LÉGISLATEURS
Nous venons, au nombre de cinq cents, acquitter le serment que Marseille a l'ait de combattre pour la liberté; mais la liberté n'est pas la cause du roi; et, lorsque nous allons verser notre sang , il nous importo de savoir si c'est pour Louis XVI ou pour la patrie.
.Uisqu'à présent nos armées ont élé le jouet de la cour, même dans les avantages qu'elles ont remportes. La vie des hommes n'est jamais comptée dans les calculs de la politique ; et les cabinets conspirateurs de Vienne et des Tuileries sacrifient tour à tour (les Français ou des Autrichiens , suivant qu'il leur importe d'inspirer des craintes , ou de donner des espérances à la natiou qu'ils veulent asservir, moins peut-êti'e par la force des armes que par la dissipation de toute la fortune publi(iue.
Ce genre de guerre ne convient pas aux Français ; et si c'est .linsi qu'on doit nous faire combattre les Autrichiens et leurs alliés, nous aimons mieux les altendre sur nos montagnes; qu ils y viennent î
Mais vous, législateurs , qui \o\cl le péril (hi peuple, vous aurez le courage de le sauver, ou la bonne foi de lui dire que vous ne le pouvez pas, pour qu'exerçant enfin sa souveraineté, il se délivre du mal des rois, non par des insurrections destructives , mais par la manifestation paisible de la volonté nationale.
Le nom de Louis XVI ne présente plus aux Français d'autre idée que celle des trahisons; nos agriculteurs , nos matelots, en retracent l'histoire dans leurs chants, lorsqu'ils s'excitent au travail qui rend l'homme indépendant. Hàtcz-vous donc , législateurs , de prononcer une déchéance mille fois encourue ; et lorsque vous voyez le peuple égorgé au nom de la constitution , sauvez-le par la constitution. Vous n'.Tvc/ i>as enlevé La Favctt.* à l'armée qu'il
i'i] ÉCLAIRCISSK.MKNS HISTORIQUES
BciTorcc de corrompre ; et vous demandez aux citoyens de voler aux frontières ! Mais des citoyens libres sont-ils donc faits pour obéir au perfide pscl.ive de la cour? La patrie trouvera parmi nous des vengeurs ; La Fayette n'y tiouvera pas de soldats.
Depuis le renvoi des ministres patriotes , ceux qui successivement ont prêle leurs noms au^ comité autricbien , vous ont trompés sur l'état de nos forces et de nos approvisionnemens ; et le décret d'accusation n'est pas encore porté contre eux ! Terrier n'est pas puni d'avoir fait une proclamation inconstitutionnelle dans sa forme, et tellement perfide dans son exposé qu'elle a failli allumer partout le feu de la guerre civile 1 Aussi Terrier a des administrateurs 5 et Champion , le commissaire d'Avignon , devenu ministrepour avoir prolongé les malheursde ce pa\s ; Championafait aussi, le 3 1 juillet, une proclamation aussi inconstitutionnelle, aussi irrespectueuse pour le Corps législatif, et aussi dangereuse par les provocations qu'elle fait aux citoyens de s'armer contre les citoyens.
Lorsque naguère les patriotes furent assassinés sous les guichets du Louvre , ils ne furent pas tendrcmeut accueillis dans le château. La femme du roi ne leur donna point les clefs de ses appartemens. Les dames d'honneur n'essuyèrent pas leurs visages. Le roi ne leur demanda pas : De quel district êtes- vous? Le ministre de la justice n'écrivit point à l'accusateur public pour hâter sa dénonciation , et l'on ne fit pas une proclamation pour exposer que la tranquillité publique était troublée dans la capitale , la liberté individuelle outragée , la sûreté des personnes et des propriétés compromise. Les hommes qu'on avait alors assassinés étaient pourtant aussi des Français ; leur sang avait pourtant rejailli sur les murs du palais du roi ; mais ils étaient patriotes. Ici , au contraire , ce sont des serviteurs du roi , des ci-devant officiers de sa garde , et les maris des dames de la cour ; et qu'importe alors que ceux-ci aient été provocateurs? qu'importe qu'ils aient blasphémé contre la nation , ainsi qu'une foule de témoins l'ont déposé ? qu'importe qu'ils aient brutalement frappé une femme qui criait : P^if^e la nation! qu'importe enfin qu'ils aient tenté d'enlever un Marseillais qui se trouvait sur leur passage , et qu'ils aient reçu à coups de sabre et de pistolet ses frères d'armes qui sont venus 1 arracher de leurs mains au moment où l'arme qui devait le frapper était portée sur son estomac? qu'importent toutes ces circonstances? On