ET PIECES OFFICIELLES. 1 KJ
de liuie partir le legiineul aux conditions (jue vous auriez voulu.
Je repondrai pur un fait qui s'est passé même dans celte ville.
Lesofîicicrsdu régimentde Lyonnais avaient été attaqués dans la ville ; blessés et poursuivis ,ils arrivent dans les casernes. Lu capitaine , se trouvant dans le moment commandant du ré«^iment , veut le faire sortir du quartier. Les tambours étaient à peine hors de la porte , lorsque le major, commandant le régiment , arrive et le fait rentrer. On a intenté un procès à ce capitaine , sur ce qu'il avait voulu agir contre la loi , en faisant sortir le régiment sans réquisition. J'ajouterai ensuite (jue cette sortie aurait provoqué véiitahlenient des hostilités ; (ju'il entrait dans mes vues de sagesse et dr prudence de les éviter, par les suites qu'elles pouvaient avoir. Quand j'aurais pri?. une bonne position défensive, quaurais-je fait sans vivres ?
Troisième article.
Conmicnt a-t-on laissé accroître les forces par l'absence de toute précaution ?
J'ai dit quelle était la position du ([uartier ; j ai dit combien il fut facile île le cerner dans le même instant ; qu'on se rappelle ensuite toutes les réflexions quej'aifaites lorsdu monientdel'incursiou de la troupe dans la ville , et qu'on voie si je n'étais pas plus fondé à les faire dans la nouvelle position oîi je me trouvais; la force fut tout d'un coup majeure et Irrésistible , et peu importe la croissance (|u'elle acquit ensuite.
Si j'ai pu un moment espérer de sortir avec le régiment , au milieu des coups de canon et des coups de fusil , le commandant du régiment détruisit promptement cet espoir , en me rappelant que le seul chemin que nous pourrions prendre serait absolument un coupe-gorge.
4°. Comment n'a-t-ou pas suivi la loi du 37, au lieu de tenter des moyens de conciliation'
La loi du 27 porte que les chefs raditaires ne pourront déployer la force que dans trois cas.
Cette expression, ne pourront déployer , veut-elle dire qu'ils le depront. Non heureusement , car c'eût été une loi de sang , et nos législateurs n'ont pas eu cette intention; on voit donc que , pour juger ma conduite, il s'agissait de savoir si je devais la mettre à exécution.
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L'on a vu que j'avais rcmj)li mon devoir en alteurlant au quartier l'ordre d'un départ qui paraissait satisfaire tous les esprits.
Jj'on a vu qu(!, jusqu'au inoincut des mesures hostiles , je n'aurais pas été autorisé à cnlicindre les lois et les liens qui m'y retenaient.
Je demande à présent si la prudence n'exigeait pas d'obtenir , par la voie de la raison et de la justice, ce qui n'aurait jamais pu être le résultat de la force des armes , sans cIFusion de sang et sans la perte presque entière du régimeut: car enfin iinaginc-l-on ce qu'il serait devenu étant sorti de cette situation, après avoir perdu la plus grande partie de son monde? Ne retombait-i! pas dans un danger pourle moins aussi grand? harcelé dans sa marche, où aurait-il trouvé un asile, une retraite? la vengeance de tous les lieux voisins ne serait-elle pas venue fondre sur lui?
Je ne pus donc pas hésiter sur le parti que j'avais à prendre ; je m'adressai d'abord à la municipalité , non pas pour connaître la loi du 27 , mais parce que j'étais persuadé du succès de sa médiation , si elle avait envoyé quelques-uns de ses membres ; sur son refus , je me livrai avec abandon à traiter moi-même les movens de conciliation , et j'obtins que le régiment partirait armé.
5°. Comment avcz-vous cru pouvoir vous décharger de voire responsabilité ?
Je n'ai certainement jamais pensé à me soustraire à la hiérarchie des pouvoirs ; l'ordre donné au commandant du régiment de faire ce que sa prudence et sa sagesse lui dicteraien t, porte aveclui sa responsabilité ; car il s'agit de savoir si j'ai pu le lui donner , et ensuite si je 1 ai dû.
J'ai cru que dans des circonstances ilaouïes dans les annales de notre histoire, lorsque je me trouvais à la tête d'un coi'ps étranger appartenant à une nation respectable , jusqu'ici fidèle alliée de la France, je serais approuvé de la nation entière et du roi, si , me livrant à des sentimcns nobles envers elle , j'abandonnais au chef de cette troupe l'autorité qui m'était confiée, pour laissera ces militaires étrangers juger eux-mêmes tout ce qui pourrait intéresser et leur honneur et leur devoir, leur disant et leur répétant sans cesse : Si vous marchez , ma place est à votre tclc.
Je donnai cet ordre au commandant du régiment à huit heures
LT IMKCtS UFFICIKM.KS. l'il
(in matin. Lorsque je lui uiinoiicai que lu rcgiinciit pouvait partir ivcc ses armes, la baïonucttc dans le fourreau , le r<5gimcnl ne voulut pas y eonscntii-; les négociations lon^ues qui suivirent ccliaullèrent des caractères ardens , des tètes vives et exaltées, et cette fermentation les porta à exiger des conditions aussi dures que condamnables. Ce ne fut qu'entre midi et une heure que l'ordre du désarmement fut donné.
Dans col intervalle de longues négociations , d'un coté, le refus (lu régiment de partir avec armes sans munitions, de l'autre , la fermentation croissante m'ayant laissé croire plusieurs fois que le régiment sortirait de son quartier, et résolu d'occuper toujours la [)lace la plus périlleuse , je dis à mon aide-de-camp : Nous pouvons nous (lire adieu; et (juoiqu'il put paraître bien dura un zélé partisan de la révolution , à un .nui ardent de la liberté , à un bon patriote enfin , de mourir à la tète d'un réj^'iment accusé d'incivisme , je puis dire que j'envisageai ce triste sort avec une résignation tran- «jiiille et calme.
Je dois ajouter encore un mot sur ma conduite. Aprèsavoir été témoin des excès coupables auxcjuelsdes tètes exaltées se portèrent , je iis les démarches nécessaires pour la sûreté des armes, lorsque je les sus dispersées. Je provoquai une proclamation du département, .l'assurai le départ de la caisse et des équipages. Enfin j'accompa- ^Ml;^i le régiment dans sa marche triste et lugubre, et en me voyant tranquillement au milieu d'eux , après un tel événement, il ialiait l)icn que j'eusse la sécurité d'une bonne conscience , car autrement je n'y serais pas allé, et ils ne m'y auraient pas souflert. Je ]H)ussai mes devoirs vis-à-vis d'eux jusqu'au dernier moment oii il ne m a plus été permis d'en remplir. Je fus à Toulon pour lâcher de leur procurer un nouvel armement; mais je trouvai que la méfiance s'y opposait; les Corps administratifs et militaires furent obligés de prendre des mesures obtempérantes. Il fut décidé qu'on leur donnerait simplement trois cents fusils pour leur sûreté et police. Ayant su qu ds ne lesavaient pas lorS(jue j'étais à Grasseà faire des revues, j'écrivis au directoire du déparlement du Var que j'étais étonné que cette détermination n'eût pas été mise à exécution.
Telle est , mes concitoyens, la justification que j'ai eu à vous présenter sur les inculpations qui m'ont été faites. J'aurais pu ceitainemcnt n'y lépondie que par les lémoignages flatteurs , honora-
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hles, (i'csliinc , de; confiance, cl de reconnaissance même (jue j'ai reçus des citoyens de l.i ville d'Aix , et des Corps .'idrninislnitifs qui y résident , et auxquels je pouvais encore ajouter les sullrages llalleurs qui m'arrivent de toutes les parties de l'empire ; j'aurais pu ensuite m'appuycrde la justification pleine et entière que le canton de Berne a donnée de ma conduite.
Mais j'ai voulu in'abandonncr à l'idée consolante que cette justificution m'acquérait encore l'estime de tous les homnjes qui , ne voulant voir que par les yeux de la raison et de la justice , calculeront avec impartialité la position oii je me suis trouvé , cl combien la ligne de mes différens devoirs était difficile à conserver ; j'espère que le résultat de leur opinion sera de voir évidemment :
i". Que j'ai cherché à ménager un grand intérêt national , celui de ne pas compromettre la force publique inutilement ;
2°. Que j'ai épargné le sang des citoyens, qui eût été versé sans aucune utilité;
•>". Qu'ayant toujours sous les yeux nos intérêts politiques , j'ai empêché l'anéantissement d'une troupe étrangère.
Les cantons ne pourront donc pas me répéter ces mois d'Auguste à son lieutenant Yarrus : Qu'as-tu fait de mes légions ?
P. S. CeMémoire a été fait pour êtreprésentéàunecourmartiale. J'ignorais quels seraient les juges : je n'ai donc pu me défendre que militairement , et je n'ai pas pu alléguer les grands motifs qui ont dicté ma conduite , puisque cet événement a peut-être décidé la révolution du lo août, oii Marseille a eu tant départ. Jalès, Arles, Avignon étaient en pleine contre-révolution , et le triomphe de Marseille écrasa un noyau contre-révolutionnaire. Ayant été au centre de ces événemens , y ayant joué un rôle principal , j'en développerai un jour , dans la retraite, l'historique , avec des détails intéressans pour ceux qui écriront l'Histoire de la révolution.
ET PIÊCKS OFFICIELLES. IQ^^J
Note (C) , pa^c 5 1
Adresse des fédérés de Marseille à C Assemblée nationale , présentée le j août fj^'j y l'an ^* de la liberté ; imprimée par ordre de l'Assemblée nationale , et envoyée aux 83 départemens.