‹ Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis (volume 2)Chapitre 19 sur 63 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Composition eu général.

Indépendamment de tout sentiment religieux, les sa vans, dignes de ce nom, reeonnoisscnt unanimement que les beautés, seulement littéraires, dans tous les genres, se trouvent dans tous les livres saints.

En effet, que de traits remarquables et de eomjiaraisons frappantes î quelle grandeur et quelle simplicité majestueuse dans la Genèse! quelle élévation et quelle poésie dans les Psaumes de David , dans Isaie et Habacuc ! quel vague , quel beau désordre , quelle connoissance du cœur humain, et quelle profonde et touchante mélancolie dans le livre de Job! (|iiel sentiment et quelle naïveté dans Ruth et Noémi î quelles admirables leçons sociales ùans l'Ecclésiastique! etc, , etc.; enfin, quelle [ rofondeur de pens*'o d.ins les Évangiles! quels

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apologues ingénieux! quelle pureté de principes! quelle divine charité! quelle morale toujours conséquente et sublime!... C'est en faisant une étude particulière de ces livres sacrés, que les auteurs classiques du siècle de Louis" XIV se sont élevés à un rang que toutes les révolutions du globe et tous les nivellemens faits de nos jours n'ont pu leur ôter ^

L'homme ne doit la science qu'à la possibilité de rendre compte de quelques phénomènes

' Le grand Racine a dû à 1 Écriture Sainte les plus belles inspirations du cîief-d'œuvre de la scène françoise, j4t1ialie; et sans cette même étude , Corneille n'eût jamais fait Potyciwie. Piacine a même pris 4ans cette source inépuisable, des beautés supérieures qu'il a placées dans des sujets profanes ^ entre autres , dans la tragédie de Phèdre y ce beau monologue :

<K OÙ fuir? où me cacher? dans la nuit infernale! etc. »

n'est point dans Euripide, mais il se ti'ouve tout entier dans les Psaumes de David ;

« Où fuirai-je, Seigneur, pour me dérober à votre colère? » Irai-jc au ciel? vous y régnez ! Dt'scendrai-jc aux enfers ? vous >) y ('tendez votre main vengeresse , etc. , etc. »

Je suis le premier auteur qui ait fait cette remarque, que j'ai citée ailleurs avec beaucoup de détail.

(TS'ole lie railleur. )

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de la nature; il n'a que la faculté de discerner, de pénétrer, de découvrir, et non celle de créer. Quand il se croit inventeur, il s'abuse, il ne fiiit jamais qu'appliquer d'une manière nouvelle une loi prise dans la nature, ou tirer un résultat nouveau d'une de ces lois; il n'est jamais alors que profond observateur ou bien imitateur heureux. Le génie , dans l'homme, n'est que la pénétration'; le génie , créateur n'appartient véritablement qu'à Dieu. C'est la contemplation de l'univers qui , même dans la littérature, a fait naître toutes les idées du beau, et ces lois si justes qui prescrivent la simplicité dans les moyens , l'unité dans le plan, la variété dans les détails, la liaison dans les diverses parties, l'Jiarmonie, l'accord, la majesté dans l'ensemble, la morale et l'utilité dans le but.

La création entière fut l'ouvpage d'une seule pensée, mais d'une pensée divine, qui, par son étendue et par sa profondeur, en fait naître une infinité d'autres. Dieu voulut que ce grand ouvrage offrît toujours à l'homme coupable et déchu le souvenir ou la réalité d'une pimition paternelle. Dieu mit sur tout l'univers l'empreinte augus4:e et touchante de sa

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justice , de son amour pour ses créatures et de sa bonté suprême. Il répandit sur la terre beaucoup moins de maux que de biens ; il y prodigua les richesses réelles, il y sema les maux avec mesure, et, toujours à coté d'eux, il plaça les remèdes ou les dédommagemens ^ Les anciens (les Grecs) ont excellé dans la littérature, parce qu'ils ont observé la nature avec beaucoup plus de soin et d'attention que les modernes ; ils n'étoient pas sur ce point , ainsi que sur beaucoup d'autres, aussi savans que nous ,* mais il seroit facile de prouver qu'ils furent, à cet égard, des observateurs iniîniment plus réfléchis et plus ingénieux. Par exemple, les modernes ont

' Vojrez les développemens de cette idée dans le Die iionnaire des étiquettes, des mœurs, des usages, etc., à l'article qui a pour titre , Spectacle de la nature , qui est itn discours sur la création ; je fis paroître pour la première fois ce discours (il y a quelques années) sans nom d'auteur, dans le Mercure, car il est permis de jj^arder l'anonyme dans un écrit moral et qui n'attaque ni les personnes, ni leurs ouvrages. On loua beaucoup ce discours daus plusieurs journaux, et quand je le plaçai dans le livre des Etiquettes et que je m'en déclarai l'auteur on n'en fit même pas mention.

( Nuio iIl- rjul'Mir.)

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fait du papillon le symbole de l'inconstance , parce quil voltige de Jleurs en fleurs ,• et les Grecs en firent le symbole de l'immortalité de l'âme, symbole admirable, parce qu'il n'en est point de plus naturel , ni de plus frappant. En efïbt, lorsque le papillon sort de la chrysalide qui le renferme, il laisse tomber sur la terre sa grossière dépouille, et, déployant ses ailes, il s'élève vers les cieux.... Voilà certainement l'image la plus frappante de l'âme immortelle s'échappant de l'enveloppe terrestre qui la recèle. Les anciens ont consacré la rose â la beauté, dont elle est l'image, et ils ont consacré le myrte â l'amour; pourquoi? c'est que cet arbre ne souffre aucune autre plante dans le terrain qu'il occupe : on ne trouve pas une herbe dans les bois de myrte , les racines de l'arbre s'étendent dans tout leur espace, et les empêchent d'y croître; cet arbre usurpateur veut régner seul et exclusivement. Nul végétal ne convenoit mieux à la décoration des autels de l'amour. C'est avec cette finesse et cette profondeur d'observation que les anciens sont [;arvenus â représenter avec tant de vérité tout ce qu'ils ont voulu peindre, et c'est par l'étude du sj^ectaele ollLil

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par la crëation qu'ils ont formé les règles inilîiuabies de la peinture, de la sculpture et de l'art dramatique.

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