REMARQUES
I. (p. 29). — M. Carie Vanloo eut la complaisance pour suivre les idées du costume qui lui étoient suggérées par M. de Caylus, dépeindre un sujet de la vie de saint Augustin avec touttes figures vêtues de blanc ; mais comme cela ne faisoit aucun effet , il fut obligé de le recommencer. M. Vien a gâté quelques compositions de tableaux par cette même complaisance, et ce fut aussi M. de Caylus qui l'engagea dans ces compositions froides de figures à la grecque ; ce qui étoit d'autant plus dangereux pour ce peintre que, tendant naturellement à un peu de sécheresse, il ne pouvoit que se gâter en trâittant de petits morceaux d'un si grand fini.
Mme Vien qui avoit du talent dans la miniature (1) n'osa jamais entreprendre de s'attacher à peindre des têtes, ce qui lui auroit pu valoir beaucoup d'argent, dans la crainte d'irriter M. de Caylus, qui vouloit absolument qu'elle ne fit que de l'histoire naturelle.
Pigalle en a reçu quelquefois des conseils , qu'à la vérité il n'a point suivis, les regardant comme nuisibles à son ouvrage ; mais aussi il n'en a point été l'ami. Beaucoup d'autres artistes ont été dans le même cas.
II. (p. 36). — Il y a apparence que l'Académie d'architecture a craint de s'exposer aux criailleries du protecteur, qu'elle pouvoit sçavoir d'ailleurs qui ne la
(1) u Madame Vien met dans ses animaux de la vie et du mouvement > (Diderot, Salon de 1767, dans ses Œuvres, XIV, Ed. Naigeon, p. 277).
ménageoit pas, car il étoit très-irrité que cette Académie se passoit d'amateurs, parce que, sans doute, s'il y en a voit eu, il l'auroit été.
Elle aura mieux aimé laisser faire , d'autant plus que si quelqu'un de ses membres en eût entrepris la critique, on n'auroit pas manqué de dire que c'étoit qu'il vouloit s'approprier l'ouvrage.
On croit faire merveille de demander l'avis de ces corps ; comme j'ay l'honneur d'être d'un, je sçais un peu ce que c'est. Ils ne peuvent presque jamais le donner bien franchement et sont retenus par mille bienséances, parce que tout ce qui s'y dit est trop connu. D'ailleurs le plus grand nombre dans ces corps est toujours les médiocres, et comme c'est la pluralité des voix qui décide, le résultat n'est pas toujours le sentiment des plus habiles. Il vaut mieux prendre l'avis d'un petit nombre des plus célèbres , et le prendre sans éclat.
III ( p. 36). — Groiroit-on cependant que cette idée de tabernacle a reçu les plus grands éloges de jM. Rigolet de Juvigny. Fier d'avoir fait jadis un mémoire contre M. de Voltaire dans l'affaire de Travenolles (1) qui avoit fait quelque bruit et qui est presque le seul ouvrage qu'on puisse citer de lui, il se croyoit un homme de goust et dont la décision étoit de poids surtout dans les Arts. Il avoit à la vérité une grande facilité à hazarder son sentiment et une surabondance de paroles pour le soutenir.
IV (p. 40). — Cette réponse étoit dure et haute ;
(1) Ce Travenol était violon de l'Opéra Mis en jugement pour avoir colporté des libelles contre Voltaire , Rigoley de Juvigny le défendit et attaqua, sui\ant la tactique ordinaire , la partie adverse.
il n'étoit pas exactement vray que M. Coustou fût beaucoup plus grand , même alors , que M. Bouchardon qui peut être n'étoit pas encore au degré où il est parvenu ; mais elle étoit excusable dans un homme en possession depuis bien des années de la première réputation, à qui l'on faisoit sentir d'une manière insultante qu'on lui préféroit un jeune homme qui avoit été son élève, au moins à l'Académie, et même qui, je crois, avoit commencé chés lui.
V (p. 40). — On sera peut-être étonné que ces diverses manières de peindre n'ayent été suivies par personne. M. de Caylus obtint de Carie Vanloo , de Vieil et de quelques autres qu'ils en fissent quelques morceaux. Mais il faut -considérer que des artistes qui ont passé toute leur vie à surmonter les difficultés de la peinture à l'huile et qui se la sont rendue familière, auront toujours peine à se résoudre à employer un moyen qui, quelque facile qu'il paroisse, leur coûteroit toujours un nouvel apprentissage.
VI ( p. 42 ) — Don Pernety déclama tant qu'il pût, dans son Dictionnaire de peinture (1), contre
(l) y Nous ne ferons point ici l'historique de leur découverte ( celle de MM. de Caylus et Majault) nous renvoyons le lecteur à notre préface , dans laquelle nous avons jugé à propos de traiter de toutes les espèces de peinture. Nous nous y étendons beaucoup plus sur la peinture encaustique que sur les autres, parce qu'un écrivain de nos jours s'est efforcé défaire partager la découverte de MM. le comte de Caylus et Majault avec un homme qui ne peut être censé que leur copiste. Nous éviterons d'appuyer ce que nous en dirons sur des autorités frivoles , ou sur des oui-dire. Ce seroit peu respecter le public , ce seroit peu se respecter soi-même * {Dictionnaire portatif de peinture , p. 296 — p 297.) Depuis, M. Girardin dans deux Mémoires à l'Académie des Inscriptions ({Mémoires de divers savants, première série, tomes II et VI) a repris la question de la peinture à l'encaustique. Enfin , tout récemment , M. Henry Cros nous a montré de charmantes cires qui paraissent satisfaire à toutes les exigences d'une restitution.
Bachelier. Freron qui étoit toujours attentif à ne point irriter les gens de considération, sentant bien que le métier qu'il faisoit avoit besoin de protection , n'osa jamais faire usage de quelques observations qu'il m'avoit demandées sur ce sujet où j'avois été cependant très impartial. Il sembla même prendre parti contre Bachelier, ne se contentant pas simplement de dire du bien de M. de Caylus, comme il auroit dû faire. M. Rouquet(i) qui vivoit alors, qui étoit célèbre dans l'émail et qui écrivoit avec beaucoup d'esprit, fit alors une plaisanterie imprimée sous le nom de Peinture au fromage, qui fut fort goûtée de M. de Caylus parce qu'elle tendoit à jeter un ridicule sur la découverte de Bachelier. Elle étoit en effet très-agréable, mais elle avoit le défaut de presque toutes les plaisanteries, c'est qu'elle ne prouvoit rien (2).
VII (p. 42). — A l'égard du grand argument dont on faisoit usage , en disant que le sel de tartre devoit altérer à l'humidité ; outre que l'expérience lui étoit contraire, il est aisé de sentir qu'une si petitte quantité de sel est plus que sufisamment entourée par la quantité considérable de cire, pour être à l'abry des attaques de l'humidité.
Ce qu'il y eut de plus plaisant c'est que plusieurs années depuis, et plus de trois ans après que les volumes de l'Encyclopédie ( où la découverte de Bachelier est expliquée tout au long), avoient paru et étoient répan-
(1) Rouquet était d'origine Genevoise. Il fut admis à l'Académie , quoique protestant , sur l'ordre du Roi , le 23 février 1754. Voyez sur ce peintre en émail Les Beaux-Arts à Genève , par J.-J. Rigaud , 2e partie, Genève, 1846, p. 55. Rouquet mourut au Louvre en 1758.
(2) L'art nouveau de la peinture en fromage ou en ramequin, inventée pour suivre le louable projet de trouver graduellement des façons de peindre inférieures à celles qui existent ; à Maroillc MDCC LV (petit in- 12 de 22 pages dont 10 numérotées).
dues dans toutte l'Europe, le prince de S. Severo (1) à Naples se donna les airs de cette découverte , et en remplit touttes les Gazettes. Il est facile d'inventer ainsi.
VIII (p. 55). — Malgré le mérite réel et reconnu de M. Pigalle, j'aurois été d'un autre sentiment que M. Bouchardon. S'agissant de figures drapées dans le goust antique , j'aurois préféré M. Slodtz, non que je le regardasse comme plus grand sculpteur que M. Pigalle, s'il eût été question de nud, mais comme excellent dans l'art de bien- drapper, et plus propre à se rapprocher du goust de M. Bouchardon. Mais ce dernier n'aimoit point Slodtz , et peut-être avoit quelque antipathie pour lui, comme on le verra dans les anecdotes sur Bouchardon .
Au reste, il a été heureux pour l'exécution de ce morceau qu'il ait été remis à Pigalle puisque M. Slodtz seroit mort avant son achèvement. Pour le bien de l'ouvrage il eût toujours falu revenir à M. Pigalle ou à Vassé si la protection l'eût emporté : il n'y a pas d'apparence que ce dernier en eût fait quelque chose de bien bon.
J'observeray que M. Bouchardon n'avoit jamais marqué beaucoup d'amitié à M. Pigalle, mais il fallut choisir quelqu'un , et le morceau de Rheims lui avoit plu.
IX (p. 64). — Ce M. Bombarde avoit joué un assez grand rôle. A bien l'apprécier, c'étoit simplement un important riche, de ces gens qui font les entendus en
( 1) Voyez sur ce singulier personnage la Correspondance inédite du comte de Cavlus avec Paciaudi tome premier, page 64.
tout, sans que l'on sçache au juste pourquoy, qui cependant viennent à bout de persuader aux gens en place (qui malheureusement ordinairement sont très bornés par eux-mêmes) qu'on ne peut rien faire de bien sans leurs conseils. Je l'ay assés connu pour pouvoir assurer que c'étoit un fort honnête homme, mais très médiocre, vrayement semblable à M. Gobe-Mouche (1) de la soirée des boulevards.
Je me souviens que je fus appelle à quelques conférences qui furent tenues chés lui , lorsqu'on se proposa d'orner une édition in-folio des fables de La Fontaine , des croquis que M. Oudry (2) avoit gribouillé à ses heures perdues. Je fus chargé de rectifier les desseins où il y auroit des figures qu'Oudry estropioit à merveille . Mon affaire étoit rangée , il n'en étoit pas question. Mais la partie tipographique étoit importante , et M. de Montenault l'éditeur (du moins celui qui paroissoit, car il n'étoit pas le véritable bailleur de fonds), n'auroit pas cru rien faire de passable, sans la direction de M. Bombarde. Il sçavoit, je crois, assés bien leur peu de valeur, mais il sçavoit aussi qu'il faut avoir ces prôneurs bavards pour soy. Il y avoit à ces conférences M. Berrier, alors Lieutenant de police et depuis Ministre (3), M. de Malesherbes , Directeur de la librairie et fils de M. le
(1) C'était le surnom du Comte d'Argental , Ministre du duc de Parme à Paris.
(2) Voyez sur Oudry et les fables de La Fontaine la notice biographique de L. Gouguenot insérée dans les Mémoires inédits sur la vie des Académiciens. Dumouiin, in-8, t. II, p. 365.
(3) René Berryer, mort le 15 août 1762 , devint par la protection de Madame de Pompadour, Ministre de la marine (1758) et Garde des sceaux (1761) après avoir été obligé de résigner ses fonctions de Lieutenant de police à la suite de l'émeute de 1755.
Chancelier (1) , et enfin ce M. Bombarde , tous grands juges, soy disans , en tipographie. Encore que j'aye eu quelques occasions en ma vie de voir de près combien les gens en place sont au-dessous de ce que le public en pense , il est certain que je n'ai jamais vu tenir tant de propos sérieux sur rien. M. de Malesherbes étoit un étourdi, le meilleur garçon possible, mais si distrait qu'à chaque instant il avoit perdu le fil de ce qu'on venoit de dire. M. Berrier mettoit de la dignité mêlée de quelque quolibet à tout ce qui se disoit. M. Bombarde gobe-mouche étoit successivement de tous les avis. Il étoit plaisant d'entendre les longues dissertations qu'on faisoit pour sçavoir si l'on mettroit des lettres grises , si la première letttre seroit une fois et demi ou deux fois la hauteur des autres. Le bon c'est qu'après plusieurs conférences où ces Messieurs n'avoient pu se décider, nous restâmes et nous nous rendîmes, en toutte politesse , les maîtres de l'édition et nous fîmes sagement, car cela n'auroit jamais fini. En effet, le moindre des imprimeurs en sçavoit plus qu'eux. Que les hommes de talent sont malheureux ! On ne veut jamais croire qu'ils puissent les sçavoir {sic) mieux que tous les charlatans qui s'affichent pour décider de tout sans rien sçavoir. Ils sont forcés de ramper sous l'ineptie et, s'ils le refusent, on les décrie comme des obstinés. Il y a plus ; si leurs talents se développent , ces Messieurs se donnent des airs de dire qu'ils les ont formés.
A. propos de ce M. Bombarde j'ai ouï conter une anecdote assez plaisante que je ne puis garantir, n'en ayant pas été témoin, mais qui est tellement bien dans
(i) C'est le fameux Malesherbes qu'immortalisa la défense de Louis XVI. Son père, Guillaume de Lamoignon, créé Chancelier en 1750, l'avait nommé Directeur de la librairie.
le caractère du personage que je ne doute pas qu'elle ne soit fondée. Il avoit eu une sorte de direction sur l'Opéra dont il étoit le plus grand conseil. Dans ce tempslà un auteur vint lire devant lui les paroles d'un opéra. Comme il faut toujours pour paroistre connaisseur faire force objections, M. Bombarde ne manqua pas de tracasser le pauvre auteur. Celui-ci ne savoit plus à quel saint se vouer. A un endroit où M. Bombarde l'arrêtoit en blâmant un quatrain , il prit le parti de le prier de vouloir l'aider à le reformer et de refaire lui-même ces quatre vers dont il voyoit bien le sens et qui d'ailleurs étoient absolument nécessaires à la pièce
M. Bombarde se trouva pris : avouer qu'on n'a point de talent affoiblit le crédit de critique. Il se met donc en devoir de refaire les vers ; mais comme il n'est pas aussi facile de faire que de trouver à redire, il se trouva court. Il relut le premier vers et le trouva assés bon , le second lui parut pouvoir passer , mais le troisième et le quatrième étoient défectueux. Il avoit annoncé ces vers , d'abord comme ne pouvant rester , il murmura entre ses dents divers moyens de les rectifier , et enfin finit par dire que , quoiqu'ils ne fussent pas très-bons , ils pouvoient passer dans un opéra ; que ceux qui avoient le plus réussi , n'étoient pas sans quelques mauvais vers. L'auteur qui vit le défaut de la cuirasse le pressa , le supplia hipocritement de ne point l'épargner, de réformer sans pitié tout ce qui ne lui sembloit pas bien , se livrant aveuglement à ses doctes avis , et désirant lui avoir cette obligation ; il n'en put tirer autre chose sinon que cela pouvoit passer , et qu'ils étoient suffisamment bons pour un opéra. Si l'on examinoit de près ces prétendus connoisseurs qui décident dans le grand monde , on trouveroit que les neuf dixièmes ne sont autre chose.
LE COMTE DE CAYLUS. j5
X (p. 66). — Du nombre de ces favoris il faut mettre Fessard , graveur , pour lequel (par l'ascendant qu'il avoit sur M. Bignon , Garde de la Bibliotèque du Roy , et depuis Prévost des marchands) il fit créer une place de graveur de la Bibliotèque du roy. Tous les graveurs rirent de ce choix à cause de la médiocrité connue du personnage, et M. de Caylus lui-même n'étoit pas assés ignorant pour lui croire des talens et pour ne pas sentir que si par malheur il étoit besoin d'entretenir quelque planche usée du Cabinet du Roy , le pauvre Fessard (1) ne pouvoit que les gâter d'avantage ; mais c'étoit son protégé qui avoit toujours été à ses ordres , il faloit qu'on aperçut son crédit
XI (p. 66). — Entre plusieurs marchés dont j'ay eu connoissance de la façon de M. de Caylus, je me souviens de celui que feu M. Daullé (2) fit pour le portrait de la princesse Trubetscoy d'après M. Roslin(3). M. Ville dont la vue (qui d'ailleurs étoit courte) finissoit, ne vouloit point se charger de grands ouvrages , à moins que ce fût pour lui des coups de fortune. Il étoit d'ailleurs d'autant mieux fondé à demander ce qu'il lui plairoit , qu'en effet personne ne gravoit au burin
(1) Ce Fessard a gravé trois intailles dans les Monumenta Peloppnnesia de Paciaudi. (Correspondance inédite du comte de Caylus, I, p. 83.)
(2) On possède un Catalogue des planches gravées par défunt J. Daullé, graveur du Roi. . . dont les estampes se vendent cheç sa veuve , sur le quai des Augustins, à Paris (s. d.) in-4.
(3) b On trouve cependant que ce peintre a fait des progrès depuis le dernier Salon et l'on a fort loué le portrait de Boucher et celui de sa femme qui est toujours belle. « Diderot. Salon de 176 1. ( Supplément à ses œuvres, 2e édition, Paris 1819, p. 213). » Roslin est aujourd'hui un aussi bon brodeur que Carie Van Loo fut autrefois un grand teinturier. » (Salon de ij6ç. Œuvres, édition Brière, t. 8, p. 210).
comme lui , (1) et qu'il faisoit très bien ses affaires en gravant de petits morceaux d'après des maîtres flamands qu'il vendoit le prix qu'il vouloit , et qu'on achetoit avec une avidité singulière". M. Ville donc demanda d'abord un prix exhorbitant , trente mille livres ; mais enfin il se restraignit à seize , ce qui étoit à la vérité encore fort cher ; mais comme il demandoit ce prix avant de commencer et qu'il ne surprenoit personne , on n'avoit qu'à accepter ou refuser.
M. de Caylus fut furieux et déclama contre Ville ; il lui sembloit qu'on devoit ménager l'argent de la Russie , même au détriment des artistes. On n'accepta point, et M. de Caylus fut chercher le pauvre Daullé et le prêcha tant qu'il le fit engager dans un marché par écrit à se charger de graver cette planche pour quatre mille. Autant M. Ville avoit été trop cher, autant Daullé étoit trop bon marché ; il ne fut pas longtemps à s'apercevoir combien il étoit la dupe de cette convention. Il est vray qu'il la grava assés mal, en partie parce que ses talens , qui n'étoient pas fondés sur beaucoup de sçavoir , finissoient ; et en partie par l'envie d'aller vite afin de perdre moins.
Lorsque la chose fut à peu près finie le général Betsky (2) qui faisoit faire la planche, ne fut pas content.
(1) y Le burin de M. Wille , écrit Diderot en 1761 , a conservé à ce salon la grande réputation dont il jouit. ■> [Salon de \j6i . Supplément aux œuvres, 2e édition. Paris Belin 1819 , p. 229). En 1765 il ajoute: » Il est le seul qui sache allier la fermeté avec le moelleux du burin. Il n'y a non plus que lui qui sache rendre les petites têtes. « [Salon de 176$. Œuvres, tome VIII, éd. Brière, p. 398). Et en 1767 : v II faut saisir tout ce qui sortira du burin de celui-ci. Il est habile , et travaille d'après habile. Il a excellé dans de grands morceaux , et il est précieux dans les petits sujets « (Salon de ij6j. Œuvres, éd. Naigeon, page 134-135). Voyez le Catalogue de l'œuvre de Jean Georges Wille , par M. Charles Le Blanc, Leipzig Rodolfhe Weigel 1847.
(2) Citons des lettres de Diderot au Général ces intéressants fragments : ■ Jeune élève de Praxitèle, hâtez-vous de rendre les traits de mon auguste
Daullé l'étoit encore moins , et demandoit ' des dédommagemens, Le comte de Gaylus en appeloit à la convention ainsi que le Général , Daullé crioit à la perte ; M. Mariette fut mis entre deux pour tâcher d'arranger cela; on n'étoit surtout pas content de la teste. Dans l'embarras de cette contestation, comme quand il s'est agi d'obliger, je me suis toujours assés volontiers trouvé prest , lorsqu'on apporta l'estampe chés madame Geoffrin où étoit le bureau des amateurs , voyant l'embarras de M. Mariette qui ne sçavoit comment concilier tous ces intérêts, j'offris de retoucher des épreuves et de ramener la teste à peu près au point où le Général la vouloit ; on accepta et en effet nous contentâmes vaille que vaille le Général.
Il restoit l'article de la gratification ou dédommagement. M. de Caylus n'en vouloit pas entendre parler. Il alléguoit le marché fait, disoit-il , volontairement par Daullé ; mais je sçavois très bien, par Daullé même, qu'il avoit demandé beaucoup plus , mais qu'à force de propos M. de Gaylus l'avoit engagé à passer à ce prix.
J'eus alors un peu occasion de faire sentir à M. de Caylus combien il tirannisoit les artistes , car je lui fis observer que trente ans auparavant on payoit ces sortes de planches six mille livres , que , touttes les denrées ayant au moins doublé , il étoit incontestable que le prix de l'industrie devoit être augmenté , que cependant il avoit fait faire les mêmes ouvrages à un tiers de moins ; et, pour répondre au mépris que je ne sçais que
bienfaitrice. . C'est par vous, Monsieur, que mon bonheur a commencé; c'est vous qui fîtes pour la première fois entendre mon nom à votre auguste Souveraine. . . « — u Portez-vous bien ; .. . faites le bien ; faites-le avec cette merveilleuse opiniâtreté que le ciel vous a donnée... » (Œuvres complètes, éd. Tourneux et Assézat , XIX. p. 498, XX, p 61 ; lettres du 20 décembre 1 767 et du 9 juin 1 774).
yS MÉMOIRES DE COCHIN.
trop que les gens de condition, malgré leurs beaux semblans de politesse , ont pour tout ce qui n'est que bourgeoisie , comme les artistes , je lui disois : Si vous voulés que Daullé ne mange que des harangs sores , j'y consens, mais au moins songes que, lorsqu'on payoit deux mille écus , ils ne valoient que deux liards et qu'à présent ils valent au moins dix-huit deniers.
Je n'ay pas sçu s'il avoit été accordé quelque gratification, si bien due ; mais je pense que non. Le Général Betsky, quoique très-bon homme, ne paraissoit pas généreux, et d'ailleurs Daullé mourut à si peu de temps de là que je crois qu'il en étoit encore à le solliciter vainement.
M. le Bas (1) graveur , passa aussi par le piège de M. de Caylus. M. Le Roy, architecte pensionnaire du roy eut occasion de faire un voyage en Grèce ; il y croqua les antiquités qu'il y trouva ; mais ses desseins étoient si informes que , quand nous les vîmes à Paris , nous eûmes peine à croire qu'on en pût tirer quelque chose. M. de Caylus , chaud amateur de la Grèce ainsi que de l'Egipte , les fit redessiner par Le Lorrain qui , quoique peintre très-médiocre et manqué malgré les plus belles dispositions , néanmoins dessinoit agréablement et avec goust. Il vint à bout d'en tirer les desseins que l'on a gravés ; on peut juger de là du degré de fidélité et combien on peut se rapporter aux détails de cet ouvrage.
Il étoit question de faire graver les planches; c'étoit
(i) « C'est lui qui a porté le coup mortel a la bonne gravure parmi nous , par une manière qui lui est propre , dont l'effet est séduisant, et que tcus les jeunes élèves se sont efforcés d'imiter inutilement - (Salon de 1765. Œuvres de Diderot. T. 8, édition Brière, Paris, MPCCCXXI , page 598).
une dépense au-dessus des forces de M. Le Roy, à moins qu'on ne les fit à très grand marché ; cependant on vouloit qu'elles fussent bien gravées. On ne pouvoit pas mieux choisir que le fit M. deCaylus en s'adressant à M. Le Bas ; mais il fallut encore qu'il usast de toutte son éloquence persuasive pour engager Le Bas à les graver pour la moitié moins qu'elles ne valoient , en lui faisant cependant entrevoir quelque dédommagement si.le livre réussissoit. Le livre s'est bien vendu, mais la gratification n'est pas venue. Aussi M. Le Bas , qui sçait très bien compter et qui n'est pas mal attaché à ses intérests (1) s'en est-il toujours plaint.
Pendant que je suis en train de me rappeler de ces
(i) Diderot confirme cette assertion à propos de deux estampes des ports de France, faites par Lebas et Cochin : « Gravures médiocres, écrit-il , faites en commun par deux habiles gens , dont l'un aime trop l'argent et l'autre trop le plaisir » ( Salon de ij6j, Œuvres de Diderot , tome XV, Ed. Naigeon. Paris an VI-1798 , page 134). Tout ceci s'applique probablement aux dernières années de l'artiste. Dans leurs Portraits intimes , MM. de Goncourt nous peignent tout autrement le Lebas des jours heureux : >.> Il menait grande vie, un train royalement bourgeois; généreux , insoucieux comme un artiste qui se sent l'argent au bout des doigts; sans enfant et n'ayant rien à prévoir, logeant et défrayant sa mère, soutenant le père et les sœurs de sa femme, faisant fortune tous les jours, jetant l'or à ses goûts , ne résistant point aux tentations , à un beau tableau, à une rare gravure, aimant donner, acheter et voir le fond de sa bourse ; brouillé avec les chiffres de l'ordre , ne comptant point avec le gain , parfois surpris par l'échéance d'un billet ; alois il enfermait son créancier, mettait la clef dans sa poche , courait emprunter chez un ami, et rendait à l'homme du billet la liberté et son argent Ils étaient vraiment une famille , le maître et les élèves; famille en laquelle entraient tour à tour Aliamet, Bacheley, Cathelin , Chenu , David , Duret, Ficquet, Gaucher, Godefroy, Guibert, Elmann, Julien, Laurent, Lemaire, Lemire, Lemoine , Longueil , Malceuvre , Martini , Masquelier, Moreau jeune, Née, Riland, l'écossais Strange. Et je ne compte pas les amateurs, Blondel d'Azincourt par exemple , et le comte de Caylus. Et j'oublie le jeune Cochin s'échappant tous les jours de chez son père au grand matin , gagnant en deux heures le petit écu pour ses menus plaisirs , et retour-
petits faits , j'en rapporteray un qui me concerne où l'on a prétendu que M. de Caylus avoit quelque part. Lorsque je n'avois encore qu'environ vingt ans , l'établissement de l'Académie royale de chirurgie fut fait par M. de la Péronie. Il fut question de faire graver un frontispice pour le premier volume des Mémoires. M. Quesnay, qui étoit ami démon père, m'en chargea. Il suffit vis à vis des gens qui ne sont pas au fait de l'art qu'on soit de leur connoissance pour supposer qu'on a les talens dont ils ont besoin, car il le faut avouer , j'étois encore extrêmement foible. Je le dessinay avec tout le soin dont j'étois capable et le gravay de même (1) ; mais on ne me permit pas de mettre la Minerve sur un nuage comme j'en avois besoin , si bien que cette figure de Minerve fourrée dans la composition après coup étoit très misérable. Quoiqu'il en soit , ils en parurent contents.
Il y avoit bien sept à huit mois que je n'avois point
nant auprès de son père qui croyait lui faire commencer sa journée » Cette vivante étude se termine par une anecdote bien flatteuse pour Cochin : > Cochin avait gravé les ports de mer de France en société avec Le Bas. Aux termes de l'acte de société , Cochin pouvait prendre la moitié des planches appartenant à Le Bas d'après l'estimation d'académiciens experts. Sa délicatesse se refusa à l'usage de son droit. Cochin ne voulut pas qu'on soupçonnât ses confrères de l'avoir favorisé. Il doubla la première enchère de prisée, et n'obtint qu'au prix de 9,251 tii les huit planches des ports de mer qui avaient appartenu à son ancien ami. » Portraits intimes du dix-huitième siècle , etc. Paris, 1878 , pages 293, 296 et 314).
(1) D'après ce passage , Cochin aurait fait ce frontispice vers l'année 1735 , puisqu'il était né en 1715 ; cependant le frontispice des Mémoires de l'Académie de chirurgie « où l'on voit la Chirurgie qui présente au Roi ses Mémoires au milieu d'un camp » ne figure , sur le catalogue de l'œuvre de Cochin par Ch.-Ant. Jombert , qu'à la date de 1743. Une longue note , fournie probablement par Cochin , confirme le récit qu'or, lit ici. Le Bas avait été chargé de graver le dessin de Boucher en le rectifiant et en donnant la ressemblance à la tête du Roi.
LE COMTE DE CAYLUS. 8l
demandé à être payé pour ne point paroistre avide , lorsque j'appris que M. Boucher (1) avoit fait un dessein et que M. Le Bas recommençoit la planche; je demanday alors à être payé etj'en vins à bout.
Les deux planches faites, on ne sçut laquelle préférer; le dessein de M. Boucher étoit mieux composé , mais la figure du Roy étoit lourde et d'un caractère bas. MM. de l'Académie de chirurgie, ne sachant comment se déterminer prièrent M. le cardinal de Fleury de les présenter touttes deux au Roy afin qu'il choisît, et la mienne eut le bonheur d'être préférée ; je le dis en vérité bien sans vanité , car je conviens que c'est une assés mauvaise besogne.
Je n'ay pas bien sçu le rapport qu'avoit eu M. de Caylus à cette affaire , mais je sçais que M. Boucher qui m'aimoit , fâché du risque que je courois lorsque j'étois incertain si l'on ne me laisseroit point ma planche , me dit : C'est ta faute ; tu ne vas jamais voir M. de Caylus.
(i) « Je ne sais que dire de cet homme-ci. La dégradation du goût, de la couleur, de la composition, des caractères, de l'expression, du dessin, a suivi pas à pas la dépravation des mœurs. Que voulez-vous que cet artiste jette sur la toile ? Ce qu'il a dans l'imagination ; et que peut avoir dans l'imagination un homme qui passe sa vie avec les prostituées du plus bas étage ?. .. J'ose dire que cet homme ne sait vraiment ce que c'est que la grâce ; j'ose dire qu'il n'a jamais connu la vérité ; j'ose dire que les idées de délicatesse, d'honnêteté, d'innocence, de simplicité, lui sont devenues presque étrangères ; j'ose dire qu'il n'a pas vu un instant la nature, du moins celle qui est faite pour intéresser mon âme, la vôtre, celle d'un enfant bien né , celle d'une femme qui sent ; j'ose dire qu'il est sans goût, n {Salon de 1765. Œuvres de Diderot, Édition Brière , tome 8, page 1 14-1 15). Ces tirades de Diderot sont évidemment passionnées et injustes. » Le goût qu'il eut toujours pour le plaisir*, remarque l'abbé de Fontenay, u ne l'empêcha pas (Boucher) d'être le plus abondant des peintres de son temps. Son imagination toujours active et son amour pour son art ne lui laissèrent jamais perdre un jour pour sa gloire. * {Dictionnaire des artistes, tome 1, p. 235).
Dans le projet que j'ay formé de ramener les portraicts qu'on a tracés des grands artistes à une plus exacte ressemblance, je ne dois point obmettreM. Bouchardon.
Cet artiste avoit fait un long séjour à Rome, tant à la pension du Roy, que dehors. L'ordre de l'entrée et de la sortie , des élèves n'étoit pas réglé comme il l'est présentement (1). Il s'y étoit fait une grande réputation. Enfin M. le duc d'Antin , ayant appris quel étoit son mérite , le rappella à Paris , où il l'accueillit avec toutes les marques de considération qui étoient en son pouvoir. Il lui donna unattelierdans le Louvre, dans lequel il lui fit bâtir un logement commode. Il vint l'y voir et s'attendoit peut-être à de grands remerciemens, mais M. Bouchardon, quoiqu'avec un air tout rond, tout sans façon, étoit haut et
(1) Voyez les Remarques de l'auteur à la fin de ce portrait : I, (p. 100).
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pensoit qu'on ne pouvoit rien faire de trop pour lui. M. d'Antin lui dit : Te voilà bien logé (ilavoit la mauvaise habitude de tutoyer). Bouchardon lui répondit : Monsieur , si vous maviès vu à Rome , vous ne penseriés pas ainsy ; j'y avois un palais . Cette réponse a été admirée des adorateurs de M . Bouchardon ; pour moy je ne puis m'empêcher d'y trouver une dureté déplacée vis à vis d'un bienfaiteur qui a fait ce qui étoit en son pouvoir pour nous obliger, sans compter le défaut de justesse de la comparaison d'une ville habitée comme Paris, avec une ville dévastée comme celle de Rome. Le Roy a tant de monde à loger dans peu d'espace , au lieu qu'à Rome on trouve en effet à louer pour peu d'argent des espèces de palais , composés de grandes pièces , mais sans aucunes commodités.
D'un autre côté l'on peut dire pour sa justification qu'il pouvoit être instruit de la hauteur avec laquelle M. le duc d'Antin traittoit les artistes, même les plus célèbres , et qu'il voulut, dès le commencement , lui faire sentir qu'il n'entendoit pas être traitté ainsi : auquel cas ce seroit une réponse courageuse et prudente (1).
M. de Caylus (comme je l'ay dit dans les anecdotes qui le concernent ) et M. Mariette faisoient très assiduement leur cour à
(1) Voyez les Remarques de l'auteur : II (p. 100).
M. Bouchardon. Le premier donnoit par là bonne opinion de son goust, et le second en tiroit de la considération et presque touttes les contrépreuves de ses desseins. Il ne faut pas croire cependant que ce fût Bouchardon qui eût beaucoup de complaisance pour eux. Il n'en étoit pas fort susceptible. Il étoit très-despote chés lui, peut-être même l'auroit-il été volontiers chés les autres, mais comme cela n'auroit pas réussi dans le monde ; il y a apparence que c'est ce qui l'a engagé à se répandre peu , et à ne manger que très-rarement hors de chés lui, si ce n'est chés M. Mariette qui , pour ainsi dire, étoit toujours à genoux devant lui.
M. Bouchardon a été certainement le plus grand sculpteur et le meilleur dessinateur de son siècle. On lui a l'obligation d'avoir ramené le goust simple et noble de l'antique ; véritablement la sculpture s'en éloignoit trop et se seroit encore plus écartée par le goust maniéré des frères Adam( i ) . Mais, comme je fais profession de dire icy mon sentiment sans déguisement , j'oseray trouver quelques défauts dans ce grand homme. C'eût été un blasphème aux yeux de ses amis.
Il m'a paru qu'il outroit la simplicité (2), que quelquefois il adoptoit des coefïures de têtes ignobles et qu'il a assés souvent approché si
(1) Voyez les Remarques : III (p- 101).
(2) Toutes les biographies insistent sur ia simplicité de Bouchardon. Dictionnaire des Artistes, de l'abbé de Fontenay, t. I, p. 232).
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près du pauvre que quiconque l'auroit imité servilement auroit pu tomber dans un ridicule insoutenable ; c'est un malheur attaché à l'humanité que presque toujours pour éviter un excès, on tombe dans un autre . Aussi sa manière eut de la peine à prendre faveur et révolta d'abord même les artistes ; cependant le profond scavoir qui soutenoit ses ouvrages lui obtint les éloges qui lui étoient dûs, et les beautés réelles qu'on y apperçut arrachèrent l'estime même de ceux qui d'abord en paroissoient les plus éloignés.
Il aimoit le fini, et sans doute il avoit raison. En effet, il semble qu'on ne peut pas regarder quelque chose comme véritablement et complètement beau qu'il ne soit achevé. De plus, il est tant d'artistes qui font des ébauches et des à peu près charmans, et qui néanmoins sont incapables de les achever avec succès , qu'un artiste ne peut être reconnu grand que sur des ouvrages achevés.
Mais, si le fini est un mérite, son excès est un défaut. M. Bouchardon modeloit avec un esprit, une justesse et une netteté admirable ; mais lorsqu'il travailloit le marbre, son extrême passion pour le fini a pu le mener trop loin , et jecrois pouvoir avancer qu'il a paru ignorer ce que nous appelions l'art de travailler pour la place et que dans ces occasions, il ne sçavoit pas se dire : C'est as se s.
Ce beau grouppe qui est à la fontaine de la
rue de Grenelle (i) est un chef-d'œuvre à regarder de près ; je puis le certifier, l'ayant vu sous les yeux dans son attelier , cependant il ne fait pas en place la moitié de l'effet qu'il feroit, s'il étoit plus heurté et que les formes en fussent plus ressenties.
Il en a été de même de la statue du Roy à cheval dont le modèle, trop fini pour la hauteur où il est placé, a encore été gâté par le travail ignorant des cizeleurs. Mais M. Bouchardon, bien loin d'apercevoir que le mérite de la touche admirable de son modèle se perdoit (2) , vouloit que ce morceau fût limé, ciselé partout et enfin fini comme un morceau d'orphèvrerie ; son goust d'élection étoit contraire à son goust acquis (3).
M. Bouchardon drappoit supérieurement quant à la disposition et au bon choix des plis. Mais j'ose dire qu'il n'executoit pas aussi bien sesdrapperies. C'eût été une hérésie épouvantable que d'avancer cela de son temps. Cependant on peut remarquer aux figures qui sont à Saint-Sulpice et à la statue du Roy que les plis des draperies en sont travaillés (comme l'appellent les sculpteurs) à coups de gouge. C'est-à-dire qu'au lieu de cet enchaînement
(1) Voyez sur cette fontaine la Lettre de M. M. à un ami de province au sujet de la nouvelle fontaine de la rue de Grenelle au faubourg Saint- Germain-des-Près , signée : M (ariette), Ier mars 1746. Cette lettre a été réimprimée par M. de Montaiglon dans l'appendice de YAbecedario. (T. VI, p. 279-291).
(2) Voyez les Remarques à la fin de ce portrait : IV (p. 102).
(3) Voyez les Remarques : V (p 103).
moelleux de surfaces diverses qui, en passant forment les différens mouvemens des plis, on y voit des creux pratiqués aigrement et non adoucis qui ressemblent aux creux que laisseroit une longue coquille en enlevant partie d'une crème cuitte et bien liée. Qu'on me pardonne cette comparaison que j'ai cru propre à faire entendre mon idée.
C'est ce qui m'a fait insinuer d'une manière couverte, dans ma lettre sur la vie de M . Slodtz (i), qu'en général ce dernier exécutoit mieux ses draperies que M. Bouchardon, mais je n'ay pas osé le dire clairement ; M . de Caylus vivoit encore et ne me l'auroit pas pardonné.
Lorsque la figure de l'Amour par M . Bouchardon fut achevée (et c'est véritablement un chefd'œuvre de sculpture) (2), quoiqu'elle eût été ordonnée pour le Roy , néanmoins, il signifia à
(1) » On ne l'a point surpassé quant au goût avec lequel il savoit disposer , former et exécuter les plis des draperies délicates ; il étoit excellent dessinateur, non, comme je l'ai déjà dit, que ses formes fussent toujours pures et correctes ; mais ses dessins, ainsi que tous ses ouvrages, sont remplis de grâces, n (Lettre de M. Cochin aux auteurs de la Galette Littéraire, p. 1 1 .
(2) Nous lisons dans une note de Y Abccedario de Mariette , édité par MM. le Marquis Ph. de Chennevières et A. de Montaigion , Paris 1S51- 1853, (art. Bouchardon): « Notre ami , M. de Chennevières, a publié , dans le premier volume des Archives de ï 'Art français , p. 162, une pièce relative à cette statue ; nous y renvoyons et pour la pièce et pour une très-curieuse lettre de Voltaire. J'ajouterai seulement qu'à Londres se trouve , dans la collection de lord Ellesmere , un tableau dans le goût du Parmesan , et représentant l'Amour taillant son arc. Il est au moins très probable que c'est ce tableau qui a donné à Bouchardon , sinon la
M. Coypel qu'il ne l'auroit pas pour 10,000 <& qui étoit le prix ordinaire des estimations de ces statues, qu'un Anglois lui en avoit offert 24,000 *$> Il fallut donc se résoudre à lui en offrir 20,000 <& et on l'eut. Je ne blâme point assurément cette demande, quoiqu'elle ait peut-être bien embarrassé M. Coypel. Ce morceau est d'une telle beauté qu'on ne pouvoit pas trop le payer.
Mais ce qu'il y eut de singulier, c'est que cette figure ne fit point fortune à la Cour. Placée au milieu du salon d'Hercule à Versailles, elle attira la critique de touttes les petittes maîtresses et de tous les talons rouges. La Cour donna dans cette occasion une belle preuve de son ignorance et de son peu de goust pour les Arts. Quoy, c'est là l'Amour, disoit-on, c'est donc l Amour portefaix ; mais cela n'est point du tout agréable. Le temps même n'en fit point revenir ; et , comme c'est la voix des jolies femmes qui décide de tout dans ce pays-là, et qu'elles n'y trouvoient point un freluquet musqué comme elles les aiment , tant fut discouru et critiqué qu'il falut l'ôter de là , malgré les artistes qui en disoient merveille, mais qu'on regarda comme des imbecilles (1). Il fut
pose , au moins l'idée de sa statue ; car ce tableau , comme le plus grand nombre de ceux de cette collection , faisait partie de la collection du Palais-Royal , où Bouchardon l'a pu voir. «
(1) Voyez les Remarques (.VI , p. 105). Aux restrictions de Cochin on peut ajouter ces critiques ingénieuses de Diderot . > Il me semble qu'il faut bien du temps à un enfant pour mettre en arc l'énorme solive qui
posé à Choisy dans un vestibule de l'Orangerie. Comme ce lieu tient un peu de la forme d'un temple il y est très-dignement et très-bien pour sa conservation, et, n'en déplaise à la Cour, ce morceau sera quelque jour l'objet de l'étude de tous les artistes.
On prétend que M. Bouchardon l'ayant été voir depuis qu'il étoit dans ce lieu, après l'avoir regardé avec attention , dit , Cela est bien , mot plein d'un sens respectable si l'on veut le regarder comme la noble franchise d'un artiste qui juge son ouvrage avec la même vérité qu'il jugeroit celui des autres.
Ce que je ne feins point de reprocher à M . Bouchardon, c'est le mépris trop marqué qu'il faisoit paroistre de presque tous les autres sculpteurs ses contemporains. 11 avoit sans doute le plus rare mérite, mais les autres avoient aussi des talens et des parties où ils excelloient.
Lorsque le tombeau du curé de Saint-Sulpice (i)
armoit la main d'Hercule. Cette idée choque mon imagination. Je n'aime pas l'Amour si longtemps à ce travail manuel, et puis , je suis un neu de l'avis de notre ingénieur. M. Le Romain, sur ces longues ailes avec lesquelles on ne sauroit voler quand elles auroient encore dix pieds d'envergure. {Observations sur la sculpture et sur Bouchardon dans les Œuvres de Diderot, tome XV, édition Naigeon, p. 318).
(1) L'abbé Languet de Gergy dont les originalités sont bien connues. On trouve dans tous les anciens Guides de Paris et notamment dans la Description de Paris de Piganiol (VII , 325-332) une description de ce monument théâtral. Piganiol en a même donné la gravure ; mais la reproduction que présente le Voyage pittoresque de Paris par Dargenville est bien supérieure. Ce tombeau obtint un grand succès.
par Slodtz fût découvert, on prétend que M . Bouchardon, après l'avoir vu, rentrant à son atelier dit à Bustel et à ses autres compagnons : Allés à Saint-Sulpice ; vous y verres le tombeau du curé ; vous rires bien. Il n'y a cependant pas de quoy et, quoiqu'en ait pu penser M . Bouchardon et qu'il y ait quelques défauts, il n'en est pas moins vray que c'est un des plus beaux morceaux de sculpture qu'il y ait à Paris. Il n'est pas possible que M . Bouchardon , quelque aveuglé qu'il pût être par la haute estime qu'il faisoit de soy-mème et peut-être par la petite jalousie qu'il pouvoit avoir contre Slodtz qu'on avoit osé lui comparer tant à Rome qu'à Paris, il n'est pas possible, disje, qu'il n'y sentît beaucoup de mérite, mais peut être le mélange des marbres de diverses couleurs (quoiqu'ingénieusement varié) , l'avoit-il choqué et qu'il avoit saisi ce côté pour y jetter un ridicule .
Il faisoit encore moins de cas de M. Le Moyne, Ce sculpteur étoit peu correct, emporté par son feu. Il étoit quelquefois outré, conséquemment il ne pouvoit pas plaire à Bouchardon , dont la correction étoit fort sévère ; mais il auroit dû être assés juste pour applaudir à un certain goust animé et plein de feu qui vivifioit ses ouvrages. Il auroit dû concevoir qu'on pouvoit être inférieur à Bouchardon et être néanmoins un très-bon sculpteur.
Quoique M. Bouchardon n'eût pas l'esprit brillant, il avoit cependant quelquefois le mot plaisant, surtout lorsqu'il étoit question de lancer un trait sur un artiste, et c'étoit avec un air de pesanteur et de bonhomie qui le rendoit encore plus singulier. J'étois un jour avec lui près de l'église Saint-Louis du Louvre. M. Le Moyne (i) nous engagea à entrer pour y voir un autel de la Vierge qu'il venoit de mettre au jour. C'est un morceau à la vérité assés bizarre où M. Le Moyne , saisissant mal l'idée qu'on lui a donnée des tombeaux du Bernin à Saint- Pierre de Rome, s'est avisé de mêler de la peinture avec de la sculpture , ce qui y donne l'air mesquin d'un ex voto. Je cherchay tout ce que j'y pouvois trouver de louable pour en faire compliment à M. Le Moyne. M. Bouchardon parla peu , mais en sortant il me dit : Que veut-il que je lui dise ? Je ne me connois qtfen sculpture ; ce ri est pas là de la sculpture.
Ilenvouloità M. Guillaume Coustou, le père, et un jour que je le fus voir dans sa maladie, il me
(i) » Cet artiste fait bien le portrait ; c'est son seul mérite. Lorsqu'il tente une grande machine, on sent que la tête n'y répond pas. Il a beau se frapper le front ; il n'y a personne. Sa composition est sans grandeur, sans génie , sans verve , sans effet ; ses figures sont insipides . froides , lourdes et maniérées ; c'est comme son caractère . où il ne reste pas la moindre trace de l'homme de nature. « (Salon de 1765. Œuvres de Diderot, tome S , édition Brière , p. 366). — u En général , les terres cuites de Le Moine valent mieux que ses marbres. Il faut qu'il ne le sache pas travailler. * (Salon de 1767. Œuvres de Diderot, édition Naigeon, tome XV, p. 1 10).
raconta fort au long comme quoy ce M . Coustou avoit fait mettre à Saverne un buste de M . le cardinal de Rohan et en avoit déplacé un de lui Bouchardon. Il me répéta plus d'une fois que le sien étoit beau, que c'étoit un ouvrage fini et que celui de M. Coustou étoit mauvais, que c'étoit une borne, ce qui ne me parust pas fort honnête en ce qu'il avoit été son élève et que d'ailleurs ce M . Coustou, quand il avoit voulu s'en donner la peine, avoit fait de très-belles choses , telles que le petit Hercule que nous avons à l'Académie , les chevaux retenus par des palfreniers qui sont à Marly, qui non-seulement sont de la plus grande beauté , mais qui de plus ont le mérite qui manquoît à M . Bouchardon et dont peut être il ne sentoit pas la valeur , je veux dire celui d'être achevés précisément ce qu'il faut pour bien faire leur effet en place.
Il louoit cependant quelquefois, mais rarement et étoit fort économe de paroles à cet égard. Outre qu'il a trouvé des beautés dans le morceau de M . Pigalle pour Rheims puisque c'est ce qui l'a déterminé à le demander pour son successeur , il donna quelques éloges assés flatteurs aux frontons que M. Coustou le fils avoit exécutés à Belle Vue, et c'étoit beaucoup , car il n'aimoit pas le père. J'ay eu aussi l'encouragement qu'il voulût bien trouver du talent dans un dessein que j'avois exposé au Salon , qui représentait l'audience de
l'ambassadeur turc à Versailles, et il est certain que cette marque de contentement de sa part me fit plus de plaisir que tous les éloges du public et même des autres artistes (i) .
Je rapporteray ici en passant un fait peu important , mais où il m'a paru que M. de Boze (2) avoit lourdement pris le change sur le compte de M. Bouchardon. Ce dernier , disoit M. de Boze , à l'âge de quarante ans n'avoit pas encore lu Homère. On peut juger quel opinion un sçavant en us et en idès comme M. de Boze pouvoit avoir d'un homme qui avoit si peu d'érudition (3). Quoiqu'il en soit, il lui prêta ce livre; il lui demanda ensuite ce qu'il en pensoit. Bouchardon enchanté des images sublimes de ce poète , lui répondit en langage d'artiste que les héros d'Homère lui paroissoient avoir quinze pieds de haut ; M . de Boze prit cette réponse pour une naïveté et pensa que Bouchardon avoit cru en effet que les hommes de ce temps là étoient de cette grandeur. Le plaisant , c'est que M. de Boze, qui se plaisoit à raconter ce fait, ne voyoit pas que tous ceux à qui il le contoit prenoient la réponse de Bouchardon dans un tout autre sens , c'est-à-dire qu'il leur paroissoit clair que Bouchardon, exprimant le sentiment qu'il avoît éprou-
(1) Voyez les Remarques à la fin de ce portrait : VU (p. 105)
(2) Voyez les Remarques de l'auteur, VII I fp. 107). O) Voyez les Remarques , IX (p. 107).
BOUCHARDON. ç5
vé, avoit entendu qu'Homère avoit peint la nature plus grande et plus belle qu'elle ne paroist ordinairement (i).
En qualité de chargé du détail des arts, j'ay eu une petite occasion d'embarras vis-à-vis de M. Bouchardon. Il avoit d'abord été chargé, pour le roy, du tombeau du cardinal de Fleuri (2), ouvrage qui depuis a été fait par M. Le Moyne aux dépends de la famille ; il en avoit fait deux esquisses fort belles , il avoit reçu 4000 <& , à compte ; il me pria de faire terminer cette affaire afin qu'elle ne restast pas après lui.
Il étoit bien simple que les 4,000 <*£ lui demeurassent pour les esquisses qu'il avoit faittes; j'en écrivis à M . de Marigny qui en demeura d'accord , mais il pensoit qu'en conséquence M. Bouchardon nous remettrait les esquisses pour le Roy.
Je fus voir M- Bouchardon; il ne fut point du
(1) Voyez les Remarques à la fin de ce portrait: X (p. 108.) L'abbé Delille fait probablement allusion à cette anecdote en disant à Homère dans son poëme de Y Imagination :
Bouchardon des héros t'empruntait les modèles.
(2) Le tombeau du cardinal ayant été mis au concours , le projet de Bouchardon fut préféré. Outre Lemoine et Bouchardon les autres concurrents étaient Adam et La Datte. Voyez la chanson à laquelle cette histoire donna naissance {Archives de l'art français , V, 62-64). Voici le couplet relatif au modèle de Bouchardon :
Ct'-là qui est bâti tout rond
Qui Ta fait ? — C'est ce Bouchardon,
Lon , Ion , la , etc.
C'est sa mode d'être arrondy
Lon , lon , la , etc.
tout de cet avis , et me dit qu'il ne les donneroit pas pour dix mille francs. Ce marché n'auroit pas été avantageux pour le Roy. Comment faire ? Bouchardon n'entendoit pas que rien contrariast ses idées; on ne l'y avoit point accoutumé. Il falloit donc que les 4,000 fr. lui fussent laissés sans que le Roy eût rien. Heureusement M. de Marigny n'aimoit point à traiter les artistes à la rigueur ; il faisoit tout le cas de M . Bouchardon que méritoient ses talens ; il consentit à tout plutost que de fâcher M. Bouchardon, qui s'en seroit plaint comme de la plus cruelle injustice et qui n'auroit pas manqué de gens qui l'auroient cru sans autre examen.
Lorsque le désir d'achever le Louvre fit ôter les atelier aux sculpteurs , M . Bouchardon , comme les autres , y perdit le sien et son logement ; on peut juger s'il s'en plaignit, mais on lui en laissa peu de loisir , car presque aussitost on pensa à le dédommager. Le Roy lui accorda un logement à son choix dans Paris dont la caisse des Bâtimens payeroit le loyer. Il n'en avoit cependant pas grand besoin , du moins ce fut pendant bien peu de temps, car il eut, ou alors, ou presque aussitost son logement à ses ateliers du Roule. M. Bouchardon n'en voulut pas cependant tenir les Bâtimens quittes , à moins d'un loyer de deux mille quatre cent livres , et lorsqu'ensuitte il arriva quelque retard aux payemens à cause de la mal-
heureuse guerre où nous fûmes si malmenés , on peut imaginer s'il jetta de beaux cris ; tout fut cependant payé.
Il fut le seul à qui le Roy accorda cette grâce. Adam et les Slodtz moururent avant que d'obtenir aucun dédommagement ; Pigalle et Falconet n'en obtinrent qu'après la mort de M . Bouchardon ; et ce furent les mêmes cent louis qui leur furent par tagés.(i)
Je n'entreray dans aucun détail sur l'exécution etlaconduitte du travail de la statue équestre, du Roy ; j'ajouteray seulement qu'il y eut pendant assés longtemps de grandes plaintes de la part de tout ce qui tenoit à la Ville sur la lenteur de M. Bouchardon, et de pareilles plaintes de la part de M . Bouchardon sur les procédés de tous ces gens là. M. Bouchardon, peut-être trop prévenu de la considération qui étoit due à ses grands et rares talens , ne pouvoit se prêter à tous les procédés d'ordre mercantile, que naturellement des Echevins marchands mettent à tout ce qu'ils font. Ce qui est de certain c'est que cet ouvrage a langui longtemps par ce défaut de bonne intelligence et que sans M. Lempereur, échevin, plus intelligent et plus au fait de la manière d'agir convenable avec les artistes , peut-être cette statue n'eût-elle pas été fondue du vivant de M. Bouchardon.
(1) Voyez les Remarques^ à la fin de ce portrait : XI, (p. 108).
Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter qu'au grand étonnement des artistes , il travailla cette statue avec une quantité de points pris sur son modèle plus nombreuse que n'en auroit mise un compagnon ; en conclura-t-on qu'on ne sauroit prendre trop de précautions pour bien faire , ou que beaucoup de ces précautions étoient de subrogation ?
M. Bouchardon prétendit aussi avoir été extrêmement troublé dans l'exécution de ce morceau et même obligé de le recommencer en entier par les suittes de la visite dont le Roy l'honora ; la quantité de personnes qui entrèrent avec le Roy et leur poids, à ce qu'il a assuré,, fit un peu jouer le plancher sur lequel étoit le modèle et lui dérangea tous ces points , mais ces points étoient-ils donc si nécessaires? et un aussi habile homme que lui étoil-il obligé de se copier lui même si servilement qu'il ne pût suppléer à ce qui étoit dérangé, sans avoir besoin de précautions si minutieuses ? Si j'ose dire ce que j'en ay pensé , je crois qu'il étoit vray que ce dérangement avoit en effet troublé son travail , mais je crois aussi que , naturellement minutieux , un petit obstacle , qui n'auroit pas beaucoup embarassé un autre , le troubloit excessivement.
Ce qui causa principalement la longueur de ce travail ce fut le mauvais succès de la fonte , car, quoi q u'on en ait vanté la réussite parce que les
figures sortirent touttes entières sans qu'aucune partie eût manqué , néanmoins ce fut avec une croûte adhérente qui coûta un travail infini lorsqu'il fut question de l'emporter avec la lime et le cizeler.
J'ay parlé à l'occasion de M. de Caylus, du legs que fit M . Bouchardon de cet ouvrage et des suittes qu'a eue cette affaire ; je n'ajouteray rien , sinon qu'il est étonnant que M. Bouchardon ait donné dans sa lettre l'idée que les quatre figures du piédestal étoient comme faittes , tandis qu'il n'y avoit pas encore travaillé, et qu'elles n'étoient que dans l'état où un compagnon qu'il avoit (nommé Bustel) (i) avait pu les mettre.
Si j'ay osé parler avec tant de franchise d'un aussi grand artiste , ce n'est pas que je ne respecte infiniment sa mémoire , mais la vérité est préférable à tout ; tous les hommes ont leur défauts et les portraits que l'on en lait doivent être tracés avec exactitude. Si Ton avoit eu plus de sincérité à cet égard, peut-être ne dirions-nous pas si souvent que nos ancêtres valoient mieux que nous. Les homes ont toujours été à peu près les mêmes.
(1) Bustel , praticien plutôt qu'artiste, est resté profondément inconnu.