DE BARBAROUX
ne pouvaient refuser assistance h des ofTiciers municipaux exerçant leurs (onctions. Ainsi je dérangeai toutes ses parties, je mis en desordre ses banques, ses pharaons et ses J)iribis.
Il liillail poin-tant que cette lutte finît: le conseil gein'ral arrêta que les sections délibéreraient sur la conduitedu commandant. Les sections le destituèrent et nonnncrent à sa place Cdbrol Mont-Coussou qui n^ivait pas de connaissances militaires, mais qui ne manquait d'aucune des vertus qui font les bons citoyens. D'Ililabre Cliamvert, vétéran respectable, lui fut adjoint ; il n\ivait recueilli de trente années de travaux qu\me modique pension : la municipalité le vengea de cet oubli du gouvernement en créant pour lui la place d'inspecteur des côtes avec douze cents livres d'appointemens. Tous ces changemens ne se firent pas sans quelques agitations : la minorité des diverses sections se forma en as- 'semblee, et prétendit s'opposer au vœu delà majorité : celle-ci voulait user de la force; la sagesse de la municipalité arrêta l'indignation des uns et Faudace des autres. Les dissidens s'êtayaientsurle droit de pétitions ; mais le droit ne pouvait aller jusqu^à suspendre l'ellet d'une délibération de la majorité des citoyens. La municipalité leur défendit donc de s^assembler , par une ordonnance que le peuple reçut avec acclamation, qu'on adlclia dans la nuit à la lueur des torches, et dont l'elVet fut de rétablir le calme dans une ville où le général avait semé tant de fermens de discorde.
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Les dissidcns avaient noinnie , dans leur première assemblée, Brcmond Julien rA Fournier^ poiir porter leurs reclamalions à Paiis. Le premier (-tait procureur syndic du district. Il quitta cette place honorable pour servir une faction. L^appàt de l'argent Tentraîna : on assure qu\)n lui donna plus de douze mille livres qui furent dissipées dans moins d\in mois; cette commission Fa perdu. Depuis quelque temps nos relations amicales avaient cesse. Il avait rapporte' de son premier voyage à Paris des opinions qui n'étaient pas les miennes, et un système de politique envers le peuple qui ne pouvait convenir à ma franchise; il avait feuillantisè le journal que nous faisions en commun, Esmènard , lui et moi (i); il avait éloigne de ma maison cet associe que j'avais comblé de procèdes honnêtes ; enfin il m'avait réduit à parler contre eux, lorsque j'avais encore du plaisir à les excuser. Je lui écrivis , avant de rompre ce commerce , une lettre que Tamitié dicta, que Tamitié devait écouter. Je lui prédisais tous les malheurs qui lui sont arrivés. Hélas ! tout mon regret est de nWoir pu les prévenir; car si Bremond Julien avait les défauts des dissipateurs , il avait aussi des qualités aimables et des talens qui pouvaient servir la liberté.
(i) L'Observateur Marseillais , Journal patriotique. Esmènard, dont il est ici question , est devenu célèbre par ses ouvrages littéraires, et notamment par son poëme de la Navigation.
( Note des édit. )
l)i: BARBAROLX. t)
Les deux coinniissaires ne firent rien à Paris, parce que la nuinici[)alit(î ne céda ni aux instances des nH'diateurs, ni aux menaces des comités. Esmcmard |)id)lia une lettre apologétique dc^ Lieutaud, (pii l'ut inscTee dans le journal de Camille Desmoulins; j'^y repondis, mais je ne pus obtenir que cette réponse fut insérée dans ce journal.
J'ai su depuis que Camille Desmoulins trafiquait de ces insertions, et qu'il avait rejeté ma lettre parce que je n^ avais pas joint une somme de deux cents livres. (]ela s^q)pelle le tour (ht hciton que ce journaliste recevait indistinctement des aristocrates et des patriotes , (\vs joueurs dont il s\'tait fait Tavocat, et des préposes de la police qui les pourchassaient, de d'Orléans et de La Fayette , du garde-dessceaux Duport et fies Jacobins, des Autrichiens et des Brabançons.
Ce[)endantrex-£^eneral, retire dans une campagne, agitait encore la ville. Lnnibarini ^ son aide-de-cainp, dont le métier était de peser le cliarbon sur les ([uais, catéchisait les charbonniers. Un abbé , connu par ses déportemens, semait les mêmes fermens dans lescanqiagnes. Des agens répandus dans les tavernes payaient du vin aux ouvriers, et leur distribuaient de Targent. On avait corrompu jusqu\T mon secrétaire qui, sous les dehors de famitié, venait m'interroger sur les opérations de la municipalité, et rendait à Lieutaud les détails que ma confiance laissait échapper, sans que pourtant la chose publique en fut compromise. Cette conspiration s\*ten-
dait au loin ; elle fut c]\ibor(l découverte à Aix où des hommes très-suspects tentèrent dV'tablir un rlub. Je gémis des excès qui furent commis dans cette ville; car les exécutions illégales sont un attentat envers T3ieu et les honnnes. Le célèbre jurisconsulte Pascalis périt misérablement dans cette émeute; et, soit que cet événement inspirât des craintes à Lieutaud toujours odieux aux Marseillais, soit qu^il y eût en effet des relations entre lui et les monarchistes d^Aix, ou qu^ii craignît la découverte de sa propre conspiration, il partit sur un bateau catalan pour se rendre à Nice. Les vents le repoussèrent surles côtes de Bandol où. les paysans Tarrétèrent et le conduisirent à Toulon.
D'un autre côté, le maire de Marseille, instruit qu'on faisait dans les tavernes des distributions d\irgent, avait secrètement suivi cette trame, et venait de faire arrêter un des distributeurs qui avoua tout. La police fit une procédure et décerna des décrets de prise de corps contre Lieutaud et plusieurs des siens. Un courrier extraordinaire porta ce jugement au directoire du département du Var, dans lequel Lieutaud trouva des amis qui contestèrent la compétence de la municipalité. Ils se trompaient , car aucune loi n'avait encore dépouillé les municipalités de Fancienne juridiction de la police, et celle de Marseille était autorisée par son institution à procéder jusqu'au décret de prise de corps inclusivement; mais voulant prévenir une dispute de compétence, je conseillai