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paroist cependant qu'ils ne renoncèrent pas entièrement à ces espérances, du moins Vassé. Ce dernier tenta dans la suitte de supplanter M. Pigalle, et il y a bien de l'apparence que ce ne fut pas sans le consentement de M . de Caylus, quoiqu'il l'ait fortement nié.
M . Pigalle étoit d'abord entré dans l'affaire de la statue équestre de Paris» aux mêmes conditions que M. Bouchardon. C'est-à-dire que la Ville faisoit diriger les atteliers par ses préposés et que M. Pigalle étoit payé pour ses modèles et pour la conduitte de l'ouvrage, en proportion convenable de la somme convenue avec M . Bouchardon.
M. Pigalle s'aperçut bientôt du défaut d'économie que la Ville apportoit à ses atteliers. Il cessa d'être étonné qu'un ouvrage qui vraysemblablement par entreprise n'auroit dû coûter que douze à quatorze cent mille livres, en coutast déjà deux millions trois ou quatre cent mille, quoiqu'il ne fût encore à peine qu'à sa moitié. En conséquence, il proposa pour l'avantage de la Ville et pour le sien propre , d'entreprendre tout ce qui restoit à faire pour la somme de six cent mille livres. Après que Ton eût examiné cette proposition et qu'il en eût fait connoistre les avantages, la Ville y acquiesça et passa ce marché avec lui.
Vassé en eut vent et saisit, mais trop tard (i), cette apparmce d'occasion d'enlever cet ouvrage qu'il avoit tant à coeur d'avoir manqué. Il avoit eu la précaution d'c^tenir une p^tte place de sculpteur de la Ville : place peu convenable à un Académicien et qui ordinairement n'avoit été remplie que par des sculpteurs de la Maîtrise » Toaàs qui lui donna une sorte d'accès à la ^lle. C^te circonstance semble prouver qu'on guettoit de loin l'occasion et qu'on ne s'étoit pas tenu pour entièrement battu, lorsque la lettre de Bouchardon avoit fait décider en faveur de Pigalle.
Quoiqu'il en soit, Vassé qui avoit fortement gagné le Procureur du Roy de la Ville, fut lui porter une soumission, par laqueUe Q offinoit d'entreprendre le même ouvrage pour moitié du prix demandé par Pigalle.
Ce procédé étoit odieux parce que M. Pigalle étant en possession de l'ouvrage depuis plus d'un an, les divers arrangemens qu'il pouvoit proposer à la ^lle ne n^ardoient qu'elle et lui.
Vassé avoit eu la précaution d'obtenir de M. Falconet, sculpteur, un certificat qui assuroit que sa proposition étoit raisonnable. Il est vray que le bon Falconet, qui de son naturel âait un peu double (2} et qui n'étoit apparemment pas
(i) U ■«dbé éCiiC 6ît et i%Dé. ÇNêit Jg Cêeàm). (2': € Voici ca bevnc qu a éa gMe, et qui a toatas aortes àt ^ÊoBltèi impw paf ib te» avec le gétsie. qvoiqac ces Jeia iè f e » ar aotcst
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fâché de faire enrager Pigalle qu'il halssoit , parce que celui-cy , sans s'embarrasser de son esprit caustique, le ménageoit peu, et lui disoit quelquefois des vérités dures ; il est vray, dis-je, que le certificat que lui donnoit Falconet était un peu à la Jésuitte et que pour ne se point compromettre
poartant rencontrées dtnt Fnnçois de Vérulim et dans Pierre Corneille. C'est qu'il t de It finesse , du goût , de l'esprit , de It délicatesse , de la gentillesse et de la grâce tout plein ; c'est qu'il est rustre et poli , afibble et brusque, tendre et dur ; c'est qu'il pétrit la terre et le marbre, et qu'il lit et inédite ; c'est qu'il est doux et caustique , sérieui et plaisant ; c'est qu'il est philosophe , qu'il ne croit rien , et qu'il sait bien pourquoi ; c'est qu'il est bon père, et que son fils s'est sauvé de chez lui ; c'est qu'il aimait sa maîtresse à la folie , qu'il l'a fait mourir de douleur, qu'il en est devenu triste , sombre , mélancolique , qu'il en a pensé mourir de regret , qu'il y a longtemps qu'il l'a perdue , et qu'il n'en est pas consolé. Ajoutez à cela qu'il n'y a pas d'homme plus jaloux du suffrage de ses contemporains , et plus indifférent sur celui de la postérité. Il porte cette philosophie à un point qui ne se conçoit pas ; et cent fois il m'a dit qu'il ne donnerait pas un écu pour assurer une durée éternelle à la plus belle de tts statues. Pigal , le bon Pi^l , qu'on appelait a Rome le mulet de la sculpture , à force de fidre, a su faire la nature, et la faire vraie, chaude et rigoureuse ; mais n'a et n'aura , ni lui ni son compère l'abbé Gouguenot , l'idéal de Falconet ; et Falconet a déjà le faire de Pigal. Il est bien sûr que vous n'obtiendrez point de Pigal, ni le Pygmalion, ni l'Alexandre , ni V Amitié de Falconet ; et qu'il n'est pas décidé que celui-ci ne refît le Mercure et le Ciioj^en, de Pigal. Au demeurant ce sont deux grands hommes , et qui , dans quinze ou vingt siècles , lorsqu'on retirera des ruines de la grande ville quelques pieds ou quelques têtes de leurs statues , montreront que nous n'étions pas des enfiints, du moins en sculpture. Qpant Pigal vit le FygmaliùH de Falconet , il dit : Je voudrais bien l'avoir fait. Qpand le monument de Reims fut exposé au Roule . Falconet , qui n'aimait pas Pigal , lui dit , après avoir vu , et bien vu ton ouvrage : M. Pigal , je ne vous aime pas , et je crois que vous me le rendez bien : j'ai vu votre CiUjyem : on peut faire aussi beau , puisque vous l'aves hh ; mais je ne crois pas que l'art puisse aller une ligne au-delà. Cela n'empêche pas que noua ne demeurions comme nous sommes. Voilà mon Falconet. • (Sëhmde 1765. Œuvres de Diderot , tome 8. Ed. Brière, p. 368370)
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il dîsoît : Si reposé que me fait M. Fasse est exact, etc, , mais enfin il approuvoit la proposition et la trouvoit non seulement exécutable, mais encore prétendoit qu'il y avoit un bénéfice honnête pour Tartiste.
M . le Procureur du Roy fit grand bruit de la soumission de Vassé ; la Ville, se trouvant embarrassée, prit le parti de joindre à M . Gabriel et à M . Soufflot plusieurs des plus habiles sculpteurs de l'Académie, M. Le Moyne, qui avoit beaucoup d'expérience dans la fonte , M . Coustou , M. Slodtz. Ils examinèrent exactement les estimations et firent un devis exact, par lequel ils démontrèrent qu'il y avoit près de cinq cent mille livres de frais inévitables dans cet ouvrage et qu'ainsi la proposition de le faire pour trois cent mille livres était illusoire. Les cent et tant de mille livres qui paraissoient devoir rester à M . Pigalle n'avoient d'ailleurs rien d'exorbitant , puisqu'il couroit le risque de recommencer à ses frais ce qui pourroit manquer à la fonte, et ainsi de perdre tout son bénéfice.
On demandera peut-être quel pouvoit être Tespoir de M. Vassé en faisant un marché ruineux ? Voicy ce qu'on a pensé. Le prenuer but étoit , à quelque prix que ce Ait , d'arracher l'ouvrage à M. Pigalle. Il falloit trouver un moyen dans lequel la Ville pût croire trouver un grand avantage, et celui-cy étoit spécieux; elle ne
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pouvoit même s'y refuser sans donner à crier au public que Ton jetoit l'argent. Au bout de quelque temps de travail on en seroit venu à des représentations , et on n'auroit jamais pu forcer Vassé à remplir un marché, où il auroit prouvé facilement qu'il étoit lézé de moitié. Il n'avoit pas grand chose à perdre , et la Ville n'auroit rien gagné à le persécuter , et d'ailleurs ayant de si fortes protections , les Echevins qui auroient fait le marché n'y étant plus , à deux ou trois années de là , il auroit facilement obtenu , ou un nouveau marché, ou des dédommagemenséquivalens.
Quoiqu'il en soit , la ruse ayant manqué son effet , il s'éleva un cri de fureur chés les amis de Pigalle, et d'indignation chés les artistes, qui se répandit chés tous ceux qui avoientquelque relation aux arts (i). On disoit dans le monde que Vassé méritoit d'être rayé de l'Académie : je n'étois pas de cet avis , quoique je blâmasse très-fort son procédé, mais je regardois comme injuste de faire perdre à un homme son état , pour une faute de laquelle je sentois bien que » s'il avoit eu plus d'esprit , il auroit su se justifier d'une manière à embarasser l'Académie .
On disoit partout qu'il falloit le dénoncer; cependant personne ne vouloit se charger de cette dénonciation , qui avoit quelque chose d'odieux.
(i) «Je n'time pu Vassé ; c'est un vilain. ^ (SûIoh de 1767, Œuvres Je Diderot, éd. Naigeon, tome XV, page 1 14).
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Vassé eut l'imprudence de la faire lui-même.
Instruit de ce qui se disoit » il écrivit à l'Académie une lettre où il prétendoit justifier sa conduite par de mauvaises raisons qui ne la justifioient point du tout. Il n'en savoit pas assés pour plaider une mauvaise cause et la gagner. Il me demanda conseil , je le refusay , étant Secrétaire de l'Académie et par conséquent devant rester neutre ; cependant comme j'apréhendois que l'Académie ne voulût aller plus loin qu'elle ne devoit et ne pouvoit , je lui fis insinuer , par M. de la Tour(i), qui paraissoit prendre intérest à sa position , quelques moyens de défenses , tirés de ce qu'il étoit sculpteur de la Ville , qui auroient pu éblouir
(i) » Grand magicien! • Diderot, XV, 1798, p. ^^ DcGoncoart. L*art du X^llI^ ùècU, tome I, p. 257, 2« édition.
On I beaucoup écrit sur Latour dans ces derniers temps. Voici les titres d'ouvrages que M. G. Duplessis transcrit dans son Essmî de BMûh' grûpkU générale :
Duplsquet. . . Eloge historique de Maurice-<^ientin de Latoar, peintre du roi. . . Saint-Q}ientin et Paris, 1788, in-8.
M.'Q, de Latour . peintre du roi Loois XV, par Ch. Desmaze. Saint- QMentin. 1853, in-8.
Nouv. éd. Paris 1854» ÎD-ia-
Les peintres de Laon et de Saint-Qoentin. De Latoor, par Champfleury.
Paris, 1853, in-8.
Eloge biographique de M.-Q, de Latour..., par Ernest Dréolle de
Nodon. Paris 1856. in-8 port.
Eloge de M.-Q, de Latour, par Emile Bcaudemont. Saiot-Q^entin .
1856, in-8.
Notice historique et biographique sur M.-Q. de Latour. Saint-(^entin ,
s. I. (lie) (!856) in-8.
Notice historique et biographique sur M.-Q, de Latour. Saint-Quentin.
(1856) in-8.
Ces deui derniers titres désignent probablement la même plaquette
(iQ-l6).