XIJ NOTICE
monil)lcs (i): <( J^acccîpte. M(jn ame est celle (Wut )) homme libre. EllesVst nourrie depuis quatre ans » de Ja haine dehi tyrannie. Je délivrerai la France » de C(* fléau, ou je mourrai. Avant mon départ, je )> signerai ma sentence de mort, je désignerai tous » les objets de mes affections , j^indiquerai tous mes » biens, je déposerai sur le bureau un poignard. )) Il sera destiné à me percer le cœur, si je suis » inhdèle un seul moment à la cause du peuple. » Il a tenu parole; il est mort en combattant pour la li])erté. Le gouvernement de Louis X\ ï venait dY'tre renversé. Cette chute aurait pu être retardée, mais la cour n^opposait que de Firrésolution et de sourdes menées , à Taudace et à Ténergie qui , presque toujours , en pareil cas, sont en faveur du changement. La Convention nationale ouvrit sa mémorable carrière avec la confiance qu^inspire le succès. Mais aussitôt éclatèrent dans son sein des divisions funestes , dont la France est destinée à pleurer long-temps les fatales conséquences.
Deux partis divisaient ouvertement cette assemblée, la gironde et la montagne. Le second de ces partis nourrissait probablement deux factions qui n^osaient point avouer leur but; mais la majorité de TAssemblée fut de bonne foi dans son exaltation républicaine. Elle fut abusée par la cou-
(i) Procès-verbal de la séance du 5 septembre soir. Sur 776 voix il en obtint 776.
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leur de patriotisme dont sV*nvelo[)pèrenf quelques liomnies vendus. Tant que ces derniers n'eurent pas acquis tout le pouvoir, la Convention, même au milieu des malheurs qui frappèrent la France et des excès qui souillèrent la liherU', put faire et fit de grandes clioses : elle prépara la chute de la n'publique , dès quV^lIe fut dominée par une faction soumise en secret à une influence ('trangère.
La gironde , brillante de talens, de vertus, de philosophie, avait aisément attiré à elle Topinion puhli([ue. Pélion était maire de Paris, Roland ministre de rintérieur, Guadet président de la Convention, et Vergniaud demandait à la tribune la punition des assassins de septembre. Les intrigans allaient rentrer dans la poudre, la république allait être soIid(Mnent établie.
Des millions furent répandus; on enivra de Tespoir des honneurs quelques ambitieux très-influens sur le peuple. La mésintelligence fut excitée entre les sections; la populace fut armée, le pillage érigé en principe, une partie de TAssemblée séduile, presque tout le reste terrifié. La république, à peine établie, nVxisla plus que de nom.
Dès les premières séances de la Convention, Barbaroux accusa Robespierre d'aspirer à la dictature(i). Cette opinion fut accueillie si favorablemen t que Dan-
(i) A la séance du a5 septembre 1793. Son discours fut imprimé par ordre de la Convention.
XVJ ^OTICE
.sifii[)lo[)('lili()nn;iir('. \.v rnpjx*! à Tordre fulflcinarido' contre lui, sous |)r(îtexte rju^il avilissait la rej)reseiitation nationale; Lanjuinais, (}ui certes ne Ta jamais avilie, soutint que puisqu^il n^avait pu obtenir la parole comme dt'pute, il avait pris Tunique moyen qui lui restait de se faire entendre : le rappel à Tordre ne fut pas prononcé.
Dans fintervalle de Faccusation contre Robespierre à la réponse de celui-ci, eut lieu une séance remarquable. Barbaroux y proposa quela commune de Paris fût cassée , que les troupes des départemens fussent appelées à garder la Convention, que celleci jugeât elle-même les conspirateurs, et que les sections de Paris cessassent d^étre permanentes. « Je » n'aurai de repos, dit-il, que lorsque les assassins )> seront punis, les vols restitués et les dictateurs » précipités delà roche Tarpeïenne (i). »
C'est avec la même impétuosité qu'il dénonça les provocations publiques de Marat au meurtre , et les désorganisateurs de nos armées, à la tête desquels il plaçait Pache , alors ministre de la guerre (2).
Toujours à la brèche dans les momens de danger, il ne négligea de soutenir ou de solliciter aucune des mesures qui pouvaient assurer la stabilité de la république. Il proposa de faire rendre compte de l'accroissement de leur fortune, aux députés en-
(i) Séance du 3o octobre.
(a) Séances des 5 et 39 décembre.
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ricllis depuis la révolution, et lit tlecréler eu principe que les representans du peuple étaient à chaque instant comptables de leur fortune (i). 11 repoussa , avec Buzol, la proposition de créer jui trihiniai n'volutionnaire {'i) , et demanda avec Ouadet, que rassemblée des suppleans fût reunie à Houroes, pour éviter rinfluence des anarchistes de Paris (3).
D('jà il avait fait passer TAssemblee à Tordre du jour sur la pro|)osili()n du comité de la «guerre, tendante à envoyerà rarmeeles volontaires et gardes nationaux des departemens qui étaient à Paris. Cette proposition du comité avait pour but (T^'carter les véritables défenseurs delà représentation nationale. Elle fut soutenue avec acharnement, et cependant repoussée dans une des séances les plus orageuses de la Convention.
Jamais les passions ne se déchainèrent avec plus de fureur que dans cette assemblée toute populaire. Mais les discordes intérieures ne purent rabaisser son génie. Au milieu de ces agitations, aux- ([uelles Tardeur et la franchise de Barbaroux le forçaient de prendre une grande part, il concourait, avec Condorcet, à la rédaction de la constilulioii (4); prononçait son discours si justement ;ip-
(i)Soaiico du li mai 1795.
(2) Séance tiu 9 mars.
(3) Séance du 18 mal.
t^) Le 11 octobre lîarbuoux l'ut nonuiK- mnnhn: suppléant «lu
Xviij NOTICE
plîuidi, sur les subsistances (ij ; discutait sur les inoy(*ns cVetabhr des consuls dans le Levant, d'où notre ambassadeur, décrète d''accusation, avait cte rappelé (2) ; proposait des moyens d\îconomie pour Inorganisation du département de la guerre, et pour Tapprovisionnement des armées (3j; présentait ce vaste et beau projet sur la navigation intérieure qui reçoit aujourd'hui son éxecution (/|).
Dans ces me'morables discussions, il parlait avec les Vergniaud, les Sieyes , les Condorcet , les Creuzrla-Touche, et plus d'une fois ses vues obtinrent la préférence.
La commission des vingt quatre, dont il faisait partie, fut chargée de reconnaître les papiers trouvés chez le roi et chez les émigrés par suite du dix août. Quoique ennemi de leur cause, Barbaroux réclama avec chaleur, devant la Convention, que tous les moyens de défense fussent donnés aux accusés (5). Il fut également appelé à reconnaître les pa-
Comitcde constitution. Le i5 février 1793, Condorcet lut le rappoit au nom du Comité. Les membres du Comité qui rédigèrent et signèrent ce rapport avec Condorcet , furent Gensonné , Barrère , Thomas Payne , Pétion , Vergniaud, Sieyes et Barbaroux.
(1) Séance du 8 décembre 1792.
(2) Séance du 23 janvier 1795. Cet ambassadeur étaitM. de Choiseul-Gouffier.
(3) Séance du 3o janvier.
(4) Son discours intitulé : De V influence de la guerre maritime sur le commerce y et de l'oiganisation des travaux publics , fut imprimé par ordre de la Convention.
(.5) Sé?ince du i6 octobre 1792.
SIR BARBAROLX. XIX
picrs contenus dans rarmoire de fer, dont si longtemps on a nié IVxistence, avouée enfin |)ar M. Hue, valet de chambre du roi (i).
Ce (ut le onze décembre que Barbaroux, organe de la commission des vingt- un, lut à la barre de TAssemblée Tacle énoncialif des charges contre Louis X\ I. 11 avait demandé auparavant que la discussion de ce grand procès fût renvoyée pour pouvoir être mûrie sullisanunent (2). Depuis il soutint Valazé, lorsque celui-ci repoussa avec indignation la proposition faite par Robespierre de louillcr sans égards et sans pudeur les conseils de Louis XVI (3), et, pour que TAssemblée ne piit être influencée, il demanda que, lors du jugement, les Marseillais du dix août fussent exclus du lieu des séances (4).
Barbaroux croyait que le roi ne voulait pas la Constitution. Cette opinion , formée sous la législative, Favait conduit à conspirer à Charenton, en juillet 1792. Elle sVtait confirmée depuis par les offres qui lui avaient été faites pour qu^il abandonnât la cause de la liberté (5), et par Texamen des
(1) Dernières années de Louis Xf'I, par Franrols Hue, édition de l'iinpi Imeiic royale , p. 468. Le roi avait liii-mcmc fait le trou auquel le serrurier Gamin mit une porte de fer, et qui reçut les papiers les plus secrets de Louis XVI.
(a) Séance du i3 novembre.
(3) Stance du i5 dccemhie.
(4) Séance du an décembre.
(.')) Yovez le chapitre quatrième de ses Mémoires.
H\ NOriCK
piècrîf (Je ("0 <^>i'an(l pi'ofwîs. (belles de Tarmoirr de* 1(M- achevèrent de le df'lerrrnner.
Cependant il ne croyait pas que la Convention , quelque illimites que fussent ses pouvoirs, pût jui>erleroi sans a[)pel. Ses oj)inions et son vote dans cette discussion furent donc toujours subordonnes a Tappel au peuple, appel si violemment attaque par la montagne, proscrit depuis par elle, et qui n'a trouve qu\ine stérile admiration lorsque les temps de calme sont revenus. Non , on ne se souvient pas assez que toutes les fureurs, toutes les menaces, toutes les calomnies furent déploye'es, dans des se'ances auxquelles Fépuisement des forces mettait seul un terme, contre les courageux députés qui le soutinrent. On ne se souvient pas assez que Lanjuinais défendant les formes protectrices des accusés, fut mille fois menacé de la mort , et que Ténergie de Barbaroux et de plus de cent députés , qui protestèrent contre les oppresseurs de TAssemblée , et menacèrent à leur tour de soulever les départemens, put seule ramener Tordre.
Les séances devenaient de plus en plus orageuses ; les tribunes étaient inondées par Une foule turbulente séduite par la montagne, et qui prodiguait les menaces au côté opposé. Ce fut ce qui motiva la protestation qui accompagna le vote de Barbaroux (i).
(i) Séance du 16 janvier 1790. (( Je déclare , dit-il , que je vote » librement; car jamais les assassins n'ont eu d'influence sur mes )) opinions ! «
SLR BAKIIAKOIX. XX j
La giroiicle était accusée de loiiles parts. Klle avait lait le 10 août et deinaiule' la (l('clieaii('e ; elle fut accusée de royalisme. Elle avait Tait décrt'lcr (jue les députés ne pourraient occuper des fonctions publi({U(îs pendant les sixanne'es qui suivraient la h'gislature; elle fut accusée d^iinbition (i). Elle avait demandé qu(î chaque député rendit compte h la nation de sa fortune; elle fut accusée de dilapidation. Beaucoup de ses mend)res votèrent la mort de Louis XVI , et on les accusa de vouloir le sauver. Ils demandèrent la guerre avec les puissances, et on publia qu^ils en étaient les agens.
Ces accusations furent répétées avec tant de constance, ils s^occupèrent si peu de réfuter ce qu'ils croyaientabsurde,que ces fausses imputations s^augmentèrent et les entourèrent bientôt de toutes parts. Barbaroux, Louvet et quelques autres en avaient prévules effets; ils avaienttentéde réveiller leurscollègues, mais vainement. La pureté des intentions de ceux-ci ne leur permettait pas de descendre jusqu'à se justifier , lorsque d'un mot ils Feussent fait. Ce ne fut qu'aux approches du 3i mai qu'ils songèrent sérieusement à combattre : il n'était plus temps.
D(»ja,le9 mars et le i5 avril, des pétitions de'nouçaient, comme traîtres à la patrie , Barbaroux et les principaux girondins , et demandaient leur exclusion de la Convention. On remarquera encore aujour-
(i) Ce décret fut rendu le 27 octobrr 1 792, sur In proposition de Crensonné , soutenu par la gironde.
XXIJ INOTICE
iVhu'i celle elrange concord.'ince entre le nonilMe de têtes demarulees par (>)l)ourg et par Pache, au noni (le la miini(*ipalil(f de Paris (i), et enfin parles insurges du 3i mai , cpii échangèrent plusieurs fois leurs victimes, mais qui s\irrêlèrent toujours fidèlement au nombre de vingt-deux (2).
Je n'entreprendrai point de faire Phistoire de cette mémorable et fatale journée, et de celles qui en furent le complément. Un tableau rapide suilira pour cette notice.
La majorité de PAssemblèe qui , comme Pa dit un ministre de Louis XVIII (3) , avait toujours été' saine , subjuguée à cette époque par la terreur, avait passé en peu de jours du côté droit au côté gauche. Quatrevingts pièces d'artillerie braquées sur la salle des séances, toute la force armée de Paris tnise spontanément sous les armes, le canon d'alarme tiré malgré la loi qui voulait, sous peine de mort, qu'il ne pût l'être qu'en vertu d'un décret spécial , les quarante-huit sections, tout-à-coup insurgées, déterminèrent la Convention à sacrifier la partie la plus honorable de PAssemblèe.
On espérait obtenir que les députés désignés se suspendraient volontairemerlt de leurs fonctions.
(i) Ala séance du i5 avril 1790, Pache ayant lu la pétition, Mâzuyer l'aborda et lui dit : IN'auriez-vous pas encore une petite place pour moi, il y aurait cent ëcus pour vous? Mazuyer fut proscrit et gaillotinc.
(3) 'Voyez les Mémoires de Loûvet.
(5) M. de Serres.
SLR CARBAnOL'X. X}ill'\
Trois y avaient consenti ; Lanjuinais refuse obstint'ment. JJarbarouxluisuccèdeàla triJ)uneet dit : « Si )> mon sano était nécessaire à raderinissenient de la » liberté, je demanderais qu^il fût verse ; si le sacri- )> lice de mou honneur était nécessaire à la même )* cause, je dirais : Enlevez.-lc moi ; la postérité' me )> jugera! Knlin si la Convention croit la suspension » de mes pouvoirs n(îcesëaire , j\)beirai à son décret. )) Mais comment de moi-même dt'poser des pou- )> voirs dont j\ii ete investi par le peuple ? Commxmt )» puis-je croire que je suis suspect , quand je reçois » de mon département et de trente autres, et de » plus de cent sociétés populaires , des t('moig nages )) de confiance, des témoignages consolateurs de » Famertume dont je suis abreuvé chaque jour ici ? » Non ! n\ittendez de moi aucuye (U'mission ! J'ai » juré de mourir à. tno.n poste; je tiejadrai mon scr- » ment ! )>
Ces paroles opèrent une révolution soudaine. Les tribunes sont évacuées en tumulte. On crie aux armes. La foide aveugle veut se précipiter dans la salle. Un instant Lacroix et Danton lui-même tremblent que la perte de la représentation nationale entière ne soit jurée.
La Convention voulant reconnaitresi elle est libre , sort en corps du lieu des séances. Le président, Hérault-Sechelles,la guide à travers le peuple. Satisfaite de ce vain essai de liberté, elle rentre el décrète Tarrestation de ceux dont on demandait la tète. Les députés entendent avec calme kur arrêt. Au moment
Xxiv NOTICE
même une foule de rccliimaiions sVlèvent (i). Dans le but (le les (fcarter, quelques députes de la montagne démanchant que Ton donne aux dëpartemens d^autres dej)utes en otage, pour repondre de la sûreté' de ceux dont on vient d\)rdonner Farrestation ; mais Barbaroux refuse cette insultante concession. '( Comme je n'ai pas eu besoin de baïonnettes, » dit-il , pour manifester mes courageuses opinions , » je n'ai pas besoin d'otages pour garantir ma vie; » mes otages sont la pureté de ma conscience et la )» loyauté' du peuple de Paris, entre les mains du- » quel je me remets. »
Plusieurs de ses collègues ne se soumirent point au décret, quelques autres ne tardèrent pas à se soustraire àlasurveillance de leurs gendarmes.Barbaroux fut du nombre de ces derniers. Bientôt nous le suivrons hors de Paris; maintenant achevons l'esquisse delà grande scène du 3o mai.
Le 6 juin Barrère fît un rapport qui souleva d'indignation la montagne ; il paraissait devoir faire cesser l'état de crise dans lequel on était , et les agitateurs y virent leur perte. Les propositions qui l'accompagnaient furent repoussées : la terreur régna.
Le 8 juillet Saint-Just fit un nouveau rapport. Un mois lui avait à peine suffi pour en rassembler les matériaux; c'était une accusation en forme contre les girondins , ou pour mieux dire c'était la récapitu-
(i) Procès-verbal de la séance du 2 juin.
isLR BARBAKOLX. XXV
lation de toutes les c«n]oinnies dont ils avaient cle Tohjet depuis un an. A la suite de ee rapport Har])aroux et ses courageux amis étaient declarc's traîtres à la patrie, contorniement au décret rendu le 17 juin. Là linil la carrière législative de mon père. A 9.6 ans on Ta vu associer son nom à celui des Sieyes, des (Jondorcet, des Thomas Payne , dans la rédaction du projet de constitution ; on Ta vu s^occuper des subsistances , de Torganisation des travaux publics, de celle du département de la guerre; et, comme si la révolution doublait les Ihcultés de rhomme, on Ta vu, pendant la même époque, figurer dans toutes les séances où des questions de haute politique ont été agitées , dans toutes celles où le [)alriolisme et le courage ont eu à faire leurs preuves.
l^roscrit il quitte J^aris; mais ce n^est pas pour fuir le danger qui le menace; c'e^i pour porter y dans les departcniens ou il pourra pénétrer , la statue brisée (le la liberté y c*est pour rallier les Français autour d^elle afin de la relever j c^est pour la coui>rir de son corps juqu*à son dernier soupir (1). 11 quitte Paris et bientôt il arrive à Caen , où déjà Iki/.ot, son plus cher ami, <*t (iorsas, organisent Finsurrectiou contre la montagne. Là se réunit successivement la majeure partie des députés mis hors la loi. Au nom de Barbaroux le nndi est ébraidé, et c'est aux cris de vice la répuhlicjiw I cpie quarante départemens se soulè-
1) Voyez les Pxlaircissemcus liisloriqiies , lettre A.
XXVJ NOTICK
v^^nt |)oiir iiKuiUenir rintcgrilc violée de la repres( n- 1 a lion nationale.
On sait comment, dans les de'parteinens du midi , rarislocratie sVmpara de ce mouvement, et, sous le nom de Fédéralisme, le discrédita et le fit avorter. Je ne ferai pas le tableau de ces agitations, il est hors de mon sujet.
L'^histoire particulière de Barbaroux, pendant sa 1 proscription, est presque tout entière dans les Mémoires de Louvet, comme lui fugitif depuis le 3i mai (i).
Ce fut pendant qu'ails étaient à Caen, devenu le chef-lieu de Tinsurrection de Touest, quW Thôtcl de Tintendance où ils logeaient tous, sVtait présentée,pour parler à Barbaroux,une jeune personne d'une grande beauté et d'un héroïque courage; c'était Charlotte Corday. Elle vint constamment accompagnée cUune domestique y et attendit toujours I Barharoux dans un salon , par ou quelqu^un de ses * collègues passait à chaque instant. Sans doute la recommandatioji qu'elle sollicitait n^ était qu'un prétexte de voir et de connaître quelques-uns des fondateurs de cette république pour laquelle elle allait se dévouer (2); peut-être aussi voulait-elle être connue d'eux.
Résolue de mourir pour sauver la république , elle cacha soigneusement son projet; et son dévoue-
(1) Ils font partie de celte Collection.
(3) Mémoires de Louvet .première partie.
SIR BARBAROUX. XXVij
ment ne fut produit ni par delàclies insfii^n rions , ni ])ar un sentiment d\iflection condamnable. Et si de pareilles actions se conseillaient, aurait-ce eteMaral qu'on eût désigne pour victime? Sa lettre à Barbaroux , datée de la cliambre de Brissotà FAbbayc, est pleinede calme et d^une douce gaieté. Elle versa quel- (jues larmes quand on lut, au tribunal révolutionnaire , ce quelle écrivait à son père, et un léger sourire cllleura ses lèvres à la lecture de celle à Harbaroux. Croit-on que si son dévouement nVût pas ètc le fruit de la seule exaltation de son républicanisme y elle nVùt pas e'te plus vivement émue encore à la lecture de celle-ci ? S^y serait-elle d'ailleurs excusée de quelques plaisanteries , et du silence qu'elle avait garde sur le véritable but de son voyage à Paris (i)?
<( O mon cber Barbaroux, sVcrie Louvet dans » son entbousiasme pour Corday, dans ta destinée » pourtant si digne d'être desirëe tout entière, je )) n'ai vraiment envie' que le bonheur qui a voulu )» que ton nom fût attaché à cette lettre. »
Après avoir écrit cette lettre immortelle et subi un interrogatoire qui lit Tadmiration de ses assassins mêmes, Charlotte Corday mourut comme une hé-
(1; Dans son interrogatoire , elle dit qi/e c'était depuis le 3i mai , Jour de la p inscription des députés du peuple , qu'elle avait forme le projet de tuer Marat.
xxviij >()TiCi':
roïiic (l). Qiiatr(î mois après, une feinuK' plu^ juslcinenl célèbre,. niadaineliolarid, montait à rècliafaud aveclemêmecalme.LV'nergiecle mon père, ses lalens précoces,son républicanisme inèbranlabJelui avaient 1 attire Famitiè particulière (le Roland et deson épouse. Infortunée, elle ne savait pas que ces mots écrits dans sa prison : Barharoux dont an peintre ne dedaiffnerait pas de prendre la tête pour celle d^ Antinous j que ces simples mots deviendraient Paliment de la calomnie, et qu'ainsi que Cbarlotte Corday on Taccuserait de brûler d'une flamme bonteuse ! Rendus au calme nous ne concevons pas aujourd'hui l'exaltation de ces temps, et nous n'en voulons pas comprendre les vertus : elles étaient dignes des talens prodigieux que le génie de la liberté sut développer. Les âmes étaient purifiées, les passions viles se taisaient, et l'on put citer plus d'un homme, mort dans la pauvreté, après avoir disposé long-temps des trésors de la France.
Au malheur de l'inutile dévouement et de la mort de Charlotte Cordaj , vinrent bientôt se joindre d'autres malheurs. Wimpfen , général pour l'insurrection de Touest, abandonna ceux que leurs infor-
(i) Un jeune homme demanda à se constituer prisonnier à sa place , et à subir la peine qui lui était téservée ; on ne lui accorda qu'une partie de sa demande. Un autre , nommé Adam Lux , publia un discours oii il proposait de lui élever une statue avec cette inscription : Plus grande que Brutus. Quelques jours après il eut la tête tranchée. Le député Deperet fut également condamné à mort parce qu'elle lui avait été adressée par Barbaroux.
SIR HARBAROUX. XXix
lunes, leurs vcrlus et la justice de leur cause devaieni lui rendre sacres. Mon père sVlait épris pour lui d'un vifattachement. De quel retour il lutpaye! Wiinpf'en le trahit au combat de Vernon , et osa lui faire ensuite la perfide proposition , repoussee avec mépris, de négocier avec TAngleterre (i).
Il fallut quitter Caen. Les députés proscrits se retirèrent vers Quimper, avec les bataillons des volontaires du iNïorbilian , de la Mayenne , d'Ille-et-\'ilaine et du Finistère, (pii avaient pris part à Tinsurrection contre la montagne.
Bientôt les bataillons se séparèrent, et les députés, restés avec celui du Finistère , furent enfin obligés de renoncera le suivre et de continuer sans lui leur marche vers Quimper. Les dangers qu'ils coururent fur(Mit grands et multipliés. Entourés d'ennemis , poursuivis sans relâche , abîmés de fatigue , ils firent à pied une route dequarante lieues, pendant laquelle Barbaroux, atteint d'une douloureuse entorse, et se traînant péniblement, mais toujours plus fort que le mal qui le tourmentait, sut plus d'une fois ranimer leur courage abattu, et les préparera repousser les attaques de la gendarmerie qui les menaçait à tout instant (i).
Arrivés à Quimper, ils furent cachés par ditlérens amis. Barbaroux, atteint de la petite vérole, eut le
(i) Voyez les Mémoires de Lojivrl (a) Liouvct, Mémoires.