‹ Mémoires inédits de Charles Nicolas Cochin sur le comte de Caylus, Bouchardon, les SlodtzChapitre 5 sur 46 · LS COMTE OB CAYLU · texte numérisé non relu

LS COMTE OB CAYLU

d'histoire ce qu'on accorda partie à son importunité, partie aux espérances assés bien fondées que donnoient quelques tableaux de lui , qu'il se perfectionneroit dans cette difficile partie de l'art (i), M. deCaylus qui masquoit très bien ses ressentimens , n'y mit opposition que sous main et d'une manière si peu visible que plusieurs crurent qu'il n'y prenoit aucun intérest , néanmoins il en fut si offensé que ce fiit une des principales causes pour quoy sans s'expliquer , il cessa de venir à l'Académie; lui qui depuis plus de trente ans n'y avoit presque jamais manqué.

Il ne s'en expliqua dans la suitte qu'à ses plus familiers, tels que Vassé, Vien(2), et M. Ma-

(i) Voici comment Diderot juge dans Bachelier le peintre d'histoire :

w Vous vous €tes assex vainement tourmenté , que ne reve>

nes-Toua à vos fleurs et à vos animaux ? Voyca alors comme Minerve vous sourit ; comme les fleurs s'épanouissent sur votre toile , comme ce cheval bondit et rue ; comme ces chiens aboient , mordent et déchirent I Prenesy garde. Minerve vous abandonnera tout-à-fait. Vous ne saurez pas peindre l'histoire ; et lorsque vous voudrez peindre des fleurs et des animaux , et lorsque vous appellerez Minerve , Minerve , dépitée contre un enfant qui n'en veut faire qu'à sa tête , ne reviendra pas. • ( Salon de 1765. Edition Brière , tome 8 . page 168). Et ailleurs : •* Bachelier a de l'esprit et avec cela il ne fera jamais rien qui vaille. Il y a dans sa tête des liens qui garrotent son imagination et elle ne s'en affranchira jamais , quelque secousse qu'elle se donne. « Diderot, Salim de ij6t, (St^plimim amx œuvres dt Didiroi, stcande iàUùm, Paris, Bdin, 1819 , p. 3io)

(3) « Vien a de la vérité, de la simplicité , une grande sagesse dans ses compositions; il paraît s'être proposé Le Sueur pour modèle. 11 a plusieurs qualités de ce grand maître ; mais il lui manque sa force et son génie. Je crois que Le Sueur a aussi le goût plus austère. «> Diderot, Selon dt iy6i.

% Vien est Isrge , sage comme le Dominicain Vien dessine bien ,

peint bien , mais il ne pense ni ne sent ; Doyen seroit son écolier dans l'art , mais il seroit son maître en poésie On n'apprend jamais ce que

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riette. Je fus instruit de son motif, mais je faignis de ne le point deviner. Plusieurs des membres de l'Académie firent des démarches pour le ramener; je ne m'y épargnay pas , je voulois seulement qu'il y revint quelquefois , nous en vinmes à bout, et quoique depuis ce temps il n'ait plus aimé l'Académie , cependant il a d^isé son mécontentement et, pendant sa maladie , (i) il a paru sensible aux marques d'attachement qu'il a reçu du corps et de tous les membres.

Je n'ai point cherché à recueillir toutes les plaintes des artistes contre M . de Caylus , peutêtre y en auroit-il peu qui n'eussent eu quelque chose à lui reprocher , je me borne aux mécontentemens qui ont eu quelque publicité. J'ay eu ma bonne part à son inimitié intérieure , du moins à ce que m'ont assuré quelques-uns de ceux qui le voy oient le plus fréquemment.

S'il peut y avoir eu quelque raison , je ne vois que celle de ne m'étre pas assujetti à me laisser gouverner par ses idées. Le secrétaire , mon

le peintre de la prédication de Denis ignore. Pauvre d'idées , il restera pauvre d'idées. Sans imagination , il n'en aura Jamais. * (Salûn de I76y. Œuvres de Denis Diderot publiées sur les manuscrits de fauteur par Jacques- André Naigeon Tome XIV, Plris. An VI-1798 , pages 54» 58-59.) Des notices historiques sur Vien ont été écrites par Chaussard f Pausania. français , Paris , 1806). par J. Lebreton (Magasin Encjelopédique , 1809) par Eméric David (^(Moniteur Universel, 1809) et par Reboul (sans lieu, ni date).

(1) Admis à l'Académie comme Conseiller honoraire amateur le 24 novembre 1 73 1 , le comte de Caylus mourut à 73 ans , le 5 septembre

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prédécesseur, M. Lépicié, (à ce qu'on m'a dit) avoît grand soin d'aller lui faire part de tout ce qu'on projetoit de faire à l'Académie. Cette servitude qui déplaisoit à beaucoup de nos artistes avoit fait beaucoup d'ennemis à Lépicié. Je sentois qu'ils m'accuseroient de bassesse , d'ailleurs mon caractère naturel répugnoit à se laisser mener , surtout par des personnes que je ne pouvois m'empècher de regarder comme de petits tirans. Plusieurs personnes qui dévoient le connoistre , et même de l'Académie des inscriptions , me l'avoient dépeint, comme n'aimant que ceux qu'il pouvoit tenir en tutelle et contraire à ceux qui pouvoient voler de leurs propres ailes. J 'a vois à ménager les Anticaylus , tels que M. Pierre et quelques autres, mais en même temps j'avois à rester neutre et à me garder de leurs conseils qui m'auroient mal poussés et m'auroient fait commettre quelques imprudences à son égard.

De plus , je devoîs surtout prendre garde que M. de Marigny(i), m'accordant sa confiance dafis tout ce qui concemoit les arts , n'étoit pas

(1) Cochin t laissé sur lui une notice nécrologique {Journal de Paris, 1781, p. 614); ce nninistre n'était pas fort sympathique à Diderot qui s'écrie à propos du marbre taché de la Baigmasê d'Allegrain : • On demandera à jamais qui est-ce qui disposoit des marbres du souverain. A la place du Marigny, j'entendrois sans cesse cette question . et je rougirois. » (Salon de 1767. Œuvres de Diderot, édition Naigeon , tome XV, page 114).

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à se laisser diriger par les cooseik d'amateurs , à qui Ton auroit attribué tout ce qu*il anroît £ût de biea, et qui auroient rejette sur lui toutes les feutes qu'ils lui auroient £ut commettre. Je œ voulois donc point qu'il pût me soupçonlier d'être livré à personne, ni d'être mû par aucun autre motif que celui du bien des arts . et de la ^oire de son ministère. Je tachois de me tenir dans un juste milieu-, de rendre à M. de Caylus tous les respects qu'il pouvoit désirer , mais de n'en n'être pas réellement gouverné.

Cette marche mesurée pouvoit n'être pas propre à lui plaire . mais il n'en témoigna rien et me marqua toujours beaucoup d'apparences d'amitié. Cependant on m'a assuré qu'il avoit dit à quelquesuns de nos artistes que j'étois une teste de bois qui ne faisois rien qu'à ma fantaisie.

Je ne puis pas dire qu'il ait eu dessein de me désobliger dans une occasion où il m'a fait un espèce de tort, et où il a traversé quelques espérances que j'avois formées. Il se peut qu'il les ignorast » il se peut aussi que la vitesse et l'irrégularité avec lesquelles il m'en frustra , vinssent de ce qu'il les avoit prévues. Je ne parlerois peut-être point d'un fait si peu important . s'il ne tenoit pas à un événement plus sérieux relatif à M. Bouchardon et à M. Pigalle (2}.

(1) On ponède sur Pigtlle un Elogt historique (par M. de Mopinot, Londres 1786, in-4^, et une intéressante monographie de M. P. Tarbé. Puis 1859, bh99.

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