CHAPITRE IV
Suite du précédent.
J'avois, depuis dix ou douze jours, terminé cet article, lorsque j'ai reçu le numéro du 25 avril de cette année 1825, du journal intitulé : Annales de la littérature et des arts , et j'y ai trouvé un article (de M. Briffant ) si parfait sur le romantique, que je veux en enrichir ce petit traité , d'autant plus que l'auteur a considéré ce genre sous un rapport moral que je n'ai osé traiter, parce que je n'en aurois pas eu le talent. L'article a été composé sous la forme ingénieuse d'un dialogue,
» tenoitàla médiocrité, quand la langue poétique étoit » à peine formée en France, soit devenu , de nos jours , » le jargon de ceux qui voudroient dénaturer cet idiome w devenu si parfait, et fausser son génie , eiT dépit de la » grammaire , de la logique , du goût et du sens coni- » mun. »
Il me semble qu'on ne peut rien dire de plus sensé, de plus sj>irituel, et l'on n'est pas étonné de trouver un tel article dans cet excellent journal.
vNotc Cx l'auteur.,.
ï5o iMÉ MOIRES
entre M. Fontanes et lord Byron. L'auteur montre da"ns ce dialogue, deux talens éminemment supérieurs et bien rarement réunis, celui d'une critique également piquante, spirituelle et judicieuse, et celui de l'indignation la plus vertueuse et la plus énergique du moraliste le plus éloquent. Si l'on s'occupoit encore de littérature , ce morceau produiroit unanimement la plus vive sensation; il est si beau qu'il est impossible d'en faire un extrait, et il est trop long pour le donner ici tout entier, mais je ne puis m'empécher d'en citer au moins quelques vers.
Lord Byron dit dabord :
« Vous voyez Thémistocle et TjTtée à la fois : » Saluez en raoi seul deux gloires réunies.
» Vous semblea bien léger pour peser deux génie*.
" Vous, le réformateur de notre vieux Parnnsse! '. Vous dont l'heureux génie a tout changé de face, « Et, d'un culte nouveau , prêtre plein de ferveur, .. Mis le crime à la mode et le vice en faveur ! » Oh î que sous votre plume énergique et touchante, >> L'adultère attendrit et l'homicide enchante ! >' Quel aimable intérêt inspirent vos brigands ! » Vos plans sont, il est vrai^ parfois extraragans ;
DE MADAME DE GENLIS. l5l
■ Mais que n'embellit point le vernis romantique !
» Chez vous, le meurtrier est un mélancolique
» Qui pleure sur le sort des malheureux humains ,
» Et fait du sentiment , un poignard dans les mains.
» J'aime votre penseur dont la haute science
» Méprise du vieux temps la sotte expérience,
»> Demande compte à Dieu de tout ce qu'il a fait ,
» Blâme son monde informe et son ciel imparfait ,
» Les change, e.t dans l'oubli, créant des lois plus sage^ ,
» Met l'œuvre des six jours qu'il réforme en six pages.
» Grâce à vous , désormais tout est mieux arrangé.
» Quel auteur, avant vous , bravant le préjugé,
» Eut osé convertir, dans ses pages fleuries ,
» Les amours en bandits, les grâces en furies?
« Votre muse , en marchant de sophisme suivie ,
» Ole à l'âme son guide et son but à la vie.
» L'âme avec son auteur n'agit plus de concert :
» La vie est un néant , le monde est un désert ;
» L'homme , ce roi du monde, égaré dans l'espace ,
» Sans que la main d'un frère à sa main s'entrelace ,
» Etranger à l'hymen, à la nature , au ciel,
» Pour trône des débris, un tombeau pour autel,
« Une Ijre pour bien , pour spectacle le vide ,
» Seul, rêve, pleure, chante , et d'un long suicide
» Savourant à loisir la sombre volupté ,
» Repousse fièrement son immortalité.
» Dans l'Europe éclairée ont couru vos préceptes»
» Vous faites secte enfin , et vos :|^mbreux adeptes,
» De la mélancolie enseignant le bonheur,
» D'attrister l'univers se disputent l'honneur.
• Partout le chagrin gagne : on ne voit sur la terre
53 ^iémoii;ks
» Que troubadours pleurant, dont le chant solitaire » Donne au plaisir proscrit un lugubre congé : » Et tout chante et tout pleure en ce siècle affligé.