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bois de la Caille, et monter de là à la maison de l'Enfance, Xons jiaissions les veux, mais nous conservionscependant un calme affecté sur nos traits, de peur d'être pris pour des prisonniers. En peu d'heures, nous eûmes atteint le sommet du bois de la Caille et la porte de l'Enfance. M. Philippe nous confia au i^^endarme ; il entra le premier dans la maison, pour nous préparer une réception humiliante. Xous trouvâmes, en effet, toute la pension rangée en double file pour nous recevoir. 11 donna le signal des huées, mais les murmures provoqués ne partirent pas; notre entrée eut plutôt l'air d'un triomphe. On nous conduisit dans des prisons séparées; mes deux camarades furent menés dans une chambre basse, où ils ne restèrent que deux jours, ayant consenti à demander un pardon public et ayant été pardonnes. Quant à moi. léputé justement le plus coupable, on n'espéra pas un si prompt repentir et on me relégua dans une petite chambre, sous les toits, où j'eus le temps de réflécliir sur ma faute; mais, quoique je n'eusse pas encore douze ans, le sentiment de l'honneur, puisé dans les entretiens de mon père et dans ses habitudes militaires, m était déjà si fauiilier, que l'idée
(le me désavouer ne me vint pas et que je considérais mon humiliation actuelle comme une gloire future. Je me jetai sur une couchette et je ne versai pas une larme. « J'aurai le temps, me dis-je, de mieux combiner mon évasion. » Mais on m'en avait enlevé tous les moyens. Un cadenas fermait ma porte en dehors. On m'apportait ma nourriture, saine et abondante, avec précaution. On avait eu soin de m'enlever mon habit pour qu'il me fût impossible de m'enfuir sans être désigné et poursuivi. Tous les jours, un des professeurs les plus bienveillants, un de nos camarades les plus raisonnables, avait mission de venir causer amicalement avec moi et de me provoquer au repentir. Je causais avec plaisir; j'étais touché de leur bonté et de leur amitié, mais ils ne gagnèrent rien sur moi. J'étais résolu à ne point fléchir. Un mois se passa ainsi; j'étudiais, je lisais, je rêvais, et je ne fléchissais pas.
L'époque des vacances approchait. Ma famille s'affligeait de tant d'obstination. Ma mère vint et
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ni>mmena. Je revis Milly. je redevins doux comme aiij)aravanl. 11 fallu! songera me trouver une au- Ire école. La maison des Jésuites de Belley était loiijours dans lespiût de ma mère; elle tini( par gagner sa cause auprès de mes oncles et de mes (an tes. Mon père céda. Ma mère me conduisit, à la fin d'octobre, dans cette petite ville de son choix. J'étais gai comme si Ton m'eût mené à une délivrance.
La loute de Mâcon à Belle\ '; frontière de la Savoie, est la première chose grandiose et pittoresque qui ait frappé mes yeux. Ma mère, imagination vive et impressionnable, en jouissait autant que moi. Nous employâmes trois jours et demi à la parcourir. Nous commençâmes par traverser la Bresse, pastorale, délicieuse et verte plaine dont les immenses prairies, les tètes de saules ébranciié^'s, les blés noirs ondoyants de leurs tapis de fleurs blanches, les maïs qui tapissaient les murs cxlérieurs des chaumières de leui's candélabres d (M-, formaieni à nos ])ieds une mosaïque diaprée. L<' paysage ouveii. gai, nous mena jusqu'à la l'i- \i<'i<' d Ain. doni le nom, qui veul diie pou, vient <!'' I «ii'.'iIh'. (In |;i jiassail en bac dans ee lemps-là.
MEMOIRES DE LAMAHTINE. 77
MM. de Cordon, parents, camarades et amis de mon père, liabitaient nn beau château au bas du fleuve. Mon père les avait prévenus. Nous les trouvâmes à la descente du bac; ils nous accueillirent avec une grâce sévère de vieux gentilshommes, dont le souvenir m'est toujours demeuré. Le lendemain, nous parcourûmes une partie du Dauphiné jusqu'à Ambérieux. oîi les premières montagnes portaient cinq ou six châteaux, parcs, pièces d'eau et jardins magniliques, dont les propriétaires, entre autres xM. de Montchalin, sont devenus plus tard mes amis. La plaine alors se rétrécit et devient vallée, puis défilé, puis gorge étroite entre de hautes cimes; une roue de notre voiture roule sur le bas d'une colline, l'autre sur l'autre; un ruisseau coule en écumant et en murmurant sous la voiture dans le milieu de la route; quelques ponts, décrits par des troncs d arbres encore verdoyants, traversent çà et là YAlbarine ; c'est le nom romain du ruisseau. Des rochers énormes pendent du haut des montagnes comme s'ils allaient nous écraser par leur chute ; quelques vignes grimpent contre leurs aspérités, quelques chaumières fument à travers ces feuilles de vigne.