur le commandant du

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régiment et sur les ollicicrs «jiii 1 entouraient , que d'être persuades qu'on voudrait laire partir le régiment le lendemain.

Sur le dire du corps municipal , qu'il me requerrait s'il arrivait du désordre dans la nuit, je fus passer la nuit au (juartier, de concert avec les Suisses. J'envoyai à minuit un courrier à .M. de Coincy, en lui mandant que préjugeant qu'une force armée demanderait le départ du régiment, il eût à me donner ses ordres. Cette mesure prise , nous restâmes dans une pleine sécurité. On battit la générale la nuit, et nous n'en sûmes pas la raison, parce que nous n'avions pas de conimuiiication avec la ville. La sécurité des Suisses était si grande que, vers les quatre heures du matin , leur ayant demandé s'ils avaient des vivres , et m'ayant répondu que non , ils ajoutèrent : Ils feront comme à Marseille , ils nous en laisseront prendre. Comme je n'en iloutais pas, j'envoyai un aidcdc-camp à rilôlel-de-\ ille pour prévenir à cet égard le corps municipal , qui me lit dire qu'il prendrait ma demande en considération. Ainsi se passa 1.» nuil ; et si l'on a vu dans mon récit que j'avais des inquiétudes si vives jx)ur le lendemain que je fus tenté de faire p;irtir le régiment , ces inquiétudes portaient sur les haines violentes que je savais exister entre des individus des deux troupes , et, craignant qu'elles n'entraînassent quelque provocation , j'aurais fort désiré ne pas y être exposé ; car , je le répète , j'arrivai , ainsi que les Suisses , au commeneomcnl des hostilités. En croyant qu'il ne s'agissait purement et siuipiement que ilu départ du régiment , nous crûmes même, les hostilités commencées, qu'elles ne tendaient qu'cà rendre le départ forcé ; et la preuve que nous n'avions pas tort, c'est qu'on voulut laisser partir le régiment avec armes. Dès la pointe du jour, nous nous vîmes assaillis tout d'un coup par les troupes et l'artillerie. La position du quartier, à deux cents pas de la ville , dominé par des hauteurs de tous les cotés , entouré de murs et de maisons , donna la facUité , eu faisant sortir les forces par trois portes différentes , de nous cerner dans le même instant , sans aucun acte hostile préparatoire.

Après cet exposé , je vais établir les inculpations que l'on a pu m'adresscr, et même celles que l'on pourrait me présenter; car il m'est aisé de répondre à toutes d'une manière victorieuse.

1". Comment n'a-t-on pas fait partir le régiment?

Il8 ÉCLAIRCISSEMKINS HISTOKIQLES

a". Comirieiil u a-t-on pris aucune mesure contre des pn-paratils et des actes liostiles ?

3". Comment a-t-on laisse accroître les forces par l'a})sence de toutes précautions ?

4". Comment n'a-t-on pas suivi la loi du j-j , au lieu de tenter des moyens de conciliation';'

5". Comment a-t-on cru se décharger d'une responsabilité en remettant l'autorité au commandant du régiment, dans un instant aussi critique?

Premier article.

Comment n'a-t-on pas fait partir le régiment?

Dn régiment ne peut pas quitter son quartier sans un ordre du roi j le commandant on chef d'une division n'est autorisé à le faire que dans les cas extraordinaires.

j°. Un régiment ne peut pas sortir de son quartier sans une réquisition des Coi^ps administratifs.

3". La municipalité m'avait dit qu'elle me requerrait en cas de désordre , ce qui assurément était un grand bien pour moi dans la situation où était la ville.

Il est donc évident qu'enchaîné par ces trois articles , je ne pouvais les enfreindre que dans le cas oli je serais forcé positivement f or , jusqu'au commencement des hostilités tout fut parfaitement tranquille autour de nous.

Deuxième article.

Comment n'a-t-on pris aucune mesure contre des actes hostiles "^

Ma réponse sera d'abord la loi.

La loi défend de laisser sortir aucune troupe armée du quartier sans réquisition. Je me promenai toute la nuit dans le quartier et aux environs , avec le commandant du régiment et quelques officiers : je dis à ce commandant de faire examiner s'il y avait quelques mouvemens autour de nous ; il me rendit compte plusieurs fois qu'il n'y en avait pas. Mon aide-de-camp, ayant été à l'Hôtelde-Ville vers les quatre heures du matin , me rapporta que tout était absolument tranquille dans la ville ; et nous dûmes donc nous confirmer dans notre sécurité. Mais des personnes voudront poursuivre leurs attaques en disant : Yous auriez pu prendre une position avantageuse ; vous auriez été par conséquent plus en mesure

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