VJ NOTICE
cii[)a crindiquer les abus aiix(juel.s il fallait remédier. Ses opinions lui attirèrent la haine de ceux qu'enrichissaient ces abus; mais comme sa ville natale était Tobjet de toute sa sollicitude, qu'il ne songeait quVi la replacer au rang que sa position geogra|)hi(pte et son industrie lui assif^naient, les Maiseillais apprirent à le chérir, et le commerce vit en lui pour l'avenir un de ses plus fermes soutiens.
11 parut au barreau, et ses premiers pas furent des succès. Charge de soutenir la cause d'une colonie de Catalans fixée sur une côte voisine de Marseille, et que les pécheurs de cette ville voulaient expulser, il eut à combattre l'esprit de corporation, le préjuge favorable aux nationaux, les intrigues payées, l'éloquence depuissans rivaux. Il surmonta tous ces obstacles, et les Catalans de Marseille continuèrent de concourir à sa richesse, et de former une pépinière de matelots estimés.
Cependantlla révolution marchait. Marseille suivait d'un pas égal ses rapides progrès. Des troubles y eurent lieu, et la jeunesse formée en garde bourgeoise chercha à les réprimer. Elle fut calomniée et accusée d'y avoir pris part. Elle fit une déclaration de ses principes qui fut envoyée à l'Assemblée nationale , et approuvée par elle. Barbaroux en était le rédacteur. Les troubles étouffés renaquirent pourtant, parce que l'autorité abusant de son pouvoir exerça des actes interdits par les décrets de l'Assemblée constituante. Le prévôt général de Pro-
SLH UAKBAHULX. vij
vence (i), sous prriexie de rt'|)riiner la sédition, fil emprisonner de paisibles citoyens, et ne voulut jamais ])oursuivre les vrais agitateurs. Il fut dénoncé d'une manière vigoureuse à TAssenihlée constituante par Harbaroux, qu'il poursuivait également.
L'abbé Maury , parce que Mirabeau s'était déclaré contre le prc'vôl , se déclara pour cet ollicier, et le soutint avec talent. Mais sur un rapport de M. Brevet de Beauj(nir, qui faisait connaître toute la partialitc' du prévôt , un décret rendu par l'Assembb'e et sanctionné par le roi le dépouilla de la connaissance de l'adaire; et les accusés furent acquittés peu de temps après (2).
L'bistoire des agitations de INIarseille, pendant les premières années de la révolution, a beaucoup perdu de son intérêt, et n'olfre que le tableau des intrigues de ceux qui s'efforçaient de revenir à l'ancien gouvernement, tout en le condamnant en aj)parence. Ce système, créé et soutenu avec acharnement par l'orgueil et l'ignorance, amena les troubles du dedans, les armemens extérieurs contre la patrie, la fuite du roi, les journées fameuses de la révolution. Marseille, ardente dans ses opinions,
(1) M. de Bournissac.
(j) Le manuscrit de ce Rapport était tout entier de la main de BaiJ)arou\ qui , n'étant point membre de TAssemblcc nationale, ne pouvait y cire entendu. Uéposé entre les mains de M. A. Mo>sv, imprimeur , à Marseille , il s'est perdu lois du pillage de la maison de ce dernier , le a 5 juin 181 3.
vil) .NOTlCIi
fur plusieurs fois troul^lec. La niunicij)aliU' s'attacha Barbaroux en (jualilc de secrétaire, et son esprit conciliant et doux, ses écrits dictes par l\'unour de Tordre, son langage persuasif^ ramenèrent le calme et la confiance.
Les agitateurs se portèrent sur d'autres points du département. Arles et Avignon furent le théâtre de scènes déplorables. La première de ces villes parut se mettre en révolte ouverte contre les décrets du corps législatif nouvellement convoqué. Marseille arma ses citoyens, et soumit les rebelles. Mais TAssemblée pouvait très-mal juger ces mouvemens arrivés à deux cents lieues de Paris, et rapportés diversement par les opinions opposées. La commune de Marseille députa extra ordinairement à Paris Barbaroux et Loys ^ pour rendre compte des événemens. Le premier publia pendant cette mission plusieurs écrits importans, qui montrèrent son amour sans réserve pour la patrie, sa volonté ferme de maintenir Tordre et son enthousiasme pour la liberté. Dès-lors il désigna comme un des agitateurs du midi, ce trop fameux Froment, dont le nom rappelle les malheurs de Nimes, et les troubles qui depuis ont agité cette ville (i).
Pendant qu'il représentait à Paris la commune
(i) Voyez l'écrit intitulé : Observations de la commune de Marseille , 5///- l'éJat du département des Bouches-du-BJtône , par Barbaroux etJLoys; p. x6.
SLR KAHCAHOl \. IX
de Marseille, les adniinislraleurs de celte ville, qui jus(jiralors avaient, sous son influence, rendu de si glands services à la liberté naissante, se livrant troj) à rexaltaiion uK'ridionale, méritèrent dV'tre r('|)riniantl("s par le ministre de Tintèrieur lloland(i).
«( J'eus occasion de voir à ce sujet plusieurs lettres )> de Barbaroux, dit niadame Uoland dans ses Me- » moires (tome 11, J)a«^e 187), adressées plutôt a )> riionune (pTau ministre, et (jui avaient pour ob- )) jo( de rendre honnnai^e à la pureté d'intenîion » de ses compatriotes , dVxcuser leurs erreurs et de )» i\ilvc sentir à Koland qu'un mode plus doux les )> ramènerait à la subordination nécessaire. Ces » lettres étaient di(!tées par le meilleur esprit et ») avec une prudence consomme'e. Lorsque je vis » leur auteur, je lus ètonne'e de sa jeunesse. Elles » eurentrelletqui était immanquablesur un bomme » juste qui voulait le bien; Roland relàcba de » son austérit(î, ramena les Marseillais, et estima )» Barba roux.
» Nous le vîmes davantage après la sortie du mi- )» nistère; son caractère ouvert, son ardent patrio- )) tis/ne nous inspirèrent delà confiance; ce fut alors )» que raisonnant du mauvais état des cboses et de )) la crainte du despotisme pour le nord, nous for- » niions le projet conditionnel d'une re'publique
(i^ h. son premier ministère.
)» dans le midi (i) : ce sera notre pis-aller, disait en » souriant Barbaroux; mais les Marseillais qui sont ') ici nous dispenseront d^ recourir. »
La partie des Mémoires de mon père que je publie se rapporte principalement à Tepocjne que rappelle ici madame Pioland. Elle contient , sur la fameuse journée du lo aoiit, des détails entièiement inconnus jusquVi pre'sent, et conduit les e'vënemens jusqu^à son élection à la Convention nationale, par le département des Boucbes-du-Rhône, en septembre 1792. Si Ton se souvient qu'ils furent écrits dans un temps très-voisin des événemens, pendant la proscription de leur auteur, et lorsque son cœur devait être ulcéré par Pinjustice et Tinfortune, on appréciera le mérite de sa noble impartialité. Je me dispense de les analyser; on préférera les lire. Je me permettrai cependant de rappeler que le chapitre sixième contient Thistoire de ma naissance et les dernières exhortations de mon père. Je ne les ai point oubliées : fier d^m nom que je crois glorieux, je consacrerai ma vie entière à la défense des principes sacrés pour lesquels il mourut.
Avant son retour de la mission qu'il remplissait auprès de TAssemblée législative , il fut reçu à la société des jacobins,célèbre alors par les talens, et point encore fameuse par le crime. Là, furent souvent prononcés des discours qui déjà avaient été soumis à la censure des amis qui se réunissaient chez Roland ; là
(1) Voyez le chapitre quâtiième des Mémoires de Barbaroux.
SI K BAKBAROl X. XJ
Barbaroux prt'liula aux grandes scènes de la Convention, en altacjiianl les partisans de la dictature, et les agens secrets de la cour.'
Sur une opinion qu^il prononça relativement aux e'venemens d'Avignon ,on osa Taccuser sourdement d'avoir |)ris j)art aux massacres de la glacière. On peut voir, au chapitre troisième de ses Mémoires, ce qui donna lieu à cette calomnie, qui ne l'ut jamais produite hautement. Montjoie , dans son Histoire de la Conjuration de d^Orlcans[i)^ Ta répétée depuis, en ajoutant (jue Barbaroux et quelques autres furent arrêtes et fêtes dans les caelwts d^A^np^non, Je répondrai victorieusement et en peu de mots. liarbaroux n'a séjourné à Avignon que long-temps après cet atlreux massacre , et seulement pendant la tenue de l'assemblée électorale; jamais il n'a été arrêté; enfin les motifs qu'il allégua pour demander l'amnistie en faveur des Avignonais, étaient si purs et si justes, qu'ils furent soutenus victorieusement à la législative par Guadet et Vergniaud, et que cette Assemblée persuadée décréta l'amnistie.
L'assemblée électorale des Bouches -du-Rhône tint ses séances à Avic-non. Barbaroux en fut élu pi*ésident, et s'acquitta avec dignité de ses fonctions. Il était beau de voir im jeime homme de vingt-cinq ans présider une assemblée de vieillards. Tout ce que distinguait l'âge et la fortune était là. Lorsqu'il fut ('lu dc'[)utc' il j)rononça ces paroles mé-
(i^ Ijiv. XVII, loin. IM, ])agc 16^.